INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Gurloës

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Gurloës
Période d'activité :
XIe siècle - 2018
Commune :
Quimperlé
Département :
Finistère
Localisation de Quimperlé

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Quimperlé
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Quimper et Léon (1791 - 2018)
Ancien: Quimper (XIe siècle - 1791)
Paroisse :
Actuelle: Saint-Colomban-en-Pays-de-Quimperlé (XXe siècle - 2018)
Ancienne: ? (? - XXe siècle)
Compléments :
Malgré les bouleversements de la topographie des diocèses français lors de la Révolution, Quimperlé dépendit toujours du siège épiscopal de Quimper. Correspondant anciennement au comté de Cornouaille, le diocèse de Quimper (dit Quimper et Léon) correspond aujourd’hui au département du Finistère. En plus de l’abbaye, la ville de Quimperlé comprenait deux paroisses : Saint-Colomban et Saint-Michel. La ville de Quimperlé appartient désormais à la paroisse Saint-Colomban (« Saint-Colomban-en-Pays-de-Quimperlé »), qui s’étend sur dix-neuf communes.

Site

Type de site :
Vallée
Altitude :
7 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Désert
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Axe de circulation
Carrefour
Cours d'eau
Remparts
Compléments :
La ville de Quimperlé se situe à l’extrémité sud-est du département du Finistère. L’abbaye a été fondée à la pointe d’une presqu’île formée par la confluence de l’Isole et de l’Ellé. La ville tire son nom de cette configuration, « Kemper » signifiant « confluence » en breton, et Ellé étant l’une des deux rivières. À partir de Quimperlé, cette confluence forme un aber (petit fjord) qui se jette dans l’Océan Atlantique, douze kilomètres plus au sud. La ville est située sur l’axe Quimper-Lorient-Vannes-Nantes, et constitue un carrefour à l’échelle locale.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Gurloës (XIe siècle - 2018)
Type de lieu de culte :
Abbatiale
Nom du lieu de culte :
Saints patrons :
Compléments :
Selon la légende, le monastère de Quimperlé (d’abord appelé Anaurot), fut fondé au VIe siècle par saint Gurthiern, un jeune noble devenu moine et missionnaire. Après sa destruction par les Normands au IXe ou Xe siècle, l’abbaye fut restaurée et réformée par les Bénédictins de Redon en 1029 (date traditionnellement admise). L’église abbatiale fut construite au tournant des XIe et -XIIe siècles. L’abbaye connut son apogée aux XIe-XIIIe siècles. Mise en commende en 1563, elle connut un déclin irrémédiable, malgré son rattachement à la Congrégation de Saint-Maur en 1665 et le prestigieux abbatiat de Guillaume Charrier (1668-1717). Après sa dissolution en 1790, l’abbaye fut brièvement utilisée comme Temple de l’Être Suprême (1793-1795). Après son effondrement en 1862, l’église fut reconstruite de 1864 à 1868. Aujourd’hui, les différentes ailes du cloître servent de gendarmerie et de bureaux de poste, tandis que le cloître lui-même sert de cour de récréation aux élèves de l’école Sainte-Croix.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Tombeau de saint Gurloës
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Pierre
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Crypte de l’église Sainte-Croix
Datation de l'objet :
1083
Compléments :
Le tombeau de saint Gurloës consiste en un massif de maçonnerie rectangulaire, présentant une petite arche en son centre. Il a été érigé en 1083 par l’abbé Benoît, successeur de Gurloës. D’un appareil assez grossier, ce massif supporte un gisant en tuffeau de saint Gurloës, représenté avec sa crosse abbatiale. Ce gisant a été rajouté à la fin du XIVe ou au début du XVe siècle. Il est entièrement recouvert de graffitis du XVIIIe siècle, peut-être gravés en remerciement pour des guérisons. Après mai 68, des amoureux ont rajouté leurs « marques », faites d’initiales ou de cœurs. Selon Daniel Andrejewski (1983), le support du gisant présente un creux dans lequel les pèlerins étaient censés passer leur tête pour guérir de leurs maux de tête. Peut-être contenait-il à l’origine le crâne de Gurloës. Les pèlerins atteints de maux de rein devaient ramper sous l’arche du tombeau – marque d’humilité – pour en être guéris. Ce tombeau a été classé Monument Historique au titre d’objet immeuble dans la première liste proposée par Prosper Mérimée (1840).

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Le culte de saint Gurloës (Urlou en breton) a la spécificité de reposer sur un personnage qui ne fut jamais canonisé officiellement. D'abord prieur de l'abbaye Saint-Sauveur de Redon (Ille-et-Vilaine), Gurloës réforma l'abbaye de Quimperlé sous le règne du comte de Cornouaille Alain Canhiart (mort en 1058). Il en devint l'abbé (1029-1057). La fondation légendaire de l'abbaye de Quimperlé est attribuée à saint Gurthiern, contemporain du roi Gradlon (début du VIe s.), dont la vita fut écrite dans les années 1120. Le tombeau de Gurloës fut élevé en 1083 par l'abbé Benoît, son successeur, mais le pape Urbain II (1088-1099) refusa sa canonisation, Gurloës n'ayant "que" le statut de bienheureux. En effet, aucun miracle ne lui avait été attribué de son vivant, condition nécessaire à la sainteté. De plus, aucune vita ne fut écrite à son sujet, ni de notice par Albert Le Grand dans ses Vie des saints de la Bretagne Armorique (1636).
Miracles :
Vers 1650, Dom Placide Le Duc mentionnait de nombreux miracles réalisés autour du tombeau de Gurloës.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Voeu
  • Thérapie
  • Folie
Compléments :
À l'abbaye de Quimperlé, saint Gurloës était invoqué pour la goutte, la folie (ou possession par le démon), les maux de rein et de tête. Un des piliers de la crypte, nommé "pilier des fous", servait à y attacher les fidèles possédés pour les exorciser. André-Yves Bourgès (2011) a mis en évidence que de nombreux saints guérisseurs avaient un nom proche de celui de la maladie qu’ils étaient censés guérir. Ainsi Méen pour les mains, Eutrope pour l’hydropisie, ou Gurloës (Urlou en breton) pour la goutte, dite également urlou en breton. Selon dom Placide Le Duc (vers 1650), les fidèles prélevaient de la poussière liée à la dégradation du tombeau de Gurloës, car celle-ci était censée avoir de « grandes vertus dans la guérison de certaines maladies ». Le même auteur précise qu’à son époque, Gurloës était plus invoqué pour les maux de tête et les fièvres que la goutte.
Jour(s) de fête :
  • 25 août
Type de fréquentation :
Continu
Pratiques individuelles :
  • Cire
  • Prières
  • Passer sous la relique
  • Actions de grâce
  • Voeux
  • Emporter
Pratiques en présence du clergé :
    Ex voto :
      Confrérie(s) :
        Indulgence(s) :
          Compléments sur le culte :

          L'ÉDIFICE

          Description :
          L'église abbatiale Sainte-Croix de Quimperlé présente une architecture particulière. Elle consiste en une imposante rotonde de vingt-huit mètres de diamètre, flanquée aux quatre points cardinaux par des corps de bâtiment de la taille d'une travée prolongée d'une absidiole ; le chœur liturgique, les bras du transept et le porche qui, lui, ne présente pas d'absidiole. L’église mesure au total cinquante-et-un mètres de long. Selon Yves Bellancourt, ce plan est une synthèse entre la croix, le trilobe et la rotonde. Fortement surélevé, le maître-autel se trouve au centre de la rotonde. Sous celui-ci se trouve la crypte, qui abrite le tombeau de l'abbé Gurloës. L'essentiel de l'église fut construit au tournant des XIe-XIIe siècles, dans le sillage de la réforme de l'abbaye. La rotonde fut surmontée d'une tour carrée en 1679. À cause de son équilibre précaire, l'édifice s'effondra en 1862. À l’exception du chœur et de la crypte, il fut reconstruit entre 1864 et 1868 par Joseph Bigot. Dans l'esprit de Viollet Le Duc, celui-ci chercha à retrouver le style initial de l'édifice tel qu'il aurait dû être au début du XIIe siècle, plutôt que de proposer une restauration prenant en compte les imperfections et modifications de l'église au cours des siècles. L'église avait été classée Monument Historique en 1840, sur la première liste proposée par Mérimée.
          Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
            Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
            • Crypte (XIe siècle)
              La crypte de l'église Sainte-Croix de Quimperlé se trouve au centre de la rotonde, sous le maître-autel. Elle consiste en trois vaisseaux séparés par deux rangées de colonnes à chapiteaux romans surmontés par des voûtes d'arête. Le vaisseau central abrite deux tombeaux : celui des abbés Gurloës et Henry de Lespervez (1409-1434). L'un des piliers de cette crypte, dit le "pilier des fous", servait à y attacher les fidèles possédés pour les exorciser.

            HISTOIRE DU SANCTUAIRE

            Origines :
            Date de première mention : 1029
            Initiative de la fondation :
            • Seigneur laïc
            Environnement institutionnel, politique et religieux :
            L’abbaye de Quimperlé fut restaurée dans le cadre d’un vaste mouvement de réforme des abbayes bénédictines en Bretagne, par des moines de l’abbaye de Redon. Cependant, le contexte de fondation du monastère originel nous reste inconnu.
            Phases d'évolution :
            Dès 1083, le successeur de Gurloës fit élever son tombeau dans la crypte de l'abbatiale Sainte-Croix. Gurloës étant béatifié, mais pas canonisé, le pape Urbain II demanda que cesse son culte, en vain, la dévotion populaire restant très vive. La restauration de son tombeau au tournant des XIVe-XVe siècles montre qu'à cette époque, son culte était encore actif. Au XVIIe siècle, il dut connaître un déclin simultané à celui de l'abbaye. Dans son Histoire de l’abbaye de Quimperlé (vers 1650), Dom Placide écrivit que « Les saintes reliques estoient gardées avec peu de soin, ou plutost dans un estat qui faisoit plus de pitié, qu’il ne donnoit de vénération, n’ayant ny châsse ni clôture, etc. La chapelle sous voûte de saint Gurlois servoit quelquefois de rendez-vous » (éd. 1881, p. 474). De plus, Albert Le Grand ne consacra aucune notice à Gurloës dans sa Vie des saints de la Bretagne Armorique (1636). Les graffitis gravés sur le tombeau de Gurloës datent essentiellement du XVIIIe siècle. Selon Yves-Pascal Castel, il aurait pu s'agir d'une forme d'ex-voto, d'un signe de la négligence des moines face à d'éventuelles profanations, voire les deux en même temps... Selon Charles Guyotjeannin (1971), les fidèles passaient encore sous le tombeau de Gurloës au début du XXe siècle, ce que n’observe plus Daniel Andrejewski en 1983.
            Evénements marquants :
            • Réforme (1029)
              L'abbaye Sainte-Croix de Quimperlé fut réformée par des moines de l'abbaye de Redon, à l'initiative du comte de Cornouaille Alain Canhiart (mort en 1058). Gurloës, alors prieur de Redon, en devint le premier abbé (1029-1057).
            • Fabrication de l'objet de dévotion (1083)
              L'abbé Benoît, successeur de Gurloës, fit élever le tombeau de son prédécesseur dans la crypte de l'église Sainte-Croix.
            • Autre (1088-1099)
              Le pape Urbain II (1088-1099) refusa la canonisation de saint Gurloës mais le culte perdura.
            • Restauration (1400)
              Le gisant de saint Gurloës fut refait en tuffeau au tournant des XIVe-XVe siècles.
            • Translation (1644)
              Un « os moyen » du bras de saint Gurloës fut donné à l’abbaye de Redon en 1644.
            Rayonnement(s) :
            • Local (XIe siècle -> 2018)
              Selon André-Yves Bourgès, saint Gurloës a toujours fait l’objet d’un culte local.

            RÉFÉRENCES

            Source(s) :
            Bibliographie :
            • TANGUY, B. dir., L'abbaye Sainte-Croix de Quimperlé, des origines à la Révolution [Actes coll. Quimperlé, 2-3 octobre 1998], Brest, Quimperlé, CRBC, Association des Amis de l'Abbaye Sainte-Croix de Quimperlé, 1999.
            • PROVOST, G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
            • BRILLET, A., «Sainte-Croix de Quimperlé », in ANDREJE WSKI, D. dir., Les abbayes bretonnes, Paris, Le Sarment/Biennale des Abbayes Bretonnes/Fayard, 1983, p. 195-205.
            • GUYOTJEANNIN, C., «Notes sur quelques saints guérisseurs bretons », in Revue d'Histoire de la Pharmacie, 210 , 1971, p. 479-483.
            • KERVRAN, M.-H., Visite de l'église abbatiale de Sainte-Croix de Quimperlé, Quimperlé, Revivre, 1966.
            • DUINE, F., Catalogue des sources hagiographiques pour l'histoire de Bretagne jusqu'à la fin du XIIe siècle, Paris, Champion, 1922.
            • LE DUC, Dom P., Histoire de l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, Quimperlé, Clairet, 1881.
            Etude(s) universitaire(s) :
            • PROVOST, G., Le pèlerinage en Bretagne aux XVIIe-XVIIIe siècles, Thèse de doctorat, ss. dir de J. QUENIART, Rennes II, 1995.
            • PÉOC'H, C., Sainte-Croix de Quimperlé, l'édifice médiéval et sa reconstruction, Mémoire de Maîtrise, ss. dir de X. BARRAL-I-ALTET, Rennes II, 1984.

            PHOTOGRAPHIES LIÉES

            Objet de dévotion :
            Edifice :
            Autre :
            • Localisation de Quimperlé - Maxime Bolard - 2018

            À PROPOS DE L'ENQUÊTE

            Enquêteur :
            • BOLARD / PROVOST Maxime / Georges
            Rédacteur :
            • BOLARD Maxime
            Date de l'enquête :
            1995/2018
            Date de rédaction de la fiche :
            2018
            Etat de l'enquête :
            En cours
            Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Saint-Gurloës », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
            url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/776/saint-gurloes, version du 14/09/2018, consulté le 24/09/2018