INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Curé-d'Ars

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Curé-d'Ars
Période d'activité :
1830 - 2018
Commune :
Ars-sur-Formans
Département :
Ain
La basilique Sainte-Philomène

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Ars-sur-Formans
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Belley-Ars (1988 - 2018)
Ancien: Belley (1823 - 1988)
Paroisse :
Actuelle: Ars (1821 - 2018)
Ancienne:
Compléments :
Lorsque Jean-Marie Vianney arriva à Ars en 1818, le diocèse de Belley avait été supprimé par le Concordat et réuni au diocèse de Lyon. La paroisse d’Ars avait également été supprimée en 1802 – elle dépendait alors de la paroisse de Mizérieux – avant d’être rétablie en 1821.

Site

Type de site :
Plateau
Altitude :
248 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Village
Type de proximités :
Château
Cours d'eau
Compléments :

Le village d’Ars-sur-Formans est situé à une trentaine de kilomètres de Lyon, à quelques kilomètres à l’est de Villefranche-sur-Saône. Le village appartient au revers ouest du plateau de la Dombes, dominant la Saône, qui coule à l’ouest d’Ars. Il comptait environ 200 habitants à l’arrivée de Jean Marie Vianney. Il en compte aujourd’hui plus de 1300.


Lorsque Jean-Marie Vianney arriva à Ars, une petite église romane s’élevait dans le village, de même qu’un château, doté de sa propre chapelle.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Curé-d'Ars (1830 - 2018)
Compléments :
Ce pèlerinage, le plus important en France au XIXe siècle, s’est construit autour de la personne de Jean-Marie-Baptiste Vianney, devenu curé du village d’Ars en 1818, dont la pastorale attira très rapidement de nombreux pèlerins, particulièrement à partir de 1830. Le pèlerinage se poursuivit après la mort du curé et se perpétue aujourd’hui encore. L’originalité de ce pèlerinage tient au fait qu’il commença autour d’un « saint vivant » et se poursuivit autour de son tombeau.
Type de lieu de culte :
Basilique
Nom du lieu de culte :
Sainte-Philomène
Saints patrons :
  • Philomène (1862 - 2018)
Compléments :
L’église romane du village, aujourd’hui reliée à la basilique, était dédiée à saint Sixte. Le curé d’Ars, lors du projet de construction de la grande basilique, souhaita la dédier à sainte Philomène, dont le culte s’était répandu à partir de 1805 (les « reliques » en avaient été découvertes en 1802 à Rome dans la catacombe Sainte-Priscille). Une Lyonnaise en avait apporté des fragments au curé d’Ars, qui avait dédié une fête à la sainte le 11 août. Son culte fut autorisé par l’Église en 1837, mais le nom de sainte Philomène a été retiré du martyrologe romain en 1961. Le sanctuaire d’Ars ne rend donc plus de vénération publique à cette « sainte ». La basilique continue cependant d’être désignée « basilique Sainte-Philomène ».

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Jean-Marie Vianney
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
La châsse contenant le corps du curé d’Ars est déposée dans le bras droit du transept de la basilique.
Datation de l'objet :
1786-1859
Compléments :
Lorsque Jean-Marie Vianney mourut en 1859, il fut inhumé dans un tombeau recouvert de marbre noir, au milieu de la nef de son église. Les autorités religieuses autorisèrent officiellement son culte en 1872 lorsqu’elles le déclarèrent vénérable. Le corps de Jean-Marie Vianney fut retiré de son tombeau en juin 1904. Il fut embaumé et entouré de bandelettes, son visage couvert d’un masque de cire. Il fut placé dans une châsse dorée, actuellement déposée sur un autel du bras droit du transept de la basilique. Son cœur est conservé dans la chapelle du Sacré-Cœur (voir ci-dessous contexte Édifice). Il faut noter cependant, fait rarissime, que c’est le curé « vivant », qui motiva dans un premier temps le pèlerinage.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Jean-Marie-Baptiste Vianney est né à Dardilly, au nord-ouest de Lyon, en 1786, quatrième enfant d’une fratrie de six. Fils d’un paysan aisé, il se consacra, dans son enfance et son adolescence, aux travaux des champs. Sa famille était pieuse et acquise au culte réfractaire (opposé à la Constitution civile du clergé). En dépit de l’opposition de son père, Jean-Marie-Baptiste Vianney entra à 20 ans chez le curé d’Ecully, dans une école presbytérale, qui préparait au séminaire, où il devint vicaire. Il fut ordonné prêtre à Grenoble en 1815. Il arriva à Ars en 1818 pour en être le desservant et en devint le curé lorsque le village retrouva son statut de paroisse, trois ans plus tard. Il vécut alors son sacerdoce comme une mission, celle de convertir une paroisse entière. La grande piété de Jean-Marie Vianney, son humilité, son mode de vie austère, firent grandir sa réputation. Il s’attacha très vite à restaurer et embellir son église. En 1824, il ouvrit une école gratuite destinée aux filles, la Maison de la Providence, devenue par la suite un orphelinat. Sa renommée commença à attirer les pèlerins en nombre vers 1830. En 1849, il fonda une école de garçons confiée aux frères de la Sainte Famille de Belley. Le curé passant une très grande partie de sa journée dans le confessionnal, où il entendait les fidèles, une équipe de missionnaires diocésains fut envoyée à Ars à partir de 1853 pour l’aider dans sa tâche. Par trois fois, assailli par le doute, il tenta de s’enfuir de sa paroisse. Jean-Marie Vianney mourut d’épuisement le 4 août 1859, à Ars. Il fut canonisé en 1925 par le pape Pie XI, qui le déclara patron de tous les curés en 1929.
Miracles :
Plusieurs miracles de guérisons sont attribués au curé d’Ars de son vivant ou après sa mort. En 1857, par exemple, un enfant de 8 ans, paralysé des jambes, aurait été guéri après que le curé d’Ars l’eut envoyé prier, avec sa mère, à l’autel de sainte Philomène. Deux miracles ont été choisis pour la béatification de Jean-Marie Vianney : celui dont aurait bénéficié Adélaïde Joly, orpheline lyonnaise de 9 ans, atteinte d’une tumeur cancéreuse au bras, guérie en 1861 par l’application d’un lacet appartenant au curé d’Ars et un autre concernant Léon Roussat, enfant de 6 ans de Saint-Laurent-lès-Mâcon, épileptique qui avait perdu la parole et la retrouva en 1862 sur la tombe du curé.
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Compléments :
Les courriers reçus par le curé d’Ars entre 1835 et 1859 montrent différents types de requêtes, que Ph. Boutry a classé en quatre catégories : les demandes de guérison, de grâces spirituelles (conversion, réconfort spirituel), de directions, de grâces d’ordre temporel (Boutry, Deux pèlerinages..., p. 108), avec une prévalence pour les demandes de guérison. Ce rôle de thaumaturge est à mettre en relation avec l’introduction du culte de sainte Philomène à Ars en 1835. La présence de reliques de cette "réputée" sainte autorisa des guérisons au sanctuaire, dont les mérites pouvaient être attribués dans un premier temps à sainte Philomène.
Recours :
  • Voeu
  • Thérapie
  • Grâce particulière
Compléments :
Les recours au curé d’Ars concernaient majoritairement des demandes de guérison, mais également des demandes relatives à des affaires temporelles, comme des besoins d’argent, des affaires spirituelles (demandes de prières ou de direction spirituelle) ou bien encore des conseils pratiques.
Jour(s) de fête :
  • Jean-Marie Vianney (4 août)
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
Vers la fin de la vie du saint curé, 60 000 à 80 000 pèlerins venaient en pèlerinage à Ars chaque année (Boutry, Le curé d’Ars, p. 373). Actuellement, le sanctuaire reçoit la visite annuelle de 550 000 pèlerins/visiteurs (source : arsnet.org). Bien que le site soit fréquenté toute l’année, il connaît un pic d’affluence au moment de la fête du saint, le 4 août.
Pratiques individuelles :
  • Cire
  • Prières
  • Toucher
  • Voeux
  • Pèlerinage
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Communions
  • Confessions
  • Messe
  • Prédication
  • Neuvaines
  • Pèlerinage
Ex voto :
  • Autre (?)
    D’autres types d’ex-voto étaient déposés dans la basilique, comme des couronnes de mariées, des bouquets de fleurs séchés, etc. Une partie des ex-voto est aujourd’hui exposée dans l’ancien presbytère, devenu musée.
  • Texte gravé
    De nombreuses plaques de marbre ex-voto, des XIXe, XXe et XXIe s. ornent les murs de la basilique et de l’église de la Miséricorde.
  • Vêtement (?)
    Des broderies avaient été également déposées dans la basilique.
  • Béquille (XIXe siècle)
    Des béquilles de malades guéris au sanctuaire avaient été déposées dans la basilique.
Confrérie(s) :
  • Confrérie du Rosaire (1818)
    Dès son arrivée à Ars, Jean-Marie Vianney rétablit dans le village une confrérie du Rosaire.
  • Confrérie du Saint-Sacrement (1818)
    Le curé fonde également une confrérie du Saint-Sacrement.
  • Confrérie du Saint-Scapulaire (1834)
    La confrérie du Saint-Scapulaire est fondée en 1834.
  • Confrérie du Sacré-Cœur (1840)
    La confrérie du Saint-Cœur est fondée en 1840.
  • Confrérie des Cinq Plaies (1840)
    En 1845 est fondée la confrérie Notre-Dame des Victoires.
  • Confrérie Notre-Dame des Victoires. (1845)
    En 1846 est fondée par Jean-Marie Vianney l’archiconfrérie du Très-Saint-Cœur de Marie dans l’église d’Ars, assortie des mêmes indulgences que celles accordées à l’archiconfrérie érigée en l’église Notre-Dame des Victoires à Paris (voir ci-dessous).
Indulgence(s) :
  • Plénière (1838)
    D’après un bref du pape Grégoire XVI du 24 avril 1838 accordé à Notre-Dame des Victoires à Paris, les confrères du Cœur-de-Marie, contrits et confessés, peuvent recevoir une indulgence plénière le jour de leur réception, le jour anniversaire de leur baptême s’ils récitent tous les jours un Ave Maria pour la conversion des pécheurs, à l’article de leur mort, les jours de fête de la Circoncision, la Purification, l’Annonciation, l’Assomption, la Nativité, etc., deux indulgences plénières par mois, aux jours choisis, une indulgence de 500 jours pour ceux qui assisteraient à la messe du samedi en l’honneur du cœur de Marie (Manuel Archiconfrérie du Très-Saint et Immaculé Cœur de Marie, p. 232-233).
  • Plénière (1849)
    Une indulgence plénière est accordée au sanctuaire d’Ars par le pape Pie IX une fois par an pour ceux qui visiteraient, confessés et contrits, l’église d’Ars, une autre quatre fois par an aux jours de fête suivants : au 24 juin, fête de saint Jean-Baptiste, patron du diocèse, le 6 août, jour de la Saint-Sixte, patron de la paroisse, le 10 août, jour de la Sainte-Philomène, et le 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge Marie, une autre une fois par an pour les fidèles qui s’adonneraient, en public ou en particulier, aux exercices de la retraite, ayant été confessés et ayant communié.
Compléments sur le culte :
Du vivant de Jean-Marie Vianney, c’est la confession et le conseil qui étaient principalement recherchés par les pèlerins, qui venaient se confier au curé. On recherchait aussi auprès de lui la guérison et les pèlerins faisaient également bénir ou toucher des objets par Jean-Marie Vianney. Néanmoins, le curé d’Ars était perçu principalement comme un intercesseur entre Dieu et les fidèles, et ses « pouvoirs » ne lui étaient pas personnels. La dimension superstitieuse de certains pèlerinages n’apparaît pas ou peu dans le cas de celui d’Ars (voir Boutry, Deux pèlerinages, p. 112-113 ; Boutry, Le mal…, 1986, p. 71 sq).

L'ÉDIFICE

Description :

La basilique actuelle a été édifiée par Pierre Bossan, également architecte de Notre-Dame de Fourvière, au chevet de l’église romane du village. L’abside est de plan octogonal. Une coupole coiffe le centre de cet octogone. Deux chapelles rectangulaires s’ouvrent de part et d’autre du chœur, Notre-Dame des Victoires au nord, et Saint-Joseph au sud. À l’est de la nef romane, une absidiole est dédiée au Sacré-Cœur. Lors de son arrivée dans la paroisse, Jean-Marie Vianney avait fait reconstruire la façade de l’ancienne église dans le style néoclassique, ainsi que cinq chapelles latérales. Jugée toujours trop petite pour accueillir les fidèles qui venaient en nombre croissant, le curé d’As fit allonger l’abside en 1846. Il conçut ensuite l’idée d’une abside monumentale, mais n’en verra pas la réalisation. Il mourut en effet avant l’édification de la grande basilique par Pierre-Marie Bossan, en 1859. Une loterie fut organisée pour réunir la somme nécessaire à la réalisation de l’édifice. Jean-Marie Vianney en avait eu l’idée et donna même en lots sa montre et son prie-Dieu.

En 1897, Sainte-Marie Perrin, disciple de Bossan, oeuvra à la réalisation d’une travée supplémentaire permettant la jonction entre la nouvelle abside et l’ancienne travée de chœur. Cette travée fut l’occasion de réaliser deux chapelles latérales dédiées au curé d’Ars.
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
  • Autre
    Le sanctuaire d’Ars est un vaste ensemble d’édifices religieux, mais aussi profanes, destinés à l’accueil des pèlerins et visiteurs, tels que librairie, magasin de souvenirs, accueil, foyer, etc. La maison du curé d’Ars est aujourd’hui un musée que visitent pèlerins ou simples touristes.
  • Autre (1848)
    La chapelle de la Providence (chapelle de l’Adoration), située à l’est du sanctuaire, a été élevée à l’initiative de Jean-Marie Vianney, sur un terrain acquis en 1824. Elle fut achevée en 1848. Elle jouxtait la maison de la Providence, l’école de jeunes filles d’Ars qui devint un orphelinat.
  • Maisons de pèlerins (XXe siècle)
    Un abri de pèlerins est édifié au nord du complexe. Il jouxte une vaste salle de projection.
  • Autre (1930)
    La chapelle du Cœur, au nord de la basilique, conserve le cœur de Jean-Marie Vianney. Elle a été édifiée à cet effet, en 1930, juste après la canonisation du saint curé.
  • Statue (1938)
    Le monument de la Rencontre, édifié au sud-est de la basilique, commémore la rencontre entre Jean-Marie Vianney et un jeune berger, Antoine Givre, le soir de l’arrivée du curé à Ars. Haut de plus de 4 m, réalisé en 1938 par un sculpteur parisien, Louis Castex, il représente le curé d’Ars indiquant de la main le ciel au jeune berger.
  • Autre (1961)
    L’église de la Miséricorde est une église semi-enterrée, de plan rectangulaire, à laquelle on accède par l’esplanade située au chevet de la basilique. Sa construction a été décidée lors du centenaire de la mort du curé d’Ars en 1959. Elle a été élevée en 1961 sur les plans de l’architecte Pierre Pinsart. Elle accueille les grandes célébrations et peut contenir 2000 fidèles. Depuis le 4 août 2006, cette église est nommée Notre-Dame de la Miséricorde.
Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
  • Crypte (XIXe siècle)
    Une crypte fut édifiée entre 1897 et 1899. On y accède par la sacristie. Son autel est celui sur lequel Jean-Marie Vianney célébrait la messe jusqu’à son remplacement par un autel de marbre en 1829. La crypte a été restaurée fin 2011 et est dédiée depuis à Saint-Pierre.
  • Mobilier (XIXe siècle)
    On voit encore dans la partie romane de l’église, la chaire depuis laquelle prêchait Jean-Marie Vianney, ainsi que le confessionnal.

HISTOIRE DU SANCTUAIRE

Origines :
Date de première mention : 1830
Initiative de la fondation :
  • Groupe de fidèles
Environnement institutionnel, politique et religieux :
Après la Révolution, la vie religieuse à Ars semblait avoir perdu de sa vitalité. Le village avait perdu son statut de paroisse, qui ne fut rétabli qu’en 1821. La pratique religieuse, comme en beaucoup d’endroits à cette période, s’était affaiblie, les confréries avaient disparu. La lutte contre l’indifférence vis-à-vis d’une chrétienté traditionnelle et de ses sacrements et la laïcisation des rites furent deux chevaux de bataille du curé Vianney (Boutry, Deux pèlerinages..., p. 20). Afin de regagner la population de sa paroisse à une pratique religieuse fervente, plusieurs étapes furent nécessaires : la première passa par les filles du village, peu à peu acquises au combat de Jean-Marie Vianney, qui créa pour elles, en 1818, la Confrérie du Rosaire, institua des lectures pieuses à la cure le dimanche ou encore le chapelet et la prière du soir, une école, en 1824. Le curé fonda ensuite une autre confrérie, celle du Saint Sacrement, puis celle du Saint Scapulaire en 1834. Dans un second temps, le curé s’attacha à lutter contre tout ce qui pouvait freiner cette conversion collective du village en empêchant la fréquentation de la messe ou des sacrements, comme le cabaret, la danse, le travail dominical, etc, cette lutte pouvant passer par le refus de l’absolution à l’égard de ceux qui ne renonçaient pas à ce que le curé percevait comme des abus (Boutry, Deux pèlerinages..., p. 29 sq).
Phases d'évolution :
Le pèlerinage à Ars a connu plusieurs grandes phases : la première s’étend de l’arrivée de Jean-Marie Vianney à Ars jusqu’aux années 1830. Cette première période est celle de la mise en pratique, par le curé, d’une pastorale destinée à « convertir » toute une paroisse, de son rôle missionnaire. La restauration spirituelle, qui passait par une pratique quotidienne de messes, de catéchisme, de vêpres, de prière du soir, de processions et fêtes liturgiques, s’accompagna d’une restauration matérielle, avec l’embellissement de l’église, le rétablissement du clocher, l’acquisition de statues, de mobilier, etc. C’est durant cette première phase que le curé d’Ars se dit témoin de manifestations diaboliques, qui contribuèrent grandement à la réputation du saint. Une seconde phase, de 1830 environ jusqu’à la mort de Jean-Marie Vianney, commença à voir affluer les pèlerins en grand nombre (près de 60 000 à la fin des années 1850, Boutry, Le mal…, 1986, p. 60). C’est durant cette période que se révélèrent les qualités thaumaturgiques de Jean-Marie Vianney, en lien avec l’introduction à Ars du culte de sainte Philomène. Après la mort du curé, le flot de pèlerins se tarit légèrement les 3 années qui suivirent, puis les pèlerins vinrent encore plus nombreux sur son tombeau, bien que l’Église n’ait autorisé son culte qu’en 1872. Des années 1870 jusqu’à la fin du siècle, les pèlerins se comptaient chaque année par milliers (jusqu’à 35 000 pèlerins certaines années), nombre qui fléchit légèrement dans les dernières années. La béatification puis la canonisation du saint, respectivement en 1905 et 1925, donnèrent au pèlerinage un nouveau souffle. À compter de ce moment, la sainteté de l’homme et l’exemplarité du prêtre furent associées pour promouvoir le pèlerinage. De nos jours, le sanctuaire d’Ars est fréquenté par plus de 500 000 visiteurs par an, ce qui en fait le lieu le plus visité de l’Ain, hors sites naturels. Il s’agit d’un tourisme essentiellement religieux. Des prêtres viennent en pèlerinage en nombre, des jeunes, des aumôneries, les gens du voyage la troisième semaine de juillet, etc.
Evénements marquants :
  • Pèlerinage (1823)
    Le curé d’Ars fait entreprendre à ses paroissiens un pèlerinage à Notre-Dame de Fourvière le 6 août 1823.
  • Création (1824)
    Jean-Marie Vianney fonde à ses frais une école gratuite de filles, l’école de la Providence, à la tête de laquelle il place Catherine Lassagne.
  • Visite exceptionnelle (1850)
    Maximin Giraud, l’un des voyants de La Salette (19 septembre 1846) est amené devant le curé à Ars en 1850. Il refuse de lui confirmer avoir vu l’apparition. L’entrevue alimente la controverse au sujet de l’apparition de La Salette (Voir fiche Notre-Dame de La Salette).
  • Installation des religieux (1853)
    Des missionnaires du diocèse s’installent à Ars pour seconder Jean-Marie Vianney dans son rôle de prédicateur et de confesseur. Ils deviennent les véritables « directeurs » du pèlerinage, qu’ils encadrent.
  • Construction (1862)
    L’évêque de Belley, Mgr Gérault de Langalerie, bénit la première pierre de la basilique le 1er mai 1862. L’ensemble est quasiment achevé en 1870.
  • Pèlerinage (1872)
    En août 1872, dans l’élan des grands pèlerinages nationaux organisés après la défaite de 1870, un grand pèlerinage est organisé de Paris à Ars et La Salette.
  • Pèlerinage (1874)
    En trois jours, 20 000 pèlerins viennent à Ars, à la suite de l’évêque de Belley et de l’archevêque d’Auch.
  • Pèlerinage (1893)
    25 000 pèlerins, provenant de 69 diocèses de France et de l’étranger, viennent à Ars durant l’année. Il s’y tient en septembre le congrès des directeurs et protecteurs des associations ouvrières catholiques (Boutry, Deux pèlerinages..., p. 133).
  • Béatification (1905)
    Jean-Marie Vianney avait déjà été proclamé « vénérable » en 1872. Le 8 janvier 1905, il est béatifié à Rome par le pape Pie X.
  • Fabrication d'une châsse (1905)
    La châsse reliquaire de bronze doré contenant le corps embaumé du saint, œuvre de l’orfèvre Amédée Cateland, est confectionnée en 1905.
  • Canonisation (1925)
    Jean-Marie Vianney est canonisé par le pape Pie XI le 31 mai 1925. En 1929, il est officiellement proclamé « patron de tous les curés de l’univers ».
  • Visite exceptionnelle (1945)
    Le nonce apostolique Angelo Roncalli, futur pape Jean XXIII, se rend à Ars.
  • Visite exceptionnelle (1986)
    Le 6 octobre 1986, le pape Jean-Paul II vient en pèlerinage à Ars.
  • Installation des religieux (1994)
    Une communauté de bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre s’installe à Ars, où elle participe à l’accueil des pèlerins.
  • Erection du sanctuaire en basilique mineure (1997)
    L’église Saint-Sixte est érigée en basilique le 4 août 1997.
  • Jubilé (2009)
    En 2009 est commémoré l’anniversaire des 150 ans de la mort de Jean-Marie Vianney.
  • Jubilé (2015)
    L’année 2015 correspond au jubilé de l’ordination de Jean-Marie Vianney, devenu prêtre en 1815.
  • Commémoration (2018)
    On commémore en 2018 le deuxième centenaire de l’arrivée de Jean-Marie Vianney à Ars.
Rayonnement(s) :
  • International (? -> 2018)
    L’audience du pèlerinage est aujourd’hui plus large, le développement des voyages « de longue distance » aidant : en 2010, l’Office de Tourisme de l’Ain avait recensé la présence de plus de 74 nationalités au sanctuaire (Source : Le Progrès, 17/04/2011).
  • National (XIXe siècle -> ?)
    Depuis l’origine du pèlerinage à Ars, les fidèles viennent de la France entière. Toutefois, vers 1850, Ars drainait essentiellement des pèlerins du sud-est de la France, de Lyon, des vallées du Rhône et de la Saône et d’une partie du massif central.

RÉFÉRENCES

Source(s) :
  • Livret de pèlerinage (1874)
    Guide indicateur du pèlerinage d’Ars, Lyon, 1874.

  • Livret de pèlerinage (1870)
    DEBENEY, Manuel du pèlerinage d’Ars, Lyon, 1870.

  • Site internet

    Site officiel du sanctuaire d’Ars : http://www.arsnet.org/

  • Archives
    Archives paroissiales d’Ars, Procès de l’Ordinaire, instruit du 21 novembre 1862 au 6 mars 1865 : procès Apostolique inchoatif ne pereant illius causae probationes, instruit du 18 août 1874 au 16 août 1877 ; le procès Apostolique super fama sanctitatis vitae, virtutum et miraculorum in genere, instruit du 10 juillet 1882 au 4 janvier 1883 ; procès Apostolique continuatif super virtutibus et miraculis in specie, instruit du 10 août 1885 au 12 octobre 1886 ; les lettres adressées au curé d’Ars.
Bibliographie :
  • ANTIER, J.-J., Le curé d'Ars, Perrin, 2006.
  • BOUTRY, Ph., «Les pèlerins d'Ars au XIXe siècle », in Identités pèlerines. Actes du colloque de Rouen, 15-16 mai 2002, publiés sous la direction de Catherine Vincent, Rouen, Publications de l'Université de Rouen, 2004, p. 211-227.
  • BOUTRY, Ph., Prêtres et paroisses au pays du curé d'Ars, Paris, Le Cerf/Histoire, 1986.
  • BOUTRY, Ph., «Le mal, le malin, le malheur. Le curé d'ars face à la souffrance », in Le monde alpin et rhodanien. Revue régionale d'ethnologie, 1986, p. 59-82.
  • BOUTRY, Ph., CINQUIN, M., Deux pèlerinages au XIXe siècle. Ars et Paray-le-Monial, Bibliothèque Beauchesne. Religions Société Politique, 8, Paris, Beauchesne, 1980, p. 5-170.
  • BOUTRY, Ph., «Un sanctuaire et son saint au XIXe siècle. Jean-Marie-Baptiste Vianney, curé d'Ars  », in Annales E.S.C, XXXV/2, 1980, p. 353-379.
  • FOURREY, R. (Mgr), Le curé d'Ars tel qu'il fut, l'homme et son entourage, Paris, Fayard, 1971.
  • FOURREY, R. (Mgr), Le curé d'Ars authentique, Paris, Fayard, 1964.
  • TROCHU, F. (Mgr), Le curé d'Ars, saint Jean-Marie-Baptiste Vianney (1786-1859), Lyon, Vitte, 1926.
  • MONNIN, A., Le curé d'Ars, 2 t., Paris, Douniol, 1861.
Etude(s) universitaire(s) :

PHOTOGRAPHIES LIÉES

Objet de dévotion :
  • Châsse contenant le corps du curé d'Ars, basilique Sainte-Philomène - Aurélia Bully - 2017
Edifice :
  • La basilique Sainte-Philomène - Aurélia Bully - 2017
  • La chapelle du Coeur - Aurélia Bully - 2017
Autre :
  • Ex-voto dans l'église Notre-Dame de la Miséricorde - Aurélia Bully - 2017
  • Statue représentant le curé d'Ars, sanctuaire d'Ars - Aurélia Bully - 2017
  • Chambre du curé d'Ars, ancien presbytère d'Ars - Aurélia Bully - 2017
  • Ex-voto et images pieuses, ancien presbytère d'Ars - Aurélia Bully - 2017
  • Plan de la basilique - Inventaire général, Paul Cherblanc, ADAGP - 1996

À PROPOS DE L'ENQUÊTE

Enquêteur :
  • BULLY Aurelia
Rédacteur :
  • BULLY Aurelia
Date de l'enquête :
2018
Date de rédaction de la fiche :
2018
Etat de l'enquête :
En cours
Pour citer cette ficheBULLY Aurelia, « Curé-d'Ars », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/733/cure-dars, version du 15/04/2018, consulté le 23/07/2018