INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Piat

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Piat
Période d'activité :
VIIe siècle - 2018
Commune :
Seclin
Département :
Nord
L\'ancienne collégiale Saint-Piat, à Seclin

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Seclin
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Lille (1913 - 2018)
Ancien: Noyon-Tournai (VIIe siècle - 1148)
Paroisse :
Actuelle: Saint-Eloi (? - 2018)
Ancienne:
Compléments :
Le sanctuaire a appartenu, entre 1148 et 1801, au diocèse de Tournai, puis de 1801à 1913, à celui de Cambrai.

Site

Type de site :
Plaine
Altitude :
30 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Village
Type de proximités :
Axe de circulation
Compléments :
Pour Jean Gricourt, l’implantation du culte de saint Piat serait directement liée à la voierie antique (op. cit., p. 47-97).

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Piat (VIIe siècle - 2018)
Compléments :
Modeste à ses origines, l’église fut pourtant, sans doute, dotée d’un collège de chanoines dès le VIIe siècle. Celui-ci fut supprimé le 8 novembre 1790. À la restauration du culte en 1801, il ne fut pas rétabli et l’ancienne collégiale devint église paroissiale.
Type de lieu de culte :
Collégiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Piat
Saints patrons :
  • Piat (Xe siècle - 2018)
Compléments :
Après la restauration du culte catholique après la Révolution, l'église devint paroissiale.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Saint Piat
Nature de l'objet :
Relique (= fragment)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
La collégiale Saint-Piat fut fondée au VIIe siècle par saint Éloi dans le but d’abriter le corps du martyr. L’évêque y édifia également un riche mausolée et une « fiertre » d’or et de pierreries dans laquelle les os étaient placés pour partir en procession. Le prélat, ancien orfèvre, aurait lui-même participé à l’élaboration de cette châsse.
Datation de l'objet :
VIIe siècle
Compléments :

La crypte de la collégiale conserve encore aujourd’hui la cuve d’un sarcophage du IIIe-IVe siècle, qui serait celui de saint PiatElle abrite également la fontaine de saint Piat (aujourd’hui asséchée), autrefois réputée pour « chasser les esprits impurs » (cf. Van Gennep). Tari au XIXe siècle, le puits contient à nouveau de l’eau depuis la seconde moitié du XXe siècle.



Aujourd’hui, les reliques sont réparties en quatre reliquaires. La majeure partie des ossements est conservée dans une châsse en acajou (1804), à l’arrière du maître-autel de l’ancienne collégiale, avec tous les actes authentiques. Le fémur droit et l’os frontal du saint sont exposés dans une châsse en chêne doré (1853), dans le déambulatoire. Pour terminer, une petite parcelle d’os crânien est conservée dans un petit médaillon inscrit : « Ex capite Sti Piati Mart. », et un fragment d’os, authentifié par le sceau de Mgr Hasley, archevêque de Cambrai de 1885 à 1888, dans une petite monstrance en bronze doré (Thorez, p. 135), ces deux derniers reliquaires étant actuellement exposés dans le « Musée de la Tour », à l’un des premiers étages du clocher de la collégiale.




LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Originaire de Bénévent en Italie, Piat partit évangéliser le Tournaisis auprès de saint Eubert, avec le soutien du pape. En 286, il subit le martyre à Tournai. D’après saint Ouen (VIIe siècle), il aurait été tué sur ordre de l’empereur, par des soldats qui lui enfoncèrent de grands clous depuis le cou jusqu’aux jambes. Avant le XIIe siècle toutefois, la tradition orale, appuyée par l’iconographie, développa une autre version (peut-être en raison d’une confusion avec un saint homonyme, honoré à Chartres) : saint Piat aurait été martyrisé par un soldat qui lui trancha le sommet du crâne ; à l’image des saints céphalophores, il se releva et partit mourir à Seclin, avec sa voûte crânienne entre les mains.
Au fil des siècles, les fidèles oublièrent la position exacte de son tombeau. Vers 640-660, saint Éloi, évêque de Noyon-Tournai, fit entièrement retourner le sol de sa chapelle pour le retrouver : lorsqu’Éloi découvrit enfin le corps, Piat était maculé de sang frais, comme s’il venait d’être exécuté, et dégageait une forte odeur suave.
Miracles :

Les Acta du manuscrit d’Anchin mentionnent des miracles obtenus par des aveugles, des boiteux et des possédés (Acta, § 11). Au XIIe siècle, un chevalier flamand, dont la dévotion à saint Piat était très vive, partit en croisade en Syrie. Battu par les Turcs, il n’eut d’autre choix que de s’enfuir : dans sa course, il plongea dans une rivière proche du champ de bataille, où il fut emporté par les courants. Sur le point de se noyer, il invoqua son saint patron ; suite à ses prières, un vieillard apparut, se glissa sous son corps et lui permit de rejoindre la rive. Sain et sauf, le chevalier revint en Flandre, où il se fit chanoine à Seclin, en l’honneur de saint Piat (Vita S. Piati, document perdu du XIIe siècle, d’après le chanoine Cousin, cité par Thorez, p. 143). En 1143, le mal des ardents frappait la région ; de nombreux malades s’étaient réfugiés dans la collégiale Saint-Piat. Alors que les souffrants imploraient Dieu, les dix statuettes du reliquaire de saint Piat – les cinq vierges folles et les cinq vierges sages de l’Évangile – se mirent à pleurer respectivement des larmes et des larmes de sang. Après l’événement miraculeux, de nombreux malades se retrouvèrent guéris (Hériman, cité par Leuridan, p. 329). En 1566, lorsque les Gueux arrivèrent à Seclin, ils tentèrent, à l’aide d’une corde, de jeter le crucifix de l’église Saint-Piat par terre : la corde se rompit et les révoltés furent envoyés sur le sol. Pendant ce temps, saint Piat encouragea les habitants des alentours à s’armer : ceux-ci matèrent alors sans difficultés la révolte : « ils les mirent en desarroy avec tel succez & telle boucherie dans les marets d’Herin & de Gõdecourt, que fort peu eschapperent le fer & l’eau pour porter la nouvelle de la desconfiture à ceux de leur party » (L’Hermitte, p. 451). Saint Piat faisait également des miracles par l’intermédiaire de la fontaine qui porte son nom, dans la crypte de la collégiale : l’eau soignait les maux de tête et la surdité, facilitait les accouchements, poussait les tout-petits à faire leurs premiers pas et prévenait les maladies du bétail (Acta, § 11).

Saint Piat fait également des miracles par l’intermédiaire de la fontaine qui porte son nom, dans la crypte de la collégiale : l’eau soigne les maux de tête et la surdité, facilite les accouchements, pousse les tout-petits à faire leurs premiers pas et prévient les maladies du bétail (Acta, § 11).

Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Epizootie
  • Biens de la terre
Jour(s) de fête :
  • Piat
  • Translation de saint Piat
  • Élévation du chef de saint Piat
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
La Saint-Piat est aujourd’hui célébrée le 3 octobre ; avant le début des années 1990, elle était fêtée le 5 octobre et avant la Révolution, le 1er octobre. La translation de Saint-Piat est célébrée le 29 du même mois ; l’élévation de son chef – qui fait en fait référence à son invention – le jeudi suivant le quatrième dimanche après Pâques.
Pratiques individuelles :
  • Circumambulation
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Messe
  • Embrasser
Ex voto :
  • Texte gravé (XVIe siècle)
    Sur les murs de la crypte, se trouvent quelques graffitis, datant vraisemblablement du XVIe siècle, faisant état de la présence de pèlerins et de leur amour pour saint Piat. L’un d’eux dit par exemple : « Vive saint Piat » (Thorez, p. 129). Est-ce une manière de remercier le martyr pour son intercession, ou, à l’inverse, d’appuyer une demande de grâces ?
  • Tableau (XVIIe siècle)
    La collégiale possédait plusieurs peintures offertes en guise d’ex-voto. La plus notable représentait saint Piat près d’une fontaine, avec, à ses pieds, un cerf mort du côté gauche, et, du côté droit, un prince couronné en position de prière, un sanctuaire miniature entre ses mains. Comme le notait déjà le chanoine Cousin au XVIIe siècle, cet ex-voto fut sans doute offert par un seigneur ou un roi, après qu’il eut été sauvé par le saint, et qu’il eut déjà fait bâtir à sa gloire une chapelle ou une église (d’après Cousin ; Leuridan, p. 331).
  • Texte gravé (XXe siècle)
    En 2018, l’ancienne collégiale abrite quelques plaques ex-voto remerciant saint Piat de son intercession.
Confrérie(s) :
  • Saint-Piat (1825)
    Fondée en 1825 (Leuridan, p. 393), la confrérie faisait célébrer vingt-cinq messes annuelles pour ses associés vivants et morts, ainsi qu’un obit au décès de chaque confrère. En 1938, la cotisation annuelle était d’un franc (affiche pour le 85e pèlerinage de saint Piat, 1938, cf. Thorez, p. 157). Elle disparut après les années 1950.
Indulgence(s) :
  • Plénière (1854)
    Par un rescrit daté de 1854, le pape Pie IX accorda l’indulgence plénière aux fidèles qui, s’étant confessés et ayant communié, visiteraient l’église de Seclin pendant la neuvaine, et prieraient aux intentions du souverain pontife. Cette indulgence fut accordée à l’occasion du transfert des reliques de saint Piat dans une nouvelle châsse le 19 juillet 1854 (cf. Supplément au n°45 de Peuple de France, octobre 1927).
Compléments sur le culte :

Au XVIIe siècle, à la veille de la Saint-Piat, la cérémonie de la « Fumée de Saint Piat » était organisée devant l’église de Seclin : après les premières vêpres, le prêtre allumait un grand feu qu’il consacrait en présence de tout le clergé local, tandis qu’un diacre chantait l’Évangile. Après la consécration, l’officiant y jetait de l’encens et le sous-diacre du vin (L’Hermite, p. 452-453). La fumée et les odeurs symbolisaient alors les oraisons, les sacrifices et la charité du saint s’élevant vers Dieu et irradiant les fidèles présents. La cérémonie fut éphémèrement ressuscitée le 8 octobre 2006, sur la Place Saint-Piat de Seclin, en présence de Mgr Defois, archevêque-évêque de Lille, à l’occasion du dernier pèlerinage collectif dédié au saint (Thorez, p. 156).

Le jour de la Saint-Piat, le curé et les fidèles d’Ennevelin venaient rendre hommage au martyr en faisant le tour de l’autel à cheval. La coutume fut interdite par l’évêque Jean Vendeville (1587-1592), puis autorisée – pourvu que les chevaux n’entrent pas dans le chœur – et à nouveau proscrite en 1642 par l’évêque Maximilien Vilain de Gand. Sur recours au conseil privé, il ordonna que l’usage fût abrogé et qu’un chanoine à cheval donnât  les reliques à baiser au grand portail de la collégiale (cf. Lottin).

Jusqu’au XXe siècle, de grands pèlerinages étaient organisés en hommage à saint Piat. En 1090, par exemple, une grande procession fut menée par l’évêque de Tournai Radbod dans le but d’obtenir l’intercession de saint Piat contre une grave épidémie de peste. Au XIIe siècle, un pèlerinage fut mis en place chaque vendredi de Pentecôte pour les fidèles de toutes les paroisses du doyenné de Lille. Celui-ci fut approuvé en 1188 par le pape Clément III ; le doyenné de Lille fut divisé en 1369 et les paroisses du doyenné de Seclin développèrent leur propre pèlerinage le dimanche de la Trinité. Ces deux pèlerinages annuels (de Pentecôte et de la Trinité) étaient appelés « Blanques-Croix » (Thorez, p. 153). La participation des paroisses du décanat de Lille était obligatoire ; pour avoir refusé d’y prendre part, le village de Deûlémont aurait été « mis en procès et y [aurait eu] un juge délégué de Sa Sainteté pour vuider le différent » (Cousin, cité par Leuridan, p. 332). Près d’une centaine de paroisses y participaient : en 1566 toutefois, en raison de l’insécurité liée à la révolte des Gueux, l’évêque en dispensa les paroisses lilloises, qui n’y participèrent plus les années suivantes. Du XVIIe au milieu du XXe siècle, une autre grande procession était organisée : les pèlerins, principalement issus du Mélantois, du Tournaisis, de la Pévèle, du Carembault et des Weppes, partaient de l’église de Seclin jusqu’au « calvaire aux Arbres » de Cysoing (voir la fiche sur Notre-Dame de Bonne-Fin), à mi-chemin entre Seclin et Tournai. Parallèlement, les pèlerins belges rejoignaient ce même calvaire depuis Tournai. Au XXe siècle, le pèlerinage se fit beaucoup plus modeste et les pèlerins moins nombreux, en raison de la baisse de la fréquentation religieuse mais aussi de l’explosion du nombre de voitures sur la route empruntée. L’abbé Pruvost, aumônier de l’hospice de Seclin, écrivait néanmoins en 1904 que de grandes foules arrivaient encore à Seclin – en train, en l’occurrence – pour suivre le pèlerinage. Dans les années 1930, le pèlerinage collectif ne se limitait plus qu’à une messe, suivie d’une procession dans la collégiale puis de la vénération des reliques et de la visite du tombeau dans la crypte (cf. Verrier). La cérémonie eut lieu pour la dernière fois en 2006, en présence de Mgr Defois, archevêque de Lille (Thorez, p. 156).

Une neuvaine était également observée du 23 au 30 octobre. D’après la tradition, elle aurait été créée en 1218 par la comtesse Jeanne de Flandre. D’après le chanoine Locquet – curé doyen de Seclin en 1927 –, elle aurait en fait été instituée par Mgr Régnier, archevêque de Cambrai, le 23 octobre 1853, en souvenir de la translation qui eut lieu ce jour (Thorez, p. 156).

L'ÉDIFICE

Description :
Une première chapelle aurait été érigée sur le tombeau de saint Piat au IVe siècle, mais on ignore son emplacement. L’église Saint-Piat et sa crypte furent construites au VIIe siècle, à l’instigation de saint Éloi, avec, selon la tradition, le soutien du roi Dagobert. Sans doute démolie ou fortement abîmée au XIIIe siècle, l’église fut totalement reconstruite et agrandie, passant du style roman au style gothique, et la crypte fut agrandie également vers l’est. L’église fut ensuite rénovée au XVe siècle. Une tour clocher fut également ajoutée au XVIe siècle. Orientée, l’église fut construite selon un plan en croix latine, avec un chevet à pans coupés et un déambulatoire desservant treize chapelles axiales.
La façade présente un pignon orné surmonté d'une croix tandis que de puissants contreforts encadrent le portail et la grande baie, juste au-dessus. Le clocher flanque la partie sud de la façade et abrite un carillon composé de quarante-deux cloches.
Le chœur perdit son aspect du XIIIe siècle entre 1705 et 1725. La toiture fut alors surélevée et l'ensemble reçut un décor de stuc. La crypte Saint-Piat, quant à elle, présente sous le chœur, ne fut pas modifiée depuis le XIIIe siècle.
Durant la Première Guerre mondiale, en octobre 1918, les Allemands dynamitèrent le clocher qui, en s’écroulant, détruisit la toiture et la partie sud de l’édifice. Reconstruite entre les années 1920 et 1930, l’église subit à nouveau de gros dommages lors de bombardements, en 1940. Elle fut à nouveau restaurée à cette occasion.
En décembre 1920, elle fut classée au titre des monuments historiques.
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
  • Maisons de pèlerins (?)
    Nous ignorons tout de la date de  fondation de l’Hostellerie Saint-Nicolas de Seclin. Administrée par le chapitre des chanoines, celle-ci avait pour objectif de loger les pèlerins venus rendre hommage à saint Piat. Placée sous le patronage de saint Nicolas, elle se situait à l’angle des actuelles rues Carnot et Max-Dormoy, non loi de l’Hôpital Notre-Dame-lez-Seclin, fondé par la comtesse Marguerite de Flandre (1244-1280). D’après la déclaration fiscale faite par le chapitre en 1700, l’hostellerie « consist[ait] en une maison et quattre cens de terre » (Leuridan, t. 4, doc. n°33).
    Si l’on en croit le chanoine Leuridan, l’accueil des pèlerins serait tombé en désuétude au XVIIe siècle, à cause de la négligence du chapitre canonial (op. cit., t. 1, p. 336). On ne connaît rien, ni de la date ni des circonstances de la destruction de l’hostellerie. Peut-être était-elle devenue entre temps un hôpital plus classique (Leuridan, doc. n°33) ?
Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

    HISTOIRE DU SANCTUAIRE

    Origines :
    Date de première mention : VIIe siècle
    Initiative de la fondation :
    • Evêque
    Environnement institutionnel, politique et religieux :
    Phases d'évolution :

    Dès sa mort vers 286, saint Piat fut inhumé à Seclin. La chapelle construite autour de son tombeau devint sans doute un lieu de réunion pour les chrétiens de la région, encore peu christianisée (cf. Thorez, p. 77-80).

    Si l’on en croit la tradition, le culte de saint Piat serait ensuite tombé en désuétude entre le début du IVe siècle et le milieu du VIIe siècle. Le culte était peut-être en suspens ou en simple déclin. Toujours est-il que saint Piat n’avait pas totalement été oublié puisque saint Éloi, évêque de Noyon-Tournai, sut retrouver son tombeau dans les années 640-660. En effet, lorsqu’il fut élevé à l’épiscopat, Éloi prit plusieurs initiatives pour achever la christianisation du Tournaisis, encore partiellement païen. Parmi ces initiatives, il exhuma les corps de saint Piat et saint Chrysole, considérés comme les deux évangélisateurs de la région, pour les proposer à la vénération des fidèles (cf. Thorez, p. 77-80). À Seclin, saint Éloi fonda l’église Saint-Piat – probablement une simple et modeste chapelle funéraire abritant la crypte actuelle – dans le but d’y exposer les reliques du martyr éponyme. Il y édifia également un riche mausolée et une fastueuse « fiertre » dans laquelle il plaça les os de Piat. Probablement y installa-t-il aussi une communauté religieuse chargée d’assurer son culte. Très tôt, le sanctuaire de saint Piat attira massivement les fidèles et les pèlerins. Le pèlerinage dut néanmoins être brièvement interrompu au IXe siècle, lorsque, d’après la tradition, les reliques furent envoyées à Saint-Omer en 846 pour les protéger des raids normands. Fin IXe siècle-début du Xe siècle, pour accompagner le développement du culte (ou le retour des reliques ?), on construisit une nouvelle église au sud de la petite chapelle primitive. Le premier grand pèlerinage de saint Piat fut mis en place vers 1147, par l’évêque Anselme. Il fut suivi par une multitude d’autres pèlerinages depuis le XIIe jusqu’au XXe siècle. Pendant plusieurs siècles, l’église Saint-Piat fut sans doute le lieu de dévotion le plus important du diocèse de Tournai (Leuridan, p. 333). En juin 1297, dans le cadre de la guerre de Flandre (1297-1305), l’église de Seclin fut incendiée, le trésor pillé et le reliquaire du saint dérobé par les troupes de Philippe le Bel. À la demande des Seclinois, le roi ordonna la restitution des reliques, ce qui fut fait dès octobre. Le reliquaire fut à nouveau volé durant la bataille de Mons-en-Pévèle (1304). Retrouvé dans la chapelle de Gamaches, près d’Abbeville, il ne fut restitué aux chanoines de Seclin qu’en 1309, grâce à l’intervention de l’évêque Robert d’Amiens et du comte Jean de Dreux.

    En 1566, menacée par les Gueux, la châsse fut mise à l’abri à Lille. En 1708, en pleine guerre de Succession d’Espagne, les reliques furent à nouveau transportées à Lille, où elles restèrent jusqu’en septembre 1748. L’afflux des pèlerins commença à décliner durant la seconde partie du XVIIIe siècle (cf. Thorez, p. 114). Durant la Révolution, le chapitre fut supprimé, conformément au décret du 12 mars 1790, puis les biens de la collégiale nationalisés et vendus. On cacha les reliques dans la maison d’Emmanuel Quecq, à quelques dizaines de mètres de la collégiale, afin qu’elles ne soient ni profanées ni emportées par les révolutionnaires. Elles furent rendues à la dévotion en 1804, date à laquelle elles furent transférées dans une nouvelle châsse. Durant la Révolution de 1848, elles furent à nouveau cachées, chez la fille d’Emmanuel Quecq. Elles furent enfin formellement authentifiées par l’archevêque de Cambrai le 23 octobre 1853 (cf. Leuridan). Le pèlerinage fut par la suite très suivi jusqu’au milieu du XXe siècle. Malgré l’occupation allemande, il ne fut pas interrompu durant les Première et Seconde Guerres mondiales, mais déclina très fortement durant la seconde partie du siècle, en raison de la déchristianisation de la région, pour ne plus être pratiqué aujourd’hui que par quelques pèlerins isolés.

    Evénements marquants :
      Rayonnement(s) :
      • Régional (VIIe siècle -> 2018)
        Les pèlerins étaient originaires de toute la Flandre romane.

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      • Vita
        Saint Ouen, Vita Sancti Eligii
      • Site internet

        Base Collégiales, fiche collégiale Saint-Piat de Seclin

        http://vafl-s-applirecherche.unilim.fr/collegiales/?i=fiche&j=144

      • Site internet
        « Collégiale Saint-Piat », Observatoire du Patrimoine religieux, url : http://www.patrimoine-religieux.fr/eglises_edifices/59-Nord/59560-Seclin/176123-CollegialeSaint-Piat (consulté le 26 mars 2018).
      • Livres manuscrits
        Bibliothèque royale de Bruxelles : Ms 7460, folio 9, Acta de l’abbaye d’Anchin, IXe siècle.
      • Chronique
        L’HERMITTE, M., Histoire des saints de la province de Lille, Douay, Orchies..., Douai, Bardon, 1638.
      • Chronique

        COUSIN, J., Histoire de Tournay, Douai, chez Wyon, 1619.

      • Archives
        Archives diocésaines de Lille (AdL) : 42 G 2, Enquête Lestienne, 1939-1942.
      Bibliographie :
      • LASSAUNIERE, G., «La légende de saint Piat au regard des récentes découvertes réalisées à Seclin », in Pays de Pévèle, n° 75, juin, 2014, p. 41-47.
      • VERRIER, F., «De saint Piat à Europiat, en passant par la Pévèle », in Pays de Pévèle, n° 73, juin, 2013, p. 18-22.
      • MÉRIAUX, Ch., «Le culte de saint Piat et les origines de l'église de Seclin », in Pays de Pévèle, n° 73, juin , 2013, p. 22-23.
      • THOREZ, J.-P., Saint Piat : un missionnaire des premiers temps, Seclin, Fleur d'Espoir, 2009.
      • BACQUEVILLE, P., Seclin 1914-1918 : histoire d'une occupation, Seclin, Société historique de Seclin, 2007.
      • MÉRIAUX, C., Galla irradiata : saints et sanctuaires dans le nord de la Gaule du haut Moyen Âge, Stuttgart, F. Steiner, 2006.
      • VAN GENNEP, A., Folklore de Flandre et du Hainaut français, Paris, Brionne, Monfort, 1981.
      • LOTTIN, A., «Contre-Réforme et religion populaire : un mariage difficile mais réussi aux XVIe et XVIIe siècles en Flandre et en Hainaut ? », in La religion populaire, Paris, CNRS, 1977, p. 53-63.
      • LEURIDAN, T., Histoire de Seclin, Lille, Desclée, 1929.
      • GRICOURT, J., «Le culte de saint Piat, la voierie antique et les origines chrétiennes dans la région de Seclin (Nord) », in Compte-rendu du Congrès des Sociétés Savantes du Nord de la France, 1963, Hénin-Liétard, p. 47-97.
      Etude(s) universitaire(s) :

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      • La châsse et la statue de saint Piat, dans le déambulatoire de l'église - Cl. Florent Vanooteghem - 2018
      • Gros plan sur les reliques de saint Piat, contenues dans la châsse - Cl. Florent Vanooteghem - 2018
      • Châsse en acajou, exposée derrière le maître-autel  - Cl. Jean-Paul Thorez - 2009
      • Médaillon-reliquaire contenant un fragment du crâne de saint Piat, « Musée de la Tour » - Cl. Jean-Paul Thorez  - 2006
      • Petite monstrance de bronze et sa parcelle d'os, � Mus�e de la Tour �  - Cl. Jean-Paul Thorez - 2009
      Edifice :
      • L'ancienne collégiale Saint-Piat, à Seclin - Cl. Florent Vanooteghem - 2018
      Autre :
      • L'ancien tombeau de saint Piat, dans la crypte de l'ancienne collégiale - Cl. Florent Vanooteghem - 2018
      • La fontaine Saint-Piat, tout près du tombeau vide, dans la crypte - Cl. Florent Vanooteghem - 2018
      • L'autel Saint-Piat, dans la crypte - Cl. Florent Vanooteghem - 2018
      • Quelques graffitis sur les murs de la crypte - Cl. Florent Vanooteghem - 2018
      • Mgr Defois, évêque-archevêque de Lille, durant la cérémonie de la « Fumée de saint Piat » - Cl. Jean-Paul Thorez - 2006

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • VANOOTEGHEM Florent
      Rédacteur :
      • VANOOTEGHEM Florent
      Date de l'enquête :
      2017
      Date de rédaction de la fiche :
      2017
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheVANOOTEGHEM Florent, « Saint-Piat », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/753/saint-piat, version du 28/08/2018, consulté le 25/09/2018