INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Victor

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Victor
Période d'activité :
1612 - 1792
Commune :
Lille
Département :
Nord

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Lille
Hameau/Lieu-dit :
47 rue de l\'Hôpital-Militaire
Diocèse :
Actuel:
Ancien: Tournai (1611 - 1791)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne:
Compléments :
Entre 1790 et 1791, le sanctuaire ressortissait au diocèse de Cambrai.

Site

Type de site :
Plaine
Altitude :
20 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Désert
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Cours d'eau

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Victor (1612 - 1792)
Type de lieu de culte :
Chapelle
Nom du lieu de culte :
Immaculée Conception
Saints patrons :
  • Vierge Marie (1611 - 1791)
Compléments :
Après l’expulsion de la Compagnie de Jésus en 1765, la chapelle connut plusieurs changements avant d’être désacralisée en 1791. En 1796, elle devint église paroissiale sous le vocable de Saint-Étienne (la première église Saint-Étienne ayant été détruite par les révolutionnaires en 1792, durant le siège de Lille).

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Saint Victor et l’un de ses compagnons
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Dans deux magnifiques châsses du début du XVIIe siècle, sur le grand autel de l’église.
Datation de l'objet :
Compléments :
Les corps saints datent entre les IIe et Ve s.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
On ne connaît rien ni de saint Victor ni de son compagnon (dont on ne connaît même pas le nom), si ce n’est la tradition selon laquelle ils seraient tous deux des martyrs, exhumés de la catacombe de Priscille (cf. contexte Histoire ci-dessous).

 

Miracles :
D’après Jean Buzelin, les premiers miracles eurent lieu le jour-même de la translation des reliques à Lille (23 janvier 1612). Six miracles furent officiellement reconnus par les Jésuites durant la seule année 1612. Les Miracula ab D. Victore, publiés à une date inconnue, font état de plusieurs autres miracles.
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
Jour(s) de fête :
  • Victor (23 janvier)
Type de fréquentation :
Continu
Pratiques individuelles :
  • Prières
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Messe
Ex voto :
    Confrérie(s) :
      Indulgence(s) :
        Compléments sur le culte :

        Le pèlerinage était encouragé et encadré par les Jésuites, très présents dans les Pays-Bas et plus particulièrement à Lille depuis 1562. Les pères travaillaient à donner une « légitimité dévotionnelle » à ces saints dont on ne connaissait rien : lors des fêtes par exemple, des élèves du collège étaient déguisés en ces saints des catacombes, au milieu d’élèves représentant des martyrs plus connus (cf. Delfosse).

        Lors des pèlerinages, les pèlerins ramenaient quantité d’objets pieux, que les clercs bénissaient.

        L'ÉDIFICE

        Description :
        Construite entre 1606 et 1611, probablement selon les plans du frère jésuite Hoeymaker, l’église fut consacrée le 10 octobre 1611 par Mgr Michel d’Esne, évêque de Tournai. Chapelle du collège jésuite de Lille (dans l’actuelle rue de l’Hôpital militaire), elle se situait au milieu de celui-ci, entre le collège stricto sensu – qu’elle jouxtait –, ses vastes jardins et les nouveaux remparts. Pour sa façade, s’allongeant sur 100 mètres environ, on eut recours à l’ordre ionique au rez-de-chaussée et à l’ordre corinthien au niveau supérieur. D’inspiration baroque, l'édifice est muni d'une grosse tour carrée, haute de 57 mètres, surmontée d'un campanile. L'édifice est composé d’une nef prolongée par un chœur à abside semi-circulaire. La nef possède elle-même deux chapelles latérales. En 1638, Martin L’Hermitte écrivait : « L’église de l’Immaculée Conception ravit par la beauté de sa forme, la taille de ses piliers, les traits de ses peintures, la splendeur de ses ornements, la rareté et la variété de ses pièces, la quantité et la richesse de ses nobles reliquaires. » (L’Hermitte, p. 186). Elle fut classée aux Monuments historiques par arrêté du 15 septembre 1987.
        Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
          Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

            HISTOIRE DU SANCTUAIRE

            Origines :
            Date de première mention : 1625
            Initiative de la fondation :
            • Religieux
            Environnement institutionnel, politique et religieux :

            Les catacombes chrétiennes de Rome furent redécouvertes à partir de 1578. Ces lieux de sépultures souterraines se développèrent entre la fin du IIIe siècle et le Ve siècle pour abriter les corps des fidèles de l’Église primitive. Avec la reconnaissance officielle du christianisme par l’empereur Constantin (306-337) et la conversion en masse des Romains, le culte des saints se développa, en particulier autour des martyrs des persécutions de Dèce et Valérien (milieu du IIIe siècle) et de Dioclétien (début du IVe siècle). Les catacombes, où ces martyrs étaient inhumés au milieu d’autres chrétiens,  devinrent de véritables lieux de dévotion, et ce jusqu’au IXe siècle. Les reliques des principaux martyrs furent ensuite transférées dans la ville, puis les catacombes oubliées et progressivement recouvertes de terre. Lorsque l’on redécouvrit les catacombes à la fin du XVIe siècle, on exhuma avec elles les ossements des premiers chrétiens, que l’on tint traditionnellement tous pour martyrs (cf. Pergola).

            Le Magistrat de Lille, soucieux de l’éducation des jeunes, se montra toujours particulièrement bienveillant vis-à-vis des Jésuites. Source de savoir et de piété, le collège répondait si bien aux attentes du conseil de ville que celui-ci ne lui refusait aucune faveur : permission de construire, prêts financiers, aides de plusieurs centaines de milliers de florins, permission d’ériger des commerces, dons de terrains… De plus, le Magistrat s’associait régulièrement aux grandes fêtes organisées par les pères (cf. Delattre).

            Phases d'évolution :

            À l’initiative du père Acquaviva, les corps de saint Victor et de son compagnon furent expédiés de Florence jusqu’en Flandre en automne 1611, en même temps que le corps de sainte Deppe. Arrivées à Lille, les reliques furent d’abord confiées à un marchand avant d’être livrées au noviciat de Tournai, qui les transféra dans la cité épiscopale, où elles purent être authentifiées par l’évêque. Ramenées à Lille le 23 janvier 1612, elles furent exposées dans l’église du collège pendant huit jours, puis firent l’objet d’une procession à travers toute la ville. Sainte Deppe fut transférée à Cambrai en juin, puis à Tournai. Victor et son compagnon restèrent à Lille. Il semble toutefois qu’à Lille, le succès de ces cultes nouveaux restait quelque peu superficiel et que les pères durent régulièrement les réactiver (cf. Delfosse) : venant se juxtaposer à des dévotions locales bien enracinées, l’attractivité des nouvelles reliques fut probablement ponctuelle et trop faible pour vraiment concurrencer les cultes plus anciens.

            Les châsses de Victor et de son compagnon échappèrent à l’incendie du 8 octobre 1740. En 1766, après la suppression de la Compagnie de Jésus en France, elles furent transférées dans l’église Saint-Étienne, détruite en 1792. Elles furent sans doute volées à ce moment, avec le trésor qu’elles renfermaient.

            Evénements marquants :
            • Translation
              Offertes par le père Claudio Acquaviva, les reliques furent installées en grande solennité dans l’église de l’Immaculée Conception le 23 janvier 1612.
            Rayonnement(s) :
            • Local (1612 -> 1792)
              Les reliques attiraient sans aucun doute principalement les fidèles de Lille et des paroisses voisines.
            Compléments :
            L’école latine (l’ancêtre du collège des Jésuites), en face de Saint-Maurice, prospéra au point que les Pères durent faire construire leur nouveau collège en 1603-1611. Les corps de saint Victor et de son disciple leur furent ramenés de Rome le 22 janvier 1612 par le père Claudio Acquaviva, supérieur de la Compagnie de Jésus, pour remercier le Magistrat de Lille de sa bienveillance à l’encontre de son ordre. Le Magistrat les reçut alors avec « un triomphe fort solennel » et fit exécuté deux châsses « très richement élaborées d’or et d’argent » (cf. Buzelin).

            RÉFÉRENCES

            Source(s) :
            • Site internet
              PERGOLA (P.), « CATACOMBES », Encyclopædia Universalis [en ligne], url : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/catacombes/ (consulté le 15 mars 2018).
            • Site internet
              LALART, L., « Église paroissiale Saint-Étienne », base Mérimée, ministère français de la Culture, notice no IA59001591, 2002.
            • Chronique
              L’HERMITTE, Martin, Histoire des saints de la province de Lille, Douay, Orchies..., Douai, Bardon, 1638.
            • Chronique
              BUZELIN, Jean, Gallo-Flandria, Douai, chez Wyon, 1625.
            • Archives
              Archivum Romanum Societatis Iesu (ARSI) : GB40, fol. 1-8 : Miracula quibus plerique homines ab D. Victore praeclaram opem coeperunt Insulis, Rome.
            Bibliographie :
            • DELFOSSE, A., «Les reliques des catacombes aux Pays-Bas  », in BACICCHI, S., DUHAMELLE, C., Reliques romaines. Invention et circulation des corps saints des catacombes à l'époque moderne, Rome, École Française de Rome, 2016, p. 263-286.
            • PLATELLE, H., Les chrétiens face aux miracles : Lille au XVIIe siècle, Paris, Cerf, 1968.
            • DELATTRE, P., Les Établissements des Jésuites en France depuis quatre siècles, vol. 2, Enghien, Institut supérieur de théologie, 1953.
            Etude(s) universitaire(s) :

            PHOTOGRAPHIES LIÉES

            Objet de dévotion :
            Edifice :
            Autre :

            À PROPOS DE L'ENQUÊTE

            Enquêteur :
            • VANOOTEGHEM Florent
            Rédacteur :
            • VANOOTEGHEM Florent
            Date de l'enquête :
            2017
            Date de rédaction de la fiche :
            2017
            Etat de l'enquête :
            En cours
            Pour citer cette ficheVANOOTEGHEM Florent, « Saint-Victor », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
            url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/745/saint-victor, version du 28/04/2018, consulté le 20/11/2018