INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Mont-Saint-Michel

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Mont-Saint-Michel
Période d'activité :
709 - 2018
Commune :
Le Mont-Saint-Michel
Département :
Manche
Mont-Saint-Michel vu depuis l\'est

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Le Mont-Saint-Michel
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Coutances (1791 - 2018)
Ancien: Avranches (709 - 1791)
Paroisse :
Actuelle: Le Mont-Saint-Michel (? - 2018)
Ancienne:
Compléments :
Lors du remembrement des diocèses français de 1791, le diocèse d’Avranches fut absorbé par celui de Coutances, qui correspond à l’actuel département de la Manche. Ce nouveau diocèse est dit « de Coutances et d’Avranches » depuis 1854. Le Mont abrite une église paroissiale (mentionnée dès 1022) placée sous le vocable de Saint-Pierre et destinée aux habitants du village qui s’est développé en contrebas de l’abbaye.

Site

Type de site :
Côte maritime
Altitude :
70 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Bois
Type de l'habitat :
Bourg
Type de proximités :
Axe de circulation
Cours d'eau
Prieuré
Remparts
Compléments :
L’abbaye du Mont-Saint-Michel est construite sur une éminence granitique haute de soixante-dix mètres située au centre de la baie dite « du Mont-Saint-Michel », qui va de Granville (Manche) à Cancale (Ille-et-Vilaine). Cette baie se trouve à l’embouchure de trois fleuves côtiers : la Sélune, la Sée et le Couesnon. Le Mont se trouve directement à l’embouchure de ce dernier fleuve, qui a longtemps servi de frontière naturelle entre la Bretagne et la Normandie. La baie est large de vingt-cinq kilomètres et s’étend sur environ dix kilomètres à marée basse. Elle consiste en une gigantesque grève descendant en pente très douce vers la mer. Les marées brutales, les courants marins puissants et les sables mouvants la rendent extrêmement dangereuse pour les visiteurs non-expérimentés. Situé à deux kilomètres de la terre ferme, le Mont était parfois isolé de la côte à marée haute (ce n’est plus le cas depuis la construction d’une digue-route en 1879). Tout proche du Mont, le rocher de Tombelaine (de même nature géologique) abrite aujourd’hui une réserve naturelle. Le Mont était relié au continent par une seule route descendant vers Pontorson (à dix kilomètres au sud), nœud routier permettant de gagner le sud-ouest de la Normandie, le nord-est de la Bretagne et la Mayenne.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Mont-Saint-Michel (709 - 2018)
Compléments :
Jusqu’au début du VIIIe siècle, le Mont s’appelait le « Mont Tombe » (Mons Tumba) en raison de la forme du rocher faisant penser à un tertre. Dédié à l’archange Michel dès sa fondation en 709, le chapitre fondé par l’évêque d’Avranches Aubert prit le nom de « Mont Saint-Michel au Péril de la Mer » (Mons Sancti Michaeli in periculo mari), nom conservé par l’abbaye bénédictine à partir de 966. Durant la déchristianisation de l’an II (1794), le Mont fut temporairement rebaptisé « Mont Libre ».
Type de lieu de culte :
Abbatiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Michel
Saints patrons :
  • Michel (709 - 2018)
Compléments :
Aux VIe et VIIe siècles, le Mont aurait abrité deux ermitages dédiés aux saints Étienne et Symphorien et fondés par saint Pair, évêque d’Avranches. Selon la tradition, l’évêque Aubert aurait installé des chanoines sur le Mont en 709. En 966 (date conventionnelle), le chapitre fut remplacé par une abbaye bénédictine, à l’initiative du duc de Normandie Richard Ier (943-996). Certains datent plutôt ce basculement autour de l’an mil. L’apogée de cette communauté fut atteint au milieu du XIIe siècle, avec environ soixante moines. À partir du début du XVe siècle et jusqu’à la Révolution, le Mont servit également de prison politique. L’abbaye fut réformée par les Bénédictins de Saint-Maur en 1622 et dissoute à la Révolution française (1790). Brièvement rebaptisé « Mont Libre », le monastère fut utilisé comme prison provisoire destinée à détenir des prêtres réfractaires (1790-1794), puis des Chouans (1794-1796). Après quinze ans de désaffectation, il reprit sa vocation carcérale en devenant tour à tour la maison centrale de détention du département de la Manche (1811-1817), puis une maison de force et de correction (1817-1863). Le site fut classé Monument Historique en 1862 et la prison ferma un an plus tard. Un groupe de Bénédictins de Saint-Edme de Pontigny s’y installa en 1867 pour aider aux restaurations et tenter de raviver le pèlerinage. Cette première tentative de réintroduction de la vie monastique se solda par un échec : les autorités civiles interdirent le culte dans l’abbatiale (1884) et chassèrent les moines (1901). Le culte de l’archange prit alors place dans l’église paroissiale Saint-Pierre. Restauré en profondeur de 1872 à 1923 (sans fin réelle des travaux jusqu’à nos jours), le Mont en tant que monument historique surclassa le lieu de pèlerinage, son tourisme étant désormais plus culturel que religieux. Depuis cette date, il est géré par un administrateur au titre des Monuments Historiques (Centre des Monuments Nationaux depuis 2000), à la fois chargé de sa conservation et sa mise en valeur touristique. En 1969, l’État promut l’installation d’une communauté de Bénédictins dans l’abbaye. Ils sont remplacés depuis 2002 par une communauté des Fraternités monastiques de Jérusalem (ordre mixte créé en 1974). Contrairement à ce que beaucoup pensent, la communauté actuelle ne dirige pas le Mont ; elle n’en est que locataire. Le Mont-Saint-Michel et sa baie ont été inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco en 1979.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Statue de saint Michel
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Métal
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Église Saint-Pierre du Mont-Saint-Michel
Datation de l'objet :
1873
Compléments :
La statue a été fabriquée par les ateliers Chertier en 1873 dans le contexte de la relance du pèlerinage. Entièrement dorée, elle représente l’archange Michel debout, vêtu d’une tunique et d’une cotte de mailles. Il terrasse le dragon (le diable), dont il écrase la gorge de son pied gauche. De sa main droite, il brandit son épée et s’apprête à le frapper. Sa main gauche tient son bouclier (image : https://www.la-croix.com/Religion/Spiritualite/Histoire-de-l-archange-Michel-embleme-du-Mont-Saint-Michel-2015-07-24-1337919). La statue a été couronnée en 1877, mais cette couronne a été volée dans les années 1960. Un fac-similé de la couronne a été classé en 2000, mais la statue elle-même ne semble pas avoir été classée. Désormais placée dans l’église paroissiale du village, son renom lui a été dérobé par l’impressionnante statue de cuivre doré de l’archange réalisée par Emmanuel Frémiet et installée sur la nouvelle flèche de l’abbatiale en 1898 (image : http://christroi.over-blog.com/2015/05/litanies-de-saint-michel-archange.html). Au XIIe siècle, Guillaume de Saint-Pair (vers 4013) mentionne l’« imagre de saint Michel » entourée de celles des archanges Gabriel et Raphaël au-dessus du maître-autel. En 1640, Dom Huynes (éd. 1872, chap. 6) parle de l’« image d'or de Sainct Michel qui est dans la nef au-dessous du grand crucifix ». Elle fut fabriquée grâce aux mille deux cents ducats d’or offerts par le roi Philippe le Bel en 1311. C’est certainement cette statue encore visible au milieu du XVIIe siècle qui était vénérée par les pèlerins.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Selon la légende, l’évêque d’Avranches Aubert, aurait eu en 708 trois songes dans lesquels l’archange saint Michel lui aurait demandé de bâtir une église sur le Mont Tombe (ancien nom du Mont-Saint-Michel). Aubert étant d’abord réticent, l’archange lui troua le crâne à l’aide de son doigt, et Aubert fut convaincu. Un taureau volé aurait montré à Aubert où construire exactement sur le rocher. Il installa un chapitre de douze chanoines sur le Mont le 16 octobre 709, ayant fait venir des reliques du sanctuaire de saint Michel du Monte Gargano (Italie). L’archange aurait également montré à Aubert une source au nord-ouest du rocher (dite « fontaine de saint Aubert). Ce récit nous est connu par la Reuelatio ecclesiae sancti Michaelis archangeli in Monte Tumba, écrite par un clerc anonyme au début du IXe siècle (P. Bouet). Au XIe siècle, les moines auraient retrouvé le crâne percé de saint Aubert, qui devint l’une des reliques les plus vénérées du Mont avec un fragment de son bras, les deux reliques de l’archange données par le Monte Gargano, et les épines de la couronne du Christ données plus tard par le roi Philippe le Bel. Au moment de la fondation du sanctuaire, la mer aurait englouti la forêt de Scissy qui entourait le Mont, faisant de ce dernier une île (ou une presqu’île selon les marées). Les études géologiques infirment ce dernier élément ; il y a bien eu une forêt à l’emplacement de la baie, mais elle aurait été engloutie il y a environ douze mille ans. À juste titre, ce pèlerinage était considéré comme dangereux à cause des risques que faisait courir la traversée de la baie : sables mouvants, brouillard, courants marins aussi violents que soudains et faux guides malhonnêtes. Les jours de brouillard, les cloches de l’église étaient censées sonner pour guider les pèlerins évoluant sur les grèves. Trente-et-un d’entre eux disparurent dans la baie au cours de la seule année 1318. Un adage normand disait : « Qui s’en va au Mont prépare son testament ». L’un des défis supplémentaires des bâtisseurs fut, outre une topographie difficile, d’aménager leurs infrastructures sans entamer le rocher, au risque de provoquer le mécontentement de l’archange. Il est donc certaines pièces du Mont où celui-ci affleure (comme la salle du chapitre). De nombreux pèlerins prélevèrent des fragments du rocher, ou même de l’autel de saint Aubert. Pour limiter ces vols, les moines du XIe siècle durent inventer la légende d’un pèlerin italien tombé gravement malade après avoir ramené un fragment du Mont chez lui, puis guéri une fois ledit fragment restitué au sanctuaire. D’après Jean-Luc Legros, ce « respect » dévolu au rocher à partir du XIe siècle fut sans doute inventé pour se démarquer du sanctuaire du Monte Gargano, où cette pratique était au contraire encouragée ; Pierre Bouet considère qu’il fallait protéger le rocher. Cependant, le récit de la veuve indigne raconté par Guillaume de Saint-Pair (XIIe siècle, vers 3029-3374) montre au contraire la prospérité d’une riche maison dûe à un fragment du rocher conservé dans leur chapelle privée. Il raconte également que personne ne pouvait se rendre la nuit dans l’église abbatiale (la « demeure de l’archange ») pour ne pas déranger saint Michel et ses anges qui venaient pour y chanter (vers 2623-2794).
Miracles :
Le miracle le plus connu du légendaire du Mont-Saint-Michel est le miracle dit « des grèves », qui aurait eu lieu vers 1011 d’après Guillaume de Saint-Pair (Roman du Mont-Saint-Michel, XIIe siècle, vers 3815-3996). Une femme enceinte originaire de Lisieux se rendit au Mont avec son mari et ses serviteurs, car elle craignait de mourir en donnant la vie. Traversant les grèves, le groupe fut surpris par le brouillard et la marée montante. Ils abandonnèrent la femme, qui implora alors saint Michel. La mer forma une muraille autour d’elle, mais ne put l’atteindre. La femme put enfanter et laver son enfant. La Croix des Grèves fut érigée à cet emplacement en souvenir du miracle. Guillaume de Saint-Pair mentionne également de « nombreux miracles » provoqués par les reliques de l’évêque Aubert, mais il n’en précise pas la nature (vers 1173-1378). Lors d’un incendie, ses reliques auraient été miraculeusement sauvées (vers 2795-2906).
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Pèlerinage judiciaire
  • Piété
  • Voeu
Compléments :
Trois cas de pèlerinages judiciaires sont connus pour le XIIIe siècle : un diacre incontinent, un vicomte de Rouen qui aurait détenu un clerc et un cas de parricide.
Recours :
  • Voeu
  • Thérapie
  • Paix
  • Folie
  • Délivrance
Compléments :
Le principal recours à saint Michel était lié à son statut d’archange, chef des milices célestes et maître des éléments, ainsi qu’à son rôle de psychopompe (peseur des âmes des défunts). Les pèlerins venaient lui demander d’intercéder en leur faveur au jour de leur jugement pour être admis au Paradis.
Jour(s) de fête :
  • Michel
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
À l’époque moderne, il est mentionné que ce pèlerinage s’effectuait surtout l’été et au début de l’automne, la fête de saint Michel tombant le 29 septembre. La saison des pèlerinages s’ouvrait le 8 mai (anniversaire des apparitions du Monte Gargano). Le 16 octobre était également fêté (apparitions à l’évêque Aubert).
Pratiques individuelles :
  • Prières
  • Toucher
  • Boire
  • Procession
  • Actions de grâce
  • Voeux
  • Offrir
Pratiques en présence du clergé :
  • Communions
  • Confessions
  • Processions
  • Messe
  • Chants
Ex voto :
  • Métal (1635)
    En 1635, le marquis de Mesgrigny offrit une coquille d’argent du poids de deux marcs pour la naissance de son enfant (mentionné par Dom Huynes, éd. 1872, chap. 13).
  • Autre (XIXe siècle)
    Étienne Dupont (1926) raconte de façon romancée l’inventaire des ex-voto du Mont-Saint-Michel en 1791, confisqués « par caisses » entières. La plupart d’entre eux consistaient en cœurs de cuivre, d’argent ou d’or (selon la richesse du pèlerin) pouvant s’ouvrir « comme une montre ». À l’intérieur du cœur se trouvait un papier contenant le motif du vœu. Jean-Luc Legros mentionne des ex-voto de nature militaire de la fin du XIXe siècle (épées, médailles, décorations) offerts dans l’église paroissiale Saint-Pierre, sans doute liés au caractère guerrier de l’archange (chef des milices célestes). La présence de lampes en vente est également mentionnée dans un avis de 1881. Enfin, une maquette de navire est accrochée dans l’un des transepts de l’église abbatiale.
Confrérie(s) :
  • ? (1210)
    Le roi Philippe Auguste (1180-1223) fonda une confrérie d’anciens pèlerins du Mont-Saint-Michel à Paris, tout proche du palais royal (E. R. Labande, dans Millénaire monastique du Mont-Saint-Michel, t. 3, 1971, p. 242).
  • Confrérie des pèlerins du Mont-Saint-Michel de Rouen (1623)
    Cette confrérie de pèlerins fut fondée en 1623. Le pape Innocent X (1644-1655) accorda une indulgence plénière perpétuelle à ses membres. Ceux-ci pouvaient la recevoir au jour de leur admission dans la confrérie et le jour de la Saint-Michel (29 septembre) s’ils se rendaient au Mont. Sept ans et sept quarantaines furent aussi institués pour les fêtes des apparitions de saint Michel (8 mai et 16 octobre), la fête de l’Ange gardien (2 octobre) et la saint Nicaise (11 octobre). Enfin, de nombreuses œuvres de miséricorde (spirituelles et corporelles) permettaient de gagner soixante jours. Événement insolite : en 1745, l’évêque de Rouen interdit aux membres de la confrérie de faire le pèlerinage du Mont, craignant peut-être des débordements de la part des pèlerins (Dominique Julia, dans P. Bouet et alii dir., Culte et pèlerinages à saint Michel en Occident, 2003, p. 304).
  • ? (?)
    En 1772, la confrérie dédiée à saint Michel de Camembert envoya seize jeunes du village en pèlerinage au Mont, accompagnés de leur curé.
  • Archiconfrérie du Mont-Saint-Michel (1867)
    La nouvelle archiconfrérie du Mont-Saint-Michel fut créée dans le sillage de la relance du pèlerinage. Il était très facile de s’y inscrire ; c’est ainsi qu’elle comptait plus de neuf cent mille membres en 1881. Ces derniers pouvaient recevoir l’indulgence plénière lors de leur admission dans la confrérie, lors de leur mort, aux fêtes de saint Michel, des saints Pierre et Paul (29 juin), de l’Assomption et de Noël. D’autres indulgences partielles leur étaient réservées à différents moments de l’année (cf. Notice sur le Mont-Saint-Michel et ses œuvres, 1881, p. 12-13). Cette confrérie existe encore aujourd’hui.
Indulgence(s) :
  • Partielle 100 j. (1255)
    Le pape Alexandre IV (1254-1261) accorda une indulgence de cent jours pour ceux qui visiteraient l’église du Mont « en état de grâce » (en étant confessé et ayant reçu la communion) depuis le jour de Pâques jusqu’à l’octave de Pentecôte.
  • Partielle 100 j. (1332)
    Le pape Jean XXII (1316-1334) accorda à perpétuité cent jours d’indulgence à ceux qui visiteraient le sanctuaire aux fêtes de Noël, de Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte, ainsi qu’aux quatre fêtes dédiées à la Vierge : Purification, Annonciation (25 mars), Assomption (15 août) et Nativité (8 septembre). Il rajouta quarante jours pour ceux qui viendraient aux octaves de l’une de ces fêtes. Notons que les fêtes de l’archange ne sont pas mentionnées.
  • Partielle 140 j. (1360)
    Le pape Innocent VI (1352-1362) accorda à perpétuité cent quarante jours d’indulgence à ceux qui visiteraient le sanctuaire pour la Saint-Michel (29 septembre) et l’anniversaire des apparitions de Michel à Aubert (16 octobre).
  • Partielle 405 j. (1362)
    Le pape Urbain V (1362-1370) accorda une indulgence d’un an et quarante jours pour ceux visiteraient l’église du Mont le jour de Pâques. Il accorda également cent quarante jours à ceux qui viendraient pour Noël, la Circoncision, l’Epiphanie, Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, le « Corps de Notre Seigneur » (la Fête-Dieu), les quatre fêtes dédiées à la Vierge [Purification, Annonciation (25 mars), Assomption (15 août) et Nativité (8 septembre)], ainsi que la Saint-Jean-Baptiste (24 juin) et la Toussaint.

  • Partielle 3650 j. (1410-1415)
    En période de Grand Schisme, le pape de Pise Jean XXIII accorda dix ans d’indulgence pour une durée de dix ans.
  • Partielle 2595 j. (1417-1431)
    Le pape Martin V (1417-1431) accorda sept ans et une quarantaine aux pèlerins du Mont, pour cinq ans seulement.
  • Plénière (1445)
    Eugène IV (1431-1447) accorda pour deux ans une indulgence plénière à ceux qui viendraient au sanctuaire pour la Saint-Michel (29 septembre), l’anniversaire des apparitions de Michel à Aubert (16 octobre) et au Monte Gargano (8 mai).
  • Plénière (1450)
    Le pape Nicolas V (1447-1455) accorda une indulgence plénière uniquement valable pour l’année 1451 à ceux qui visiteraient le sanctuaire entre le 1er juin et la Toussaint. Il est probable que cette indulgence (mentionnée par Dom Huynes, 1640) ait été donnée en relation avec le Jubilé de 1450 (indulgence ad instar Jubilei). Le pape accorda également à perpétuité sept ans et sept quarantaines à ceux qui viendraient au sanctuaire pour la Saint-Michel (29 septembre), l’anniversaire des apparitions de Michel à Aubert (16 octobre) et au Monte Gargano (8 mai).
  • Partielle 405 j. (1452)
    Sur autorisation du pape, le cardinal d’Estouteville, premier abbé commendataire du Mont (1444-1483), accorda à perpétuité un an et quarante jours aux pèlerins du Mont. Les fêtes concernées ne sont pas connues.
  • Partielle 1215 j. (1459)
    Le pape Pie II (1458-1464) accorda à perpétuité trois ans et trois quarantaines aux pèlerins qui viendraient au Mont depuis la Purification de la Vierge jusqu’à la Toussaint.
  • Plénière (1866)
    En 1866, le pape Pie IX (1846-1878) accorda pour dix ans une indulgence plénière à tous les fidèles qui viendraient au Mont.
Compléments sur le culte :
Une douzaine de routes convergeaient vers le Mont-Saint-Michel par le sud et l’est. Ces routes étaient ponctuées d’étapes (prieurés, villes, auberges) espacées d’environ une journée de marche, où les pèlerins pouvaient s’arrêter. Ainsi, nous savons que dans les années 1560-1570, l’hôpital Saint-Jacques d’Argentan (Orne) offrait trois deniers à chaque pèlerin du Mont qui s’y arrêtait (à l’aller comme au retour). La fin du voyage était annoncée par les « montjoies », collines depuis lesquelles les pèlerins apercevaient pour la première fois le terme de leur voyage. Ainsi Saint-Michel-de-Montjoie, d’où l’on peut deviner le Mont à plus de trente kilomètres. Une fois arrivés à l’entrée de la baie, les pèlerins se regroupaient à différents points de ralliement (comme à Genêts ou au Gué de l’Épine) pour commencer la dangereuse traversée des grèves. Une fois au Mont, les pèlerins — après un possible repos — faisaient le tour des autels de l’abbaye pour y prier, avant d’arriver dans l’église abbatiale et d’y laisser un éventuel ex-voto. À travers cette démarche, le pèlerin était censé s’élever, spirituellement comme physiquement, en commençant par les chapelles basses (Notre-Dame-sous-Terre, chapelle Saint-Martin) pour finir au plus haut degré, dans l’église abbatiale. Les miquelots ramenaient de nombreux souvenirs. Certains allaient dans la baie pour y ramasser des coquillages ou mettre de l’eau et du sable dans des ampoules. D’autres rapportaient des enseignes métalliques (de plomb ou d’étain) représentant des coquilles Saint-Jacques ou saint Michel pour les fixer à leur chapeau, leur ceinture, leur besace ou leur bâton, voire les distribuer à leurs proches. Ces « plombs » sont mentionnés à partir du XIIe siècle. Certains étaient fabriqués directement sur le Mont, d’autres dans des ateliers parisiens. Outre les enseignes, d’autres souvenirs de nature variée existaient, comme les cloches, anneaux, boutons, rubans, coquillages peints, colliers, bagues, cœurs, fausses fleurs, couronnes de perles, chapelets, sifflets, cornes de brume, etc. À partir du XVIIe siècle, des guides de pèlerinage imprimés purent être achetés par les pèlerins lettrés, comme ceux qui furent rédigés par le cordelier François Feuardent (1604) ou le mauriste Dom Quatremaires (1668). Les dictionnaires des XVIe-XVIIIe siècles mentionnent que ce pèlerinage était surtout destiné aux jeunes garçons ou adolescents d’origine modeste, l’un d’entre eux associant même les miquelots avec la « gueuserie ». Dans certaines régions de la France du XVIIIe siècle, ce pèlerinage avait presque valeur de rite initiatique, de passage dans l’âge adulte ; on en a des exemples pour les villes de Sacy (Yonne), Camembert (1772) ou Limoges (1779). Les jeunes allaient souvent au Mont accompagnés de leur curé. Certains cortèges avaient parfois une allure paramilitaire. Entre 1603 et 1625, les jeunes d’Épinal s’y rendirent au pas, au son d’un tambour, en tenant des piques en guise de lances. Il était également possible d’effectuer le pèlerinage par procuration, contre rémunération d’un pèlerin vicaire. Ainsi l’exemple de Jacques Agnès, qui au milieu du XVIIIe siècle, accomplissait régulièrement les plus grands pèlerinages de l’Occident chrétien (Rome, Saint-Jacques-de-Compostelle, le Mont-Saint-Michel, etc.).

L'ÉDIFICE

Description :
L’église abbatiale actuelle du Mont-Saint-Michel a une architecture hétérogène résultant de près de mille ans de constructions et rénovations. La nef et le transept de l’église furent construits entre 1023 et 1084. Après l’effondrement du chœur roman en 1421, un chœur gothique fut édifié entre 1446 et 1521. Les trois travées occidentales de la nef furent détruites par un incendie en 1776 : la façade fut refaite dans le style classique en 1780. Enfin, le clocher classique du XVIIe siècle fut remplacé un clocher néo-roman surmonté d’une flèche néogothique (1893-1897), le tout couronné par une statue dorée de l’archange Michel. L’essentiel des parties romanes et gothiques précitées a subi d’importantes restaurations entre 1872 et 1923, les administrateurs successifs ayant parfois réinterprété à leur guise l’architecture de l’abbaye. L’église présente un plan à trois vaisseaux. Depuis l’effondrement de 1776, la nef n’est plus longue que de quatre travées. Le transept, très saillant, n’est long que d’une seule travée. Ses deux travées nord et sud sont flanquées d’absidioles. Le chœur polygonal est long de quatre travées. Son déambulatoire dessert onze chapelles. L’édifice mesure au total soixante-deux mètres de long et quarante mètres de large (au niveau du transept).

 

Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
  • Autre (XVIe siècle)
    Situé au cœur du village en contrebas de l’abbaye, l’église Saint-Pierre est mentionnée dès 1022 comme l’église paroissiale du village. Le culte de saint Michel y fut transféré de 1884 à 1969, période pendant laquelle le culte catholique fut interdit dans l’église abbatiale. La nouvelle statue de saint Michel, créée en 1873, y est exposée.
  • Hospices (1164)
    L’hôtellerie fut construite au sud-ouest de l’église abbatiale sous l’abbé Robert de Torigni (1154-1186). Son but était de répondre au besoin d’accueil des pèlerins, tout en établissant une ségrégation sociale parmi ceux-ci. Achevée en 1164, elle était constituée de trois étages. Au-dessus du cellier se trouvait une grande pièce au plafond haut et très éclairée par de grandes fenêtres : certainement l’hôtellerie réservée aux nobles et invités de marque. Au dernier étage se trouvait une infirmerie. Ce corps de bâtiment était prolongé à l’est par un bâtiment plus petit à deux niveaux : le « vestibule des pèlerins » destiné aux pèlerins d’origine modeste (niveau inférieur) et une chapelle mortuaire (niveau supérieur). Mal entretenu au début de la période carcérale, la plus grande partie de l’hôtellerie s’effondra en 1818. À son emplacement se trouve désormais un imposant contrefort construit en 1873.
  • Hospices (1204-1228)
    Construit après l’incendie de 1204, cet ensemble architectural long de soixante-seize mètres situé sur le flanc nord du rocher remplit les mêmes fonctions que l’hôtellerie de Robert de Torigni, mais dans des proportions plus spectaculaires. La Merveille est découpée en deux corps de bâtiment divisés en trois étages, qui établissent la même distinction sociale entre pèlerins. Au niveau inférieur se trouvaient le cellier et l’aumônerie (réservée aux pauvres et à l’essentiel des pèlerins). Le niveau central était constitué de la salle des hôtes et de la salle des chevaliers, à l’architecture plus raffinée et destinées aux nobles et invités de marque. La salle des hôtes avait une fonction d’apparat, avec ses deux imposantes cheminées permettant de chauffer et cuisiner sous les yeux des invités. La salle des chevaliers (appellation qui date seulement du XVIIIe siècle) aurait pu servir de bibliothèque ou de scriptorium. Enfin, au niveau supérieur, se trouvaient le réfectoire des moines et le cloître. Cet ensemble de salles imposantes avait pour but d’accueillir un nombre de pèlerins toujours plus important.
  • Maisons de pèlerins (XIVe siècle)
    Situé en contrebas de l’abbaye, le village du Mont Saint-Michel a dû se développer rapidement grâce au pèlerinage. L’abbaye devait être insuffisante pour loger et nourrir tous les pèlerins. Le village comprenait également de nombreux magasins et échoppes où les pèlerins pouvaient acheter souvenirs et enseignes. Il comptait deux cent cinquante habitants au XVIIe siècle. Les registres paroissiaux mentionnent de nombreuses professions : maçons, tisserands, cordonniers, bouchers, boulangers, perruquiers, chirurgiens, poissonniers, etc. (Legros, 2005, p. 213). Ce village apparaît dans les textes au XIe siècle, et sa plus ancienne maison conservée semble dater du XIVe siècle. Il est aujourd’hui constitué de trente-trois commerces, dont la moitié vend des souvenirs. Cependant, en 2015, seules deux enseignes étaient encore spécialisées dans les souvenirs de nature religieuse.
  • Fontaines (XVe siècle)
    Abritée par une petite chapelle, la fontaine de saint Aubert se trouve en contrebas de l’abbaye, à la pointe nord-ouest du rocher. Elle donne un accès direct sur la grève. Selon Guillaume de Saint-Pair (Roman du Mont-Saint-Michel, XIIe s., vers 1133-1172), l’archange aurait lui-même dévoilé cette source à l’évêque Aubert, préoccupé par l’approvisionnement en eau du chapitre. Son eau était réputée guérir des fièvres : « bon nombre de malades qui en buvaient recouvraient la santé sans attendre » (vers 1171-1172). Elle fut couverte d’un petit bâtiment dans le contexte de la guerre de Cent Ans pour empêcher les Anglais de l’empoisonner.
Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
  • Autre (Xe siècle)

    L’église carolingienne qui se trouve sous la nef de l’église abbatiale, dite « Notre-Dame-sous-Terre », avait une fonction mal connue (peut-être l’ancienne église abbatiale). Il s’agit du plus ancien élément architectural du Mont-Saint-Michel, dont la datation exacte pose encore problème (on la date conventionnellement du Xe siècle). Ses fenêtres aujourd’hui bouchées montrent qu’à l’époque de sa construction, elle recevait le jour ; les constructions postérieures lui ont ensuite donné son caractère sous-terrain. En 1629, les Mauristes la consacrèrent à la Vierge. Dom Huynes mentionne la présence de reliques exposées sur les tribunes, dont celles de saint Aubert et saint Michel. Les pèlerins y seraient passés en nombre pour adorer ces reliques. Cette église fut abandonnée lors des travaux de 1780, puis redécouverte en 1907.

  • Crypte (XIe siècle)
    La crypte Saint-Martin supporte le bras sud du transept de l’église abbatiale. Elle servait de halte lors de nombreuses processions des moines et des pèlerins, notamment lors de l’ascension de ces derniers vers le sommet, vers « la demeure de l’archange ». Elle fut construite dans le deuxième tiers du XIe siècle, en même temps que l’église abbatiale.

HISTOIRE DU SANCTUAIRE

Origines :
Date de première mention : 708
Initiative de la fondation :
  • Evêque
Environnement institutionnel, politique et religieux :
Diffusé depuis l’Orient à partir du IVe siècle, le culte de l’archange Michel gagna l’Europe occidentale au Ve siècle, avec notamment les apparitions du Monte Gargano (Apulie) de 490 à 493 et la fondation de son sanctuaire sur une éminence rocheuse par Laurent, évêque de Sipponte. Il devint le plus grand sanctuaire d’Occident dédié à saint Michel. Le culte de saint Michel gagna la Gaule à partir du VIe siècle, et il est évident que l’évêque d’Avranches Aubert voulut, au début du VIIIe siècle, créer un sanctuaire fortement inspiré du Monte Gargano, à l’ouest de la Neustrie. C’est en tout cas ce qu’ont revendiqué les chanoines du milieu du IXe siècle qui ont commandité la rédaction de la Reuelatio. Outre les reliques rapportées du Monte Gargano au chapitre du Mont-Saint-Michel dès sa fondation en 709, les événements surnaturels narrés dans la Reuelatio sont similaires au récit de fondation du Monte Gargano : série de trois apparitions de l’archange, évêque d’abord incrédule, présence d’un taureau, construction circulaire semblable à une grotte.
Phases d'évolution :
Même si les origines du pèlerinage demeurent mal connues, nous savons que dès le IXe siècle, le Mont-Saint-Michel faisait déjà partie des plus grands sanctuaires de la chrétienté occidentale. Les grands travaux entrepris par l’abbé Robert de Torigni (1154-1186) et la construction du complexe de la Merveille (1204-1228) montrent le souci de s’adapter à un nombre grandissant de pèlerins. Le pèlerinage connut son apogée aux XIVe-XVe siècles, dans le contexte troublé du bas Moyen Âge (Peste Noire, guerre de Cent Ans, famines). Une enquête (sans doute partielle) fait état de presque dix-sept mille pèlerins pour l’année 1369. Vainqueur du dragon (Satan) dans l’Apocalypse et gardien du Paradis, l’archange Michel était un recours de choix pour les fidèles en quête de salut. Il fut retenu par Charlemagne comme protecteur de l’Empire en 813. À la suite de la guerre de Cent Ans, qui vit la résistance du Mont face aux Anglais, cette ferveur à saint Michel fut renouvelée au plus haut niveau : Michel devint le protecteur des rois de France et Louis XI créa l’Ordre de Saint-Michel en 1469. Après les ducs de Normandie aux XIe-XIIe siècles, les rois de France firent d’importantes donations au Mont (dont Philippe Auguste) et y vinrent régulièrement en pèlerinage, de saint Louis (1256) jusqu’à Charles IX (1561). Dom Huynes (1640, chap. 13) a dressé la liste complète des importants visiteurs du Mont (cf. « Bibliographie », lien internet). Dix indulgences furent accordées entre 1255 et 1459, dont deux plénières. Tout en restant actif, le pèlerinage au Mont amorça un relatif déclin au XVIe siècle. En témoigne la désertion du sanctuaire par les Bourbons. En 1638, le royaume de France fut placé sous la protection de la Vierge par Louis XIII au détriment de l’archange et de son principal sanctuaire français. Les dictionnaires modernes parlent d’un pèlerinage réservé aux jeunes « gueux » du royaume, tandis que les gens aisés se rendaient à Saint-Jacques-de-Compostelle. En 1604 et 1668, deux guides de pèlerinage furent édités, ce qui montre encore une importante fréquentation. Si aucune indulgence ne fut donnée directement au sanctuaire par la Papauté à l’époque moderne, certaines étaient encore délivrées par le biais des confréries. Celle des pèlerins du Mont-Saint-Michel de Rouen reçut une indulgence plénière dans les années 1650. De quatre-vingts à cent mille pèlerins mentionnés vers 1700, un voyageur anglais parle de huit à dix mille en 1775. La baisse du nombre d’habitants du village (deux cent cinquante au XVIIe siècle contre cent en 1764) et les tensions entre marchands dans les années 1760 sont d’autres témoins d’une baisse d’affluence. Le pèlerinage diminua fortement pendant les périodes révolutionnaires et carcérales (1790-1863). Il fut cependant relancé par les Bénédictins en 1867, en même temps que l’État commençait à restaurer le Mont pour en faire une merveille historique amputée de son caractère religieux. Après l’euphorie des années 1860-1870 (nouvelle indulgence, nouvelle statue couronnée, archiconfrérie, processions marines illuminées, digue-route aménagée), le pèlerinage fut ralenti par l’hostilité des autorités. L’abbatiale fut fermée au culte en 1884 et les religieux quittèrent le rocher en 1901. Le culte de l’archange fut alors transféré dans l’église paroissiale du village jusqu’en 1969, quand une nouvelle communauté bénédictine réinvestit l’abbaye en tant que locataire. Depuis 2002, les Bénédictins ont été remplacés par les Fraternités monastiques de Jérusalem. Le tourisme religieux reste très actif au Mont, mais dans une bien moindre mesure. Des offices sont célébrés quotidiennement dans l’église abbatiale.
Evénements marquants :
  • Installation des religieux (709)
    Selon la légende, l’évêque d’Avranches Aubert aurait vu l’archange Michel en songe dans la nuit du 16 octobre 708. Celui-ci lui aurait demandé de construire une église sur le Mont Tombe (ancien nom du Mont-Saint-Michel). Aubert installa alors un chapitre de douze chanoines sur le Mont en 709. À cette occasion, il fit transférer des reliques de saint Michel venues du Mont Gargan (Italie du sud) : un pan du manteau de l’archange et un morceau de marbre sur lequel celui-ci se serait tenu.
  • Ouvrage hagiographique (IXe siècle)
    La Reuelio ecclesiae sancti Michaelis archangeli in Monte Tumba (produite par un clerc anonyme) fut écrite au début du IXe siècle (P. Bouet). C’est dans ce récit que sont mentionnées pour la première fois l’histoire de l’évêque Aubert, ses visions de l’archange et la fondation du chapitre en 709.
  • Transfert (966)
    Sous le prétexte de « mollesse » et « laxisme » et dans le cadre de la rénovation de l’Église en Normandie, le duc de Normandie Richard Ier (943-996) ferma le chapitre et y installa une communauté de moines bénédictins venus de Saint-Wandrille (Seine-Maritime), abbaye relevée par le même duc.
  • Découverte (XIe siècle)
    Selon la légende, c’est au début du XIe siècle que les moines auraient retrouvé le crâne percé de saint Aubert. Celui-ci devint l’une des reliques les plus vénérées du Mont.
  • Transfert (1311)
    Lors de son passage au Mont, le roi de France Philippe le Bel (1285-1314) offrit au sanctuaire deux épines de la couronne du Christ conservée à la Sainte-Chapelle, ainsi qu’un fragment de la Vraie Croix. Il donna une importante somme d’argent qui servit à fabriquer la statue de l’archange vénérée par les fidèles dans l’église abbatiale.
  • Afflux de pèlerins (1333)
    Des centaines, voire milliers d’enfants et jeunes adolescents originaires de Normandie, de Bretagne et du Maine vinrent au Mont-Saint-Michel lors du pèlerinage dit « des Pastoureaux ». La spontanéité de ce mouvement demeure aujourd’hui énigmatique.
  • Guerres (1420-1442)
    Dans le contexte de la guerre de Cent Ans, le Mont-Saint-Michel fut assiégé par les Anglais. Plutôt que d’empêcher les pèlerins d’accéder au Mont, ils en tirèrent un certain avantage en les autorisant à passer contre une taxe. La garnison du Mont ne capitula jamais pendant plus de vingt ans de siège. Le prestige du sanctuaire de l’archange en sortit renforcé et confirma aux yeux de beaucoup la puissance de saint Michel en tant que chef des milices célestes et protecteur du royaume de France.
  • Pèlerinage (1442)
    Douze enfants de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) vinrent au Mont accompagnés de leur curé dans le but de demander la fin d’une épidémie.
  • Afflux de pèlerins (1457-1459)
    Des milliers, voire dizaines de milliers d’enfants vinrent au Mont-Saint-Michel lors de plusieurs « vagues » entre 1457 et 1459. Ce fut un pèlerinage au long cours, car la plupart venaient de l’espace germanique (Pays-Bas, Suisse, Alsace et surtout Allemagne du Sud-Ouest).
  • Pèlerinage (1602)
    Pour remercier de la victoire des Catholiques sur les Protestants à l’issue des Guerres de Religion, toutes les confréries de Vire (Calvados) vinrent en pèlerinage au Mont, ce qui représentait environ huit cents personnes, d’après Dominique Julia.
  • Réforme (1622)
    L’abbaye du Mont-Saint-Michel fut réformée par les moines de la congrégation bénédictine de Saint-Maur, créée en 1618, et dont la maison mère était à Saint-Germain-des-Prés.
  • Pèlerinage (1631)
    Tous les habitants de la rue Saint-Michel à Pontorson vinrent en pèlerinage au Mont, certainement dans le contexte de l’épidémie de peste qui frappa l’ensemble du royaume de France.
  • Pèlerinage (1634)
    Trois cents habitants de Lisieux vinrent au Mont-Saint-Michel, certainement dans le contexte de l’épidémie de peste qui frappa l’ensemble du royaume de France. À cette date, il semblerait que ce soit un pèlerinage d’action de grâce plus que de recours.
  • Fermeture (1790)
    À la Révolution, les moines quittèrent immédiatement l’abbaye. Celle-ci fut alors reconvertie en prison provisoire pour prêtres réfractaires (1790-1794), puis pour des prisonniers chouans (1794-1796).
  • Changement (1811)
    Après quinze ans de désaffectation, l’abbaye devint la maison centrale de détention du département de la Manche. Dès 1817, elle fut rétrogradée au statut de maison de force et de correction. La prison ferma en 1863.
  • Reprise du pèlerinage (1867)
    Dans le but de restaurer l’abbaye et relancer le pèlerinage, huit moines bénédictins de Saint-Edme-de-Pontigny furent installés dans l’abbaye. La caserne des Fanils devint un orphelinat accueillant vingt garçons.
  • Fabrication de l'objet de dévotion (1873)
    Une nouvelle statue en argent de saint Michel fut fabriquée par les ateliers Chertier et installée dans le chœur de l’église abbatiale, à l’instigation de Mgr Bravard, évêque de Coutances.
  • Ouverture d'un séminaire (1875)
    Une école accueillant trente séminaristes fut ouverte au Mont.
  • Couronnement de la statue (1877)
    Quatre ans après sa fabrication, la nouvelle statue en argent de l’archange Michel fut couronnée par l’archevêque de Rouen, en présence de vingt-cinq mille fidèles.
  • Fermeture (1884)
    L’église abbatiale fut fermée au culte catholique. Le culte de saint Michel fut alors transféré dans l’église paroissiale du village du Mont. Deux ans plus tard, le bail de location des religieux prit fin et ceux-ci durent quitter l’abbaye. L’orphelinat ferma cette même année (1886).
  • Inauguration (1897)
    Quatre ans après le début de la construction de la nouvelle tour de l’église abbatiale par Victor Petitgrand, sa flèche fut couronnée d’une statue dorée de l’archange terrassant le dragon. Cette statue fut restaurée en 1987.
  • Départ des religieux (1901)
    À la suite de la loi anti-congrégations, les moines durent quitter le Mont-Saint-Michel et fermer le séminaire.
  • Anniversaire du miracle (1908-1909)
    La période qui va du 29 septembre 1908 au 16 octobre 1909 fut l’occasion de festivités pour le douzième centenaire de la fondation du Mont par l’évêque Aubert. Le 13 mai 1909 fut inaugurée une statue de Jeanne d’Arc, en présence de quarante-deux mille fidèles.
  • Reprise du culte (1922)
    Après trente-huit ans de fermeture, le culte catholique fut réintroduit dans l’église abbatiale du Mont.
  • Installation des religieux (1969)
    Dans l’effervescence créée par les mille ans de l’implantation monastique sur le Mont, l’État autorisa l’installation d’une communauté de moines bénédictins en tant que locataires des lieux.
  • Transfert (2001)
    En crise de vocations, les Bénédictins du Mont furent remplacés par une communauté des Fraternités monastiques de Jérusalem (ordre mixte créé en 1974).
Rayonnement(s) :
  • International (IXe siècle -> 2018)
    Dès ses origines (en tout cas dès le IXe siècle), le Mont-Saint-Michel fut considéré comme l’un des principaux sanctuaires de l’Occident chrétien avec Rome, Saint-Jacques-de-Compostelle ou le Monte Gargano, son équivalent italien. La plupart des pèlerins étaient d’origine franque (puis française) ; mais le Mont attira de nombreux pèlerins étrangers, essentiellement originaires d’Europe du Nord. Le témoignage le plus spectaculaire est l’afflux de milliers d’enfants et adolescents venus de Germanie occidentale, de la Suisse et des Pays-Bas entre 1457 et 1459. Malgré la conservation de son caractère international, son affluence diminua avec l’époque moderne. Après la coupure révolutionnaire et carcérale (1790-1863), le pèlerinage fut relancé au milieu des années 1860 par les bénédictins réinstallés dans l’abbaye, sans toutefois égaler les chiffres de l’Ancien Régime. Le tourisme religieux reste très actif au Mont, mais dans une bien moindre mesure. Des offices sont célébrés quotidiennement dans l’église abbatiale. Aujourd’hui, les trois millions de visiteurs annuels sont attirés par le monument historique et son cadre naturel unique plus que par le culte de l’archange. Un tiers seulement des visiteurs se rendraient dans l’église abbatiale.

RÉFÉRENCES

Source(s) :
Bibliographie :
  • SAPIN, Ch., Les cryptes en France, Paris, Picard, 2014, p. 40, 214, 282.
  • MIGNON, O., Guide secret du Mont-Saint-Michel, Rennes, Ouest France, 2013.
  • BOUET, P., OTRANTO, G., VAUCHEZ, VINCENT, C. dir. , Rappresentazioni del Monte e dell'Arcangelo san Michele nella letteratura e nelle arti/Représentations du Mont et de l'archange saint Michel dans la littérature et les arts, Bari, EdiPuglia, 2011.
  • LEGROS, J.-L., Le Mont-Saint-Michel, Architecture et civilisation, Caen, CRDP Basse-Normandie, 2005.
  • PROVOST, G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
  • BAYLÉ, M. et alii, Le Mont Saint-Michel : histoire & imaginaire, Paris, Éditions du Patrimoine, 1998.
  • Millénaire monastique du Mont-Saint-Michel, 5 tomes, Paris, Lethielleux, 1966-1993.
  • DUPONT, É., Les Légendes du Mont Saint-Michel, Historiettes et anecdotes sur l'abbaye et les prisons, s.l., 1926.
  • FORGEAIS, A., Collection des plombs historiés retrouvés dans la Seine, 5 vol., Paris, 1863.
  • DESROCHES, J. J., Histoire du Mont-Saint-Michel et de l'ancien diocèse d'Avranches, des temps les plus reculés jusqu'à nos jours (2 vol.), Caen, Le Gost-Clérisse, 1838.
  • BOUET, P., OTRANTO, G., VAUCHEZ, A. dir., Culte et pèlerinages à saint Michel en Occident. Les trois monts dédiés à l'archange [Actes coll. 2000], 2003, École Française de Rome.
Etude(s) universitaire(s) :
  • BOLARD, M., Abbayes parallèles : les monastères français en anglais, entre héritage médiéval et réalité contemporaine, Mémoire de Master, ss. dir de G. BISCHOFF, Strasbourg, 2015, p. 2.

PHOTOGRAPHIES LIÉES

Objet de dévotion :
Edifice :
  • Mont-Saint-Michel vu depuis l'est - Patrice WAHLEN - 2012
  • Intérieur de l'église abbatiale - Maxime Bolard - 2015
  • Intérieur de l'église abbatiale - Maxime Bolard - 2015
  • Salle des chevaliers - Maxime Bolard - 2015
  • Salle des hôtes - Maxime Bolard - 2015
Autre :

À PROPOS DE L'ENQUÊTE

Enquêteur :
  • BOLARD Maxime
Rédacteur :
  • BOLARD Maxime
Date de l'enquête :
2013/2018
Date de rédaction de la fiche :
2018
Etat de l'enquête :
En cours
Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Mont-Saint-Michel », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/724/mont-saint-michel, version du 14/02/2018, consulté le 21/07/2018