INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Corentin (Tro Breiz)

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Corentin
Période d'activité :
IXe siècle - 2018
Commune :
Quimper
Département :
Finistère
Localisation de Quimper dans le parcours du Tro Breiz

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Quimper
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Quimper-Léon (1791 - 2018)
Ancien: Quimper (IXe siècle - 1791)
Paroisse :
Actuelle: Saint-Corentin de Quimper (? - 2018)
Ancienne:
Compléments :
Malgré les bouleversements de la topographie des diocèses français lors de la Révolution, Quimper conserva son siège épiscopal. Correspondant anciennement au comté de Cornouaille, le nouveau diocèse de Quimper (dit de Quimper et Léon) correspond aujourd’hui au département du Finistère.

Site

Type de site :
Rive de cours d'eau
Altitude :
6 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Abbaye
Cours d'eau
Compléments :
La ville de Quimper se trouve au sud du pays glazik, au sud-ouest de la Cornouaille. Elle a été établie à la confluence des rivières du Steïr et de l’Odet. Ce dernier fleuve forme un aber qui se jette dans l’Océan Atlantique quinze kilomètres plus au sud. Quimper était et est toujours un carrefour routier important, permettant de desservir le nord, le centre et le sud de la Bretagne. Capitale historique du comté de Cornouaille, elle est la préfecture du département du Finistère depuis 1790.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Corentin (IXe siècle - 2018)
Compléments :
Le nom Quimper, qui s’écrit « Kemper » en breton, signifie « confluent ». Il est attesté à partir du XIe siècle.
Type de lieu de culte :
Cathédrale
Nom du lieu de culte :
Saint-Corentin
Saints patrons :
  • Corentin (? - 2018)
Compléments :
Le diocèse de Cornouaille, ayant son siège à Quimper, est attesté au début du IXe siècle. Le cartulaire de l’abbaye de Quimper fait cependant remonter cette fondation au VIe siècle. La cathédrale fut reconstruite à l’époque romane (XIIe siècle), puis à l’époque gothique (1240-1336 et 1424-1493). À la Révolution française, elle fut reconvertie en temple de la Raison, grenier, salle de jeux puis temple des Lois. Le culte catholique y fut restauré dès 1795. Depuis le Concordat de 1802, elle demeure le siège du diocèse de Quimper et Léon (département du Finistère).

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Bras de saint Corentin
Nature de l'objet :
Relique (= fragment)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Cathédrale Saint-Corentin
Datation de l'objet :
?
Compléments :
Le bras de saint Corentin est mentionné pour la première fois en 1219 ; l’évêque de Quimper faisait prêter serment dessus lors d’un accord. En 1623, un second bras (humérus) de saint Corentin fut offert par l’abbé de Marmoutier (Indre-et-Loire) à l’évêque de Quimper, Mgr Le Prestre de Lezonnet. Cependant, ce dernier conserva cette relique à titre privé dans son manoir de Scaër. Ce n’est qu’à la mort du prélat (1640) que l’humérus rejoint le trésor de la cathédrale, placé dans une châsse portée par deux anges d’argent. À la Révolution, ce reliquaire fut fondu, et les reliques mises à l’abri. Elles furent rendues au sanctuaire en 1795. Une nouvelle relique de Marmoutier fut offerte à la cathédrale en 1809 ; dans le cadre du renouveau ultramontain, cette relique fit l’objet d’un procès-verbal d’authentification en 1885. Ce bras ne fut qu’occasionnellement porté en procession (1768, 1782, 1785 et 1893-1897). À la veille du pardon de 1997, on se rendit compte qu’il avait été volé au cours de l’année précédente.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Saint Corentin serait un jeune noble devenu moine, ermite, puis évêque de Quimper, au VIIe ou VIIIe siècle. Il vécut d’abord en ermite dans son ermitage de Plomodiern, au pied de la colline du Ménez-Hom, avant d’être choisi par le roi Gradlon pour devenir le premier évêque de Cornouaille. Ce dernier lui aurait donné son palais de Quimper pour qu’il y fonde l’évêché. Corentin est cité pour la première fois dans la Vita de saint Guénolé, écrite vers 880. Selon André-Yves Bourgès (2013), son dossier hagiographique se compose de huit pièces, dont les deux principales sont un sermo regroupant cinq miracles, écrit au début du XIIe siècle, et sa Vita, certainement écrite par l’évêque de Quimper Rainaud dans les années 1230. Bien que la tradition le fasse remonter au début du VIe siècle, comme les autres fondateurs d’évêchés de Bretagne, A.-Y. Bourgès démontre que Corentin fut contemporain du roi Gradlon-Plonéour, ayant vécu au IXe siècle. Au XVIIe siècle, Albert Le Grand (1636), puis le père Maunoir (1641) augmentèrent sa Vita en y incluant des voyages missionnaires en Égypte, à Rome, Jérusalem et même en Islande ! Au nom d’une tradition ancienne fondée sur quelques mentions médiévales (une seule pour Quimper, en 1424) d’un « pèlerinage des Sept Saints de Bretagne » ou circuitus Britanniae, la cathédrale de Quimper fut à la fin du XIXe siècle intégrée au pèlerinage du Tro Breiz, dont le concept fut « ressuscité » par l’abbé Luco en 1874 (cf. fiche Tro Breiz). Le pèlerinage du Tro Breiz (« tour de Bretagne » en breton) est consacré aux évêques fondateurs des sept évêchés les plus occidentaux de Bretagne (excluant Rennes et Nantes). Ces « Sept Saints » seraient venus du Pays de Galles aux Ve-VIe siècles pour fonder leurs évêchés respectifs : Malo (ou Maclou) à Saint-Malo, Samson à Dol, Patern à Vannes, Corentin à Quimper, Tugdual à Tréguier, Paul-Aurélien à Saint-Pol-de-Léon et Brieuc à Saint-Brieuc. Selon les historiens promoteurs du Tro Breiz aux XIXe et XXe siècles, ce pèlerinage consistait en une boucle d’environ sept cents kilomètres reliant les sept évêchés, que les pèlerins mettaient un mois à parcourir dans le sens de leur choix et en partant de n’importe quel endroit, pourvu qu’ils y reviennent à l’arrivée. La pratique renaît, sous une forme collective et fractionnée (en reliant deux cathédrales par an) en 1994, impliquant des milliers de participants. Cependant, Jean-Christophe Cassard (1996) qualifia ce pèlerinage de « mirage historiographique », affirmant que malgré l’existence d’un culte voué aux « Sept Saints » (qui ne sont pas toujours les fondateurs des évêchés), la pratique d’une telle pérégrination ne concerna que « quelques individus un peu marginaux ». André-Yves Bourgès (2016) nuance le propos en avançant qu’au XIIe siècle, les évêques de Dol, qui revendiquaient un statut métropolitain que la papauté leur dénia en 1199, auraient pu encourager un éphémère culte des « Sept Saints de Bretagne » afin de justifier l’unité religieuse de la Bretagne face aux prétentions de l’archevêché de Tours.

 

Miracles :
Saint Corentin aurait fait jaillir une source pour un ermite de Plomodiern nommé Primel, après quoi ce dernier disparut mystérieusement. Corentin prit alors sa place et vécut en se nourrissant de la chair d’un petit poisson vivant dans la source. Prélevant chaque jour un petit morceau de la chair de l’anguille, celle-ci ne mourut pas et permit au saint de survivre en régénérant chaque jour sa chair. Dans le sermo écrit par l’évêque Robert (1113-1130), cinq miracles de Corentin sont énumérés, dont le jaillissement de la source ci-dessus. Les quatre autres miracles eurent lieu après sa mort. Lors d’une fête dédiée à Corentin lui-même, un étranger aurait mortellement frappé son anguille, toujours vivante. Frappé de convulsions soudaines, il fut guéri par saint Corentin sur la prière de ses compagnons. Puis, une femme ayant promis de déposer de la cire en ex-voto à la cathédrale, se ravisa et sa main se trouva paralysée… jusqu’à ce qu’elle se décide à accomplir son vœu jusqu’au bout ! Un homme de Coray injustement condamné pour meurtre, fut enfermé dans un coffre à Quimper ; Corentin apparut une nuit et libéra l’homme du coffre. Un homme originaire du Léon vola une bobine de soie au marché de Quimper. De retour chez lui, son bras droit fut paralysé. Dans une apparition, Corentin lui dit de restituer la pelote à son propriétaire. Son méfait réparé, le bras de l’homme fut guéri.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Fécondité
  • Epidémie
  • Biens de la terre
  • Autre
Compléments :
En 1639, la ville de Quimper fit un vœu collectif à saint Corentin dans le contexte d’une épidémie de dysenterie. Pour remercier saint Corentin de la naissance de leurs enfants, un couple offrit deux mamelles d’argent en 1655. La même année, un matelot voué au saint offrit trente sols. Le bras de saint Corentin fut porté en procession à cause de sécheresse en 1768, 1782 et 1785.
Jour(s) de fête :
  • 1er mai
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
Dès 897, la fête de saint Corentin fut mentionnée à la date du 1er mai (la « Saint-Corentin d’été »). Une seconde fête, dite « Saint-Corentin d’Hiver », fut mentionnée à partir de 1269. Ces deux fêtes eurent une importance égale jusqu’en 1989, où la fête d’été redevint la principale fête de saint Corentin. Selon l’historiographie qui s'y attache, le Tro Breiz médiéval pouvait s’effectuer à quatre moments de l’année, nommés « temporaux » : Pâques, Pentecôte, Saint-Michel (29 septembre) et Noël. Le pèlerinage, durant environ un mois, commençait alors quinze jours avant l’une des fêtes en question, et se terminait quinze jours après. Pendant toute la durée de ces temporaux, les fabriques des églises cathédrales étaient censées exposer les reliques de leur saint fondateur. Bien que l’abbé Luco (1874) ait parlé de « foules considérables jetées sur tous les chemins » par ce pèlerinage, Jean-Christophe Cassard (1996) parle plutôt d’un phénomène marginal qui, au XVIe siècle, avait presque disparu. L’abbé Luco extrapolait à partir des offrandes reçues par le tronc de l’église paroissiale Saint-Patern en 1400, montant à cent livres : il considérait que si chaque pèlerin avait versé une obole, cela aurait fait trente à quarante mille pèlerins au cours d’une année. Cependant, rien ne prouve qu’il ne se soit pas agi d’un tronc lié à la dévotion locale de saint Pater et, non lié au Tro Breiz. Dans la version actuelle du Tro Breiz, proposée par l’Association des Chemins du Tro Breiz, une étape d’une semaine environ est parcourue chaque été, au tournant des mois de juillet et août. Selon les organisateurs, environ mille cinq cents personnes y participent, tandis qu’à peu près le même nombre de pèlerins le font indépendamment de l’association, le reste de l’année. La cathédrale de Quimper fut le site de départ d’étapes de ce Tro Breiz « officiel » lors des étés 2009 et 2016, et en accueillit l’arrivée en 2008 et 2015. Il servit de point de départ et de clôture du premier cycle de pèlerinage, effectué de 1994 à 2000.
Pratiques individuelles :
  • Prières
  • Dons
  • Procession
  • Pèlerinage
Pratiques en présence du clergé :
  • Processions
  • Imposition de reliquaire
  • Office liturgique
  • Chants
  • Pèlerinage
Ex voto :
  • Cire (XIIe siècle)
    Le sermo de saint Corentin écrit par l’évêque Robert (1113-1130) mentionne une dame offrant de la cire en ex-voto.
  • Métal (1655)
    Pour remercier saint Corentin pour la naissance de leurs enfants, un couple offrit deux mamelles d’argent.
Confrérie(s) :
  • Fraternités du Tro Breiz (1995)
    Dans le but de permettre aux pèlerins de continuer à se voir en dehors des Marches de l’été, des Fraternités du Tro Breiz ont été créées par l’Association des Chemins du Tro Breiz. Au nombre de neuf aujourd’hui, la Bretagne en compte cinq : Saint-Samson et Saint-Malo ont été regroupées pour les pèlerins habitant autour de Dol et Saint-Malo. La Fraternité Sainte-Geneviève fut créée pour les Parisiens, Saint-Martin pour l’Auvergne, Saint-Émilion pour l’Aquitaine, et Saint-Donatien et Saint-Rogatien pour la Loire-Atlantique. Selon le Père de Lafforest, aumônier de l’Association, « le but est de continuer dans l'esprit du Tro Breiz à nous retrouver, un dimanche, de marcher entre divers sanctuaires, de prendre ensemble un repas, et des photos ! Entretenir cet "esprit" de nos marches d'été, approfondir la connaissance de l'histoire par la rencontre de lieux signifiants et des habitants du pays » (http://www.trobreiz.com/fraternites-bevit-er-vreudeuriezh-les-fraternites-du-tro-breiz-pxl-42_70.html [15.05.2018]). Malgré cela, aucune Fraternité (qui aurait logiquement porté le nom de saint Corentin) ne fut créée pour les pèlerins habitant le secteur de Quimper.
Indulgence(s) :
  • Partielle (1436)
    Dans le cadre des travaux de reconstruction de la cathédrale, une indulgence fut accordée à quiconque donnerait une obole au chapitre cathédral.
Compléments sur le culte :
Un tronc de l’autel de saint Corentin fut mentionné en 1248, puis un tronc destiné aux « pèlerins des sept saints » en 1424. Il s’agit de la première attestation du Tro Breiz médiéval concernant le site de Quimper. Avec le nouvel essor de son culte au XVIIe siècle, l’autel de saint Corentin reçut de nombreux dons en argent et fondations testamentaires. En 1790, un gâteau en forme de mitre épiscopale nommé « cornic » fut mentionné lors du pardon du 1er mai. Le « sou de saint Corentin » fut demandé à chaque fidèle du diocèse pour la reconstruction de la cathédrale de 1854 à 1856. À partir des années 1930, un gâteau en forme de petit poisson est également distribué à l’occasion du pardon de saint Corentin.

L'ÉDIFICE

Description :
Il ne reste rien des édifices antérieurs à l’époque gothique. Toutefois, une abside a été découverte en 1992 sous le transept nord ; peut-être s’agissait-il d’un baptistère. La cathédrale de Quimper est longue de quatre-vingt-treize mètres, et large de quarante-quatre mètres au niveau du transept. Sa hauteur sous voûtes est de vingt mètres. La nef et le transept sont désaxés d’environ 10° vers le nord par rapport au chœur. L’église présente un plan à cinq vaisseaux ; une nef centrale, deux collatéraux et deux rangées de chapelles le long des murs nord et sud. Le massif occidental et le transept sont longs d’une travée. La nef et le chœur polygonal sont longs chacun de cinq travées. Ce dernier est entouré d’un déambulatoire. Enfin, une chapelle de deux travées prolonge la chapelle d’axe du déambulatoire. Bien que cette cathédrale ait été le théâtre d’un chantier permanent, trois phases principales de construction sont à retenir. Le chœur roman fut détruit pour être remplacé par un chœur gothique construit de 1239 à 1336, consacré dès 1287. Le chantier fut interrompu par la Guerre de succession de Bretagne (1341-1364), après quoi les voûtes et verrières du chœur furent achevées (1408-1419). La nef, le transept et le massif occidental, incluant les deux flèches, furent (re)construits de 1424 à 1493. Un incendie détruisit la toiture nord en 1613, puis la « tour de plomb » qui surplombe la croisée du transept fut détruite par la foudre en 1620. En 1838, les diverses boutiques et échoppes accolées à la cathédrale furent détruites. Sous l’impulsion de Mgr Graveran, la cathédrale fut restaurée par l’architecte diocésain Joseph Bigot (1854-1856). Les deux flèches du XVe siècle furent remplacées par des flèches néogothiques plus élancées, semblables à celle du Folgoët (milieu du XVe siècle), et culminant à soixante-quinze mètres. En 1858, le gable entre les deux tours fut surmonté de la statue du légendaire roi Gradlon, dont l’original avait disparu pendant la Révolution. Emile Hirsch réalisa une nouvelle série de vitraux jusqu’en 1875. La cathédrale a été classée Monument Historique en 1862. Elle fut une nouvelle fois restaurée en profondeur au tournant de l’an 2000 : chœur (1988-1993), nef et transept (1995-1999), flèches (2004-2007) et portail (2007-2008).
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
    Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
    • Chapelle (XIVe siècle)
      Deux chapelles dédiées à saint Corentin se faisaient face dans la nef de la cathédrale : « Saint-Corentin-du-Bas » au nord, mentionnée à partir de 1280, et « Saint-Corentin-du-Haut », au sud, mentionnée en 1336.
    • Autel (1424)
      Un tronc des sept saints fut mentionné à partir de 1424. Peut-être était-il lié au Tro Breiz, car il semblait avoir été conçu pour une population pérégrine.
    • Chapelle (1886)
      En 1886, le bras de saint Corentin fut transféré dans la deuxième chapelle nord du déambulatoire du chœur. Un vitrail et un tableau lui avaient déjà été consacrés respectivement en 1869 et 1872.

    HISTOIRE DU SANCTUAIRE

    Origines :
    Date de première mention : 880
    Initiative de la fondation :
    • ?
    Environnement institutionnel, politique et religieux :
    Phases d'évolution :
    Les origines du culte de saint Corentin sont mal connues. Il est mentionné pour la première fois en 880 dans la Vita de saint Guénolé, et sa fête citée dès 897. La rédaction de deux Vitae aux XIIe-XIIIe siècles témoigne d’un culte dynamique. Au milieu du XVIIe siècle, il fut fortement ravivé grâce à un vœu collectif à la suite d’une épidémie (1639), de la réception d’une relique (1640) et de la reprise de la Vita de saint Corentin par le père Maunoir dans son Canticou spirituel (1641). Selon Georges Provost (2013), aucun autre évêque-fondateur breton ne connut un tel regain de son culte aux époques moderne et contemporaine ; il reçut des donations testamentaires venant de l’ensemble du diocèse de Cornouaille. Après les affres révolutionnaires et le désintérêt pour la relique de saint Corentin, le culte fut une nouvelle fois ravivé au milieu du XIXe siècle grâce au renouveau ultramontain et bretoniste, mais aussi grâce à la reconnaissance officielle de la relique du bras de saint Corentin (1885). La cathédrale fut restaurée (1854-1875) et reçut le titre de basilique (1870). Le bras de Corentin fut placé dans une chapelle du déambulatoire (1886). Il devint le saint patron des ouvriers de la paroisse cathédrale en 1881, et ses reliques furent portées en procession de 1893 à 1897. Son pardon est aujourd’hui célébré chaque année le second dimanche de décembre. Il revêt un éclat particulier, la cathédrale ayant rang de sanctuaire diocésain. Le Tro Breiz est une réalité distincte : au Moyen Âge, il n’est attesté qu’une seule fois à la cathédrale de Quimper, en 1424. Depuis 1994 cependant, la cathédrale Saint-Corentin se trouve incluse dans le parcours proposé par l’Association des Chemins du Tro Breiz. Cette première boucle partie de Quimper à l’été 1994 a été clôturée dans cette même ville en 2000. La messe de clôture fit l’objet d’une controverse entre les organisateurs et la ville de Quimper, car le maire interdit toute célébration sur la place de la cathédrale. Quimper fut également ville étape aux étés 2008-2009 et 2015-2016. Toutefois, la dévotion à la figure-même de saint Corentin occupe une place limitée dans cette relance du pèlerinage, les « Sept Saints de Bretagne » faisant l’objet d’une vénération collective. Par ailleurs, la cathédrale de Quimper est l’objet d’un pèlerinage toujours actif à la figure de Jean Discalceat, un Franciscain mort de la peste noire en 1349, dont la relique et la statue sont honorées dans le déambulatoire sous le qualificatif de Santig du (le petit saint noir) : chaque jour, des pains sont offerts, qui sont remis aux nécessiteux.
    Evénements marquants :
    • Oeuvre hagiographique (XIIe siècle)
      Le Sermo de saint Corentin fut écrit au début du XIIe siècle, probablement par l’évêque de Quimper, Robert (1113-1130).
    • Oeuvre hagiographique (1230)
      La Vita de saint Corentin fut écrite dans les années 1230 par l’évêque Rainaud (1219-1245).
    • Voeu collectif (1639)
      Saint Corentin fut invoqué par la ville de Quimper pour mettre fin à une épidémie de dysenterie.
    • Translation (1640)
      En 1623, un bras (humérus) de saint Corentin fut offert par l’abbé de Marmoutier (Indre-et-Loire) à l’évêque de Quimper, Mgr Le Prestre de Lezonnet. Cependant, ce dernier conserva cette relique à titre privé dans son manoir de Scaër. Ce n’est qu’à la mort du prélat (1640) que l’humérus rejoint le trésor de la cathédrale, dans une châsse portée par deux anges d’argent.
    • Oeuvre hagiographique (1641)
      Le père Maunoir amplifia la Vita de saint Corentin dans un cantique faisant partie de ses Canticou spirituel.
    • Translation (1809)
      Une nouvelle relique de saint Corentin, provenant de nouveau de l’abbaye de Marmoutier fut offerte à la cathédrale en 1809.
    • Erection du sanctuaire en basilique mineure (1870)
      Dans l’émulation provoquée par sa restauration, le pape Pie IX accorda à la cathédrale de Quimper le titre de basilique mineure.
    • Reprise du pèlerinage (1874)
      L’abbé Luco créa la relance du pèlerinage dit des « Sept Saints de Bretagne » en publiant un article intitulé « Pèlerinage de Tro-Breiz » dans le Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan (p. 27-32).
    • Enquête (1885)
      Le bras de saint Corentin fut officiellement reconnu lors d’une enquête en 1885. Un nouvel autel fut alors construit, et son pardon fut relancé sous forme d’un triduum.
    • Reprise du pèlerinage (1994)
      Après l’échec de plusieurs tentatives de restauration du pèlerinage du Tro Breiz depuis la fin du XIXe siècle, Philippe Abjean et le père Dominique de Lafforest créèrent l’Association des Chemins du Tro Breiz en 1994. Cette entreprise connut alors un succès qui ne cesse de croître. Cette première « boucle », partie de Quimper à l’été 1994, a été clôturée dans cette même ville à l’été 2000. Quimper fut également ville étape aux étés 2008-2009 et 2015-2016.
    • Disparition de l'objet de dévotion (1997)
      Le bras de saint Corentin fut volé au cours de l’année 1997.
    Rayonnement(s) :
    • Local (? -> 1640)
      Avant la relance de son pèlerinage dans les années 1640, saint Corentin de Quimper connut un culte à l’échelle locale, comme les six autres évêques fondateurs de Bretagne.
    • Diocésain (1640 -> XIXe siècle)
      Après la relance de son culte grâce à un vœu collectif, un don de relique et un nouvel ouvrage hagiographique (1639-1641), saint Corentin reçut des donations testamentaires venant de l’ensemble du diocèse de Cornouaille (Provost, 1995, vol. 3, fig. 97).
    • Local (XIXe siècle -> 1994)
      Avant la relance de son pèlerinage grâce à la nouvelle formule du Tro Breiz, le culte de saint Corentin s’était trouvé affaibli à cause de la Révolution. Malgré un nouvel essor, dans le contexte du renouveau des saints bretons et de la piété ultramontaine, il conserve une audience surtout locale.
    • National (1994 -> 2018)
      Les statistiques officielles de l’Association des Chemins du Tro Breiz font état d’environ 60% de Bretons et de 40% de fidèles venus du reste de la France, parfois-même de l’étranger.

    RÉFÉRENCES

    Source(s) :
    Bibliographie :
    • MGR LE VERT, J.-M. (dir.), Quimper, Strasbourg (coll. La grâce d'une cathédrale, 8), La Nuée bleue, 2013.
    • TRANVOUEZ, Y., Catholiques en Bretagne au XXe siècle, Rennes, PUR, 2006.
    • CASSARD, J.-C., PROVOST, G. dir., Saint Yves et les Bretons. Culte, images, mémoire (1303-2003) [Actes coll. Tréguier 18-20 septembre 2003], Rennes, Presses Universitaires de Rennes, Centre de recherche bretonne et celtique, 2004.
    • PROVOST, G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
    • CASSARD, J.-C., «Le Tro Breiz médiéval : un mirage historiographique ?  », in G. MILIN et P. GALLIOU (dir.), Hauts lieux du sacré en Bretagne (KREIZ 6, Etudes sur la Bretagne et les pays celtiques), Brest, CRBC, 1997, p. 93-119.
    • MENDÈS, C., Au sujet du Tro Breiz, Rennes, chez l'auteur (2e éd. augmentée, 1991), 1978.
    • LE ROY, F., Tro-Breiz : le pèlerinage des sept saints de Bretagne, Paris, Librairie celtique, 1950.
    • DE LA MARTINIÈRE, J., «Le Tro-Breiz à Vannes au XIVe siècle. Conflit entre le chapitre et les paroissiens de Saint-Patern », in Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, 6 , 1925.
    • OHEIX, A., «Le culte des Sept Saints de Bretagne au Moyen Âge (notes et documents) », in Bulletin de la Société d'Emulation des Côtes du Nord, 49 , 1911.
    • PEYRON, P., ABGRALL, J.-M., «Établissement d'un tronc pour l'?uvre de la cathédrale », in Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie [du diocèse de Quimper et Léon], 8, 1908, p. 151-152.
    • TRÉVEDY, J.-T., «Les Sept Saints de Bretagne et leur pèlerinage  », in Bulletin archéologique de l'Association Bretonne, Congrès de Rennes, 1897.
    • LUCO (abbé), «Pèlerinage de Tro-Breiz  », in Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1874.
    • ALBERT LE GRAND, Vie des saints de la Bretagne Armorique, éd. D. L. MIORCEC DE KERDANET, Anner et Fils (Brest), Isidore Perron (Paris), 1837.
    Etude(s) universitaire(s) :
    • PROVOST, G., Le pèlerinage en Bretagne aux XVIIe-XVIIIe siècles, Thèse de doctorat, ss. dir de J. QUENIART, Rennes II, 1995.

    PHOTOGRAPHIES LIÉES

    Objet de dévotion :
    Edifice :
    Autre :
    • Localisation de Quimper dans le parcours du Tro Breiz - Maxime Bolard - 2018

    À PROPOS DE L'ENQUÊTE

    Enquêteur :
    • BOLARD / PROVOST Maxime / Georges
    Rédacteur :
    • BOLARD Maxime
    Date de l'enquête :
    1995/2018
    Date de rédaction de la fiche :
    2018
    Etat de l'enquête :
    En cours
    Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Saint-Corentin (Tro Breiz) », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
    url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/772/saint-corentin, version du 12/11/2018, consulté le 21/11/2018