INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Marteau-de-Saint-Éloi

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Marteau-de-Saint-Éloi
Période d'activité :
XVIe siècle - 1968
Commune :
Bachy
Département :
Nord

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Bachy
Hameau/Lieu-dit :
Place de la Liberté
Diocèse :
Actuel: Lille (1913 - 1968)
Ancien: Tournai (XVIe siècle - 1801)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne:
Compléments :
Le sanctuaire ressortissait, entre 1801 et 1913, au diocèse de Cambrai.

Site

Type de site :
Colline
Altitude :
74 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Village
Type de proximités :
Château

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Marteau-de-Saint-Éloi (XVIe siècle - 1968)
Type de lieu de culte :
Eglise paroissiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Éloi
Saints patrons :
  • Éloi (XVIIIe siècle - 2018)
Compléments :
L’église originelle semble dater du XIe siècle. Elle portait sans doute initialement le nom de Sainte-Aldegonde ; elle prit certainement le nom de Saint-Éloi au début du XVIIIe siècle.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Marteau de saint Éloi
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Métal
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Dans la main de la statue de saint Éloi.
Datation de l'objet :
Compléments :
À Bachy, le marteau utilisé était celui de la statue de saint Éloi, exposée dans l’église (Vidal-Sébille, p. 99).

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Issu d’une famille gallo-romaine du Limousin, Éloi apprit l’art de l’orfèvrerie à Limoges, puis travailla pour le Trésor royal, à Paris. C’est dans ce contexte qu’il fut chargé de réaliser pour le roi Clotaire II un magnifique trône d'or orné de pierres précieuses. Profondément sage et talentueux, il ne façonna pas un mais deux trônes avec l’or qui lui avait été fourni. Impressionné par ses vertus, le roi le nomma fonctionnaire de la Trésorerie et conseiller à la cour, fonctions qu’il conserva jusqu’à la mort de Dagobert en 639. Éloi profita par ailleurs de son haut rang pour mettre sa piété en œuvre : il rachetait et libérait régulièrement des otages de l’armée franque, et fonda les monastères de Solignac près de Limoges, et de Saint-Paul à Paris.
À la mort de Dagobert, il quitta la cour pour devenir prêtre. Il fut ensuite consacré évêque de Noyon et Tournai en 641. Il évangélisa la région encore fortement païenne et y encouragea activement le culte des saints. Mort le 1er décembre 660, il fut inhumé dans l'abbaye qui prit son nom.
En tant qu’orfèvre, saint Éloi fut rapidement considéré comme le protecteur des métiers de la métallurgie, en particulier des maréchaux-ferrants. Par extension, il est invoqué pour la protection des chevaux et des agriculteurs.
Miracles :
Guérisons des hommes (BmL, Ms 131, f°126) et des chevaux (?).
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Epizootie
Jour(s) de fête :
  • Eloi (d'été)
Type de fréquentation :
Annuel (= juste pour une fête)
Compléments sur les fréquentations :
D’après Arnold van Gennep, les fêtes de Saint-Éloi étaient « plutôt corporatives qu’agraires ou pastorales » (op. cit., p. 2480). Pourtant, la Saint-Éloi d’été est célébrée le 25 juin, en pleine période de fenaison. Avec la Saint-Éloi d’hiver (1er décembre), elle compose un cycle bisannuel de protection des chevaux, calé sur le début de l’été et de l’hiver (cf. Notte).
Pratiques individuelles :
  • Embrasser
  • Prières
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Imposition de reliquaire
  • Messe
Ex voto :
    Confrérie(s) :
      Indulgence(s) :
        Compléments sur le culte :

        À la Saint-Éloi d’été, une grande procession équestre avait lieu. On peut supposer que le déroulement des cérémonies du « marteau de saint Éloi » était à peu près le même partout où elles étaient célébrées : les paysans conduisaient leurs chevaux de trait devant l’église et, avant ou après une messe en l’honneur de saint Éloi, le curé de la paroisse bénissait les équidés avec le petit marteau. Les hommes venaient ensuite baiser ce dernier et demander des grâces.

        La tradition du « marteau de saint Éloi » à Bachy, comme à Wavrin et Douai, semble avoir été particulièrement entourée de croyances superstitieuses, régulièrement dénoncées depuis le XVIe jusqu’au XXe siècle (?) : au début du XVIe siècle, un religieux de Loos (près de Lille) prêcha : « Aussy, ceulz qui vont au marteau de sainct Eloy en cuidant qu’il vous guerisse de quelque malladie, vous estes ydolatres. […] [Dieu] vœult bien que nous servons la Vierge Marie et les benoitz saincts en les priant qu’ilz soient nos intercesseurs envers Dieu pour avoir pardon ou grace ou aultre chose que nous vollons de Dieu, mais nous debvons cognoistre qu’il vient de Dieu, non pas de eulx. » (BmL, Ms 131, f°126).

        L'ÉDIFICE

        Description :
        Les premières traces écrites signalant l’église datent du XIe siècle. Au XIIIe siècle, l’architecture de l’édifice était de style roman tournaisien. Un chœur fut ajouté au XVIIIe siècle. En raison de sa petite taille et de son mauvais état, l’église fut totalement remaniée en 1845, par l’architecte lillois Louis Colbrant, dans un style inspiré du gothique du XIVe siècle. Les murs anciens furent incorporés dans la nouvelle église. L’édifice est en briques, très sobre et dénué de toute ornementation architecturale. Le clocher est inclus dans le corps principal et n’émerge des toitures qu’au niveau de la chambre des cloches. À l’intérieur, on trouve des chapiteaux hexagonaux du XIIIe siècle. Sur le côté gauche, au nord, se trouvent les restes d’un transept de la même époque, en pierre du Tournaisis. Le chœur, construit vers 1750, est assez banal architecturalement : il est en mauvais état depuis le bombardement du 28 mai 1940 et la restauration peu réussie qui suivit. Enfin, à l’angle rentrant du chœur et du transept, se trouve la chapelle funéraire des Tenremonde, la famille seigneuriale de Bachy, dont le château et la chapelle personnelle furent érigés tout près de l’église (cf. Plateaux).
        Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
          Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

            HISTOIRE DU SANCTUAIRE

            Origines :
            Date de première mention : XVIe siècle
            Initiative de la fondation :
            • Groupe de fidèles
            Environnement institutionnel, politique et religieux :
            Phases d'évolution :

            Le pèlerinage semble puiser son origine dans la première partie du XVIe siècle : selon Éric Baratay, les rites de bénédiction envers les animaux se multiplièrent au cours de ce XVIe siècle (op. cit., p. 44-45) ; de plus, les premières traces écrites des cérémonies du « marteau de saint Éloi » datent de cette époque (BmL, Ms 131, f°126).

            Avant le XVIIe siècle, il semble qu’aucun prêtre n’était présent lors de la cérémonie. C’est le marissal (maréchal-ferrant), qui bénissait les équidés avec le petit objet. En 1664, un évènement étonnant se déroula : lorsque l’archidiacre de Tournai voulut présider lui-même la cérémonie à Bachy – dans le cadre de sa visite dans les campagnes du diocèse – les habitants du village de Templeuve lui dérobèrent le marteau de saint Éloi et le remirent à leur marissal « parce qu’ils ont toujours touchez, luy et les siens, avecq ledit marteau en propriété » (Lottin 1971, p. 5-20). On peut imaginer qu’à la suite de cet évènement, l’évêque prit les mesures jugées appropriées. C’est certainement à cette époque que la cérémonie subit des transformations et se vit notamment présider par le curé de la paroisse – ce nouvel encadrement ayant aussi pour but d’éradiquer le caractère "superstitieux" du culte.

            En 1781, à la demande du curé et de quelques croyants, la cérémonie fut transférée par l’évêque de Tournai au dimanche suivant la fête de saint Barthélémy (24 août), patron de la paroisse. Ce dimanche était en effet devenu une « fête de divertissement plus que de dévotion, préjudice pour l’âme mais aussi pour le corps » : la fête fatiguait inutilement les villageois en pleine période de moissons. Le transfert eut donc pour but de rendre toute sa solennité à la fête, à travers la cérémonie du marteau de Saint-Éloi. Elle fut à nouveau transférée au jour de la Saint-Éloi, peut-être à l’occasion du changement de dédicace au début du XVIIe siècle, lorsque l’église Sainte-Adelgonde prit le nom de Saint-Éloi (?). Le pèlerinage connut un nouveau rebondissement durant l’été 1831 : Mgr Belmas, évêque de Cambrai, interdit les célébrations après que le curé de la paroisse lui dénonça celles-ci comme « un mélange de superstitions et de ridicule ». Louis Belmas avait été ordonné prêtre en 1781, prêta serment à la constitution civile du clergé, puis se montra très favorable à la Monarchie de Juillet. Élu évêque constitutionnel de l’Aube en 1801, il devint évêque de Cambrai en 1802. La sensibilité philosophique et politique de l’abbé Desruelle, curé de Bachy depuis 1829, semble avoir été la même, notamment lorsqu’il fit référence à « la liberté […] octroyée par le pacte social de 1830 » (lettre au préfet, juin 1831 ; cf. Brocart).

            La lettre de proscription fut alors placardée sur l’église, puis déchirée en public par des villageois en colère, qui reçurent le soutien passif du maire. Face à la rébellion des fidèles, le curé envoya une lettre au préfet, qui demanda au maire de prendre les mesures nécessaires. Les cérémonies furent sans aucun doute annulées en 1831, mais l’on ignore si elles reprirent dès 1832 (ce qui est probable). Toujours est-il que les relations entre les fidèles et le curé ne s’améliorèrent pas après cet épisode : le prêtre fut transféré à Râches dès 1832 et remplacé par l’abbé Vambout (Le Glay, p. 425).

            Le culte fut peut-être à nouveau interrompu durant la Seconde Guerre mondiale, après que l’église eut été bombardée le 28 mai 1940. La tradition se perpétua ensuite jusqu’en 1968.
            Evénements marquants :
            • Abandon du pèlerinage (1968)
              Pourquoi le culte prit-il fin à cette date ? Paradoxalement, la décision fut peut-être prise sous l’influence du concile Vatican II (1962-1965), qui réhabilita la religion populaire – jugée trop souvent méprisée –, mais parfois au prix de certains cultes jugés trop superficiels ou superstitieux (cf. Verwilghen).
            Rayonnement(s) :
            • Local (XVIe siècle -> 1968)
              La fête du « marteau de saint Éloi » est une tradition typiquement originaire de Flandre et d’Artois. On la retrouve dans les villes et villages de Fleurbaix (dans l’actuel Pas-de-Calais), Wavrin, Douai et Bachy. À Bachy, elle attirait sans doute les paysans et villageois de toute la région lilloise. Il est possible que la cérémonie ait été liée à celle de Wavrin, où l’on célébrait la Saint-Éloi d’hiver (voir la fiche correspondante), tandis qu’on fêtait à Bachy la Saint-Éloi d’été, créant ainsi un cycle bisannuel de protection des chevaux.

            RÉFÉRENCES

            Source(s) :
            • Livres manuscrits (XVIe siècle)
              Bibl. mun. de Lille (BmL) : Ms 131, f°126 : sermon en français, abbaye de Loos, 1ère moitié du XVIe siècle.
            • Source publiée
              LE GLAY (A.), Cameracum Christianum, Lille, L. Lefort, 1849.
            Bibliographie :
            • DELMAS, M.-C., Dictionnaire de la France mystérieuse, Paris, Place des éditeurs, 2016.
            • NOTTE, L., «La dévotion à saint Éloi dans les écuries princières (XIIIe-XVIe siècles) », in Revue belge de Philologie et d'Histoire, t. 4, n°81, 2003, p. 1051-1074.
            • BARATAY, E., L'Église et l'animal, Paris, Le Cerf, 1996.
            • PLATEAUX, A., Les églises de la Pévèle française, Bruxelles, Mardaga, 1990.
            • VERWILGHEN, A., «La religiosité populaire dans les documents récents du Magistère », in Nouvelle Revue théologique, t. 4, n° 109, juil.-août , 1987, p. 521-539.
            • BROCART, J., «La cérémonie du marteau de saint Éloi », in Pays de Pévèle, n°10, 1980, p. 3-6.
            • LOTTIN, A., «Contre-Réforme et religion populaire : un mariage difficile mais réussi aux XVIe et XVIIe siècles en Flandre et en Hainaut ? », in Collectif, La religion populaire, Paris, CNRS, 1977, p. 53-63.
            • LOTTIN, A., «Aperçu de la situation religieuse dans les campagnes entre Lille et Tournai en 1644, d'après une visite de l'Archidiacre », in Revue du Nord, t. 53, n° 208, janv.-mars , 1971, p. 5-20.
            • VAN GENNEP, A., Manuel de folklore français contemporain : les cérémonies agricoles et pastorales de l'été, t. 1, Paris, Picard, 1951.
            Etude(s) universitaire(s) :

            PHOTOGRAPHIES LIÉES

            Objet de dévotion :
            Edifice :
            Autre :

            À PROPOS DE L'ENQUÊTE

            Enquêteur :
            • VANOOTEGHEM Florent
            Rédacteur :
            • VANOOTEGHEM Florent
            Date de l'enquête :
            2018
            Date de rédaction de la fiche :
            2018
            Etat de l'enquête :
            En cours
            Pour citer cette ficheVANOOTEGHEM Florent, « Marteau-de-Saint-Éloi », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
            url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/734/marteau-de-saint-eloi, version du 19/04/2018, consulté le 23/07/2018