INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Évrard-(N°1)

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Évrard-
Période d'activité :
919 - 1792
Commune :
Cysoing
Département :
Nord

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Cysoing
Hameau/Lieu-dit :
Rue du Fontenoy
Diocèse :
Actuel:
Ancien: Noyon-Tournai (919 - 1148)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne:
Compléments :
De 1148 à 1790, le sanctuaire a fait partie du diocèse de Tournai; puis de 1790 à 1792, de celui de Cambrai.

Site

Type de site :
Plaine
Altitude :
31 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Bois
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Village
Type de proximités :
Abbaye
Axe de circulation

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Évrard- (919 - 1792)
Compléments :
Durant la Révolution, le culte de saint Évrard fut interrompu. Il fut restauré en 1902, dans l’église paroissiale de Cysoing (voir la fiche correspondante).



Type de lieu de culte :
Abbatiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Calixte
Saints patrons :
  • Calixte (855 - 1792)
Compléments :
Jusqu’à l’arrivée des reliques du pape saint Calixte en 854, l’église était placée sous les vocables de la Vierge Marie et du Saint-Sauveur, très prisés par les Carolingiens. Elle aurait pris le nom de Saint-Calixte en 855, à l’instigation de saint Évrard. Le monastère Saint-Calixte fut fondé autour de l’église, vers 870, par Gisèle - sœur de l’empereur Charles le Chauve -,  probablement sur les conseils d’Évrard, son défunt mari. Le monastère a vu au XIIe siècle, l’arrivée des chanoines de Saint-Augustin.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Évrard
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
?
Emplacement :
Sur le maître-autel de l’église Saint-Calixte (?)
Datation de l'objet :
866

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Membre de la dynastie des Unrochides, Évrard partit en guerre avec Charlemagne et ses fils dès qu’il eut atteint l’âge requis. Là, il se distingua par sa bravoure et la pureté de ses mœurs. Fidèle de l’empereur Louis le Pieux, il combattit à ses côtés contre les Sarrasins et les peuples slaves et avares révoltés ; il le soutint également lorsque celui-ci fut momentanément déposé par ses fils. Cette loyauté indéfectible lui valut de recevoir de la part de l’empereur le duché italien de Frioul et la main de sa fille, la princesse Gisèle, accompagnée du fisc royal d’Annappes en guise de dot.
Évrard et Gisèle s’installèrent d’abord à Cysoing – village de la seigneurie d’Annappes –, où  ils fondèrent une église, puis partirent vivre en Frioul. Lorsque les époux revinrent à Cysoing, ce fut avec les reliques du pape saint Calixte, offertes par le pape Léon IV.
De plus, Évrard soutint les monastères en Frioul et fonda plusieurs chapelles et églises en Flandre. Il mourut en 866, en Italie, lors d’un voyage en Frioul. Son épouse fit rapatrier son corps et le fit enterrer à Cysoing ; puis elle fonda le monastère Saint-Calixte, probablement à la demande de son époux. La vénération publique d’Évrard, encouragée par Gisèle, fut autorisée en 919 par l’évêque de Reims, dont dépendait l’abbaye depuis son legs par l’abbé Rodolphe à cette même date.
Miracles :
Victoires militaires (?)
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Paix
Compléments :
La célébration de victoires militaires en l’abbaye de Cysoing, en particulier sous le règne de Charles Quint, laisse penser qu’Évrard de Frioul, à l’image d’autres saints guerriers (Dehoux, p. 100), était invoqué pour garantir le succès des campagnes militaires du prince.
Jour(s) de fête :
  • Evrard
Type de fréquentation :
Continu
Pratiques individuelles :
  • Prières
Pratiques en présence du clergé :
  • Messe
Ex voto :
    Confrérie(s) :
      Indulgence(s) :
      • Partielle 40 j. (1441)
        À l’occasion de la translation des reliques de saint Évrard, le 12 novembre 1441, l’archevêque de Reims Renaud de Chartres accorda une indulgence de quarante jours pour tous les fidèles qui, après s’être confessés, visiteraient l’église de l’abbaye, le jour même de la translation et feraient une aumône au monastère pour l’aider dans sa détresse. L’indulgence était également accordée, ultérieurement, pour le jour anniversaire de la translation (Bataille, p. 34-35).
      Compléments sur le culte :
      En l’abbaye de Cysoing, à l’image des trois ordres de la société médiévale, trois saints attiraient la dévotion des pèlerins. Saint Arnoul attirait surtout les fidèles issus du peuple ; saint Calixte était essentiellement honoré par les religieux ; saint Évrard était principalement vénéré par la noblesse locale, en particulier par les seigneurs de Cysoing : voir les fiches correspondantes.

      L'ÉDIFICE

      Description :

      Nous ne savons rien de la chapelle de la Sainte-Trinité, où fut initialement enterré le comte de Frioul. Construite pour servir de nécropole à la famille d’Évrard et Gisèle, elle était sans doute située devant l’église principale, mais sans lui être rattachée. D’après Alain Plateaux, elle était fort probablement de plan et d’élévation simples. Peut-être fut-elle à l’origine de la nef de l’église abbatiale ? (Plateaux, p. 47)

      Pour Alain Plateaux, l’église abbatiale était sans doute initialement composée d’une crypte semi-souterraine, où reposa le corps de saint Calixte ; d’un chœur – juste au-dessus de cette crypte – et d’une nef – à un niveau médian – réservée aux fidèles. C’était sans doute un édifice préroman, de style carolingien.

      En 1393, un grand incendie dévasta l’abbaye et endommagea son église. Restaurées à la fin des années 1450, les bâtiments furent à nouveau victimes d’un incendie en 1520. Ils furent alors reconstruites en 1535, par l’abbé Mathias de Barda, sous la bienveillance du pouvoir bourguignon. L’église était composée d’un chœur, d’une nef et d’un sanctuaire où se trouvait le maître-autel, surélevé. Les espaces, se situant tous à des niveaux différents, étaient séparés par des paliers. L’église fut remaniée au XVIIIe siècle, après qu’une nouvelle église paroissiale fut construite au centre du village. L’abbaye fut finalement détruite en 1792, lors d’un incendie provoqué par les révolutionnaires (Plateaux, p. 44-75).

      Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
        Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
        • Autel (1536)

          En 1536, l’abbé Mathias de Barda, neveu et successeur de Jean Salembier, fit construire la basse église de l’abbaye, sous le chœur de l’église. Elle avait quatre autels, dont l’un consacré à saint Évrard. Celui-ci était placé dans le chœur, derrière le maître-autel, dédié à la Vierge. Des reliques de saint Évrard furent incorporées dans trois des quatre autels susdits, dont le maître-autel, (Bataille, p. 43).

        HISTOIRE DU SANCTUAIRE

        Origines :
        Date de première mention : 919
        Initiative de la fondation :
        • Laïc isolé
        Environnement institutionnel, politique et religieux :
        Avec l’effondrement de l’Empire carolingien, la figure du roi fut fragilisée, son pouvoir affaibli et son rôle de plus en plus difficile à assumer. Le culte des saints guerriers témoigne indirectement de ces événements. En effet, il rend compte et accompagne la montée en puissance de l’aristocratie, qui bénéficie désormais de certaines missions et prérogatives autrefois réservées au roi (Dehoux, p. 99).
        Saint Évrard possède un statut d’autant plus particulier qu’il fait lui-même partie de la dynastie carolingienne, au travers de son épouse Gisèle. Acte de nature religieuse, la canonisation d’Évrard est aussi un acte politique, témoignant du soutien de l’Église de Reims à la dynastie régnante bien que celle-ci soit déclinante.
        Phases d'évolution :

        Lorsqu’Évrard mourut en 866 en Frioul, Gisèle fit rapatrier son corps à Cysoing. En face de l’église où étaient exposés les restes de saint Calixte (voir la fiche correspondante), elle fit ériger une chapelle funéraire – dédiée à la Sainte Trinité –, pour y enterrer son époux, qu’elle prévoyait de rejoindre avec leurs enfants. Le tombeau d’Évrard ne semble pas avoir attiré les pèlerins. Peu après 890, quand les reliques de Calixte conservées à Cysoing furent mises à l’abri à Reims, Évrard fut exhumé par son épouse puis sa vénération publique autorisée en 919 par l’évêque de Reims, dont dépendait l’abbaye depuis son legs par l’abbé Rodolphe en cette même date. Le corps d’Évrard fut dès lors transféré dans une châsse luxueuse, dans l’église de Cysoing, où il prit la place de Calixte. Dès 1129, lorsque le monastère passa entre les mains des chanoines réguliers de Saint-Augustin, ces derniers travaillèrent à donner au culte un nouvel éclat. En 1283, l’abbé Robert fit venir l’archevêque de Reims, Pierre Barbet : celui-ci authentifia le corps et en fit extraire quelques reliques, dont le chef, qui fut placé dans un autre reliquaire à la Pentecôte 1284. Saint Évrard semble avoir eu beaucoup d’importance pour les religieux, qui réussirent toujours à mettre ses ossements à l’abri lors des pillages et incendies des XIVe, XVe et XVIe siècles. Ce prestige n’empêcha pas le culte de perdre en importance au XVe siècle. Pour lui redonner son éclat, les chanoines organisèrent une nouvelle translation en 1441 : les reliques furent transférées d’une châsse en bois vermoulu dans une châsse en cuivre argentée, en présence d’une foule nombreuse, composée notamment du clergé et de la noblesse locale (Bataille, p. 34).

        Durant le XVIe siècle, l’abbaye devint le lieu privilégié des grandes manifestations de piété et de « patriotisme », en particulier lors des victoires militaires de Charles Quint. En 1641, durant la guerre de Trente Ans, les reliques furent mises à l’abri dans le refuge de la rue des Malades, à Lille. Elles revinrent à Cysoing en 1662, après la guerre franco-espagnole.

        À la Révolution, les chanoines furent spoliés, les reliquaires fondus et beaucoup de reliques perdues. Celles de saint Évrard furent enfermées dans une caisse en bois, puis emmenées en exil. Elles furent retrouvées dans la seconde partie du XIXe siècle, puis exposées dans l’église paroissiale de Cysoing à partir de 1902 (voir la fiche correspondante).

        Evénements marquants :
        • Déplacement de l'objet de dévotion (1065)
          La châsse de saint Évrard fut emmenée à Lille le 2 août 1065, à l’occasion de la dédicace de la collégiale Saint-Pierre. L’événement attira de nombreux corps saints conservés dans la région. Elle fut également emmenée à Hasnon, pour la consécration de la nouvelle abbatiale, le 3 juin 1070.
        • Translation (1441)
          Le 12 novembre 1441, les reliques furent transférées dans de nouvelles châsses avec l’autorisation de l’archevêque de Reims, Renaud de Chartres. Or le nouveau chef-reliquaire en cuivre argenté avait été conçu trop petit pour la tête de saint Évrard : celle-ci dut être rabotée et privée de sa mâchoire supérieure pour y être insérée. Les autres ossements furent placés sans peine dans un buste-reliquaire en cuivre doré.
        • Translation (1515)

          Le 16 décembre 1515, les reliques connurent une nouvelle translation. Elles furent placées dans un buste-reliquaire, à l’instigation de l’abbé Jean Salembien, chargé de la renaissance matérielle et spirituelle de l’abbaye. L’événement fut l’occasion de prélever une dent pour l’envoyer à Liège et quelques fragments du crâne pour Livry et Saint-Lazare, à proximité de Paris.

        • Création d'un autel (1536)
          En 1536, l’abbé Mathias de Barda, neveu et successeur de Jean Salembier, fit construire la basse église de l’abbaye, sous le chœur de l’église. Elle avait quatre autels, dont l’un consacré à saint Évrard. Celui-ci était placé dans le chœur, derrière le maître-autel, dédié à la Vierge. Dans trois des quatre autels susdits, dont le maître-autel, furent insérées des reliques de saint Évrard (Bataille, p. 43).
        • Translation (1637)
          Le 22 août 1630, l’archevêque de Cambrai – François Van der Burcq – préleva quelques reliques qu’il envoya au recteur des Jésuites de Tournai et au prieur de Beaurepaire. Il revint le 17 mai 1637 à Cysoing pour la translation du chef dans un nouveau reliquaire en forme de guerrier romain en argent.
        • Mise à l'abri de reliques (1641)
          Durant la guerre de Trente Ans, les religieux craignirent la profanation des reliques : le squelette de saint Évrard fut mis à l’abri dans le refuge de la rue des Malades, à Lille en 1641. La région ne fut pacifiée qu’après la guerre franco-espagnole (1635-1659). Les reliques revinrent à Cysoing le 28 septembre 1662. À cette occasion, elles furent transférées dans une nouvelle châsse, lors d’une fastueuse cérémonie présidée par Mgr Vilain de Gand, évêque de Tournai, dans la collégiale Saint-Pierre de Lille. Une relique est par ailleurs offerte à la collégiale.
        • Mise à l'abri de reliques (1792)
          À la Révolution, les biens de l’abbaye furent spoliés, les reliquaires fondus et beaucoup de reliques perdues. Celles de saint Évrard furent enfermées dans une caisse en bois, puis emmenées en exil. Elles furent retrouvées dans la seconde partie du XIXe siècle, puis exposées dans l’église paroissiale de Cysoing à partir de 1902.  
        Rayonnement(s) :
        • Régional (919 -> 1792)

          La notoriété de saint Évrard ne dépassa jamais la région flamande. Ses reliques eurent toutefois beaucoup de valeur pour les religieux, qui surent toujours les protéger, quel qu’en ait pu être le prix.  Le saint, aristocrate et guerrier, attirait surtout les membres de l’a noblesse : au XVIe siècle en particulier, toute l’élite locale se rassemblait en l’abbaye pour fêter les victoires de Charles Quint, sous l’autorité duquel se trouvait la région.

        RÉFÉRENCES

        Source(s) :
        • Source publiée (1638)
          L'HERMITTE, M., Histoire des saints de la province de Lille, Douay, Orchies..., Douai, Bardon.
        Bibliographie :
        • DEHOUX, E., Saints guerriers : Georges, Guillaume, Maurice et Michel dans la France médiévale (XIe-XIIIe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.
        • MÉRIAUX, Ch., «La Translatio Calixti Cisonium : une commande de Gisèle, fille de Louis le Pieux, au monastère de Saint-Amand ?  », in GOULLET , M. dir., Parva pro magnis munera : études de littérature tardo-antique et médiévale offertes à François Dolbeau par ses élèves, Turnhout, Brepols, 2009.
        • MÉRIAUX, C., Galla irradiata : saints et sanctuaires dans le nord de la Gaule du haut Moyen Âge, Stuttgart, F. Steiner, 2006.
        • PLATEAUX, A., Cysoing : recherches sur une abbaye disparue, Marcq-en-Bar?ul, Imprimerie Morel et Corduant, 2000.
        • BATAILLE, J., Saint Évrard, son culte et ses reliques, Lille, 1902.
        Etude(s) universitaire(s) :

        PHOTOGRAPHIES LIÉES

        Objet de dévotion :
        Edifice :
        Autre :

        À PROPOS DE L'ENQUÊTE

        Enquêteur :
        • VANOOTEGHEM Florent
        Rédacteur :
        • VANOOTEGHEM Florent
        Date de l'enquête :
        2018
        Date de rédaction de la fiche :
        2018
        Etat de l'enquête :
        En cours
        Pour citer cette ficheVANOOTEGHEM Florent, « Saint-Évrard-(N°1) », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
        url : https://sanctuaires.aibl.fr/fiche/, version du 29/05/2019, consulté le 12/11/2019