INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Notre-Dame-de-Bon-Secours-de-Guingamp

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Notre-Dame-de-Bon-Secours-de-Guingamp
Période d'activité :
1450 - 2018
Commune :
Guingamp
Département :
Côte d'Armor
Localisation de Guingamp

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Guingamp
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Saint-Brieuc-Tréguier (1791 - 2018)
Ancien: Tréguier (XIVe siècle - 1791)
Paroisse :
Actuelle: Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp (XIVe siècle - 2018)
Ancienne:
Compléments :
Guingamp appartenait au diocèse de Tréguier. Cependant, l’administration révolutionnaire bouleversa la topographie des diocèses bretons. Ainsi, la Bretagne passa de neuf à cinq diocèses, correspondant aux limites des départements de 1790. Le diocèse de Tréguier fut absorbé par celui de Saint-Brieuc (dit de « Saint-Brieuc-Tréguier » à partir de 1852), dont les limites correspondent à celles du département des Côtes d’Armor. L’église Notre-Dame a toujours été l’église-mère de la paroisse Notre-Dame de Bon-Secours. Aujourd’hui, cette dernière regroupe quatorze paroisses anciennement indépendantes.

Site

Type de site :
Rive de cours d'eau
Altitude :
81 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Néant
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Abbaye
Axe de circulation
Carrefour
Château
Cours d'eau
Remparts
Compléments :
Guingamp (en breton Wingamp, c’est-à-dire le « champ blanc » ou le « champ sacré ») se trouve sur la rive droite de la rivière du Trieux. Sa vallée moins encaissée à cet endroit qu’ailleurs en fait un point de passage privilégié. Dès l’époque romaine – peut-être même gauloise – de nombreux axes de communication y convergeaient : les routes Lanvollon/Yffiniac-Morlaix et la Roche-Derrien-Callac-Nantes, ainsi que trois autres axes secondaires. Il est possible que l’éminence du site qui constitue désormais le centre de l’actuel Guingamp ait accueilli un poste militaire à l’époque romaine, puis peut-être une motte castrale. La ville se développa réellement au XIe siècle sous la forme d’un bourg castral, puis d’un castrum (ville fortifiée). Trois églises (dont Notre-Dame) y étaient recensées en 1120. Avant 1166, l’agglomération avait déjà le statut de capitale du comté de Penthièvre (Hervé Le Goff, 2004, p. 19-23).

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Notre-Dame-de-Bon-Secours-de-Guingamp (1450 - 2018)
Compléments :
Bien que la dédicace de l’église à la Vierge soit attestée dès le XIIe siècle, c’est sous le règne du duc de Bretagne Pierre II (1450-1457) et à l’initiative de celui-ci que le vocable de Notre-Dame de Bon-Secours (en breton Itroun Varia Gwir Zicour) lui fut attribué.
Type de lieu de culte :
Eglise paroissiale
Nom du lieu de culte :
Notre-Dame de Bon-Secours
Saints patrons :
  • Vierge Marie (XIIe siècle - 2018)
Compléments :
L’église Notre-Dame de Guingamp est mentionnée à la fin du XIe siècle comme chapelle castrale des comtes d’Avaugour. Dès le XIIe siècle, elle était sous le patronage de la Vierge. À la fin du XVe siècle, elle avait rang d’église paroissiale ayant préséance sur les autres paroisses de Guingamp. La première mention d’un recteur date de 1540. Selon l’abbé Coadic (éd. 1987, p. 98-99), cette église aurait pu avoir le statut officieux de collégiale placée sous le contrôle direct des comtes de Penthièvre (ses principaux donateurs) et gérée par quatre recteurs. Ce statut prit fin en 1707 ; l’église fut alors administrée par un recteur et sept prêtres. En 1793, le sanctuaire fut vendu comme bien national. La nef fut reconvertie en temple de la Raison, puis en grenier à foin, le porche en corps de garde, la tour en poudrière et la sacristie en prison. L’église fut rouverte au culte catholique en 1802, et la statue de Notre-Dame restaurée en 1805. Deux ans après le couronnement de la statue (1857), l’église fut affiliée à la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome ; l’indulgence plénière peut donc y être reçue tous les jours de l’année. À partir du milieu du XIXe siècle, les évêques de Saint-Brieuc-Tréguier manifestèrent l’importance qu’ils accordaient au sanctuaire de Guingamp en nommant régulièrement son recteur vicaire général. En 1899, l’église fut érigée en basilique mineure par le pape Léon XIII. Aujourd’hui, elle est à la tête de la paroisse Notre-Dame de Bon-Secours, qui regroupe quatorze paroisses anciennement indépendantes.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Notre-Dame de Bon-Secours
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Bois
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Porche Notre-Dame
Datation de l'objet :
XVIIe siècle
Compléments :
La statue polychrome est une Vierge à l’Enfant. Debout, elle tient l’Enfant-Jésus sur son bras gauche. Ce dernier est représenté les bras ouverts. La Vierge est vêtue d’une longue tunique de tissu blanc à volutes bleues, recouverte par un manteau bleu. Sa tête est bordée d’un voile blanc translucide qui descend aussi bas que le manteau. L’Enfant Jésus est revêtu d’une longue tunique blanche. Le visage de la statue, noirci par la fumée des cierges, lui vaut encore actuellement le surnom de « Vierge Noire de Guingamp ». Cette statue fut mutilée en 1793, mais un paroissien récupéra sa tête pour la mettre à l’abri. Une nouvelle statue incorporant la tête de l’ancienne fut inaugurée en 1805. Une incertitude subsiste quant à la datation de la statue originelle, difficile à lever : XIIIe-XIVe siècles pour certains, XVIIe siècle pour d’autres (date qui figure dans la base Mérimée). Les chefs de Marie et du Christ furent couronnés en 1857 ; il s’agit de la première Vierge couronnée de Bretagne (un an avant celle de Rumengol). La couronne de la Vierge est faite d’or et de bronze doré et est sertie de rubis et d’émeraudes. Celle du Christ est sertie de perles blanches. Elles furent toutes les deux réalisées par l’orfèvrerie du Vatican, comme celles de Rumengol un an plus tard. Le cœur vermeil qui se trouve autour du cou de Marie a été offert pour la même occasion par les Filles de la Croix de Paris.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Miracles :
La plupart des miraculés ayant eu recours à Notre-Dame de Bon-Secours sont des marins rescapés de naufrages. Le cas le plus spectaculaire fut celui des marins de la goélette Alice-Louise, originaires de Saint-Malo, qui faillirent périr dans une tempête au large de l’île d’Ouessant en 1894. Les quatre-vingt-cinq rescapés improvisèrent une procession des miracles dans les rues de Guingamp, pieds nus, vêtus d’une chemise et d’un pantalon blanc et tenant un chapelet (abbé le Coadic, 1904, p. 174).
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Voeu
  • Thérapie
  • Autre
Compléments :
Au-delà de l’habituel recours thérapeutique, de nombreux marins avaient recours à Notre-Dame de Bon-Secours pour se protéger des naufrages. Ce recours était encore très fort aux XIXe et XXe siècles. Un prêtre parisien en voyage en Bretagne sortit indemne d’une catastrophe ferroviaire, selon lui grâce à l’intercession de Notre-Dame de Bon-Secours. Elle fut également invoquée pour les noyades d’enfants.
Jour(s) de fête :
  • Visitation de la Vierge Marie
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
Le pardon de Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp avait habituellement lieu le 2 juillet, fête de la Visitation. Une procession avait lieu le samedi soir, suivie de la messe des pèlerins à minuit. Un feu de joie fut mentionné dès les années 1620 ; trois feux étaient allumés sur la place du centre de la ville. Selon Georges Provost, le feu de Notre-Dame serait le prolongement, quelques jours après, des feux solsticiaux de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre. Lors de la procession du pardon, le clergé guingampais avait pour habitude de circuler autour du feu ; cette pratique, jugée superstitieuse, fut interdite par l’évêque de Tréguier en 1620, mais l’interdiction ne fut pas respectée. Un ange pyrophore venu du clocher pour allumer le brasier est mentionné en 1740 (comme à Saint-Jean-du-Doigt, voir cette fiche), et un feu d’artifice en 1768. En 1717, la ville fit appel à cinquante hommes d’armes pour surveiller le pardon, en crainte de débordements éventuels.
Pratiques individuelles :
  • Circumambulation
  • Cire
  • Prières
  • Dons
  • Actions de grâce
  • Voeux
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Confessions
  • Processions
  • Messe
  • Chants
  • Neuvaines
  • Pèlerinage
Ex voto :
  • Cire
    Il brûle toujours actuellement un grand nombre de cierges dans le porche Notre-Dame. Des membres en cire furent mentionnés dès les années 1360, mais ils semblaient dédiés à Charles de Blois plus qu’à la Vierge.
  • Texte gravé
    De nombreuses plaques de marbre sont accrochées aux murs de l’église.
  • Autre (XXe siècle)
    Après neuf ans de captivité en Angleterre, le comte de Penthièvre Charles de Blois offrit au sanctuaire quatre tapis d’église et une courtine de soie pour le maître-autel. En 1904, l’abbé Coadic mentionna plusieurs maquettes de navires offertes par des marins, douze devants d’autel et des décorations (type Légion d’Honneur).
  • Tableau (XXe siècle)
    Une statue en argent représentant la Vierge avec la ville à ses pieds est mentionnée dans les inventaires des XVIIe-XVIIIe siècle, mais l’on ne sait rien de précis sur les circonstances qui ont motivé cet objet. En 1904, l’abbé Coadic mentionna également plusieurs tableaux sans les décrire.
  • Métal (XVIIIe siècle)
    Un inventaire du XVIIIe siècle cite plusieurs croix d’or et d’argent.
  • Métal (XXe siècle)
    Un inventaire du XVIIIe siècle cite plusieurs couronnes et cœurs d’or et d’argent contenant le descriptif écrit du vœu, trois sceptres, plusieurs couronnes pour la statue, deux portraits d’enfants en argent et une grande quantité de bagues en or, argent et cuivre. Un prêtre parisien en voyage en Bretagne sorti indemne d’une catastrophe ferroviaire offrit un médaillon au sanctuaire. Plusieurs parents dont les enfants survécurent à des accidents firent de même.
  • Vêtement (XVIIIe siècle)
    Deux « nobles fiancés » du XVIIIe siècle offrirent deux robes blanches pour la statue de la Vierge.
Confrérie(s) :
  • Frairie blanche (1450)
    La frairie blanche fut fondée en 1450 par le duc Pierre II, par récupération de la confrérie des Disciples de Jésus. Son but était de réunir les trois ordres de la société (clergé, noblesse et « peuple menu ») en une unique confrérie. Selon Georges Provost, cette confrérie rayonnait encore sur le diocèse de Tréguier au XVIIe siècle. Ses membres gagnaient une indulgence plénière et plusieurs indulgences partielles à partir de 1619. Il est vraisemblable que cette confrérie contribua au développement du pèlerinage.
  • ? (1857)
    Lors du couronnement, la confrérie de la Frairie blanche fut restaurée par l’évêque de Saint-Brieuc-Tréguier, Mgr Le Mée (1841-1858). Ses membres pouvaient recevoir l’indulgence plénière en plusieurs occasions. Il suffisait entre autres de célébrer une messe pour un défunt de la confrérie sur l’autel de Notre-Dame pour que celui-ci en bénéficie. À la suite de l’érection du sanctuaire en basilique (1899), la confrérie reçut le statut d’archiconfrérie en 1903. Au début du XXe siècle, l’abbé Coadic avance que certains de ses membres étaient originaires de toute la France, mais aussi de Belgique, Italie, Royaume-Uni, Syrie et Israël. En ce qui concerne les étrangers, il est probable qu’il se fût agi essentiellement d’évêques invités aux pardons et ayant adhéré à la confrérie pour l’occasion.
Indulgence(s) :
  • Partielle (XIVe siècle)
    Une indulgence est mentionnée pour ce sanctuaire dès le XIVe siècle (Georges Provost, 1998, p. 146).
  • Partielle 2025 j. (1448)
    Le pape Nicolas V (1447-1455) accorda cinq ans et cinq quarantaines à ceux qui visiteraient l’église Notre-Dame pour la Nativité de la Vierge (8 septembre).
  • Plénière (1662)
    Une indulgence plénière fut accordée au sanctuaire pour sept ans. Cette indulgence entraîna un regain très sensible de ferveur à la « dévotion du portal » (cf. Provost, 1998, p. 290-292), lequel se traduisit par un essor des pèlerins, des confessions et communions, et enfin par la banalisation, dans un nombre significatif de paroisses du Trégor, des statues de la Vierge qui étaient également honorées dans les porches, comme à Guingamp.Ce fut donc un tournant majeur, sachant que jusque-là le pèlerinage marial le plus actif semblait être celui du couvent franciscains de Grâces, voisin de Guingamp.
  • Partielle (1681)
    Les comptes de la fabrique mentionnent une indulgence octroyée vers 1681.
  • Partielle (1751)
    Les comptes de la fabrique mentionnent une indulgence octroyée vers 1751.
  • Partielle (1771)
    Les comptes de la fabrique mentionnent une indulgence octroyée vers 1771.
  • Partielle (1779)
    Les comptes de la fabrique mentionnent une indulgence octroyée vers 1779.
  • Partielle (1857)
    Lors du couronnement de la statue, l’évêque de Saint-Brieuc-Tréguier, Mgr Le Mée (1841-1858), accorda une indulgence que l’on pouvait recevoir le 8 septembre (Nativité de la Vierge) pour chaque anniversaire du couronnement.
  • Plénière (1859)
    En 1859, l’église fut affiliée à la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome ; l’indulgence plénière peut donc y être reçue tous les jours de l’année.
Compléments sur le culte :
L’usage de voyager pieds-nus fut relevé en 1371 (en l’honneur de Charles de Blois, inhumé aux Cordeliers de la ville) et au XIXe siècle. De même, des neuvaines incubatoires furent mentionnées à Guingamp aux XIVe et XVe siècles. Pour des raisons de santé publique, elles furent interdites à la fin du XIVe siècle, puis sans doute rétablies par la suite. À l’époque moderne, il était d’usage pour les pèlerins de Notre-Dame de Bon-Secours de saluer le clocher de l’église dès que celui-ci entrait dans leur champ de vision. Recensé pour une vingtaine de sites, l’usage du salut du clocher était typiquement bas-breton. Dans la zone gallo, on ne le retrouve que pour les pèlerinages de Rohan et Moncontour, pratiqué seulement par les Bas-Bretons. Selon Georges Provost (1998, p. 95-96), ce geste encore en usage dans les grands pèlerinages européens comme le Mont-Saint-Michel ou Compostelle a perduré en Basse-Bretagne pour des sanctuaires de moindre importance.

L'ÉDIFICE

Description :
La basilique de Guingamp présente un plan relativement complexe, fruit de plusieurs campagnes de constructions et réparations. De l’édifice roman ne subsistent que les corniches de la croisée du transept. L’essentiel de l’église, de style gothique, date des XIIIe-XIVe siècles. Le chœur et la flèche haute de cinquante-sept mètres datent du XVe siècle. Un ouragan survenu en 1535 provoqua l’effondrement du quart sud-ouest de l’église, qui fut alors reconstruit – de façon pionnière en Bretagne – dans le style Renaissance. Ces réparations durèrent jusqu’à la fin du XVIe siècle. La flèche fut endommagée à quatre reprises par des catastrophes naturelles (1737, 1755, 1874), puis par un obus américain lors de la Seconde guerre mondiale au moment de la Libération (1944). Dans la chapelle Saint-Jacques ont été placées la sépulture de l’évêque de Tréguier Pierre Morel (1385-1401), originaire de Guingamp, et celle du sénéchal de Coatgourheden (XIVe siècle). Le caveau des comtes de Penthièvre (fin XVIe-début XVIIe) se trouve dans le chœur ; leurs restes furent exhumés en 1888. Le long du bas-côté nord figure un vitrail commémorant le couronnement de la statue de la Vierge (1857) et le vœu de la guerre de 1870. L’édifice mesure au total cinquante-neuf mètres de long sur trente-six de large. L’imposant massif occidental supporte deux tours carrées du XIIIe siècle. La nef est longue de trois travées, et le transept de deux. Les collatéraux nord et sud sont tous les deux longs de deux travées et se prolongent au niveau du transept. Le chœur est long de trois travées et pourvu d’un déambulatoire concave. L’essentiel de la basilique fut restauré entre 1854 et 1866. L’édifice a été classé Monument Historique en 1888.
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
    Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
    • Chapelle (XIIIe siècle)
      Le sanctuaire de Notre-Dame de Bon-Secours se trouve actuellement dans le porche dit « Notre-Dame » situé à l’entrée nord-ouest de la basilique. La statue est adossée au trumeau du portail et est visible depuis l’extérieur de l’église. Le sol est décoré d’un labyrinthe circulaire créé par un jeu de couleurs du carrelage (gris clair et gris foncé). De nombreux cierges, bouquets et ex-voto gravés y sont exposés. Cet aménagement date du XIXe siècle ; auparavant, le culte dut se faire dans le chœur de l’église.

    HISTOIRE DU SANCTUAIRE

    Origines :
    Date de première mention : 1371
    Initiative de la fondation :
    • Seigneur laïc
    Environnement institutionnel, politique et religieux :
    La reconstruction de l’église Notre-Dame fut financée par les comtes de Penthièvre, mais les travaux furent interrompus par la guerre de succession de Bretagne (1341-1364), perdue par Charles de Blois, alors duc de Bretagne. Le développement du pèlerinage de Notre-Dame du Bon-Secours survint pendant la période que Georges Provost nomme l’« efflorescence bas-médiévale » (XIVe-XVIe s.), caractérisée par l’apparition de nouveaux pèlerinages attractifs favorisés par la Papauté, tels que saint Yves de Tréguier, Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes ou Notre-Dame du Folgoët.
    Phases d'évolution :
    La première mention explicite du pèlerinage de Notre-Dame de Guingamp date du procès de canonisation de Charles de Blois (1371). Le pèlerinage reçut ensuite la faveur des ducs de Bretagne ; création de la Frairie blanche par Pierre II (1450), visite d’Anne de Bretagne (1505). Il fut doté d’une indulgence en 1448. C’est à partir du XVIIe siècle que le sanctuaire connut son apogée, grâce à une indulgence plénière accordée aux membres de la Frairie blanche en 1619, puis à ceux qui visiteraient le sanctuaire en 1662. C’est sans doute vers cette époque que la statue de la Vierge fut réalisée. Le sanctuaire devint un des principaux modèles du pèlerinage tridentin (basé sur la pratique eucharistique et la pénitence) avec Sainte-Anne-d’Auray (Morbihan). Trente prêtres confesseurs furent mentionnés au pardon de 1690. De 1681 à 1779, le sanctuaire fut doté de quatre autres indulgences. Après les troubles révolutionnaires, Notre-Dame de Bon-Secours connut un second âge d’or, à partir des années 1850, grâce au renouveau ultramontain. En 1857, la Vierge fut couronnée ; ce fut la première de Bretagne, trois ans après la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception. Une nouvelle confrérie fut créée au même moment. En 1859, l’église fut affiliée à la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome ; l’indulgence plénière peut donc y être reçue tous les jours de l’année. À partir de Mgr Martial (1859-1862), les évêques de Saint-Brieuc-Tréguier consacrèrent systématiquement leur diocèse à Notre-Dame de Bon-Secours au début de leur épiscopat et présidèrent le pardon annuel. À partir des années 1870, de nombreux évêques du reste de la France et de l’étranger furent présents au pardon. En 1899, l’église fut érigée en basilique mineure par le pape Léon XIII. Selon l’abbé Coadic, le pardon attirait environ quinze à vingt mille fidèles au milieu du XIXe siècle. En 2017, il en attirait mille cinq cents.
    Evénements marquants :
    • Construction (XIVe siècle)
      L’église Notre-Dame fut entièrement reconstruite aux XIIIe-XIVe siècles. Les travaux furent en grande partie financés par les comtes de Penthièvre.
    • Confrérie (1450)
      Le duc de Bretagne Pierre II (1450-1457) créa la Frairie blanche, liée au culte de Notre-Dame de Guingamp. Il semble que ce soit à cette époque qu’elle reçut le vocable de Notre-Dame de Bon-Secours.
    • Visite exceptionnelle (1505)
      Anne de Bretagne passa par Guingamp lors de son « voyage-pèlerinage » de 1505. Elle visita alors l’église Notre-Dame.
    • Indulgences (1662)
      Une indulgence plénière fut accordée au sanctuaire pour sept ans, dans le contexte de la Réforme tridentine. Cette indulgence entraîna ici un regain très sensible de ferveur à la « dévotion du portal » (cf. Provost, 1998, p. 290-292), lequel se traduisit par un essor des pèlerins, des confessions et communions, et enfin par la banalisation, dans un nombre significatif de paroisses du Trégor, des statues de la Vierge qui étaient également honorées dans les porches, comme à Guingamp. Ce fut donc un tournant majeur, sachant que jusque-là, le pèlerinage marial le plus actif semblait être celui du couvent franciscains de Grâces, voisin de Guingamp.
    • Disparition de l'objet de dévotion (1793)
      L’église Notre-Dame fut vendue comme bien national et la statue de la Vierge fut brisée. Un paroissien en récupéra la tête pour la mettre à l’abri.
    • Reprise du culte après la révolution (1802)
      L’église Notre-Dame fut rouverte au culte catholique en 1802.
    • Arrivée de l'objet de dévotion (1805)
      Une nouvelle statue de Notre-Dame de Bon-Secours fut fabriquée à partir de la tête de l’ancienne.
    • Couronnement de la statue (1857)
      En 1857, la Vierge de Bon-Secours fut couronnée : ce fut la première de Bretagne, trois ans seulement après la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception. Les festivités attirèrent environ trente mille personnes. Son culte prit une ampleur régionale à partir de cet événement.
    • Autre (1859)
      En 1859, l’église fut affiliée à la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome ; l’indulgence plénière peut donc y être reçue tous les jours de l’année.
    • Transfert (1864)
      Des reliques de saint Vincent martyr furent transférées dans l’église Notre-Dame.
    • Pèlerinage (1870)
      Le 24 mai 1870, mille deux cents pèlerins de la paroisse Saint-Martin de Morlaix se rendirent au sanctuaire de Guingamp pour clôturer les solennités du mois de Marie.
    • Voeu collectif (1870)
      Le 8 décembre 1870, les habitants de Guingamp eurent recours à Notre-Dame de Bon-Secours pour lui demander que la Bretagne et leur ville soient épargnées par la guerre franco-prussienne.
    • Pèlerinage (1874)
      Le pardon de 1874, fêté du 4 au 6 juillet, attira environ cent mille fidèles et six évêques, dont celui de Vincennes (Indiana, États-Unis) avec qui le diocèse de Saint-Brieuc avait des liens suivis.
    • Voeu collectif (1894)
      Les marins de la goélette Alice-Louise, originaires de Saint-Malo, faillirent périr dans une tempête au large de l’île d’Ouessant en 1894. Après l’invocation de Notre-Dame de Bon-Secours, ils survécurent. Quelques jours plus tard, les quatre-vingt-cinq rescapés improvisèrent une procession des miraculés dans les rues de Guingamp, pieds nus, vêtus d’une chemise et d’un pantalon blanc et tenant un chapelet (abbé Le Coadic, 1904, p. 174).
    • Erection du sanctuaire en basilique mineure (1899)
      En octobre 1899, l’église fut érigée en basilique mineure par le pape Léon XIII. Les festivités d’inauguration eurent lieu au pardon de 1900.
    Rayonnement(s) :
    • Local (? -> XIVe siècle)
      Bien que l’église Notre-Dame fût mentionnée au XIIe siècle, son pèlerinage eut une audience locale avant le XIVe siècle.
    • Diocésain (XIVe siècle -> XIXe siècle)
      L’importance accordée au culte de Notre-Dame de Guingamp par les ducs (Blois puis Montfort) en fit un sanctuaire significatif à la fin du Moyen Âge. À partir du XVIIe siècle, il devint le sanctuaire réformé le plus dynamique du nord de la Bretagne (le plus important étant Sainte-Anne-d’Auray, au sud). Selon Georges Provost, il rayonnait largement sur le diocèse de Tréguier et la Haute-Cornouaille.
    • National (XIXe siècle -> 2018)
      Grâce au renouveau ultramontain, le pardon de Notre-Dame de Bon-Secours attira de nombreux évêques venus du reste de la France et même de l’étranger (États-Unis, Inde, Haïti) à partir des années 1870. En 1904, l’archiconfrérie comptait des membres originaires de toute la France, mais aussi de Belgique, Italie, Royaume-Uni, Syrie et Israël.

    RÉFÉRENCES

    Source(s) :
    Bibliographie :
    • LE GOFF, H., Les Riches heures de Guingamp, des origines à nos jours, Guingamp, La Plomée, 2004.
    • PROVOST, G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
    • LE MONNIER, J., Guingamp Autrefois (éd. orig. 1923), Guingamp, La Plomée, 1995.
    • Anonyme, La Basilique Notre-Dame de Bon-Secours, Guingamp (Côtes-du-Nord), Ingersheim, SAEP, 1987.
    • COADIC, J.-B., Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp (Côtes-du-Nord), son sanctuaire, son pèlerinage, son culte, Abbeville, Paillart, 1904.
    • ROPARTZ, M. S., Fêtes du couronnement de Notre-Dame de Bon-Secours, Guingamp, Périssé, 1857.
    • ROPARTZ, M. S., Guingamp et le pèlerinage de Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp, Guingamp, 1851.
    Etude(s) universitaire(s) :
    • PROVOST, G., Le pèlerinage en Bretagne aux XVIIe-XVIIIe siècles, Thèse de doctorat, ss. dir de J. QUENIART, Rennes II, 1995.

    PHOTOGRAPHIES LIÉES

    Objet de dévotion :
    Edifice :
    Autre :
    • Localisation de Guingamp - Maxime Bolard - 2018

    À PROPOS DE L'ENQUÊTE

    Enquêteur :
    • BOLARD Maxime
    Rédacteur :
    • BOLARD Maxime
    Date de l'enquête :
    1995/2018
    Date de rédaction de la fiche :
    2018
    Etat de l'enquête :
    En cours
    Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Notre-Dame-de-Bon-Secours-de-Guingamp », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
    url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/754/notre-dame-de-bon-secours-de-guingamp, version du 01/05/2018, consulté le 24/09/2018