INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Sainte-Rictrude

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Sainte-Rictrude
Période d'activité :
VIIIe siècle - 1793
Commune :
Marchiennes
Département :
Nord

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Marchiennes
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel:
Ancien: Tournai (VIIIe siècle - 1793)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne:
Compléments :
Entre 1790 et 1793, le sanctuaire ressortissait au diocèse de Cambrai.

Site

Type de site :
Plaine
Altitude :
15 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Forêt
Type de l'habitat :
Type de proximités :
Cours d'eau
Compléments :
L’abbaye, à l'origine du village de Marchiennes, fut fondée à proximité de la forêt de Marchiennes, qui fit partie de son domaine jusqu’à la Révolution française, tout près de la rivière et des marais. Marchiennes se situe sur la Scarpe, un affluent de l’Escaut.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Sainte-Rictrude (VIIIe siècle - 1793)
Compléments :
Le culte prit fin avec la nationalisation de l’abbaye Sainte-Rictrude et le vol des reliques par les révolutionnaires.
Type de lieu de culte :
Abbatiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Pierre-Saint-Paul
Saints patrons :
  • Pierre et Paul (VIIe siècle - 1793)
Compléments :
Bien qu’officiellement dédiée à saint Pierre et à saint Paul vers 630, l’église fut connue sous le nom de Sainte-Rictrude dès après la mort de la religieuse.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Sainte Rictrude
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
150 cm
Emplacement :
Rictrude fut d’abord enterrée dans la partie droite de l’église abbatiale, devant l’autel de saint Jean Baptiste et de saint André. Le corps fut ensuite transféré dans une très belle châsse en or sculpté, elle-même placée dans une pièce voûtée et carrée de l’église. En 1704, Adrien Baillet confirme que sainte Rictrude se trouvait toujours à Marchiennes, dans deux châsses d’argent de vermeil doré, le corps et la tête ayant été séparés.
Datation de l'objet :
VIIe siècle
Compléments :
Sainte Rictrude serait morte vers 688.

Au début du XVIIIe siècle, le corps était encore entier, ou presque. Adrien Baillet précise que rien n’indique qu’on ait fait distribution de ses reliques, « si ce n’est à Douai, qui possède quelque chose d’elle et de sa fille sainte Eusébie ».

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Noble chrétienne originaire du pays basque, Rictrude se maria au seigneur de Flandre Adalbad d’Ostrevent. Très proches et très pieux, les deux époux élevaient leurs enfants, priaient et assistaient les pauvres ensemble. Adalbad fut assassiné lors d’un voyage dans le Périgord. Inconsolable, Rictrude voulut entrer au cloître sans attendre mais saint Amand la persuada de rester auprès de sa famille. Sous son influence, trois de ses filles devinrent religieuses à Marchiennes et son fils Mauront moine à Breuil. L’éducation de ses enfants terminée, elle aurait refusé d’épouser en secondes noces le roi Clovis II, fit don de ses richesses aux pauvres et aurait érigé à Marchiennes en 643 un monastère de femmes, cohabitant avec le monastère d’hommes fondé par saint Amand (la future abbaye de Sainte-Rictrude), où elle devint moniale jusqu’à sa mort vers 687.
Miracles :

En l’an 1049, l’église de Waziers – dépendante  de l’abbaye Sainte-Rictrude – prit feu. Faite de bois, de paille et recouverte de chaume, elle était particulièrement fragile. Les paroissiens tentèrent en vain d’éteindre l’incendie. Lorsque tout sembla perdu, sainte Rictrude apparut au milieu des flammes et arrêta l’incendie avec les manches de sa robe.

Au XIIe siècle, Galbert de Marchienne – moine de l’abbaye Sainte-Rictrude – recense soixante-huit miracles dus à l’intercession de la sainte. Ils se divisent en deux catégories : les faveurs (beneficia) et les sanctions (ultiones). On compte en effet parmi eux de nombreux cas de guérison et de protection, des exorcismes et des apparitions bienveillantes mais aussi des châtiments vis-à-vis des méchants et des impies.

Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Paix
  • Grâce particulière
  • Autre
Compléments :
On avait recours à sainte Rictrude pour des guérisons, pour rechercher sa protection, dans l'exercice de la justice ou encore pour demander la paix.
Jour(s) de fête :
  • Solenité de sainte Rictrude (anniversaire de la dédicace le 12 mai).
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
Rictrude est une sainte thaumaturge : elle agit principalement contre les boiteries et paralysies, contre les maux d’intestin, de pieds et de bras ; elle allège les douleurs liées à l’accouchement et favorise la guérison des enfants (cf. Leroy, 1877). Elle est aussi une sainte justicière : elle punit les méchants, protège les bons, empêche matériellement les mauvaises actions, aide à délimiter des terres et confirme des anathèmes. Ruines et morts violentes sont vues comme des punitions surnaturelles infligées par la sainte…
Pratiques individuelles :
  • Prières
  • Incubation
Pratiques en présence du clergé :
  • Translations
Ex voto :
    Confrérie(s) :
      Indulgence(s) :
        Compléments sur le culte :
        Le culte à sainte Rictrude est un culte familial. Sa vénération est fortement associée à celle de ses enfants au point que, d’un texte à l’autre, les miracles dus à la mère sont attribués à sa progéniture, et inversement. À Marchiennes, elle reposait notamment auprès de son fils saint Mauront (jusqu’au vol de ses reliques), de sa fille sainte Eusébie (après sa translation depuis Hamage) et de sa grand-mère par alliance, sainte Gertrude.
        Si les chroniqueurs insistent sur le seul rôle d’intercesseur de la sainte, il est peu probable que les fidèles aient vu les choses de cette manière. Parmi les pratiques, on relève des élévations d’hosties consacrées : celles-ci étaient censées repousser matériellement le mal, les catastrophes naturelles, etc. (cf. Platelle).

        L'ÉDIFICE

        Description :
        L’abbaye fut partiellement détruite en 1712, lors du siège de Marchiennes. Elle fut restaurée, mais les moines en furent définitivement chassés pendant la Révolution. Vendue comme bien national, elle fut en partie détruite en 1817. Quelques bâtiments sont encore debout ; c’est notamment le cas du portail, reconverti en hôtel de ville. Le 17 mai 1974, les vestiges de l'abbaye furent inscrits à l'inventaire des monuments historiques (cf. base Mérimée).
        Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
        • Autre (VIIIe siècle)
          Un puits miraculeux, connu sous le nom de puits de saint Mauront, à rattacher au culte de sainte Rictrude, faisait l’objet de pèlerinages à l’extérieur de l’église (voir la fiche Puits de saint Mauront).
        Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

          HISTOIRE DU SANCTUAIRE

          Origines :
          Date de première mention : IXe siècle
          Initiative de la fondation :
          • Religieux
          Environnement institutionnel, politique et religieux :
          Le monastère fut fondé par saint Amand vers 630, sur des terres probablement données par saint Adalbad, seigneur local et époux de sainte Rictrude. C’est sous l’influence de cette dernière qu’il devint un monastère double. L’abbaye encouragea rapidement la vénération de son abbesse : une Vie de sainte Rictrude fut commandée dès le IXe siècle à Hucbald de Saint-Amand. L’abbaye était en constant conflit avec les seigneurs et officiers domaniaux, qui souhaitaient étendre leur zone de pouvoir. Entre 1103 et 1115, elle connut un épisode difficile : son abbé, un certain Fulcard, dissipa ses biens au profit des seigneurs de Landas, dont il partageait le sang. Après cela, l’abbé Amand (1116-1333) prit la direction du monastère et le redressa. C’est à cette époque que Galbert puis André de Marchiennes furent chargés d’écrire de nouvelles Vies de leur sainte patronne.
          Phases d'évolution :
          En 1793, lorsque l’abbaye et ses biens furent spoliés, la châsse fut envoyée à l’hôtel des Monnaies de Paris. Monsieur Desrotours, un employé de l’établissement, déposa plus tard les reliques à l’archevêché de Paris. Elles y restèrent jusqu’au 29 juillet 1830, date à laquelle elles furent dispersées pendant le pillage du palais de Monseigneur de Quélen.
          Evénements marquants :
          • Pérégination (XIIe siècle)
            Pour rétablir la paix, on emmenait le corps de Rictrude là où était la guerre : au début du XIIe siècle, les moines portèrent ses reliques à Abscon, contre les Flamands qui dévastèrent l’Ostrevent ; vers 1127, ils transférèrent le corps à Sailly-en-Ostrevent pour mettre fin aux troubles causées par l’assassinat du comte Charles le Bon.
          • Pérégination (1140)
            En 1140, on emmena les reliques en procession jusqu’à Reninge, à plus de 80 km de Marchiennes. En présence de l’évêque d’Arras – Alvise –, les fidèles accueillirent la sainte avec une grande dévotion et se battirent pour toucher la châsse. Cette pérégrination des reliques avait pour principal objectif de favoriser la récupération de terres.
          Rayonnement(s) :
          • Local (VIIIe siècle -> 1793)
            Les pèlerins étaient très majoritairement issus du domaine abbatial et, en moindre quantité, du reste de la région. Les malades venus de loin n’affluaient que lors de circonstances exceptionnelles, comme lors de la grande épidémie de « feu sacré » en 1129. La dévotion envers sainte Rictrude connut probablement son apogée au XIIe siècle, même si elle resta modeste (Platelle 1991, p. 373).

          RÉFÉRENCES

          Source(s) :
          • Source publiée
            LEROY, André, Vie abrégée de sainte Rictrude : duchesse de Douai, patronne de Waziers, Douai, Imp. Dechristé, 1877.
          • Source publiée
            GUYSE, Jacques de, Histoire de Hainaut : traduite en français avec le texte latin en regard, vol. 8, Sautelet et cie, 1830.
          • Source publiée
            BAILLET, Adrien, Les vies des saints composés sur ce qui nous est resté de plus authentique et de plus assuré dans leur histoire, vol. 5, chez Jean de Nully, 1704.
          • Site internet
            « Ancienne abbaye de Marchiennes », notice n° PA00107736, base Mérimée, ministère français de la Culture, 3 novembre 1993, url : www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PA00107736 (consulté le 2 mars 2018).
          • Images
            Bibliothèque nationale de France (BnF), Robaut, F., Copie d'un ancien plan de la ville et de l'abbaye de Marchiennes, 1635, BnF GED 3078.
          • Acta sanctorum
            Acta Santorum maii (AASS) : MARCHIENNES, Galbert de, Recueil en deux livres, AASS, t. 3, p. 117-139 ;  SAINT-AMAND, Hucbald de, Vita Sancti Rictrudis Batissae Marcianensis, AASS, t. 3, p. 81-88.
          Bibliographie :
          • PLATELLE, H., Présence de l'au-delà : une vision médiévale du monde, Villeneuve-d'Ascq, PUS, 2004.
          • PLATELLE, H., «La religion populaire entre la Scarpe et la Lys d'après les Miracles de Saint Rictrude de Marchiennes », in Alain de Lille, Gauthier de Châtillon, Jakemart Giélée et leur temps, Villeneuve-d'Ascq, PUL, 1991.
          • PLATELLE, H., Crime et châtiment à Marchiennes : étude sur la conception et le fonctionnement de la justice d'après les Miracles de Sainte Rictrude (XIIe siècle), Bruges, St-Pietersabdij Steenbrugge, 1980.
          • LANGLE DE CARY, M. de, TABURET-MISSOFFE, G., Dictionnaire des Saints, Paris, Librairie Générale française, 1963.
          Etude(s) universitaire(s) :

          PHOTOGRAPHIES LIÉES

          Objet de dévotion :
          Edifice :
          Autre :

          À PROPOS DE L'ENQUÊTE

          Enquêteur :
          • VANOOTEGHEM Florent
          Rédacteur :
          • VANOOTEGHEM Florent
          Date de l'enquête :
          2017
          Date de rédaction de la fiche :
          2017
          Etat de l'enquête :
          En cours
          Pour citer cette ficheVANOOTEGHEM Florent, « Sainte-Rictrude », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
          url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/747/sainte-rictrude, version du 29/04/2018, consulté le 20/11/2018