INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Notre-Dame-de-Quelven

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Notre-Dame-de-Quelven
Période d'activité :
? - 2018
Commune :
Guern
Département :
Morbihan
Localisation de Guern

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Guern
Hameau/Lieu-dit :
Quelven
Diocèse :
Actuel: Vannes (? - 2018)
Ancien:
Paroisse :
Actuelle: Guern-Malguénac (XXe siècle - 2018)
Ancienne: Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Guern (? - XXe siècle)
Compléments :
Malgré les bouleversements révolutionnaires, la paroisse de Guern a toujours fait partie du diocèse de Vannes. Le sanctuaire de Quelven dépend de la paroisse de Guern, qui a aujourd’hui fusionné avec la paroisse voisine de Malguénac.

Site

Type de site :
Colline
Altitude :
169 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Hameau
Type de proximités :
Cours d'eau
Compléments :
La chapelle est construite au sommet d’une colline culminant à 171 m d’altitude. Au sud-ouest de cette colline coule un ruisseau. Le hameau de Quelven se trouve à deux kilomètres à l’est du bourg de Guern et à huit kilomètres au sud-ouest de la sous-préfecture de Pontivy. Aucune route importante ne passe à proximité du site. Le littoral le plus proche – l’Océan Atlantique – se trouve à quarante kilomètres au sud-ouest, près de Lorient. Guern se trouve dans la zone originellement bretonnante de la Bretagne.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Notre-Dame-de-Quelven (? - 2018)
Compléments :
Le nom « Quelven » (Kelven ou Keluen en breton) signifierait « colline sacrée », « colline blanche » ou « colline de la Blanche » (la Vierge). Ce pèlerinage est actif au moins depuis le XVe s.
Type de lieu de culte :
Chapelle
Nom du lieu de culte :
Notre-Dame de Quelven
Saints patrons :
  • Vierge Marie (? - 2018)
Compléments :
Quartier de la paroisse de Guern, la chapelle de Quelven est mentionnée pour la première fois en 1401. Elle fut entièrement reconstruite de 1476 à 1510, les travaux étant en grande partie financés par les vicomtes de Rohan et Rimaison. Elle fut fermée lors de la période révolutionnaire (1792-1802). Son clocher s’effondra en 1837; sa reconstruction ne fut achevée qu’en 1864. Elle fait aujourd’hui partie du territoire de la paroisse de Guern-Malguénac et est gérée en partenariat avec l’Association des Amis de Quelven, créée en 2006 et qui regroupait quarante-deux bénévoles en 2017. Bien qu’elle soit couramment désignée sous le titre de basilique, ce statut lui fut refusé par la papauté au XIXe siècle.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Vierge ouvrante de Quelven
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Bois
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Chœur de l’église
Datation de l'objet :
XVIe siècle
Compléments :
La statue de Notre-Dame de Quelven est une Vierge à l’Enfant en bois polychrome datant du XVIe siècle. Marie est assise, tenant l’Enfant-Jésus debout sur son genou gauche. Elle a un sceptre doré terminé par une fleur de lys dans la main droite. Les tuniques de la Vierge et du Christ sont dorées, leurs cheveux auburn, leurs visages et leurs mains couleur peau. La statue fut mise à l’abri en 1792 par un villageois nommé Gilles Le Forestier, qui la restitua au sanctuaire après la Révolution. La Vierge de Quelven présente la particularité d’être « ouvrante » ; une fente verticale en son milieu permet de l’ouvrir et de former un triptyque de douze tableaux. Ces tableaux représentent des épisodes de la Passion, de la résurrection du Christ et du Jugement dernier. Cette spécificité de la statue ne fut redécouverte qu’en 1895 : elle fut classée Monument Historique au titre des objets dès 1907. Les chefs de l’Enfant-Jésus et de la Vierge furent couronnés en 1921. C’est cette statue qui était, et qui est toujours, portée en procession lors des pardons. Pour l’occasion, elle est vêtue d’un manteau blanc ourlé de dorures.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Selon l’abbé Le Trouher (1901), la Vierge Marie voulut construire une chapelle en Bretagne. Ne sachant où la construire, elle laissa rouler une boule de pierre et construirait la chapelle à l’endroit où s’arrêterait la boule. Après deux essais infructueux où la boule s’arrêta au milieu de bourgades où les gens méprisaient Dieu, la boule s’arrêta sur la colline de Quelven, où la Vierge bâtit sa chapelle.
Miracles :
En 1748, le père Cillart de Kerampoul mentionna dans son pouillé manuscrit (A.D. Morbihan, 101 G 1118) que la chapelle de Quelven était celle où s’accomplissaient le plus de miracles dans le diocèse de Vannes. Le cantique de 1780 cite deux cent quatorze miraculés dans l’année qui précède sa rédaction. L’abbé Le Trouher (1901) extrapole en calculant qu’à un tel rythme, il y aurait eu plus de trente mille miracles à Quelven entre la fin du XVIe siècle et 1780. Ce même cantique parle de quatre cents marins rescapés d’une tempête. L’abbé Le Trouher mentionne deux personnes sauvées de la noyade (vers 1850 et en 1891), une fille muette ayant retrouvé la parole (1866) et un père de famille dépressif ayant failli s’empoisonner (1900). Il mentionne également qu’à son époque, le recteur de Guern tenait un registre des miracles qui se sont produits à Quelven.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Voeu
  • Thérapie
  • Folie
  • Fécondité
  • Autre
Compléments :
Le cantique des miracles de 1780 mentionne quatre cents marins bretons sauvés du naufrage lors d’une tempête. De plus, une maquette de navire datée de 1746 est conservée dans la chapelle. Elle aurait été originellement offerte par les marins de Riantec à la chapelle de Larmor en Ploemeur. L’eau de la fontaine était censée guérir les enfants malades et apporter fécondité aux femmes stériles. L’abbé Le Trouher (1901) mentionne une fille muette ayant retrouvé la parole (1866) et un père de famille dépressif ayant failli s’empoisonner (1900).
Jour(s) de fête :
  • Assomption
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
La chapelle de Quelven formait une triade avec les églises de Rostrenen et Guirmané en Perret (Côtes d’Armor), dans lesquelles certains pèlerins effectuaient un « triplé » des pardons le jour du 15 août : premières vêpres dans une chapelle, grand’messe dans la deuxième et vêpres du jour dans la troisième (Provost, 1998, p. 91). Ces églises sont grossièrement alignées sur trente-six kilomètres, Perret étant à peu près à mi-chemin entre Rostrenen et Quelven. Le dénivelé maximal est de cent quarante mètres, et sept à huit heures étaient nécessaires pour relier les trois sanctuaires à pied. Selon l’abbé Le Trouher (1901), le dimanche du Rosaire était aussi une fête importante à Quelven.
Pratiques individuelles :
  • Cire
  • Prières
  • Dons
  • Boire
  • Actions de grâce
  • Voeux
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Confessions
  • Processions
  • Messe
  • Chants
  • Pèlerinage
Ex voto :
  • Cire
    De nombreux cierges sont déposés dans le sanctuaire.
  • Tableau (?)
    L’abbé Le Trouher (1901) mentionne qu’« une quinzaine d’années » avant la rédaction de son livre se trouvait un tableau représentant la Vierge qui apparaissait à une femme mourante pour lui rendre la santé.
  • Texte gravé (?)
    En 1901, l’abbé Le Trouher mentionna des panneaux de texte gravé accrochés aux murs de la chapelle.
  • Autre (1746)
    Une maquette du bateau Notre-Damme d’Amour est actuellement exposée dans la chapelle de Quelven. Elle fut offerte en 1746 par les marins de Riantec à la chapelle de Larmor en Ploemeur. Depuis 1750, elle est présente dans la chapelle de Quelven. Cette maquette a été classée Monument Historique au titre d’objet en 1977 et est portée en procession lors des pardons.
Confrérie(s) :
    Indulgence(s) :
    • Partielle (1451)
      Le pape Nicolas V (1447-1455) accorda une indulgence au sanctuaire de Quelven, ce qui contribua à relancer son pèlerinage.
    • Plénière (1691)
      Selon l’abbé Le Trouher, un retable du chevet porterait la légende : « IHS. Indulgence plénière à perpétuité ». Elle n’est connue par aucune documentation écrite.
    • Plénière (1807)
      Un légat du pape, le cardinal Caprara, accorda une indulgence plénière pour une durée de sept ans au sanctuaire de Quelven, à condition de le visiter pour la fête de la Nativité de la Vierge (8 septembre).
    Compléments sur le culte :
    L’abbé Cillart de Kerampoul (1748) mentionna vingt confesseurs lors des pardons.

    L'ÉDIFICE

    Description :
    La chapelle Notre-Dame de Quelven se trouve au centre d’un placitre ovale de vingt-trois ares. Elle mesure soixante-dix mètres de long (sacristie incluse) sur vingt-huit de large. La tour de son clocher mesurait à l’origine quatre-vingt-quatre mètres de haut ; elle en mesure soixante-douze depuis 1864. La tour est démesurée par rapport aux dimensions plus modestes de la nef, du transept et du chœur. La chapelle présente un plan à trois vaisseaux. La nef est longue de quatre travées et est couverte de lambris. Son mur sud est rythmé par quatre pignons. Le transept est large d’une travée et est saillant. Le chœur est polygonal à cinq pans. L’essentiel de la construction de la chapelle date de la période 1476-1510. Sa toiture fut refaite en 1582 puis 1633-1634. La décoration intérieure fut entièrement refaite au XVIIe siècle et une nouvelle sacristie prolonge le chœur depuis 1760 environ. L’installation en 1835 de nouvelles cloches, trop lourdes pour la tour du clocher, provoqua l’effondrement de celui-ci en 1837. Sa reconstruction ne fut achevée qu’en 1864. La chapelle, placée sur la première liste de Prosper Mérimée, fut classée Monument Historique en 1840.
    Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
    • Fontaines (XVe siècle)
      À environ deux cents mètres au nord-ouest du sanctuaire se trouve une fontaine du XVe siècle accompagnée de deux bassins et entourée d’une petite enceinte. L’eau de cette fontaine était censée guérir les enfants malades et rendre leur fertilité aux femmes stériles. Selon l’abbé Le Trouher (1901), les hommes venaient se faire raser devant cette fontaine le jour du pardon ; cette tradition avait déjà disparu à son époque. Cette fontaine fut classée Monument Historique en 2014.
    • Autel en plein air (1738)
      En 1738, une Scala Sancta inspirée de celle de Sainte-Anne-d’Auray (construite en 1662) fut placée au sud de la chapelle. Il s’agit d’une tribune desservie par deux escaliers (à gauche et à droite) permettant de prêcher devant une foule nombreuse. Ce monument fut classé Monument Historique en 2014.
    Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

      HISTOIRE DU SANCTUAIRE

      Origines :
      Date de première mention : 1401
      Initiative de la fondation :
      • ?
      Environnement institutionnel, politique et religieux :
      Phases d'évolution :
      La chapelle de Quelven fut mentionnée pour la première fois en 1401. Les XVe-XVIe siècles sont les témoins d’un culte dynamique : indulgence (1451), reconstruction de la chapelle (1476-1510), de la fontaine, du presbytère (1587) et création de la statue de la Vierge de Quelven. Grâce au souffle de la réforme tridentine, le sanctuaire fut modernisé à la fin de l’Ancien Régime : décoration de l’église (fin XVIIe s.), indulgence plénière (1691), orgue (1709), construction d’une Scala Sancta (1738) dédiée aux messes en plein air et nouvelle sacristie de l’église (vers 1760). Le père Cillart de Kerampoul mentionne la présence de vingt confesseurs au pardon au milieu du XVIIIe siècle. Le pardon du 15 août connut aussi quelques innovations : feu de joie (tantad) allumé par un ange pyrophore lancé depuis l’église par une tyrolienne, comme à Saint-Jean-du-Doigt (Finistère) et rédaction d’un cantique des miracles (1780). Après la Révolution, le pèlerinage de Quelven connut un nouvel essor à partir du milieu du XIXe siècle. La chapelle fut classée Monument Historique et réparée grâce aux financements du roi Louis-Philippe Ier, puis du président Louis-Napoléon Bonaparte. Le titre de basilique lui fut refusé mais sa Vierge fut couronnée en 1921. Bien qu’il ne connaisse plus les fastes de la Belle Époque, le pardon de 2016 accueillait encore environ mille visiteurs. Il est le troisième pardon du diocèse de Vannes en termes d’affluence, après Sainte-Anne-d’Auray et Notre-Dame du Roncier de Josselin.
      Evénements marquants :
      • Indulgences (1451)
        Grâce à une indulgence du pape Nicolas V (1447-1455), le culte de Notre-Dame de Quelven connut un nouvel essor.
      • Reconstruction (1476-1510)
        La chapelle de Quelven fut entièrement reconstruite de 1476 à 1510, les travaux étant en grande partie financés par les vicomtes de Rohan et Rimaison.
      • Fabrication de l'objet de dévotion (XVIe siècle)
        La statue de la Vierge de Quelven date du XVIe siècle.
      • Cantique (1780)
        Le cantique de Quelven fut composé en 1780. Il est connu grâce à l’abbé Le Trouher (1901), qui est le premier à le citer dans sa monographie sur Notre-Dame de Quelven.
      • Mise à l'abri de l'objet de dévotion (1792)
        La statue de Notre-Dame de Quelven fut mise à l’abri en 1792 par un villageois nommé Gilles Le Forestier, qui la restitua au sanctuaire après la Révolution.
      • Reconstruction (1835-1864)
        Après l’installation de nouvelles cloches en 1835, le clocher de la chapelle s’effondra en 1837. La tour fut reconstruite de 1843 à 1864, notamment grâce aux financements du roi Louis-Philippe Ier et du président Louis-Napoléon Bonaparte.
      • Couronnement de la statue (1921)
        Les chefs de l’Enfant-Jésus et de la Vierge de Quelven furent couronnés en 1921.
      Rayonnement(s) :
      • Diocésain (? -> 2018)
        Selon Georges Provost (1998, p. 156), le sanctuaire de Quelven avait une audience de niveau intermédiaire dans le Vannetais et la Haute-Cornouaille. Son audience dépassait de loin l’échelle du « pèlerinage de pays », mais ne s’étendait pas non plus au diocèse entier. La cartographie des donations testamentaires faites au sanctuaire de Quelven par Muriel Cano (2002) confirme que le rayonnement se limite à la partie nord du Vannetais bretonnant pour la période fin XVIIe-milieu XVIIIe siècle.

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      Bibliographie :
      • PROVOST, G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
      • FLOQUET, C., Guern au cours des siècles, Spezet, Imp. Keltia Graphic, 1992.
      • Notre-Dame de Quelven, Guern, La Seyne, J. Le Marigny, 1959.
      • LE TROUHER, G., Notre-Dame de Quelven, chapelle et pèlerinage, Vannes, Lafolye, 1901.
      Etude(s) universitaire(s) :
      • PROVOST, G., Le pèlerinage en Bretagne aux XVIIe-XVIIIe siècles, Thèse de doctorat, ss. dir de J. QUENIART, Rennes II, 1995.

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      Edifice :
      Autre :
      • Localisation de Guern - Maxime Bolard - 2018

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • BOLARD / PROVOST Maxime / Georges
      Rédacteur :
      • BOLARD Maxime
      Date de l'enquête :
      1995/2018
      Date de rédaction de la fiche :
      2018
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Notre-Dame-de-Quelven », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/775/notre-dame-de-quelven, version du 14/09/2018, consulté le 24/09/2018