INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

Retour à la liste des sanctuaires

Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle n°1

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle n°1
Période d'activité :
XVe siècle - 1793
Commune :
Rennes
Département :
Ille et Vilaine
Cloître du couvent

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Rennes
Hameau/Lieu-dit :
Couvent des Jacobins
Diocèse :
Actuel: Rennes-Dol-Saint-Malo (XVe siècle - 1791)
Ancien: Rennes (XVe siècle - 1791)
Paroisse :
Actuelle: Dominicains de Bonne-Nouvelle (XVe siècle - 1793)
Ancienne:
Compléments :
L’administration révolutionnaire bouleversa la topographie des diocèses bretons. Ainsi, la Bretagne passa de neuf à cinq diocèses, correspondant aux limites des départements de 1790. Le diocèse de Rennes absorba celui de Dol et une grande partie de celui de Saint-Malo. Ce nouveau diocèse, dit de « Rennes-Dol-Saint-Malo », correspond au territoire du département d’Ille-et-Vilaine. Entre 1791 et 1793, le sanctuaire ressortissait donc au diocèse de Rennes-Dol-Saint-Malo.

Site

Type de site :
Plaine
Altitude :
40 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Désert
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Abbaye
Axe de circulation
Carrefour
Cathédrale
Cours d'eau
Prieuré
Remparts
Compléments :
Le couvent des Dominicains (aussi dit « des Jacobins ») se situe aujourd’hui dans le centre historique de Rennes mais il était originellement dans un faubourg, sur la route de Saint-Malo, cœur originel de la ville gallo-romaine qui émerge à partir de 10 av. JC. Son ancien nom, Condate, signifie « confluence », car la ville se trouve à l’endroit où l’Ille se jette dans la Vilaine. Après la conquête de César, la ville devint capitale de la civitas romaine des Redones. Marche de l’Empire de Charlemagne, intégrée à la Bretagne au IXe siècle, Rennes prend peu à peu de l’importance en tant que ville du couronnement des ducs de Bretagne. Un peu après l’union du duché au domaine royal (1532), le Parlement de Bretagne se fixe à Rennes (1561) et la ville tend à devenir la capitale administrative de la province. En 1790, Rennes devint chef-lieu du département d’Ille-et-Vilaine, puis de la région Bretagne à partir de 1956.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle n°1 (XVe siècle - 1793)
Type de lieu de culte :
Couvent
Nom du lieu de culte :
Bonne-Nouvelle
Saints patrons :
  • Vierge Marie (XVe siècle - 1793)
Compléments :
Le couvent des Dominicains de Rennes, dit de Bonne Nouvelle, fut fondé en 1368 à l’instigation du duc de Bretagne Jean IV de Montfort (1365-1399). Une thèse, tenue pour erronée aujourd’hui, prétendait qu’il avait fondé ce couvent pour remercier la Vierge de sa victoire sur le parti de Charles de Blois à la bataille d’Auray en 1364. Le tableau dit "de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle", qui est l'objet de pèlerinage, n’est en revanche pas mentionné avant 1466. Son analyse stylistique le date d’ailleurs de la seconde moitié du XVe siècle. À la suite de la réforme générale de l’ordre dominicain lancée depuis Rome en 1608, le Pères Hyacinthe Charpentier et Philippe Jouault réformèrent le couvent de Bonne-Nouvelle en 1619 et y imposèrent les principes de la réforme tridentine. Le couvent fut largement reconstruit au XVIIe siècle, en conservant l’église du XVe siècle. Le monastère fut fermé et vendu comme bien national en 1793. Après avoir servi de caserne à la garnison de Rennes (1793-2002), les bâtiments furent vendus à Rennes Métropole, qui en fit d’abord un musée (2008-2010), puis le futur centre de congrès de la Ville, qui a ouvert ses portes en décembre 2017. Avant les travaux d’aménagement (2013-2018), le site a été l’objet d’une fouille intégrale par l’INRAP Grand-Ouest (2011-2013).

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Notre-Dame de Bonne-Nouvelle
Nature de l'objet :
Peinture sur bois
Matériau de l'objet :
Bois
Dimensions de l'objet :
176x96 cm
Emplacement :
Chapelle de Bonne-Nouvelle (cloître)
Datation de l'objet :
1450-1466
Compléments :
Il faut souligner d’emblée l’originalité de cet objet, seul tableau en deux dimensions à avoir fixé un pèlerinage en Bretagne. Le tableau fut mentionné pour la première fois en janvier 1466 lors du passage de l’archevêque de Milan Stefano Nardini (1461-1484). Celui-ci évoque une « image peinte » dédiée à la Vierge Marie. Le tableau représente assez simplement la Vierge tenant l’Enfant Jésus, sur un fond de rinceaux et palmettes dorés. Stylistiquement, ce tableau témoigne d’influences française et flamande, et daterait de la seconde moitié du XVe siècle. Il a donc dû être réalisé peu de temps avant sa mention. Sur la bordure du manteau de la Vierge Marie se trouvent, en lettres romaines probablement plus tardives, deux extraits du Cantique des Cantiques : « Tota pulchra es amica mea, dilectus meus mihi et ego illi », c’est-à-dire « Tu es toute belle ma bien-aimée [Ct, 4, 7] / Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui [Ct, 2, 16] ». Ces extraits ont certainement été choisis pour désigner l’amour maternel que Marie porte à son fils. L’afflux de fidèles venus vénérer le tableau fut tel que les Dominicains décidèrent de placer ce dernier dans l’aile Sud du cloître contiguë à l’église, et la firent élargir en 1602. En 1623, l’espace de vénération fut encore agrandi par la chapelle Saint-Joseph qui accueillit notamment l’ex-voto en argent offert à la Vierge par la ville de Rennes. En 1793, le jardinier des Dominicains, Olivier Garrel, prit soin de subtiliser le tableau pour éviter qu’il ne soit confisqué lors des inventaires révolutionnaires. Celui-ci fut ensuite rendu en 1803 au curé de l’église paroissiale Saint-Aubin, voisine de l’ancien couvent (voir fiche Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle n°2).

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Bien que le tableau représentant la Vierge de Bonne-Nouvelle date du XVe siècle, sa place dans la piété rennaise s’accrut encore à partir des années 1630. À la suite d’une épidémie de peste persistante, les autorités municipales firent un vœu à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle (1632). L’épidémie ne réapparut pas au printemps 1633, et on décida de faire faire une maquette ex-voto de la ville de Rennes en argent. À partir de 1634, la commémoration de ce vœu devint la principale fête religieuse de la ville de Rennes jusqu’à la Révolution. Une légende avance que la Vierge de Bonne Nouvelle aurait intercédé pour empêcher le siège de Rennes par les armées du roi de France en 1488.
Miracles :
La plupart des miraculés mentionnés dans le livre des miracles, tenu de 1620 à 1639, ont bénéficié de thérapies (guérison de maladie ou d’infirmité). On trouve aussi des personnes ayant survécu à un naufrage ou à un accident mortel, ainsi un charpentier qui fit une chute de plus de cinq mètres ou une petite fille tombée dans un puits. Figure aussi un homme de Betton préservé de la soldatesque à la fin des guerres de la Ligue (certains des miracles furent déclarés plus de trente ans après les faits). Plus de deux tiers des vingt-huit miraculés inscrits au registre des miracles appartenaient à la bourgeoisie ou à la noblesse, ainsi le duc de Cossé-Brissac (maréchal de France) ou un procureur au Parlement de Rennes.
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Pluie
  • Libération des prisonniers
  • Epidémie
  • Autre
Compléments :
La plupart des miraculés ont bénéficié de guérison, mais on trouve aussi des prisonniers libérés, des survivants à la noyade ou à d’autres types d’accidents mortels. La ville de Rennes eut recours à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle en 1632 pour la préserver de l’épidémie de peste qui sévissait. Plusieurs fois au cours du XVIIIe siècle, son recours fut utilisé pour demander une météorologie clémente.
Jour(s) de fête :
  • Nativité Vierge Marie
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
Nous avons peu d’éléments sur la fréquentation du sanctuaire en dehors des périodes de fête. Nous savons cependant que si les Dominicains firent élargir la galerie sud du cloître (1602) et construire la chapelle Saint-Joseph (1623), ce fut pour contenir le flot des fidèles venus vénérer la Vierge sans que ces derniers ne perturbent les offices conventuels.
Pratiques individuelles :
  • Circumambulation
  • Prières
  • Toucher
  • Actions de grâce
  • Voeux
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Processions
  • Chants
  • Neuvaines
  • Ostension
Ex voto :
  • Chaines (1597)
    En 1597, un homme de Betton captif de soldats huguenots et libéré après avoir invoqué la Vierge dit avoir conservé ses cordes de prisonniers pour les offrir en ex-voto.
  • Métal (1634-1793)
    Pour remercier la Vierge Marie sous l’invocation de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, la ville de Rennes fit fabriquer une maquette en argent de la ville par l’orfèvre parisien La Haye, qui avait déjà réalisé des objets comparables pour les villes de Bourges et La Rochelle. La maquette fut réalisée à l’échelle, avec un extrême souci de précision (les mensurations des principaux bâtiments avaient été demandées par l’orfèvre). Terminée en août 1634, elle fut cerclée d’une chaîne composée des clés des différents hôpitaux de la ville dont les portes fermées étaient censées limiter la propagation de l’épidémie. La maquette fut inaugurée en grande pompe et portée en procession dans la ville de Rennes le jour de la fête de la Nativité de la Vierge Marie (8 septembre). L’événement allait être réitéré tous les ans à cette même date jusqu’en 1791. Les inventaires révolutionnaires, dressés en 1793, mentionnent plusieurs croix d’argent, deux épis de blé en argent et deux couronnes.
  • Autre (1793)
    Les inventaires révolutionnaires, dressés en 1793, mentionnent plusieurs chapelets.
Confrérie(s) :
    Indulgence(s) :
    • Partielle (1429)
      En 1429, le pape Martin V (1417-1431) accorda une indulgence à ceux qui feraient des dons aux Dominicains. Cependant, comme le souligne Georges Provost, le pèlerinage n’est pas encore attesté à cette date.
    • Partielle (1466)
      Mgr Stefano Nardini, archevêque de Milan (1461-1484) et nonce, vint visiter le couvent des Dominicains et remarqua l’« image peinte » de la Vierge à l’Enfant. Il octroya également une indulgence de quarante jours pour ceux qui visiteraient l’oratoire de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle les jours de la Nativité, l’Assomption, la Conception, la Purification et l’Annonciation (A.D. Ille-et-Vilaine, 1 H 12). Plus que la précédente, cette indulgence semble témoigner de la réalité de la vénération de cette image.
    • Partielle 100 j. (1510)
      Le cardinal d’Aragon, de passage à la fin des années 1510, accorda également une indulgence de cent jours pour ceux qui visiteraient l’église.
    • Plénière (1733)
      Le 28 janvier 1733, le pape Clément XII (1730-1740) accorda plusieurs indulgences, dont une plénière, à ceux qui prierait la Vierge et l’Enfant-Jésus au moins un quart d’heure par jour pendant un mois entier. Cette indulgence ne fut valable que sept ans (A.D. Ille-et-Vilaine, 18 H 13).
    Compléments sur le culte :
    Le pèlerinage de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes ne fut pas le résultat de la volonté des Dominicains, bien que ce culte profitât à la prospérité de leur couvent. Avant le XVIIe siècle, il n’y a pratiquement aucune trace de culte « extérieur » au monastère (procession, ostension). Les fidèles devaient se rendre devant le tableau et formuler leur vœu, ou alors au contraire venir rendre grâce. À partir de 1632, le culte de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle prit la dimension civique décrite par Georges Provost (cf. la rubrique « Histoire »). Le « Vœu » (terme utilisé à l’époque pour désigner l’ex-voto) offert par la ville de Rennes fut porté en procession tous les ans de 1634 à 1791, le jour de la fête de la Nativité de la Vierge Marie. Chose singulière, l’ex-voto que constitue la maquette éclipsa le renom de l’objet de dévotion lui-même, c’est-à-dire le tableau de la Vierge à l’Enfant exposé dans la chapelle de Bonne-Nouvelle. La procession de 1634 fut exceptionnellement fastueuse. Elle réunit une très grande partie des habitants de Rennes (la quasi-totalité ?), qui défilèrent divisés selon leurs corps de métiers (pauvres, confréries, corporations, paroisses, couvents, etc.). Douze enfants escortèrent le Vœu, habillés en anges avec un bouclier, symbolisant chacun un miracle. Le cortège fut précédé du Vœu et d’une bannière blanche à l’effigie de saint Roch et saint Sébastien. La procession partit de la maison de ville et fut accompagnée de musique, avec de nombreux instruments celtes (hautbois, musettes, cornets à bouquins, bombardes). Lors de la reddition du vœu de 1740, une procession aussi fastueuse eut lieu, accompagnée par des violons et le chant de motets. Une petite procession fut également mentionnée en 1701 : le tableau de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle fut décroché et porté processionnellement dans la galerie du cloître. À cette occasion, les fidèles touchèrent le tableau avec leur chapelet.

    L'ÉDIFICE

    Description :
    La chapelle de Bonne-Nouvelle se trouvait à l’extrémité Est de l’aile sud du couvent, pour que les fidèles puissent venir la vénérer sans troubler les offices des Dominicains. En 1602, celle-ci avait été élargie de moitié pour laisser plus de place aux fidèles. L’ensemble du complexe monastique a été classé Monument Historique en 1991.
    Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
      Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

        HISTOIRE DU SANCTUAIRE

        Origines :
        Date de première mention : 1466
        Initiative de la fondation :
        • ?
        Environnement institutionnel, politique et religieux :
        Phases d'évolution :
        Le culte de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes connut un XVe siècle dynamique, notamment grâce à la dévotion des ducs de Bretagne jusqu’à la duchesse Anne (1488-1514). Puis, les habitant de Rennes et des environs continuèrent d’avoir recours à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Au début du XVIIe siècle, la réforme du couvent des Jacobins donna à son culte un souffle nouveau, notamment par l’agrandissement du cloître (1602), l’édification de la chapelle Saint-Joseph (1623), ainsi que la tenue d’un livre de miracles (1620-1639). Un tournant intervint en 1632, quand la ville de Rennes eut recours à elle pour interrompre une épidémie de peste persistante. Les résultats du vœu ayant été probants, les échevins firent fabriquer une maquette en argent massif de la ville de Rennes. Terminée en août 1634, celle-ci fut inaugurée en grande pompe et portée en procession dans la ville de Rennes le jour de la fête de la Nativité de la Vierge Marie (8 septembre). L’événement allait être réitéré tous les ans à partir de cette même date jusqu’en 1791. Georges Provost considère cette dévotion comme un culte civique, car il fut avant tout la chose des autorités municipales, plus que des Dominicains ou de l’évêque. De plus, on a ici un cas particulier où l’ex-voto (appelé le « Vœu » par les contemporains) que constitue la maquette éclipsa le renom de l’objet de dévotion lui-même, c’est-à-dire le tableau de la Vierge à l’Enfant. C’est cette maquette qui fut portée en procession tous les 8 septembre, et non le tableau. En 1793, le tableau fut mis à l’abri par le jardinier du couvent. En 1794, le Vœu fut racheté par un orfèvre, qui le détruisit sûrement pour récupérer l’argent. Ce n’est qu’en 1803 que le tableau fut rendu au curé de la paroisse Saint-Aubin de Rennes. Ce dernier le fit placer dans son église ; puis l'objet fut transféré dans le chœur de l’église reconstruite, où il se trouve toujours. Son culte connut un regain à partir de la fin du XIXe siècle (cf. fiche Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes n°2).
        Evénements marquants :
        • Indulgences (1466)
          Mgr Stefano Nardini, archevêque de Milan (1461-1484) et nonce, vint visiter le couvent des Dominicains et remarqua l’« image peinte » de la Vierge à l’Enfant. Il accorda également une indulgence de quarante jours pour ceux qui visiteraient l’oratoire de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle les jours de la Nativité, l’Assomption, la Conception, la Purification et l’Annonciation (A.D. Ille-et-Vilaine, 1 H 12).
        • Acte exceptionnel de dévotion (1491)
          La ville de Rennes ayant capitulé devant les armées royales françaises, Charles VIII se fiança avec la duchesse Anne dans l’optique de prendre le contrôle politique du duché de Bretagne. Les fiançailles auraient eu lieu au couvent des Jacobins devant le tableau de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Les noces furent ensuite célébrées le 6 décembre 1491 au château de Langeais (Indre-et-Loire).
        • Livre de miracles (1620)
          Dans le contexte de la réforme des Dominicains, le couvent de Rennes fut réformé en 1619. Un an plus tard, les deux réformateurs du monastère firent ouvrir un livre des miracles (conservé aux A.D. Ille-et-Vilaine, 18 H 13) dans le but de créer un « échantillon » incontestable de cas miraculeux. Vingt-huit miracles furent consignés de 1620 à 1639, ainsi qu’un dernier sur feuille volante (1654).
        • Voeu collectif (1632)
          Le 15 octobre 1632, les autorités municipales de Rennes décidèrent un recours à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle pour lui demander de faire cesser la vague de peste qui sévissait à l’époque depuis 1625. Le recours à une Vierge locale ne s’imposa pas comme une évidence à l’époque, car les échevins avaient d’abord envisagé de demander le recours de Notre-Dame de Chartres ou Notre-Dame de Paris. Une procession monumentale rassemblant presque toute la ville de Rennes eut lieu. Après une accalmie de la maladie propre à tous les hivers, celle-ci ne réapparut pas au printemps 1633. Les échevins commandèrent alors un ex-voto monumental (cf. événement suivant).
        • Acte exceptionnel de dévotion (1634)
          Pour remercier la Vierge Marie sous l’invocation de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, les échevins de Rennes fit fabriquer une maquette en argent de la ville par l’orfèvre parisien La Haye, qui avait déjà réalisé les villes de Bourges et La Rochelle sous la même forme. La maquette fut réalisée à l’échelle, avec un extrême souci de précision (les mensurations des principaux bâtiments avaient été demandées par l’orfèvre). Terminée en août 1634, elle fut cerclée d’une chaîne composée des clés des différents hôpitaux de la ville dont les portes fermées étaient censées limiter la propagation de l’épidémie. La maquette fut inaugurée en grande pompe et portée en procession dans la ville de Rennes le jour de la fête de la Nativité de la Vierge Marie (8 septembre). L’événement allait être réitéré tous les ans à cette même date jusqu’en 1791. Georges Provost considère cette dévotion comme un culte civique, car il fut avant tout l’affaire des autorités municipales, plus que des Dominicains ou de l’évêque. De plus, on a ici un cas particulier où l’ex-voto (appelé le « Vœu » par les contemporains) que constitue la maquette éclipsa le renom de l’objet de dévotion lui-même, c’est-à-dire le tableau de la Vierge à l’Enfant. C’est cette maquette qui fut portée processionnellement tous les 8 septembre, et non le tableau.
        • Voeu collectif (1720)
          Un grand incendie dévasta une grande partie de la ville de Rennes à partir du 22 décembre 1720. Les habitants du quartier du couvent eurent recours à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle pour qu’elle les protège des flammes. Leur quartier fut épargné cette nuit-là. Ils firent alors réaliser un petit tableau votif représentant Notre-Dame de Bonne-Nouvelle protégeant leur quartier des flammes (terminé en 1721 par Huguet et actuellement conservé dans l’église Saint-Aubin). Ce tableau fut lui-même copié par le peintre Leroy. Cette copie aux dimensions monumentales est actuellement exposée à l’entrée de l’église Saint-Sauveur de Rennes. Il est classé Monument Historique depuis 1962.
        • Anniversaire du miracle (1740)
          Malgré l’absence de danger imminent, les habitants de Rennes renouvelèrent leur dévotion à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Les autorités municipales organisèrent une procession aussi fastueuse que celle de 1634. La maquette votive fut « mise à jour » et tous ses ornements furent remis à neuf.
        • Transfert (1791)
          Le Vœu (la maquette votive) fut transférée dans l’ancienne église abbatiale Saint-Melaine, devenue la nouvelle cathédrale de Rennes. Les deux tableaux votifs de l’incendie de 1720 y furent à leur tour transférés le 24 août.
        • Mise à l'abri de l'objet de dévotion (1793)
          Peu avant les inventaires de 1793, le jardinier des Dominicains, Olivier Garrel, subtilisa le tableau de Notre-Dame. Le gardant dix ans chez lui, il le rendra au curé de la paroisse Saint-Aubin en 1803. Celui-ci l’installa sans grande cérémonie dans son église ; il se trouve toujours dans le chœur de l’édifice reconstruit. En revanche, la maquette votive de Rennes fut vendue comme bien national à l’orfèvre Authema pour 5760 Livres. Celui-ci la détruisit pour en récupérer le métal.
        Rayonnement(s) :
        • Régional (1450-1466 -> 1514)
          Le culte de la Vierge de Bonne-Nouvelle de Rennes eut dès les origines un important retentissement, notamment auprès des ducs de Bretagne.
        • Local (1514 -> 1793)
          Après l’intérêt que lui portèrent pour elle les ducs de Bretagne, les fidèles ayant recours à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle furent essentiellement originaires de Rennes ou des environs immédiats. Cependant, son culte dut continuer de susciter une certaine ferveur au long du XVIe siècle. En 1602, les Dominicains durent agrandir la galerie Sud du cloître, où le tableau de la Vierge à l’Enfant était vénéré. Dans le cadre de la réforme du couvent (débutée en 1619), un livre des miracles fut tenu (1620-1639) et une petite chapelle Saint-Joseph fut encore ajoutée à l’angle du cloître (1623). Après le vœu collectif de 1632 adressé à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle en contexte de peste, la municipalité de Rennes lui fit construire un ex-voto (dit le « Vœu ») sous la forme d’une maquette d’argent représentant la cité. Le « vœu » fut inauguré en grandes pompes le 8 septembre 1634, lors de la fête de la Nativité de la Vierge Marie. La fête fut alors commémorée tous les 8 septembre jusqu’en 1791. Le vœu éclipsa le prestige de l’image de la Vierge, car c’est lui qui fut porté en procession, et non le tableau. À partir de 1634, le culte de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle prit alors une dimension « civique », selon Georges Provost, car il fut plus l’affaire de la municipalité que des Dominicains ou de l’évêque de Rennes. Lors du grand incendie de décembre 1720, les Rennais eurent encore recours à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Les habitants des quartiers épargnés firent un ex-voto sous forme de deux tableaux représentant la Vierge au-dessus de la cité en flammes. En 1740, la ville de Rennes fit le « renouvellement » du vœu de 1632. La maquette fut rénovée et une procession aussi fastueuse que celle de 1634 se déroula pour l’occasion. En 1791, la cérémonie du 8 septembre eut lieu sans encombre, organisée par la municipalité révolutionnaire. En 1793, le tableau fut mis à l’abri par le jardinier du couvent. En 1794, le vœu fut racheté par un orfèvre, qui le détruisit pour récupérer l’argent.

        RÉFÉRENCES

        Source(s) :
        Bibliographie :
        • DE FOSSEY, P.-M., «Centre des congrès : la renaissance du couvent des Jacobins », in Rennes Métropole magazine, 35 , 2017, p. 12-16.
        • PROVOST, G., «Les v?ux, ces étonnantes maquettes urbaines en argent », in Place publique, 33, 2015, p. 93-97.
        • PROVOST, G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
        • POISSON, H., Le Culte de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, Rennes, 1938.
        • PINSART, Y., Le triomphe du v?u de Rennes à Notre-Dame-de-Bonnes-Nouvelles, Rennes, 1634.
        Etude(s) universitaire(s) :
        • PROVOST, G., Le pèlerinage en Bretagne aux XVIIe-XVIIIe siècles, Thèse de doctorat, ss. dir de J. QUENIART, Rennes II, 1995.

        PHOTOGRAPHIES LIÉES

        Objet de dévotion :
        • Tableau de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle - Archives de Rennes, cliché Georges Provost - 2011
        Edifice :
        • Cloître du couvent - Maxime Bolard - 2018
        Autre :
        • Voeu de 1634, Archives de Rennes, GG 292 -  Maxime BOLARD  - 2017
        • Voeu de 1721, Nicolas Leroy - Maxime Bolard - 2017
        • Localisation de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle - Maxime Bolard - 2018

        À PROPOS DE L'ENQUÊTE

        Enquêteur :
        • BOLARD / PROVOST Maxime / Georges
        Rédacteur :
        • BOLARD Maxime
        Date de l'enquête :
        1995/2017
        Date de rédaction de la fiche :
        2018
        Etat de l'enquête :
        En cours
        Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle n°1 », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
        url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/761/notre-dame-de-bonne-nouvelle-n-1, version du 12/11/2018, consulté le 11/12/2018