INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Notre-Dame-du-Folgoët

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Notre-Dame-du-Folgoët
Période d'activité :
XIVe siècle - 2019
Commune :
Le Folgoët
Département :
Finistère
Localisation du Folgoët

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Le Folgoët
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Quimper-Léon (1791 - 2019)
Ancien: Léon (XIVe siècle - 1791)
Paroisse :
Actuelle: Notre-Dame du Folgoët (1829 - 2019)
Ancienne: Elestrec (1360 - 1530)
Compléments :
Le sanctuaire du Folgoët appartint au diocèse de Léon jusqu’en 1791, quand celui-ci fusionna avec le diocèse de Cornouaille (Quimper). Ce nouveau diocèse, dit de « Quimper-Léon », correspond à l’actuel département du Finistère et a son siège à Quimper. Le sanctuaire du Folgoët appartenait à l’origine à la paroisse d’Elestrec, dont l’église fut détruite par la foudre en 1530. La chapelle de Guicquelleau fut alors choisie comme nouvelle église paroissiale. Ce n’est qu’en 1826 que l’église Notre-Dame du Folgoët fut choisie comme église paroissiale, celle de Guicquelleau devenant trop exiguë. Trois ans plus tard, la commune du Folgoët fut détachée du ban de Guicquelleau. Notre-Dame du Folgoët est aujourd’hui le noyau d’un ensemble regroupant dix paroisses.

Site

Type de site :
Plateau
Altitude :
66 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Bourg
Type de proximités :
Axe de circulation
Carrefour
Prieuré
Compléments :
Le Folgoët se trouve à proximité de la ville de Lesneven, nœud routier au centre du plateau du Léon, à peu près à mi-chemin entre Brest et Saint-Pol. Au sud, la route de Quimper permettait de desservir Landerneau, Le Faou et Châteaulin. Le village du Folgoët se trouvait lui-même à la jonction des routes de Brest et Lannilis. Le littoral se trouve à moins de dix kilomètres au nord. Les communes du Folgoët et de Lesneven forment aujourd’hui une seule agglomération de vingt-cinq mille habitants, les deux bourgs ayant fini par fusionner.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Notre-Dame-du-Folgoët (XIVe siècle - 2019)
Compléments :
La tradition assure que Notre-Dame du Folgoët (Folgoat en breton) doit son nom à la légende de Salaün ar Fol (Salomon le fou), qui aurait vécu dans un bois à proximité de la fontaine de l’actuelle église. Folgoët signifierait « bois du fou », en référence à Salaün. Les spécialistes actuels s'accordent cependant à penser que l'étymologie est tout autre : le toponyme désignerait un bois de feuillus.
Type de lieu de culte :
Collégiale
Nom du lieu de culte :
Notre-Dame du Folgoët
Saints patrons :
  • Vierge Marie (XIVe siècle - 2019)
Compléments :
Malgré la construction d’une première église à la fin du XIVe siècle, le premier « statut » du sanctuaire du Folgoët est mal connu. En 1419, le duc de Bretagne Jean V fit ériger le sanctuaire en chapitre de quatre chanoines, puis neuf à partir de 1426. L’église reçut le rang de basilique mineure en 1427. Les XVe-XVIIe siècles furent les plus prospères de l’histoire du sanctuaire, qui devint le premier lieu de pèlerinage de Bretagne jusqu’au succès immédiat de Sainte-Anne-d’Auray (1625). Les ducs de Bretagne, puis les rois de France (de François Ier à Anne d’Autriche) vinrent en pèlerinage ou firent de nombreux dons. Le chapitre fut également entretenu par les moyenne et petite noblesses bretonnes, qui laissèrent de nombreux blasons dans l’église collégiale. Au XVIIe siècle, le sanctuaire connut un essoufflement dû non seulement au nouveau succès de Sainte-Anne-d’Auray, mais aussi à l’absence relative de réforme de la part des chanoines. En 1682, le roi Louis XIV reconvertit le chapitre en séminaire pour les aumôniers de la marine royale, d’abord confié à des prêtres séculiers, puis à des Jésuites dès 1686. S’étant installé à Brest, ceux-ci délaissèrent le sanctuaire et l’église tomba en ruine, au point qu’en 1784, il était impossible d’y célébrer une messe, notamment à cause des vitraux cassés. Les Jésuites furent expulsés du royaume en 1762 et le sanctuaire passa au régime de l’économat jusqu’à sa fermeture en 1793. Dépendant directement du pouvoir royal, il était géré par un fonctionnaire délégué. L’ancien chapitre accueillit également un hôpital militaire de trois cents places (1772-1793). Après avoir appartenu à un certain Pruné (1793-1794), le sanctuaire fut racheté par Nicolas Anquetil, fripier à Brest. Celui-ci connut alors diverses affectations jusqu’en 1810 : crèche, écurie, grange, entrepôt, caserne, puis temple de la raison. Après la menace par Anquetil de démanteler l’église et vendre ses blocs, douze habitants du Folgoët la lui rachetèrent ensemble pour en faire don à la commune. À partir de 1819, de nombreux habitants du Folgoët souhaitèrent que l’église devienne paroissiale. En 1826, le nouveau recteur de Guicquelleau installa le siège de sa paroisse au Folgoët, ce qui fut officialisé en 1829, en même temps que la création de la commune du Folgoët. Depuis cette époque, l’ancienne collégiale Notre-Dame est le chef-lieu de la paroisse du Folgoët. Elle est actuellement à la tête de l’ensemble paroissial du Folgoët, regroupant dix paroisses.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Notre-Dame du Folgoët
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Pierre
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Chœur de l’église
Datation de l'objet :
XVe siècle
Compléments :

La statue de Notre-Dame du Folgoët est une Vierge à l’Enfant. Comme le jubé de l’église, elle est en kersantite, une pierre volcanique de teinte gris foncé, à la fois dure et facile à travailler. En 1793, la statue fut mise à l’abri par un paroissien de Guicquelleau, pour être réinstallée dans l’église en 1808. Elle fut couronnée lors du pardon de 1888. La couronne de métal doré s’accordait mal avec le ton sombre et mat de la statue. Elle était également disproportionnée à cause de la large couronne dont la statue originale était déjà pourvue. Elle fut retirée dans les années 2000.
On doit signaler qu'une autre statue de dévotion, en bois, fut en usage du XVIIe siècle au couronnement de 1888. En 1888, ce fut pourtant la Vierge médiévale en kersantite qui fut couronnée, au motif qu'elle était plus "historique" : la Vierge en bois fut alors dissimulée aux regards des pèlerins pendant plusieurs décennies avant d'être restaurée et replacée dans l'église à la fin du XXe siècle.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
La légende traditionnellement relatée au Folgoët assure qu'un homme simple d’esprit nommé Salaün (Salomon en breton) aurait vécu à proximité de la fontaine de la basilique actuelle. Il n’avait pu apprendre que deux mots à l’école : « Ave Maria ». Il aurait vécu dans le pays de Lesneven en mendiant quelque nourriture et en vivant dans un bois à proximité d’une fontaine, sautant de branche en branche en répétant Ave Maria. Cela lui valut le surnom de Salaün ar Fol (Salomon le Fou). Il aurait vécu environ quarante ans de cette façon. Lors d’un épisode de la guerre de succession de Bretagne, il aurait dit à un groupe de soldats le menaçant qu’il n’était ni du côté de la maison de Blois, ni de celle des Montfort, mais du côté de la Vierge Marie. Peu après sa mort, vers 1350, un lys aurait pris racine dans sa bouche. Les mots « Ave Maria » seraient apparus en lettres d’or sur les pétales du lys. Le duc Jean IV (1365-1399) aurait alors fait le vœu de construire un sanctuaire marial à cet endroit s’il sortait victorieux de sa guerre contre Charles de Blois. L’église aurait alors été consacrée à Notre-Dame du Folgoët (Folgoat en breton), c’est-à-dire Notre-Dame du Bois du Fou. La tradition affirme que la première pierre de l’église fut posée en janvier 1365. Cependant, rien ne permet de certifier cette date, ni le fait que Jean IV soit directement à l’origine de la fondation. De plus, la légende et le miracle de Salaün ne sont pas mentionnés avant le XVIe siècle. Ce sont Pascal Robin et René Benoist (Histoire de la vie, mort et passion et miracles des saints, 1577) qui mirent la légende par écrit, après que l'évêque de Léon, Roland de Neufville, leur eut transmis le témoignage écrit de Jean de Langoueznou, abbé de Landevennec vers 1360, qui disait avoir assisté au miracle du lys. Mais la légende imprimée à la fin du XVIe siècle nourrit de forts doutes quant au lieu précis où aurait vécu Salaün et où aurait eu lieu le miracle du lys : en effet, elle situe parfois l'événement non pas au Folgoët près de Lesneven mais dans un bois situé à proximité de l'abbaye de Landévennec où se trouve, aujourd'hui encore, une petite chapelle dédiée à Notre-Dame du Folgoat. D'où l'existence, jusqu'à nos jours, de deux traditions : d'une part, une tradition bénédictine en faveur de Landévennec, qu'a illustrée au XVIIe siècle le mauriste dom Noël Mars ; d'autre part, une tradition séculière et léonarde qui, elle, ne conçoit que Le Folgoët-Lesneven et ignore les références à Landévennec dans le texte de Robin et Benoist : ainsi procèdent au XVIIe siècle le carme Cyrille Le Pennec (Le dévôt pèlerinage de Notre-Dame du Folgoët, 1634), qui précisa que le lys prenait racine dans la bouche de Salaün ou le dominicain Albert Le Grand (Vie des saincts de la Bretagne armorique, 1636) qui rajouta l’épisode « ni Blois ni Montfort » ; au XIXe siècle, le grand historien du Folgoët, Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet, va jusqu'à corriger de bonne foi les textes du XVIe siècle. Si les lieux sont incertains, la chronologie est également flottante. Alors que Pascal Robin situait le miracle autour de 1350, sans précision, Le Pennec avance la date de 1358 puis Albert le Grand celle de 1360. En fait, l’évolution de ce récit paraît assez similaire à celle du miracle de Notre-Dame des Miracles et Vertus de Rennes ; situé au milieu du XIVe siècle, le miracle n’apparaît dans les sources qu’au XVIe siècle et sa version définitive est fixée au milieu du XVIIe siècle avec des variantes dans sa date... et, dans le cas présent, une durable controverse de localisation. Aujourd'hui, il semble patent que le légendaire du Folgoët reprend des motifs assez courants au Moyen Âge (le miracle du lys est attesté dans la littérature dès le XIIe siècle, avec entre autres l’exemple d’un cistercien de l’abbaye de Grandselve mort en 1162). Quant aux lieux, la majorité des auteurs incline aujourd'hui à penser que la légende a bien pris naissance à proximité de l'abbaye de Landévennec mais qu'elle a été progressivement captée, entre le XIVe et XVIe siècle, par le grand sanctuaire du Léon.
Miracles :
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Autre
Compléments :
Outre les thérapies, Notre-Dame du Folgoët fut invoquée, en tout cas remerciée, par certains soldats ayant survécu à la guerre de 1870-1871. La forte affluence aux pardons de l’immédiat après-guerre pourrait également en être un signe.
Jour(s) de fête :
  • Nativité Vierge Marie
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
La principale manifestation du culte de Notre-Dame du Folgoët est le grand pardon, qui a lieu lors de la fête de la Nativité de la Vierge (7-8 septembre). Depuis l’époque contemporaine, les « cinq dimanches » de mai attirent également de nombreux pèlerins.
Pratiques individuelles :
  • Prières
  • Boire
  • Actions de grâce
  • Voeux
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Confessions
  • Processions
  • Messe
  • Chants
  • Embrasser
Ex voto :
  • Cire
    L. Kerbiriou (1938) mentionne les nombreux cierges offerts à la Vierge du Folgoët lors des pardons.
  • Texte gravé
    Les murs de l’église sont en certains endroits tapissés d’ex-voto contemporains, sous forme de plaques de marbres comportant des inscriptions assez brèves.
  • Cire (1597)
    Parmi les survivants de l’épidémie de peste de la fin des années 1590, les villes de Saint-Pol et Morlaix (Léon) offrirent des maquettes en cire de leur ville à Notre-Dame du Folgoët.
  • Autre (1882)
    Un bas-relief de 1882 rappelle la sauvegarde de pèlerins de Lourdes lors de l'accident ferroviaire de Champ-Saint-Père en 1882.
Confrérie(s) :
    Indulgence(s) :
    • Partielle 100 j. (1471)
      Donnée par le pape Sixte IV (1471-1484), cette indulgence de cent jours pouvait être obtenue en visitant l’église du Folgoët à l’occasion de quatre fêtes : l’Annonciation (25 mars), l’Assomption (15 août), le pardon (8 septembre) et le dimanche précédant la Toussaint (1er novembre).
    • Partielle 100 j. (1485)
      Innocent VIII (1484-1492) confirma la bulle de 1471 en y ajoutant les mardis de Pâques et de la Pentecôte, ainsi que la fête de Noël.
    • Plénière (XVIe siècle)
      Le pape Jules III (1550-1555) accorda une indulgence plénière qui s’obtenait aux mêmes conditions que dans les sept principales églises de Rome, au moins une fois par semaine tout au long de l’année liturgique (Albert le Grand, Vie des saints de Bretagne armorique, éd. 1829, p. 112-113). Il augmenta également la durée des indulgences de l’Annonciation (25 mars) et du grand pardon (8 septembre) à sept ans et sept quarantaines.
    • Partielle 100 j. (1516)
      Le pape Léon X (1513-1521) confirma les indulgences de 1471 et 1485 en y ajoutant la Fête-Dieu (soixante jours après Pâques) et le premier dimanche d’août.
    • Plénière (XIXe siècle)
      Le pape Pie IX (1846-1878) remania la configuration des indulgences données au Folgoët aux XVe-XVIe siècles. Pour obtenir l’indulgence plénière, il fallait désormais aller au Folgoët pour prier pour les intentions du pape, se confesser et communier (la communion pouvait être reçue dans une autre église). Cette indulgence se recevait lors de l’un des cinq dimanches de mai, soit dans les mêmes conditions que les sept basiliques de Rome, énoncées dans la bulle de Jules III (1550-1555). Les indulgences partielles pouvaient être gagnées en se rendant à l’église du Folgoët pour y prier. Sept ans et sept quarantaines pouvaient être obtenus le jour de l’Ascension, et cent jours aux mardis suivant Pâques et la Pentecôte, au mercredi précédent Fête-Dieu, au premier dimanche d’août, à l’Assomption (15 août), au grand pardon (8 septembre), au dimanche précédent la Toussaint et à la Toussaint, ainsi qu’à la fête de l’Immaculée Conception (8 décembre).
    Compléments sur le culte :
    Bien qu’aujourd’hui, la statue de Notre-Dame soit l’objet principal de dévotion, les pèlerins d’avant 1870 ont surtout vénéré la fontaine de Salaün ar Fol, soit en s'y immergeant, soit en buvant de son eau. La principale manifestation du culte de Notre-Dame du Folgoët était le « Grand pardon » des 7-8 septembre (aujourd’hui le premier week-end de septembre). Alexandre Masseron décrivit son déroulement contemporain en 1948. Les paroisses du Léon les plus éloignées se rassemblaient à Lesneven le 7 au soir, puis arrivaient au Folgoët le lendemain. Pour ceux qui étaient déjà sur place, le pardon commençait le 7 au soir avec les Vêpres, puis la célébration pénitentielle, qui durait toute la nuit. Les fidèles priaient et allaient se confesser. À partir de minuit, plusieurs messes étaient dites jusqu’à l’arrivée des autres paroisses avec leurs bannières, au matin du 8. La procession du pardon avait alors lieu, transportant la statue de la Vierge. Aujourd’hui, le pardon commence le samedi à 21h par une veillée aux flambeaux suivie d’une messe. La messe pontificale a lieu le dimanche matin sur l’esplanade de la chapelle des pardons. La procession a lieu l’après-midi, suivie des vêpres et de la bénédiction du Saint-Sacrement. Géré par des chanoines (peu enclins à se réformer), puis négligé par les Jésuites, le sanctuaire ne bénéficia pas des nouveautés de la réforme tridentine au XVIIe siècle (procès-verbaux de miracles, nouvelles indulgences, procession des miracles). Le mois de mai donne lieu aux « Pempsul » ou cinq dimanches de mai. Selon Alexandre Masseron, il s’agit de rassemblements officieux, où les fidèles venaient par petits groupes. Ils sont attestés au XVIIIe siècle. Deux « petits » pardons ont également lieu le premier dimanche d’août, ainsi que le jour de l’Assomption (15 août). À l’époque moderne, il était d’usage pour les pèlerins du Folgoët de saluer le clocher de la collégiale dès que celui-ci entrait dans leur champ de vision, à Plounéventer. Recensé pour une vingtaine de sites, l’usage du salut du clocher était typiquement bas-breton. Dans la zone gallo, on ne le retrouve que pour les pèlerinages de Rohan et Moncontour (Provost, 1998, p. 95-96), pratiqué seulement par les Bas-Bretons. Le pèlerinage par procuration était également possible. En 1606 est mentionné le cas d’une servante ayant été au Folgoët pour sa maîtresse âgée, contre deux aulnes de toile.

    L'ÉDIFICE

    Description :
    La première phase de l’édifice fut construite au dernier tiers du XIVe siècle. Albert le Grand affirme que l’église fut débutée de 1365 à 1370, puis inachevée à cause des guerres. Le duc Jean V l’aurait alors terminée entre 1404 et 1409. Après l’érection du sanctuaire en collégiale (1419), il fit refaire l’église. La « première pierre » de cette deuxième campagne fut posée en 1423 ou peu avant, comme le suggère la plaque commémorative du portail : « Iohannes illustrissimus dux Brittonum fundavit praesens collegium anno D(omi)ni M.CCCCXXIII ». Ces travaux ne furent achevés que dans les années 1450 ou 1460, selon Jean-Marie Guillouët. Cette deuxième campagne repris intégralement l’édifice d’est en ouest. Le transept sud, inachevé, devint la chapelle dite « ducale » longue de deux travées. L’édifice montre ainsi un plan en équerre (cf. fig. 2). Le porche est long d’une travée et supporte deux tours. Entourée de quatre clochetons, la flèche de la tour nord culmine à cinquante-trois mètres. Elle date du milieu du XVe siècle et est similaire à celles de la cathédrale de Quimper. Le beffroi de la tour sud a été intégralement repris au XVIIe siècle. Divisée en trois vaisseaux, la nef est longue de quatre travées séparées par des piles composées. Le chœur à chevet plat est long de trois travées. Les deux travées les plus à l’ouest de son vaisseau central sont séparées de la nef par un jubé, et des collatéraux par des cloisons. C’est dans ces deux travées centrales que se trouvaient les stalles canoniales. Le vitrail de la rosace du chœur commémore le couronnement de la statue de la Vierge (1888). Avec la chapelle ducale, l’extrémité est du chevet forme une galerie longue de cinq travées où se succèdent cinq autels, dont le maître-autel, situé dans l’axe du vaisseau central de la nef. Les deux travées à l’ouest de la chapelle ducale abritent le porche des Apôtres et la sacristie actuelle. La fontaine de Salaün ar Fol se trouve à l’extérieur de l’église, directement adossée au chevet. Elle prend source sous le maître-autel (cf. la rubrique « aménagements extérieurs »). Le jubé du chœur est en kersantite. Il est composé de trois arcades tréflées surmontés de gâbles, supportant une balustrade quadrilobée. D’après Jean-Marie Guillouët, il a dû être sculpté dans le troisième quart du XVe siècle. Il fut restauré en 1841 et 1987. Le tympan du portail fut peut-être affecté par la foudre en 1633 mais il fut surtout dégradé pendant la Révolution. L’église connut un incendie en 1708, mais ses conséquences ne furent pas aussi dramatiques que de nombreux auteurs l’ont décrit (selon Guillouët). La toiture fut entièrement refaite en 1716. L’essentiel de la statuaire a été vandalisé pendant la Révolution française. La plupart des statues visibles aujourd’hui ont été placées de façon presque aléatoire pour remplir les niches vides, et ne sont pas toutes originaires de la collégiale du Folgoët. Cependant, certaines œuvres originales ont subsisté, comme le tympan du portail qui représente la Nativité, l’Adoration des Mages et l’Annonce aux bergers. Les personnages du porche des Apôtres sont eux aussi d’origine. La statue de la Vierge de la fontaine a été remplacée en 1990. Elle se situe désormais dans le bas-côté sud de l’église. Il est également possible que l’Ecce Homo et Saint Michel terrassant le dragon soient des statues d’origine. L’église a été classée Monument Historique sur la première liste de Mérimée (1840), qui la visita personnellement cinq ans plus tôt.
    Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
    • Autre (XVe siècle)
      Le bâtiment dit « le Doyenné » fut construit après 1426 par le premier doyen du chapitre du Folgoët, Jean de Kergoal. Le chapitre avait obligation de mettre cet hôtel à la disposition des pèlerins du Folgoët. Lors de son passage en 1505, Anne de Bretagne y séjourna. La chambre où elle dormit fut rebaptisée « chambre de la reine ». Après la fermeture du chapitre en 1682, l’hôtel devint un prieuré. Il fut ensuite reconverti en presbytère pour le curé du Folgoët. Le recteur Guéguen (1924-1954) y ouvrit un musée pour accueillir, entre autres, la statuaire de l’église mutilée pendant la Révolution. Le Doyenné a été classé monument historique en 1889.
    • Croix (XVe siècle)
      Les restes d’un imposant calvaire du XVe siècle se dressent au sud de l’église. Au pied de la croix se tiennent une Vierge de pitié et un prélat à genoux identifié par certains comme le cardinal Alain de Coëtivy, évêque de Dol (1456-1474) et chanoine du Léon (1436-1437).
    • Fontaines (XVe siècle)
      La fontaine est directement accolée au chevet de l’église. Elle consiste en une arcade gothique abritant une statue de la Vierge à l’Enfant du XVe siècle (remplacée en 1990). L’originale se situe dans le bas-côté sud de l’église. Selon la légende, c’est à proximité de cette fontaine que Salaün ar Fol aurait vécu.
    • Statue (1902)
      Un monument fut construit à la mémoire de Mgr Charles Freppel, évêque d’Angers (1870-1891) et député de la IIIe Circonscription de Brest (1880-1891). Celui-ci présida le couronnement de la statue de Notre-Dame du Folgoët en 1888. La statue de l’évêque est posée sur un piédestal à base carrée, et surplombée par une fine colonne supportant une statue de la Vierge. Le tout est entouré d’une enceinte rectangulaire fermée aux trois quarts.
    • Autel en plein air (1923)
      Une chapelle des pardons, destinée à accueillir les grandes cérémonies, fut construite en 1923. Elle fut bénite en 1943. Les pardons actuels y rassemblent environ vingt mille personnes chaque année.
    • Autre (1926)
      Juste à côté du Doyenné, en face de l’église, se trouve l’Abri des Pèlerins ouvert par l’abbé Guéguen. Ce bâtiment de style néo-gothique a été rénové et reconverti en Musée de la piété populaire en 2008.
    Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

      HISTOIRE DU SANCTUAIRE

      Origines :
      Date de première mention : 1410
      Initiative de la fondation :
      • Seigneur laïc
      Environnement institutionnel, politique et religieux :
      La tradition rapporte que la construction de l’église aurait été débutée en 1365 par le duc Jean IV (1365-1399), juste après sa victoire sur Charles de Blois. Le chapitre du Folgoët fut installé en 1419 par le duc Jean V (1399-1442). La seconde phase de construction de l’église (années 1420-années 1450 ou 1460) correspond à l’apogée de la Bretagne en tant que territoire quasi-indépendant, gouverné par des ducs relativement puissants. L’église collégiale gothique, dont la flèche est similaire à celles de la cathédrale de Quimper, est le principal témoin de cet apogée. Le développement de ce pèlerinage survint durant la période que Georges Provost nomme l’« efflorescence bas-médiévale » (XIVe-XVIe s.), caractérisée par l’apparition de nouveaux pèlerinages attractifs favorisés par la Papauté tels que Saint-Yves de Tréguier,  Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes ou Saint-Jean-du-Doigt.
      Phases d'évolution :
      Dès ses origines, le pèlerinage du Folgoët attira de nombreux pèlerins de toute la Bretagne, spécialement de la zone bretonnante. Cependant, le succès de son pèlerinage peut se diviser en trois phases chronologiques. La première (XVe-XVIIe s.) est celle d’un pèlerinage très dynamique favorisé par les ducs de Bretagne, puis les rois de France, ainsi que les petite et haute noblesses (en témoignent les nombreux blasons laissés dans la collégiale). Aux XVe-XVIe siècles, le sanctuaire reçut de nombreuses visites des ducs, puis du roi de France, ainsi Jean V (1420, 1424, 1424, 1426 et 1434), Pierre II (1450), François II (1462), Anne (1491, 1494, 1499, 1505) et sa fille la reine Claude, venue avec son époux le roi François Ier (1518). Avant 1625 et la création du sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray, le Folgoët était le premier pèlerinage breton. La flèche de la collégiale (53 m de haut), achevée au milieu du XVe siècle, est un symbole de ce prestige, lié entre autres à l’apogée de la Bretagne ducale. En témoigne également le choix de Robert Cupif, qui résida au Folgoët en tant que doyen du chapitre alors qu’il était également évêque de Saint-Pol (1637-1650). Le chapitre atteint l’effectif de douze chanoines sous son épiscopat. Le sanctuaire reçut de nombreux dons (notamment par testaments) dans les années 1640-1680. Au plus fort de ce pic, dans les années 1640, le sanctuaire reçut des legs, dont 35% provenaient de testaments bas-bretons (Provost, 1998, p. 269-270). Le Folgoët et son pèlerinage firent l’objet de trois ouvrages imprimés entre 1577 et 1636. À partir de la seconde moitié du XVIIe – l’année 1682 marquant le tournant – le pèlerinage connut un relatif déclin dû à l’absence de réforme de la part des chanoines, à la négligence des Jésuites, au régime de l’économat (1763-1793), puis aux tourments révolutionnaires. Les chanoines ne réformèrent pas le sanctuaire dans l’esprit du renouveau tridentin, et les Jésuites négligèrent le site, ayant déplacé leur séminaire à Brest. À la fin du XVIIIe siècle, l’ancienne collégiale était en si mauvais état qu’il fut impossible d’y célébrer une messe (notamment à cause de vitres brisées). Elle fut pillée pendant la Révolution, et fut rachetée par un fripier de Brest, Nicolas Anquetil, qui le reconvertit de diverses manières et manqua de la démanteler pour en récupérer les matériaux. L’église fut finalement rachetée par les villageois en 1810 et servit d’église paroissiale à partir de 1826. Ce n’est qu’à partir des années 1870 que le pèlerinage du Folgoët retrouva une partie de son prestige en jouant un nouveau rôle à la fois religieux et politique. De nombreux pèlerins demandèrent la protection de la Vierge du Folgoët lors de la guerre contre les Prussiens, et des soldats canadiens venus défendre la Papauté mise à mal par les Chemises rouges de Garibaldi passèrent au sanctuaire. La Bretagne ayant été épargnée par la guerre, l’image de la Vierge en tant que protectrice de la Bretagne sortait renforcée. Après le triomphe des Républicains (1880), le sanctuaire devint un haut lieu de l’identité catholique bretonne et française face à la laïcité républicaine. Mgr Duparc, évêque de Quimper-Léon (1908-1946), considérait en 1927 le Folgoët comme une « forteresse de premier rang » face aux idéaux républicains et laïcistes. L’apogée de ce renouveau va grosso modo de 1888, date du couronnement de la statue de la Vierge, au début des années 1950. Le deuxième quart du XXe siècle fut marqué par le rectorat de Jean-Marie Guéguen (1924-1954), qui fit entre autres ouvrir l’abri des pèlerins (1926), une auberge de jeunesse, et créa un musée dans son presbytère. Il considérait le pardon du Folgoët comme la « fête nationale du Léon ». Le Folgoët devint le lieu de rassemblements de nombreuses associations chrétiennes, comme les conférences de saint Vincent de Paul (1926), les assemblées générales catholiques du Finistère ou le tiers-ordre franciscain. Les Ligues d’Action catholique furent créées en 1924 au Folgoët en protestation aux prétentions laïcistes d’Edouard Herriot, qui souhaitait appliquer la loi de 1905 à l’Alsace-Moselle. Un grand rassemblement pour la justice scolaire (et le maintien des écoles libres) eut lieu en avril 1950. Dans l’immédiat après-guerre, le pardon accueillait plus de cinquante mille fidèles. Le grand pardon (fêté le premier week-end de septembre) et les cinq dimanches de mai sont les fêtes qui attirent le plus de fidèles et visiteurs.
      Evénements marquants :
      • Miracle (1350)
        D’après Pascal Robin, c’est vers 1350 qu’une fleur de lys aurait poussé sur la tombe de Salaün ar Fol, portant l’inscription Ave Maria en lettres d’or sur ses pétales.
      • Installation des religieux (1419)
        La construction de l’église étant terminée, le duc Jean V y fit installer un chapitre regroupant d’abord quatre chanoines, puis neuf (1426).
      • Visite exceptionnelle (1420)
        Le duc Jean V vint cinq fois en pèlerinage à Notre-Dame du Folgoët : 1420, 1423, 1424, 1426 et 1434.
      • Erection du sanctuaire en basilique mineure (1427)
        Le sanctuaire fut élevé au rang de basilique mineure par le pape Martin V (1417-1431).
      • Visite exceptionnelle (1450)
        Visite du duc de Bretagne Pierre II (1450-1457), deuxième fils de Jean V.
      • Visite exceptionnelle (1462)
        Visite du duc de Bretagne François II (1458-1488), neveu de Jean V.
      • Visite exceptionnelle (1491)
        La duchesse Anne de Bretagne se rendit au Folgoët l’année de son mariage avec le roi de France Charles VIII (1483-1498). Elle revint encore en 1494, 1499 et 1505.
      • Visite exceptionnelle (1518)
        Le roi de France François Ier (1515-1547) vint en pèlerinage au Folgoët avec la reine Claude (1515-1524), fille d’Anne de Bretagne.
      • Foire (1547)
        Trois foires aux chevaux furent instituées au Folgoët à partir de 1547. La première avait lieu le 5 mars, la deuxième le 29 août, et la dernière le 9 septembre.
      Rayonnement(s) :
      • Diocésain

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      Bibliographie :
      • LEROY, C., DE LA RIVIÈRE, D., Cathédrales et basiliques de Bretagne, s.l., Ereme, 2009.
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      • DILASSER, M. (dir.), Patrimoine religieux de Bretagne. Histoire et inventaire, Brest, Le Télégramme, 2006.
      • CLOÎTRE, M.-T., «Les hauts lieux mariaux finistériens », in BÉTHOUART B., LOTTIN A. (dir.), La dévotion mariale de l'an mil à nos jours [Actes coll. Boulogne-sur-Mer, 22-24 mai 2003], Arras, Artois Presses Université, 2005, p. 221-232.
      • PROVOST, G.,, La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
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      • QUEFFÉLEC, H., Le Folgoët, ou le lys aux lettres d'or, Paris, Editions S.O.S., 1977.
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      • COËTLOGON, Dessins, histoire et description de l'église Notre-Dame du Folgoët, Brest, Lefournier, 1851.
      • ALBERT LE GRAND, Vie des saints de la Bretagne Armorique, éd. D. L. MIORCEC DE KERDANET, Anner et Fils (Brest), Isidore Perron (Paris), 1837.
      • PENNEC, C., «Le dévot pèlerinage de Notre-Dame du Folgoët », in D. L. MIORCEC DE KERDANET (éd.), Rennes, Vatar-Jausions (éd. orig. 1634), 1825.
      • BOURGÈS, A.-Y., «Recherches sur une légende mariale du Moyen Âge », in MILIN, G. et GALLIOU, P., Hauts lieux du sacré en Bretagne (KREIZ 6, Etudes dur la Bretagne et les pays celtiques), Brest, p. 39-47.
      • BOURGÈS, A.-Y., «Deux traditions médiévales de Landévennec transplantées en Léon la légende mariale de Salaün », in http://www.hagio-historiographie-medievale.org/.
      • BERRIVIN, A., «Pèlerinages et politique : l'exemple de la dévotion à Notre-Dame du Folgoët », in MILIN, G. et GALLIOU, P., Hauts lieux du sacré en Bretagne (KREIZ 6, Etudes dur la Bretagne et les pays celtiques), Brest, 1997, p. 23-38.
      Etude(s) universitaire(s) :
      • PROVOST, G., Le pèlerinage en Bretagne aux XVIIe-XVIIIe siècles, Thèse de doctorat, ss. dir de J. QUENIART, Rennes II, 1995.

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      Edifice :
      Autre :
      • Localisation du Folgoët - Maxime Bolard - 2017
      • Plan de l'église - Maxime Bolard - 2017

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • BOLARD / PROVOST Maxime / Georges
      Rédacteur :
      • BOLARD Maxime
      Date de l'enquête :
      1995/2017
      Date de rédaction de la fiche :
      2017
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Notre-Dame-du-Folgoët », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/760/notre-dame-du-folgoet, version du 12/12/2018, consulté le 23/01/2019