INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Julien-de-Brioude

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Julien-de-Brioude
Période d'activité :
IVe siècle - 2018
Commune :
Brioude
Département :
Haute Loire
Le chevet de Saint-Julien de Brioude

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Brioude
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Le Puy-en-Velay (? - 2018)
Ancien: Clermont (IVe siècle - 1317)
Paroisse :
Actuelle: Saint-Julien (1794 - 2018)
Ancienne: Notre-Dame ? (? - ?)
Compléments :

À l’époque de Grégoire de Tours, Brioude comportait une église paroissiale (des fouilles archéologiques ont révélé un baptistère, Grégoire mentionne explicitement le diocesis de Brioude, autrement dit la paroisse), mais on ignore encore si Saint-Julien avait, ou non, cette fonction paroissiale ou s’il existait une autre église. En tout état de cause, une église Notre-Dame, édifiée au sud de la basilique, est attestée au Xe s. Son vocable plaiderait en faveur d’une fonction paroissiale (Noizet, Le vocabulaire topographique, p. 4). La basilique Saint-Julien fut érigée en paroissiale en 1794.


Brioude a appartenu au diocèse de Saint-Flour à la création de ce dernier en 1317.

Site

Type de site :
Rive de cours d'eau
Altitude :
436 m
Compléments :

La basilique Saint-Julien est située à proximité de la rivière Allier, sur sa rive gauche et à l’extrémité sud de la plaine de la Limagne, à mi-chemin entre Clermont-Ferrand et le Puy-en-Velay. Trois jours de marche étaient nécessaires au Moyen Âge pour rallier Clermont à Brioude.


Grégoire de Tours désigne le lieu par le toponyme Brivatensis, qui signale à la fois le vicus, l’église et le tombeau de saint Julien.


Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Axe de circulation
Cours d'eau
Compléments :
Au XIIe siècle, Brioude était situé sur le « chemin français », voie de pèlerinage partant de Paris vers Saint-Gilles du Gard et la Méditerranée, vers l’Italie et la Terre sainte, mais constituait également une étape sur le chemin de la Galice.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Julien-de-Brioude (IVe siècle - 2018)
Compléments :
La tradition place le martyre de saint Julien en 304. Dès lors, la virtus de Julien se serait manifestée, donnant lieu à l’un des plus importants pèlerinages de l’Antiquité tardive. La localisation de cette basilique se singularise, entre autres, par son éloignement de la cité épiscopale, Clermont. Elle fut desservie par des chanoines séculiers dès le IXe s.
Type de lieu de culte :
Basilique
Nom du lieu de culte :
Saint-Julien
Saints patrons :
  • Julien (Ve siècle - 2018)
Compléments :
Une cella fut d’abord édifiée sur la tombe de Julien, remplacée rapidement par une basilique. Celle-ci fut reconstruite entre le milieu du XIe s. et la fin du XIIe s.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Julien
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Datation de l'objet :
Compléments :

Dans la basilique primitive, la tombe de Julien était située, semble-t-il, dans l’abside. Au Moyen Âge, Julien était vénéré au travers d'un buste reliquaire, une « majestas », que le sacristain avait à charge de placer sur le maître autel (voir notamment Liber viridis, C30, 1287). Il est fort probable que, plutôt que placé dans le maître autel, ce buste se trouvait alors dans l’armarium ou trésor, c’est à dire dans la chapelle Sainte-Croix ouvrant sur le collatéral nord. En 1783, d’après un procès-verbal d’ouverture de la châsse, les reliques de saint Julien, conservées dans un reliquaire, étaient placées dans une chapelle particulière de la basilique dédiée à saint Julien, au-dessus de l’autel (Vie et miracles, p. 98). Le chef de saint Julien était conservé dans un reliquaire d’or, placé à l’intérieur du maître-autel. On le montrait au peuple lors des fêtes solennelles en ouvrant les portes de ce maître-autel. La châsse de saint Julien est aujourd’hui conservée dans la crypte. L’existence de Julien n’est pas datée précisément. Sans doute faut-il situer son martyre au tout début du IVe siècle, avant la paix de l’Église en 313. À Brioude, on conservait le corps de Julien mais son chef, dont la légende raconte qu’il fut emporté par ceux qui l’avaient martyrisé, aurait été enseveli à Vienne avec le corps de son ami Ferréol, martyrisé lui aussi. La passio prior, du Ve siècle, mentionne le retour du chef à Vienne. D’après un Bréviaire de Brioude (BCIU clermontoise), un certain Godin aurait ramené la tête à Brioude, et probablement le bras de Férréol au VIIe ou VIIIe siècle. Dès lors, les brivadois prétendirent toujours la détenir. Mais les viennois ont toujours prétendu la posséder eux aussi, la mettant même à l’abri dans la cité sous Wilichaire au milieu du VIIIe s. Au Xe siècle, elle aurait été aussi déposée à Tours par Adelaïde d’Anjou. Enfin, Moissac prétend aussi la posséder au XIe s.  Il y aurait donc plusieurs têtes de Julien, ce qui n’est pas anodin, le lieu de la sépulture, dans le droit  romain ancien, étant définit à défaut par l’emplacement de la tête.


LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :

Julien est présenté par la première Passio s. Juliani comme un habitant de la ville de Vienne qui servait dans la fonction publique sous les ordres du tribun Ferréol, avec lequel il était lié d’amitié. Au IXe siècle, une seconde passion en fait un soldat.

Ferréol, averti de l’imminence d’une persécution chrétienne, alerta son ami, qui quitta Vienne et se réfugia hors de la Province, en territoire Arverne. Accueilli chez une veuve qui lui fournit l’hospitalité, il fut pourtant rattrapé par les soldats envoyés par le praeses de la province de Vienne, qui lui tranchèrent la tête. Les soldats lavèrent alors la tête de Julien dans une fontaine située sur le lieu du supplice pour ramener ce chef au praeses comme preuve de l’accomplissement de leur mission. Deux vieillards emportèrent le corps du martyr dans le village voisin de Brioude et retrouvèrent alors miraculeusement une force juvénile. Des années plus tard, une matrone espagnole, se rendant à Trèves pour y recueillir la dépouille de son mari qui venait d’être condamné à mort, s’arrêta à Brioude où elle entendit parler de la virtus de Julien. Priant le martyr pour son intercession, elle fit le vœu, si son mari avait la vie sauve, d’élever sur le tombeau de Julien une cellula. Son vœu ayant été accompli, elle exécuta sa promesse. Plus tard, on construisit sur cette chapelle primitive une vaste basilique.

Miracles :
Grégoire de Tours relate divers miracles survenus grâce à l’intercession de Julien ; guérison de la paralytique Fedamia, abandonnée sous le porche de la basilique ; du sourd-muet, aveugle et perclus Analgidus ; de deux habitants de la région de Brioude guéris l’un de cécité, l’autre de fièvre mortelle à la fontaine proche de la basilique Saint-Ferréol ; d’un laboureur auprès du tombeau d’une main percluse pour avoir travaillé un dimanche ; du frère de Grégoire, Petrus, atteint d’une forte fièvre contractée durant le pèlerinage, après avoir bu de la poudre du sépulcre en partie diluée dans l’eau et ingérée et en partie portée autour du cou ; de son oncle Gallus, dont une épine enfoncée dans le pied avait été retirée durant son sommeil alors qu’il s’était couché sur le tombeau du saint, etc.
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Epidémie
  • Grâce particulière
  • Thérapie
  • Voeu
Compléments :
D’après Grégoire de Tours, on avait recours à saint Julien pour des guérisons d’hommes, de femmes et d’enfants (paralytiques, aveugles, perclus, fiévreux, possédés, etc.). Les animaux domestiques sont également à plusieurs reprises concernés par des miracles attribués à saint Julien (cheval égaré, animaux « indomptables » conduits à la basilique pour les rendre plus doux, etc.). Quelques miracles relatés par Grégoire sont également opérés pour rétablir l’équité et la justice (voleurs enfermés dans la basilique, parjure puni par le saint, etc.).Les miracles attribués à Julien et rapportés par Grégoire ne font pas de ce dernier un « spécialiste » des guérisons, mais plutôt un saint polyvalent, capable, certes, de guérisons, mais aussi de protection, de conversion des païens, de pacification des animaux (Bozoky, p. 217). Conversion des païens et protection des habitants confèrent au culte de saint Julien un caractère « poliade ». Une forte proportion de miracles concerne également des châtiments, en particulier contre ceux qui menacent l’église et ses biens, faisant de Julien un substitut du pouvoir royal.
Jour(s) de fête :
  • Julien (28 août)
  • Translation du chef de saint Julien (15 février)
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
D’après Grégoire de Tours, il y avait parfois tant de pèlerins qui venaient à Brioude que tous ne pouvaient pas accéder à la basilique du saint.
Pratiques individuelles :
  • Ingestion
  • Voeux
  • Cire
  • Prières
  • Emporter
Pratiques en présence du clergé :
  • Inhumation
  • Office liturgique
Ex voto :
    Confrérie(s) :
      Indulgence(s) :
      • Partielle (1204)
        Boniface VIII accorda des indulgences à tous ceux qui visiteraient la basilique le jour de la fête de la translation du chef de saint Julien et du bras de Ferréol (Vie et miracles de saint Julien, p. 78).
      • Partielle 405 j. (1256)
        Alexandre IV accorda 100 jours d’indulgence à ceux qui, confessés, visiteraient l’église Saint-Julien le jour de sa fête et le jour de l’Assomption de Notre Dame, et 40 jours à ceux qui la visiteraient aux autres fêtes du saint et de Notre Dame (Vie et miracles de saint Julien, p. 77).
      • Partielle (1259)
        Le 9 août 1259, Alexandre IV accorda des indulgences à ceux qui contribueraient aux travaux de la basilique.
      • Partielle 405 j. (1289)
        Nicolas IV accorda une indulgence d’un an et quarante jours à ceux qui visiteraient la basilique aux fêtes de la Sainte-Vierge, de Saint-Julien et de Saint-Ferréol, durant l’octave de ces fêtes et le jour de la dédicace de l’église (Vie et miracles de saint Julien, p. 77).
      • Partielle 910 j. (1352)
        Calixte III accorda des indulgences à tous ceux qui visiteraient la basilique le jour de la translation du chef de saint Julien et du bras de Ferréol (Vie et miracles de saint Julien, p. 78).
      • Partielle (1436)
        Calixte III accorda des indulgences à tous ceux qui visiteraient la basilique le jour de la translation du chef de saint Julien et du bras de Ferréol (Vie et miracles de saint Julien, p. 78).
      • Plénière (1854)
        Le 16 décembre 1854, Pie IX accorda une indulgence plénière à tous ceux qui, après avoir reçu les sacrements, visiteraient la basilique le jour de la fête de saint Julien ou le jour de l’octave de cette fête, et y prieraient aux intentions du Souverain Pontife (Vie et miracles de saint Julien, p. 79).
      • Plénière (2008)

        Le 10 mai 2008, l’évêque du Puy-en-Velay, Mgr Henri Brincard, délivra une indulgence plénière à tous les fidèles de son diocèse qui auront rempli les conditions habituelles (confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife) s’ils participaient à une célébration jubilaire ou un office publiquement accompli en l’honneur de saint Paul (?), en la basilique Saint-Julien de Brioude (ainsi qu’en la cathédrale du Puy-en-Velay et en l’église Saint-Pierre d’Yssingeaux) (site internet du diocèse du Puy).

      Compléments sur le culte :

      Après son ordination, Grégoire se rendit à Brioude et préleva quelques fils de la palla de Julien pour les distribuer aux églises de son diocèse (Liber de passione et de virtutibus S. Juliani, 34, p. 128). Toujours au temps de Grégoire, des vigiles avaient lieu à Saint-Julien, le samedi. Les fidèles se réunissaient alors dans la basilique sous la direction de l’archiprêtre (Beaujard, Le culte des saints, p. 490).

      D’après Grégoire, des cierges se consumaient auprès du tombeau de Julien puisqu’un prêtre du pays de Limoges, Arédius, fit prélever un peu de cire, ainsi que de la poussière.

      Ce n’est qu’après la venue de Germain (v. 378-448), évêque d’Auxerre, que, selon Grégoire, l’on sut quel jour on devait célébrer la fête du saint, qui fut dès lors fixée au 28 août.

      L'ÉDIFICE

      Description :

      Une cellula fut édifiée sur la tombe primitive de Julien, puis une basilique, en réponse au vœu d’une dame noble espagnole selon la légende. Cette basilique fut ornée de colonnes de marbre antiques par un duc Victorius, gouverneur d’Auvergne pour le roi Wisigoth Euric, vers 480. La tombe de saint Julien, d’après le témoignage de Grégoire, était située dans l’abside de la basilique, qu’il jugeait grande, sous une fenêtre (Beaujard, Le culte des saints, p. 356). La basilique fut reconstruite à l’époque mérovingienne, puis carolingienne et à nouveau au XIe-XIIe s. La basilique actuelle, datant pour l’essentiel du XIIe s., est dotée d’un déambulatoire à cinq chapelles rayonnantes, d’un narthex et d’un transept non saillant. Deux porches donnent accès à la nef à trois vaisseaux. Les collatéraux sont voûtés d’arêtes, le voûtement du vaisseau central a été remplacé au XIIIe s. par des croisées d’ogives.

      L’hypothèse selon laquelle la cellula primitive de Julien aurait été intégrée à la basilique du Ve s., puis conservée à travers la crypte moderne, a été avancée (Chevalier, p. 280-287).

      En 1794, la basilique Saint-Julien fut affectée au culte paroissial.
      Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
      • Fontaines (?)
        Après le martyre de Julien, les soldats auraient lavé sa tête dans une fontaine, aux abords de la ville actuelle. Celle-ci fut également un lieu où s’exerça la virtus du saint : son eau était réputée guérir les coups de soleil, les aveugles, les fiévreux. On avait élevé auprès de cette fontaine une basilique dédiée à saint Ferréol.
      • Autre (Ve siècle)
        Le duc Victorius, qui avait contribué à orner la basilique, aurait édifié une forteresse, le « castrum Victoriacum », dont deux chartes du IXe s. indiquent qu’elle protégeait le sanctuaire.
      • Hospices (XIe siècle)
        Entre 1053 et 1075, les chanoines de Saint-Julien font l’acquisition de bâtiments voisins du cellier et du cloître pour les transformer en hôpital destiné à l’accueil des pauvres et des pèlerins (Dehoux, « À l’épreuve de l’an mil », p. 3).
      Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
      • Autre (?)
        À l’époque carolingienne, un ciborium a été aménagé, orné de mosaïques à entrelacs noirs et blancs, agrémentés de tesselles en fluorine verte (G. Fournier, B. Fizellier-Sauget, Saint-Julien de Brioude, p. 146).
      • Autre (?)
        D’après Grégoire de Tours, la tombe de Julien était située sous l’autel de la basilique, entouré d’une grille. Les pèlerins pouvaient s’approcher du sépulcre en passant la tête par une fenestella et rapporter des brandea en faisant passer un tissu par l’ouverture, qui récoltait ainsi un peu de la virtus émanée du tombeau.
      • Crypte (?)
        La crypte de la basilique actuelle, un espace barlong voûté d’arêtes, avec abside voûtée d’ogives précédée d’une travée droite (7,4 x 5,3 m), pourrait être une abside antérieure à cet édifice, peut-être celle de la fin du Ve siècle, transformée et réaménagée en crypte au XVIIe siècle (Chevalier, p. 280-287).
      • Autre (VIe siècle)
        Grégoire et sa famille passèrent une nuit à Brioude dans le « metatum » (mot qui peut avoir le sens d'hospitium ou d'enclos).

      HISTOIRE DU SANCTUAIRE

      Origines :
      Date de première mention : 473
      Initiative de la fondation :
      • Laïc isolé
      Environnement institutionnel, politique et religieux :

      C’est dans une lettre de Sidoine Apollinaire datée de 473 qu’est relatée pour la première fois l’invention du chef de Julien, à Vienne, dans le sarcophage de saint Ferréol, qui avait péri lors de la même persécution que celle qui avait vu mourir Julien. Cette même mention est le premier témoignage tangible du culte de saint Julien, même si celui-ci existait sans doute déjà de longue date.

      On date du troisième tiers du IVe siècle la construction d’une cellula sur le tombeau de Julien (Pietri, p. 27). Cependant, le culte de Julien ne semble pas avoir été important encore dans les premières décennies du Ve siècle. En effet, d’après Grégoire de Tours, on ne savait pas encore quel jour il fallait commémorer la passion de Julien. Ce serait lors de la venue de Germain d’Auxerre (v. 378-448) que la fête fut fixée au 28 août. La construction d’une grande basilique fut probablement entreprise avant 470, signe que le culte de Julien prenait alors son essor en Auvergne. Il fut particulièrement promu par les grandes familles de l’aristocratie sénatoriale gauloise, les Aviti, les Apollinares, la famille de Grégoire de Tours. Julien devint le martyr illustre de l’Auvergne : Avitus fut inhumé auprès du martyr ; Sidoine Apollinaire le célébra dans un carmen ; la famille de Grégoire de Tours avait pour habitude de se rendre en pèlerinage à Brioude. Son oncle Gallus, évêque de Clermont, institua ou remit au goût du jour, en 543 ou 545, dans un contexte de menace d’épidémie de peste, une procession annuelle, à la mi-carême, qui conduisait à pied les fidèles de Clermont jusqu’à Brioude. Ce même Gallus avait même été guéri après avoir prié au tombeau de Julien. Grégoire et son frère avaient bénéficié de la virtus de Julien dans leur enfance, son frère, auprès du tombeau, et Grégoire, à la fontaine qui avait servi à laver le chef de Julien après le martyre. Il invoqua le saint lors de l’épidémie de peste qui sévissait en Auvergne en 571 et se rendit en pèlerinage à Brioude en 573, lorsqu’il fut consacré évêque de Tours, avant de gagner la cité épiscopale. Dans son œuvre, Grégoire évoque les pèlerins qui se rendaient sur la tombe de Julien : des notables de l’administration franque, mais surtout des hommes et des femmes de toutes conditions, venant parfois avec leur bétail, ou des indigents. Beaucoup venaient de Clermont mais certains arrivaient de Bourges, de Limoges, de Reims ou de Saintonge. La Vita Juliani nous apprend qu’avant 573, les pèlerins étaient si nombreux que tous ne pouvaient pas entrer dans la basilique pour les vigiles.

      À Brioude, la basilique martyriale servait également d’église pour les habitants du vicus. Toujours d’après le témoignage de Grégoire de Tours, un aedituus veillait sur la tombe de Julien à la fin du VIe siècle. À cette période, le pèlerinage à saint Julien était devenu le plus important d’Auvergne. Le sanctuaire bénéficia également de la protection des rois mérovingiens, particulièrement depuis le règne de Thierry Ier.

      Plus tard, un collège de clercs, et au IXe siècle, de chanoines, s’organisa pour desservir la basilique et assurer le culte.

      Phases d'évolution :

      Après avoir été, à ses débuts, un pèlerinage essentiellement local puis diocésain, le pèlerinage à saint Julien devint, dans la seconde moitié du VIe siècle, le pèlerinage le plus fréquenté dans le monde franc après celui de Tours (voir fiche Saint-Martin-de-Tours n°1). Les brandea du martyr (poussière du tombeau, cire, morceaux de tentures, etc.) emportées par les pèlerins permettaient la consécration d’oratoires ou de basiliques, créant ainsi de nouveaux centres du culte de Julien (basilique Saint-Julien édifiée à Saintes par la noble Victorina, à Reims, à Bougheat en Auvergne par l’évêque de Bourges Tetradius, à Paris, à Auxerre, ou encore la basilique Saint-Julien consacrée par Grégoire à Tours). Durant la période qui vit s’opposer deux clans aristocratiques en Auvergne, l’un partisan des Francs, l’autre des Wisigoths, le Franc Thierry, au terme de 25 ans de guerres (de 507 à 532), établit sa protection sur le sanctuaire de Saint-Julien en interdisant l’usage de la violence dans un rayon de 7 milles autour de Brioude après que ses propres troupes eurent pillé le sanctuaire en 532. Ce culte devint ensuite un véritable culte dynastique pour les Francs. Il s’exerça sous la double autorité du roi et de l’évêque, tandis qu’un archiprêtre gérait la basilique (Beaujard, Le culte des saints chez les Arvernes, p. 12 et suiv.).

      La composition par Grégoire de Tours, entre 581 et 587, du Liber de passione et virtutibus sancti Juliani martyris, contribua également à l’essor du pèlerinage de Brioude et à la diffusion du culte de Julien en Gaule (Pietri, p. 37).

      Aux XIe et XIIe siècles, le culte de saint Julien semble avoir perdu de son attractivité et ne plus correspondre au modèle de sainteté recherché par l’aristocratie auvergnate. Le grand cartulaire de Brioude (fin XIe-1ere moitié du XIIe siècle) montre que le nombre des chartes de donation s’effondre après 975. Pourtant, la mémoire de Julien continue à être entretenue au sein du chapitre de Saint-Julien, comme le montrent divers manuscrits (nécrologes, martyrologes, obituaires) conservés, datés entre le XIIe et le XVe siècle (Lemaitre, « Le martyrologe », p. 305-306), ainsi que la concession d’indulgences dans les trois derniers siècles du Moyen Âge.

      Evénements marquants :
      • Pillage (Ve siècle)
        Lors d’un raid, les Burgondes pillent la cellula de Julien, mais restituent ensuite une partie de leur butin sur ordre de leurs souverains.
      • Rédaction d'une vita (Ve siècle)

        La Passio prior sancti Juliani est composée, probablement dans le dernier quart du Ve siècle.

      • Inhumation (457)
        L’empereur Avitus, après sa déposition et alors qu’il tentait de rejoindre la basilique de Brioude pour y trouver asile, meurt en cours de route et est enseveli « aux pieds du martyr ».
      • Pillage (VIe siècle)
        Les Francs envoyés par le roi Thierry (511-533/4) pillent la basilique et réduisent la population en esclavage. Le meneur de ce pillage est « consumé par le feu du ciel », selon Grégoire. Thierry restitue à la basilique ses trésors et libère la population.
      • Rédaction d'une vita (VIIe siècle)
        Grégoire de Tours rédige le Liber de passione et virtutibus sancti Juliani martyris, entre 581 et 587.
      • Translation (VIIIe siècle)
        On place après 737 la translation du chef de Julien et du bras de Ferréol, de Vienne à Brioude. Un prêtre aurait été envoyé à Vienne par les habitants de Brioude pour y récupérer le chef de leur saint patron. Ce prêtre aurait bien retrouvé le chef de saint Julien dans la tombe de Ferréol, mais la tête ne put être séparée du bras du saint Viennois, ramené à Brioude avec la tête de saint Julien. La fête de la translation des reliques de Julien et Ferréol se célébrait le 15 février.
      • Ouvrage hagiographique (IXe siècle)
        Rédaction d’une passion anonyme au tout début du IXe siècle (avant 806). Non référencée dans la BHL, elle est transmise par le manuscrit Saint-Gall 566 (vers 870), dans un livret hagiographique envoyé par Adon de Vienne à cette abbaye et correspond à la lecture liturgique de l’église de Vienne pour la fête de saint Julien.
      • Rédaction d'une vita (IXe siècle)
        Rédaction de la Passio posterior, entre 870 et 900
      • Visite exceptionnelle (893)
        Le pape Formose, en revenant de Compostelle, aurait fait une halte à Brioude pour se rendre auprès des reliques de saint Julien. À cette occasion, il expose publiquement les reliques à la vénération des fidèles (Vie et miracles de saint Julien, p. 71).
      • Inhumation (918)
        Le duc d’Aquitaine Guillaume le Pieux, comte d’Auvergne et duc des Aquitains, fondateur de Cluny, mort en 918, se fait ensevelir auprès du tombeau de saint Julien.
      • Visite exceptionnelle (1029)
        Le roi Robert le Pieux, sur le chemin de Notre Dame du Puy, s’arrête à Brioude pour y faire ses dévotions (Vie et miracles de S. Julien, p. 72).
      • Reconstruction (XIIe siècle)
        Début de la reconstruction de la basilique Saint-Julien, qui s’achève au XIIIe s.
      • Visite exceptionnelle (1120)
        Le pape Calixte II vient faire ses dévotions à la basilique Saint-Julien et accorde des privilèges au chapitre.
      • Visite exceptionnelle (1138)
        Le roi Louis VII vient faire ses dévotions à la basilique Saint-Julien et confirme une charte octroyée par Charles le Chauve aux chanoines de la collégiale (Vie et miracles de S. Julien, p. 73).
      • Visite exceptionnelle (1254)
        Saint Louis, de retour de Terre sainte, fait une halte à Brioude.
      • Visite exceptionnelle (1395)
        Le roi Charles VI se rend en pèlerinage à Brioude à la basilique Saint-Julien. Alors qu’il n’était encore que dauphin, son père Charles V avait fait pour lui un vœu de guérison à saint Julien (Vie et miracles de S. Julien, p. 74).
      • Reconnaissance de reliques (1606)
        Les reliques de Julien sont reconnues par le chapitre le 21 mars 1606 et placées dans une châsse de bois.
      • Erection du sanctuaire en basilique mineure (1957)
        L’église est érigée en basilique mineure.
      Rayonnement(s) :
      • Diocésain (VIe siècle -> ?)
        On doit à Gallus, oncle de Grégoire de Tours et évêque de Clermont, l’institution, en 543, ou la réactivation, d’un pèlerinage à l’échelle du diocèse de Clermont auprès du tombeau de Julien. La procession annuelle qu’il institua fut perpétuée par ses successeurs, Cautinus (551-571) et Avitus (571-après 592) (Pietri, p. 31).
      • Régional (VIe siècle -> ?)
        Depuis la fin du Ve siècle puis surtout au VIe siècle, la dévotion pour Julien se répandit hors des frontières de l’Auvergne. Grégoire évoque des pèlerins venus de Saintes, Reims, Tours, Limoges, Paris, Auxerre, Bourges, Vienne, ou bien encore d’une ville d’Orient (Pietri, p. 35, Bozoky, p. 220).

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      • Site internet (2017)
        Description archéologique et architecturale de la basilique Saint-Julien de Brioude : http://care.huma-num.fr/care/index.php?title=BRIOUDE,_%C3%A9glise_Saint-Julien
      • Source publiée (1863)
        DONIOL H., Cartulaire de Brioude, Clermont-Ferrand-Paris, 1863.
      • Source publiée
        SIDOINE APOLLINAIRE, Epist. IV, 6, 1-3, t. II, p. 124-125 ; Epist. VII, 1, 7, t. III, éd. et trad. A. Loyen, Paris, 1970.
      • Source publiée
        SIDOINE APOLLINAIRE, Carm. XXIV, v. 16-19, éd. A. Loyen (collection des Universités de France), t. I.
      • Source publiée
        GREGOIRE DE TOURS, Vitae Patrum, MGH, SRM, vol. I, 2, p. 34-111, Hanovre, éd. B. Krusch, 1885.
      • Source publiée
        GREGOIRE DE TOURS, Libri historiarum decem, éd. B. Krusch, MGH, srm, I, 2, 1885, p. 878-881.
      • Source publiée
        GRÉGOIRE DE TOURS, Liber de passione et virtutibus sancti Juliani martyris, B. KRUSCH (éd.), M.G.H., srm., pars II, Hanovre, 1885, rééd. 1965, p. 112-134.
      • Site internet
        Vidéo sur la découverte du baptistère de Brioude : http://www.inrap.fr/brioude-le-baptistere-paleochretien-de-st-julien-9441
      • Site internet
        Base de données en ligne Collégiale, collégiale séculière Saint-Julien de Brioude : http://vafl-s-applirecherche.unilim.fr/collegiales/?i=fiche&j=158
      Bibliographie :
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      • DUBREUCQ, A., LAURANSON-ROSAZ, Ch., SANIAL, B. (dir), Brioude aux temps carolingiens, actes du colloque international organisé par la ville de Brioude, 13-15 septembre 2007, Le Puy-en-Velay, 2010.
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      Etude(s) universitaire(s) :
      • BERGER, J., Droit, société et parenté en Auvergne médiévale (VIe-XIVe siècles) : Les écritures de la basilique Saint-Julien de Brioude, Thèse de doctorat en Histoire médiévale, ss. dir de Alain Dubreucq, Université Jean-Moulin/Lyon3, 2016.
      • VIVIER, F., La collégiale Saint-Julien de Brioude (Haute-Loire). Recherches sur les liens entre l'architecture ecclésiale, son agencement iconographique et la liturgie d'une communauté canoniale au Moyen-Âge, Thèse de doctorat en Histoire de l?Art médiéval, ss. dir de Bruno Phalip, Université Blaise Pascal-Clermont II, 2013.
      • DEHOUX E., Grégoire de Tours et la diffusion du culte de saint Julien, Mémoire de DEA, ss. dir de Bernard Merdrignac, Université de Haute-Bretagne, Rennes, 1999.
      • DEHOUX E., La Passion de saint Julien et les débuts de son culte, Mémoire de maîtrise, ss. dir de Hervé Oudart, Université de Bretagne occidentale, Brest, 1998.

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      Edifice :
      • Le chevet de Saint-Julien de Brioude - By Fabienuniversité [CC BY-SA 4.0  (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], from Wikimedia Commons - 2013
      • La crypte et le reliquaire XIXe s. de saint Julien - By Fabienuniversité [CC BY-SA 3.0  (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], from Wikimedia Commons - 2006
      • Massif occidental et collat�ral nord de Saint-Julien - By Fabienuniversit� [CC BY-SA 4.0  (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], from Wikimedia Commons - 2010
      • Massif occidental et collatéral nord de Saint-Julien - By Fabienuniversité [CC BY-SA 4.0  (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], from Wikimedia Commons - 2010
      Autre :

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • BULLY Aurelia
      Rédacteur :
      • BULLY Aurelia
      Date de l'enquête :
      2017
      Date de rédaction de la fiche :
      2017
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheBULLY Aurelia, « Saint-Julien-de-Brioude », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/787/saint-julien-de-brioude, version du 19/10/2018, consulté le 20/11/2018