INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Jean-du-Doigt

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Jean-du-Doigt
Période d'activité :
1656 - 2018
Commune :
Saint-Jean-du-Doigt
Département :
Finistère
Bourg de Saint-Jean et colline de Pen-ar-C\'hra

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Saint-Jean-du-Doigt
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Quimper-Léon (1791 - 2018)
Ancien: Tréguier (1656 - 1791)
Paroisse :
Actuelle: Saint-Yves-en-Pays-de-Morlaix (? - 2018)
Ancienne: Saint-Jean-du-Doigt (1790 - ?)
Compléments :
Appartenant d’abord au diocèse de Tréguier, Saint-Jean-du-Doigt fut intégré au diocèse de Quimper-Léon en 1791. Dépendant originellement de la paroisse de Plougasnou, Saint-Jean-du-Doigt ne devint une commune (et une paroisse) indépendante qu’en 1790. Le bourg fait aujourd’hui partie de la « paroisse Saint-Yves en Pays de Morlaix », qui regroupe vingt paroisses originellement indépendantes.

Site

Type de site :
Vallée
Altitude :
16 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Bourg
Type de proximités :
Compléments :
Saint-Jean-du-Doigt est un bourg littoral du Trégor occidental, qui se trouve en aval de la vallée du Donan. Ce petit fleuve côtier se jette dans la Manche à un kilomètre au nord du bourg, sur la plage dite de Plougasnou-Saint-Jean-du-Doigt.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Jean-du-Doigt (1656 - 2018)
Compléments :
L’appellation « Saint-Jean-du-Doigt » est mentionnée pour la première fois en 1656, mais elle est peut-être antérieure, étant donné que la relique est déjà citée en 1429.
Type de lieu de culte :
Chapelle
Nom du lieu de culte :
Saint-Jean-Baptiste
Saints patrons :
  • Jean-Baptiste (XVe siècle - 2018)
Compléments :
Malgré sa dédicace à saint Jean-Baptiste, le lieu porte des traces du culte de saint Mériadec, missionnaire du VIIe siècle qui serait devenu le quatorzième évêque de Vannes. Avant de prendre le nom de saint Jean, le bourg s’appelait « Traoun Mériadec ». Selon la tradition orale, Mériadec descendrait du légendaire Conan Mériadec, qui aurait été roi de Bretagne et partisan de l’usurpateur Maxime (383-388). La chapelle était desservie par un curé de la paroisse-mère de Plougasnou. La renommée du pèlerinage de Saint-Jean-Baptiste, dont la première mention date de 1429, donna au lieu un statut incertain, bien plus important que celui d’une frairie/chapelle. En 1636, Albert le Grand notait déjà « son curé et ses prestres à part ». Il fut géré par une « communauté » de prêtres, au nombre de douze en 1571 et de quatre en 1712. Sa riche fabrique faisait l’objet de convoitises de la part de nombreux acteurs locaux en rapport plus ou moins direct avec le sanctuaire : le recteur et le trésorier de Plougasnou ou même les prêtres gérant le sanctuaire. Depuis le XVIe siècle au minimum, ce sanctuaire abrite un trésor. Il est aujourd’hui composé de dix-sept pièces, dont le calice en argent et la patène du XVIe siècle, le bras-reliquaire de saint Maudez, le buste-reliquaire de saint Mériadec et, bien sûr, le reliquaire-pendentif abritant le doigt présumé de saint Jean-Baptiste. Le sanctuaire consiste en un enclos ecclésial d’environ trente ares ouvert au sud par un portail gothique à double-entrée. L’enclos abrite la chapelle Saint-Jean, un oratoire, la fontaine, ainsi que le cimetière du bourg. Vers 1870, le révérend Winter nota que la base de la tour de l’église fut utilisée comme prison municipale. La chapelle devint église paroissiale en 1790, en même temps que Saint-Jean-du-Doigt devenait une commune indépendante de Plougasnou. Cette paroisse a été récemment intégrée à la paroisse « Saint-Yves en pays de Morlaix ».

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Doigt de saint Jean-Baptiste
Nature de l'objet :
Relique (= fragment)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Église Saint-Jean-Baptiste
Datation de l'objet :
?
Compléments :
Selon la légende, le doigt de saint Jean-Baptiste aurait été rapporté de Terre Sainte en Normandie par une jeune vierge nommée Tècle. Selon Albert Le Grand, un jeune homme l’aurait ramené de Normandie à Plougasnou vers 1437. Cependant, il est déjà attesté à cet endroit en 1429, lorsque la famille Marc’hec fit don de deux marcs d’argent pour couvrir le « doy de saint Jehan qui est à Mériadec ». Selon Miorcec de Kerdanet, la relique consiste en une unique phalange pourvue d’un ongle. Elle est actuellement conservée dans un petit reliquaire d’argent cylindrique prolongé par une chaîne, datant du XVIIe siècle. En 1648, il est mentionné qu’une petite châsse de cristaux fut créée pour protéger le doigt, tout en le maintenant visible. Au moment des pardons, les fidèles qui le désiraient passaient tour à tour devant un prêtre qui touchait leur œil ou leur membre infirme avec le reliquaire. Depuis le début des années 2000, c’est désormais sur le front que le prêtre appose le reliquaire. Ce reliquaire a été classé Monument Historique en 1898, en même temps que le bras de saint Maudez et le buste de saint Mériadec. Les quatorze autres pièces du trésor furent toutes classées entre 1893 à 1963. À partir de 1926, le trésor est exposé dans un coffre posé sur un enfeu aménagé dans le mur nord de la chapelle. L’ensemble du trésor a été restauré entre 2013 et 2015.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Selon Albert Le Grand (1636), le doigt de saint Jean-Baptiste aurait été ramené de Terre Sainte en Normandie par une jeune vierge nommée Tècle. La relique aurait été placée dans une église consacrée au Baptiste. Aux environs de 1437 (toujours selon Albert Le Grand), un jeune homme originaire de Plougasnou au service d’un « grand seigneur » normand en aurait ramené une phalange chez lui. Sur son passage, les cloches auraient sonné d’elles-mêmes, et les arbres se seraient inclinés devant lui. Les gens le prenant pour un sorcier, il fut enfermé et se mit à prier saint Jean Baptiste, puis il s’endormit. Il se serait miraculeusement réveillé indemne au pays de Plougasnou, devant la fontaine du Doigt. L’événement aurait rassemblé le duc de Bretagne Jean V (1399-1442) et de nombreux nobles à Traoun Meriadec. Le duc aurait alors donné personnellement au jeune homme un reliquaire d’or qu’il portait autour du cou, et aurait fait poser la première pierre de la chapelle Saint-Jean en 1440. Cependant, la présence de la relique dans le sanctuaire était déjà attestée en 1429 par les dons de la famille Marc’hec. De plus, Christian Millet a démontré que la première phase de construction de l’église se situe autour de 1400. Albert Le Grand mentionne un fait de guerre qu’il situe en 1489. Des soldats anglais auraient pillé la côte trégoroise et ramené la relique chez eux pour l’offrir à leur roi. Ouvrant leur coffre, ils virent que la relique avait disparu et devinrent soudainement tous aveugles. Afin de se racheter, les soldats revinrent en pèlerinage à Saint-Jean. Demandant pardon devant la relique, ils recouvrèrent la vue. Enfin, Albert Le Grand termine sa notice par un dernier miracle dont bénéficia Anne de Bretagne. Celle-ci aurait été guérie d’une « défluxion » au-dessus de l’œil gauche lors d’un pèlerinage, en 1506. Ayant fait venir le reliquaire jusqu’à elle, celui-ci serait revenu de lui-même dans l’église. La reine aurait alors terminé son périple à pied jusqu’au sanctuaire pour se faire guérir. Il est difficile de démêler le vrai du faux dans le récit d’Albert Le Grand, mais il constitue la principale source du légendaire qui entoure le sanctuaire de Saint-Jean-du-Doigt.
Miracles :
Le sanctuaire n’ayant pas bénéficié de toutes les innovations de la réforme tridentine, dont l’une est le procès-verbal de miracle, seuls deux miracles furent consignés par écrit, en juin et août 1640. Ces deux cas isolés furent certainement écrits à la demande des miraculés eux-mêmes, tous deux issus de la bourgeoisie et de la noblesse. Ces deux miracles concernèrent le motif de recours habituel du sanctuaire : la vue.
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
Compléments :
Au Moyen Âge, l’épilepsie constituait le motif de recours au Baptiste le plus courant. Il fut d’ailleurs nommé « mal de saint Jean ». Cependant, dans le nord de la Basse-Bretagne, le Précurseur était invoqué essentiellement pour les problèmes liés à la vue. Ce fut le cas pour Saint-Jean-du-Doigt. Lors des pardons, les malades souhaitant la guérison passaient un à un devant un prêtre qui leur apposait le reliquaire sur la partie à guérir. Ce rite se pratique encore de nos jours, mais systématiquement sur le front. Lors de ce même pardon, le recteur trempait le reliquaire dans la fontaine du Doigt pour lui conférer ses vertus (cet usage était encore attesté vers 1870). Lors de son voyage en Bretagne vers 1870, le révérend Philip Winter nota que l’on apposait également le buste de saint Mériadec après la procession du pardon. De confession anglicane, le Gallois écrivit sarcastiquement que cet usage risquait surtout de propager les maladies entre les fidèles plutôt que de les guérir.
Jour(s) de fête :
  • Jean-Baptiste
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
Outre le grand pardon, qui avait lieu lors de la Saint-Jean (23-24 juin), une fête plus modeste était célébrée pour la « Saint-Jean d’août », ou Décollation. Pour les époques médiévale et moderne, les fréquentations individuelles sont difficiles à quantifier. Le révérend Winter note que, vers 1870, le pèlerinage attirait douze à quinze mille pèlerins. Nous n’avons pu trouver de données chiffrées pour l’époque actuelle.
Pratiques individuelles :
  • Circumambulation
  • Prières
  • Boire
  • Actions de grâce
  • Voeux
Pratiques en présence du clergé :
  • Prières
  • Processions
  • Messe
  • Chants
Ex voto :
  • Vêtement (XVIe siècle)
    Lors des pardons, de nombreux vêtements étaient offerts en ex-voto. En prévision, des clous étaient plantés dans de grandes tables pour pouvoir y accrocher les vêtements facilement.
  • Tableau (1724)
    Un tableau ex-voto datant de 1724 était mentionné par Louis Le Guennec en 1928. Il a aujourd’hui disparu.
  • Autre (XIXe siècle)
    Un inventaire daté du 6 Frimaire an IX (27 novembre 1800) mentionne quatre œufs d’autruche. Il s’agit d’un type d’ex-voto laissé par des marins, pour des raisons qui nous échappent encore. À partir du pardon de 1811, des maquettes de bateaux sont parfois portées lors des processions, en même temps que la relique de saint Jean-Baptiste.
Confrérie(s) :
  • Confrérie du Saint-Sacrement (?)
    La confrérie du Saint-Sacrement est déjà mentionnée à la fin du XVIe siècle. Selon Georges Provost (Cassard dir. 2001, p. 289), ce type de confrérie était rarissime en milieu rural à cette époque.
Indulgence(s) :
  • Partielle (1672)
    La seule indulgence connue pour le Moyen Âge et l’époque moderne date de 1672 (mentionnée dans les comptes de la fabrique en 1673). La réforme tridentine ayant eu une influence limitée sur le sanctuaire de Saint-Jean-du-Doigt, certaines pratiques comme la consignation des miracles ou la remise d’indulgences furent peu appliquées.
  • Partielle 100 j. (1877)
    Le socle de la croix de mission de 1877 comporte l’inscription en breton : « Ô Jésus miséricordieux, cent jours d’indulgence ». Les conditions d’obtention de celle-ci ne sont cependant pas précisées.
Compléments sur le culte :
Un usage pèlerin typiquement bas-breton consistait à saluer le clocher de la destination finale depuis le lieu où il apparaissait pour la première fois. Le rituel était répété au retour. Ce fut le cas pour le sanctuaire de Saint-Jean-du-Doigt, qui était « cerné » de croix du salut sur les routes qui menaient vers lui. De plus, ces routes étaient pavées, ce qui était un confort rare pour le pèlerin de l’époque. Selon Bernard Tanguy, la « tombe de la fileuse » de Guimaëc était une étape du pèlerinage vers Saint-Jean-du-Doigt. Elle était censée guérir des rhumatismes. La principale manifestation du culte de Jean-Baptiste à Saint-Jean-du-Doigt est le pardon du 24 juin (aujourd’hui dernier dimanche de juin). On ne sait exactement combien de fidèles s’y rendaient à l’époque moderne, mais dès la fin du XVIe siècle, il donnait lieu à de grands préparatifs. Les routes étaient nettoyées, le tuyau de la fontaine remis en état et sa pompe était curée. Des marchands venaient installer leurs boutiques dans le cimetière. En 1657, les portes de l’église furent brisées par l’afflux des pèlerins. Le pardon commençait le 23 juin au soir, où après une messe pénitentielle, les pèlerins se recueillaient dans l’église toute la nuit (dehors à partir de 1658). Le révérend Winter mentionna, vers 1870, un groupe sculpté de Jean baptisant Jésus. Certains pèlerins, en entrant dans l’église, faisait trois fois le tour de ce groupe (parfois à genoux), puis y déposaient un cierge ardent. La procession transportant les reliquaires de saint Jean et saint Mériadec partait le 24. À  partir de 1755, un cortège d’enfants défilait habillés en anges, mais également en saints (évêques, abbés, moines, etc.). C’est encore le cas vers 1870, avec un petit enfant qui porte un agneau. On vit également de nombreux hommes laïcs habillés en clerc ; cet usage était fréquent jusqu’au XIXe siècle. Porter la bannière du cortège était considéré comme un privilège, et cela provoquait de nombreuses tensions parmi les hommes qui se relayaient pour la porter. La présence d’un gendarme mandé pour surveiller l’avant de la procession est mentionnée vers 1870. À partir de 1811, des ex-voto faits de maquettes de navires suivirent également les reliques dans le cortège. Le révérend Winter mentionne une réplique de la Cordelière, vaisseau militaire de l’époque d’Anne de Bretagne. Une procession des miracles fut attestée tardivement par le même pasteur. Il s’agissait d’une procession regroupant tous les miraculés de l’année : ceux-ci marchaient groupés, pieds-nus et tenaient un cierge ardent. Les pèlerins désirant une guérison pouvaient passer tout à tour devant un prêtre qui leur appliquait le reliquaire sur l’œil ou le membre malade. Au XVIIIe siècle, le pardon prit une tournure spectaculaire, avec l’apparition du feu de la Saint-Jean (le 23 juin au soir), mentionné pour la première fois en 1707. Celui-ci avait – et a toujours – lieu au hameau de Pen-ar-C’hra, à la croix dite du Tantad (le feu de joie). Ce dernier terme désigne le grand monticule de paille que l’on enflamme. Les innovations continuèrent avec l’allumage du feu depuis la flèche de la chapelle, au moyen d’une tyrolienne. La fusée avait la forme d’un reptile (serpent ou dragon), puis d’un ange. Cet usage causa la mort d’un jeune participant au début des années 1850 et fut abandonné dans les années 1920. Au même moment, le recteur trempait le reliquaire dans l’eau de la fontaine du Doigt pour lui conférer ses vertus. À partir de 1765, un homme fut missionné pour accrocher un drapeau en haut de la flèche. Peu avant 1870, le révérend Winter nota que de nombreuses femmes encombraient l’accès des fontaines du cimetière et du Doigt pour proposer aux fidèles des bolées contenant de leur eau contre de l’argent. Il nota également la présence de nombreux pauvres, mendiants et estropiés dans le cimetière. Enfin, le lendemain (jour de la Saint-Jean), les habitants du village retournaient au cimetière prier les défunts de leur famille.

L'ÉDIFICE

Description :
L’église actuelle fut construite entre le début du XVe siècle et 1513 au cours de cinq principales campagnes et fut consacrée par l’évêque de Tréguier le 18 novembre 1513. L’édifice présente un plan à trois vaisseaux sans transept, terminé par un chevet plat, long de huit travées au total. L’église mesure au total quarante mètres de long et vingt-quatre mètres de large. L’intérieur de la nef est large de quatorze mètres. Le massif occidental de l’édifice supporte une tour, au sud. La flèche gothique entourée de quatre clochetons fut achevée dans les années 1560. Elle fut autrefois semblable à celles du Folgoët, de Notre-Dame-du-Mur de Morlaix et de la cathédrale de Quimper. Elle fut détruite par un incendie en 1925. Seul le clocheton sud-ouest subsiste aujourd’hui au-dessus du beffroi. La nef est longue de cinq travées et est ouverte sur le cimetière par le porche sud. Le chœur liturgique est constitué des deux dernières travées. Une petite chapelle a été rajoutée au nord au XVIIe siècle. Un orgue est déjà mentionné en 1562. Il fut remplacé en 1585, puis 1653. Dans le contexte de la réforme tridentine, l’aménagement intérieur de l’église subit de nombreuses transformations : ajout des autels de saint Sébastien et sainte Anne (années 1620-1630), remplacement du maître-autel (1648 et 1674), puis ajouts des retables de saint Mériadec (1727) et sainte Elisabeth. Un tronc géant, dit le « Kef Sant Yann » se trouvait dans l’église jusqu’en 1955, mais il ne semble pas antérieur au XIXe siècle. En 1955, l’intérieur de l’édifice subit à son tour un incendie. La chapelle fut classée Monument Historique en 1862. Les différents éléments de l’enclos (oratoire, fontaine, porche, mur d’enceinte) furent classés entre 1886 et 1933.
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
  • Fontaines (XVIe siècle)
    Au hameau de Pen-ar-C’hra (à quatre cents mètres du sanctuaire) se trouve le calvaire du Tantad, où les feux de la Saint-Jean sont allumés depuis le début du XVIIIe siècle. La croix du calvaire fut refaite en 1757. Ce calvaire abrite la fontaine dite « du Doigt ». Lors des pardons, le recteur y trempait le reliquaire de Jean-Baptiste pour lui conférer ses vertus miraculeuses.
  • Oratoire (1576-1578)
    Situé au sud de l’église, l’oratoire du cimetière fut construit à la volonté des habitants de Saint-Jean entre 1576 et 1578. Il se compose d’une travée unique de 4,60 m de côté ouverte sur l’extérieur par cinq piliers, et fermée à l’est par une abside semi-circulaire.
  • Autel en plein air (1584-1585)
    La porterie gothique du cimetière se trouve à quarante mètres au sud de l’église. Elle est constituée d’une porte cochère et d’une porte piétonne. Jusqu’en 1821, ce porche était surmonté d’une plate-forme qui, selon Georges Provost, aurait pu servir à célébrer des messes en plein-air. Elle fut classée Monument Historique en 1914.
  • Fontaines (1688-1690)
    Déjà mentionnée en 1520, la fontaine se situe environ trente mètres au sud-ouest de l’église. Elle fut refaite en 1556, puis entre 1688 et 1690 (son état actuel). Les pèlerins venaient boire de son eau. Lors du pardon de 1575, un homme fut payé pour garder la pompe de la fontaine ; celle-ci devait donc être très utilisée à cette occasion. Elle fut classée Monument Historique en 1886.
Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

    HISTOIRE DU SANCTUAIRE

    Origines :
    Date de première mention : 1429
    Initiative de la fondation :
    • Seigneur laïc
    Environnement institutionnel, politique et religieux :
    Le développement du pèlerinage de Saint-Jean-du-Doigt survint pendant la période que Georges Provost nomme l’« efflorescence bas-médiévale » (XIVe-XVIe s.), caractérisée par l’apparition de nouveaux pèlerinages attractifs favorisés par la Papauté et les ducs, tels que Saint-Yves de Tréguier, Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes ou Notre-Dame du Folgoët. Cependant, aucune indulgence n’est attestée pour le pèlerinage de Saint-Jean-du-Doigt avant le XVIIe siècle.
    Phases d'évolution :
    Nous avons peu de données historiques sur le pèlerinage de Saint-Jean-du-Doigt avant la seconde moitié du XVIe siècle. Jean Tanguy (Cassard dir., 2001) a dépouillé les comptes de la fabrique de la chapelle Saint-Jean et mis en évidence que l’apogée des dons faits au sanctuaire se situe dans la seconde moitié du XVIe siècle. Ces dons diminuèrent de moitié au XVIIe siècle, puis suivirent la même tendance au XVIIIe, avec toutefois un petit pic dans les années 1750. Selon son analyse, cette baisse des dons est plus représentative de l’évolution de l’économie en Trégor que de la générosité des fidèles. Un « trou » est toutefois visible dans les comptes pour la décennie 1590-1600, qui correspond aux guerres de la Ligue. En 1591, la fabrique mit les papiers et les objets du sanctuaire les plus précieux à l’abri et paya même un guetteur pour prévenir de l’arrivée d’éventuelles troupes huguenotes. Au XVIIe siècle, le sanctuaire bénéficia de façon inégale de la réforme tridentine. Ce que Georges Provost appelle l’« appareil liturgico-festif » fut renouvelé : nouveaux retables, orgues, autels et chapelle dans l’église, nouveau reliquaire pour le doigt, reconstruction de la fontaine. Cependant, on trouve peu de changements dans les pratiques individuelles. Une seule indulgence nous est connue, pour l’année 1672. Elle ne fut jamais renouvelée. De plus, à part deux exceptions en 1640, il ne fut jamais tenu de livre des miracles comme dans des sanctuaires porteurs de la réforme (Sainte-Anne-d’Auray et Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes). On ne recensa pas non plus de procession des miracles pour cette époque. Si le sanctuaire de Saint-Jean-du-Doigt ne fut pas réformé de la façon la plus assidue, il ne tomba pas non plus en décadence comme celui du Folgoët. Le culte de saint Jean-Baptiste prit une nouvelle dimension à partir du XVIIIe siècle, grâce à une innovation de son pardon : le feu de la Saint-Jean. Mentionné pour la première fois en 1707 à Saint-Jean-du-Doigt, celui-ci était allumé au calvaire du Tantad sur la colline de Pen-ar-C’hra, à quatre cents mètres à l’est de l’enclos. Il fut enrichi dans les années 1750-1760 par des nouveautés cérémonielles et pyrotechniques : lancement d’une fusée depuis la flèche de l’église pour allumer le tantad (motte de paille à brûler), cortège d’enfants habillés en anges et en saints durant la procession, accrochage d’un drapeau sur la flèche de l’église (exercice dangereux). Après la Révolution, l’affluence du pèlerinage diminua, pour ne plus attirer que les fidèles des paroisses environnantes. Le révérend Winter nota que, vers 1870, le pardon attirait douze à quinze mille fidèles. Nous n’avons pu trouver de données chiffrées pour l’époque actuelle mais le rayonnement du pardon demeure surtout local.
    Evénements marquants :
    • Don (1429)
      La famille Marc’hec, seigneurs de Kernoaziou, fit don de deux marcs d’argent pour couvrir le « doy de saint Jan qui est à Mériadec ». Il s’agit de la plus ancienne mention de la présence de la relique de Jean le Baptiste à Saint-Jean-du-Doigt.
    • Visite exceptionnelle (1506)
      Lors d’un voyage, la duchesse Anne de Bretagne se rendit au sanctuaire de Saint-Jean-du-Doigt pour y soigner une « défluxion » de l’œil. Ayant fait venir le reliquaire jusqu’à elle, celui-ci serait retourné de lui-même dans l’église. La reine se serait alors résignée à effectuer la fin du périple à pied pour se faire guérir. Il reste cependant difficile de discerner le vrai de la légende dans ce rapport tardif des faits donné par Albert Le Grand (1636).
    • Consécration (1513)
      Après les cinq campagnes de construction qui se sont succédé depuis le début du XVe siècle, l’église de Saint-Jean-du-Doigt fut consacrée par l’évêque de Tréguier le 18 novembre 1513.
    • Création d'une légende (1636)
      En 1636, Albert Le Grand fit publier la Vie des saincts de la Bretagne Armorique. Cet ouvrage contient entre autres la légende du jeune homme qui ramena le doigt de saint Jean-Baptiste de Normandie à Saint-Jean-du-Doigt. Il situe cet épisode aux environs de 1437, alors que la présence du doigt y était déjà attestée en 1429.
    • Nouvelle pratique (1707)
      Le feu de la Saint-Jean à Saint-Jean-du-Doigt est mentionné pour la première fois en 1707 dans les comptes de la fabrique.
    • Incendie (1925)
      Un incendie dû à la foudre détruisit la flèche de la chapelle en 1925. De cette flèche, il ne reste désormais que le clocheton sud-ouest.
    • Incendie (1955)
      Trente ans après la flèche, un second incendie ravagea l’intérieur de l’église, détruisant l’essentiel des boiseries et du mobilier.
    Rayonnement(s) :
    • Régional (XVe siècle -> XVIIIe siècle)
      Durant la fin du Moyen Âge et toute l’époque moderne, le pèlerinage attira essentiellement des pèlerins bas-breton. Dans les testaments des XVIIe-XVIIIe siècles, Georges Minois a recensé surtout des donateurs originaires du petit Trégor, mais aussi des diocèses de Tréguier, de Cornouaille et Léon. Le Vannetais n’ayant été dépouillé, la donnée est manquante.
    • Local (XIXe siècle -> 2018)
      Depuis la Révolution, l’aire d’audience du pèlerinage de Saint-Jean-du-Doigt s’est rétractée en ce que Georges Provost appelle un « pèlerinage de pays », c’est-à-dire un pèlerinage attirant essentiellement les fidèles de la paroisse concernée, et peut-être quelques paroisses limitrophes. Vers 1870, le révérend Winter estimait que douze à quinze mille pèlerins participaient chaque année au grand pardon. Nous n’avons pu trouver de données chiffrées pour l’époque actuelle.

    RÉFÉRENCES

    Source(s) :
    Bibliographie :
    • DE KERGRIST, F., LE BRAZ, A., L'église de Saint-Jean-du-Doigt, Trémen, Quincy-sous-Sénart, 2001.
    • CASSARD, J.-C. (dir.), Saint-Jean-du-Doigt, des origines à Tanguy Prigent [Actes coll. 23-25 septembre 1999], Brest, CRBC, 2001.
    • MILLET, C., «La construction de l'oratoire de Saint-Jean-du-Doigt », in Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 129, 2000, p. 133-152.
    • PROVOST, G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
    • HAMARD, A., «Le pardon de Saint-Jean-du-Doigt vu par un pasteur anglais vers 1870 », in Les Cahiers de l'Iroise, 1960, p. 193-198.
    Etude(s) universitaire(s) :
    • PROVOST, G., Le pèlerinage en Bretagne aux XVIIe-XVIIIe siècles, Thèse de doctorat, ss. dir de J. QUENIART, Rennes II, 1995.

    PHOTOGRAPHIES LIÉES

    Objet de dévotion :
    Edifice :
    Autre :
    • Bourg de Saint-Jean et colline de Pen-ar-C'hra - Maxime Bolard - 2017
    • Localisation de Saint-Jean-du-Doigt dans la topographie ecclésiastique bretonne - Maxime Bolard - 2017

    À PROPOS DE L'ENQUÊTE

    Enquêteur :
    • BOLARD / PROVOST Maxime / Georges
    Rédacteur :
    • BOLARD Maxime
    Date de l'enquête :
    1995/2017
    Date de rédaction de la fiche :
    2017
    Etat de l'enquête :
    En cours
    Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Saint-Jean-du-Doigt », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
    url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/719/saint-jean-du-doigt, version du 20/12/2017, consulté le 18/01/2018