INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Notre-Dame-des-Miracles-et-Vertus-de-Rennes

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Notre-Dame-des-Miracles-et-Vertus-de-Rennes
Période d'activité :
XIVe siècle - 2017
Commune :
Rennes
Département :
Ille et Vilaine
Portail de l\'église Notre-Dame des Vertus

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Rennes
Hameau/Lieu-dit :
Basilique Saint-Sauveur
Diocèse :
Actuel: Rennes-Dol-Saint-Malo (1791 - 2017)
Ancien: Rennes (XIVe siècle - 1791)
Paroisse :
Actuelle: Paroisse Cathédrale de Rennes (2002 - 2017)
Ancienne: Toussaint (XIVe siècle - 1667)
Compléments :
L’administration révolutionnaire bouleversa la topographie des diocèses bretons. Ainsi, la Bretagne passa de neuf à cinq diocèses, correspondant aux limites des départements de 1790. Le diocèse de Rennes absorba celui de Dol et une grande partie de celui de Saint-Malo. Ce nouveau diocèse, dit de « Rennes-Dol-Saint-Malo », correspond au territoire du Département d’Ille-et-Vilaine. Cela changea peu de choses pour les Rennais, qui conservèrent leur cathédrale. La paroisse Saint-Sauveur de Rennes s’émancipa de celle de Toussaint (tout au sud de la vieille ville) en 1667. C’est en partie en raison de la volonté d’affirmation de la paroisse Saint-Sauveur (à laquelle le sanctuaire a appartenu entre le 7 octobre 1667 et le 15 janvier 1939) que le culte de Notre-Dame des Miracles, attesté depuis le XIVe siècle, prit de l’importance à cette époque. L’église perdit son statut paroissial en 1939 lorsqu’elle fut rattachée à la nouvelle paroisse de la cathédrale Saint-Pierre. Depuis cette date, elle se définit comme un sanctuaire, sous la responsabilité d’un recteur.

Site

Type de site :
Plaine
Altitude :
40 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Abbaye
Axe de circulation
Carrefour
Cathédrale
Cours d'eau
Prieuré
Remparts
Compléments :
L’église Saint-Sauveur se situe dans le centre historique de Rennes, à l’intérieur des remparts. La date de fondation et l’emplacement précis de la cité gauloise de Rennes sont incertains. Son ancien nom, Condate, signifie « confluence », car la ville se trouve à l’endroit où l’Ille se jette dans la Vilaine. Après la conquête de César, la ville devint capitale de la province romaine des Rédones. Marche de l’Empire de Charlemagne, intégrée à la Bretagne au IXe siècle, Rennes prend peu à peu de l’importance dans le duché, sans en devenir la capitale (située à Nantes) avant le XVIe siècle. À la suite du rattachement au domaine royal français en 1532, le Parlement de Bretagne fut installé à Rennes. En 1790, Rennes devint chef-lieu du Département d’Ille-et-Vilaine, puis de la Région Bretagne à partir de 1956.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Notre-Dame-des-Miracles-et-Vertus-de-Rennes (XIVe siècle - 2017)
Compléments :
La dévotion à la Vierge dans l’église Saint-Sauveur est mentionnée pour la première fois en 1388, mais celle-ci serait à l’origine d’un miracle dans la première moitié des années 1340 (non mentionné avant le XVIe siècle toutefois). Si le nom officiel de cette Vierge est « Notre-Dame des Miracles et Vertus », il est aujourd’hui souvent raccourci en « Notre-Dame des Miracles ».
Type de lieu de culte :
Eglise paroissiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Sauveur
Saints patrons :
  • Jésus Christ (XIIe siècle - 2017)
Compléments :
L’église Saint-Sauveur de Rennes est mentionnée à partir du XIIe siècle. Jusqu’en 1667, celle-ci dépendait de la paroisse de Toussaint, dont l’église se trouvait à l’extrémité sud de la ville. Elle fut entièrement reconstruite dans le style baroque entre 1703 et 1764. Pendant la période révolutionnaire, l’église tint lieu de siège à l’évêque constitutionnel Le Coz (1791-1793), la reconstruction de la cathédrale Saint-Pierre étant alors inachevée. Elle fut ensuite reconvertie en temple de la Raison (1793-1794), puis de l’Être Suprême (1794-1795). L’évêque constitutionnel, Mgr Le Coz (1791-1801) l’occupa à nouveau en mars 1795. Malgré la réouverture officielle de l’église au culte catholique (1805), la statue de la Vierge ne fut restaurée qu’en 1876. Le culte à Notre-Dame des Miracles prenant de l’importance à cette époque, l’église reçut le titre de basilique mineure en 1916. À partir de 1939, l’église fut rattachée à la paroisse de la cathédrale Saint-Pierre, ne gardant que son titre de basilique de dévotion lié au culte de Notre-Dame des Miracles et Vertus.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Notre-Dame des Miracles et Vertus
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Bois
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Chapelle Notre-Dame des Miracles
Datation de l'objet :
1876
Compléments :
On ne sait pas exactement de quand date l’ancienne Vierge. Selon Georges Fautrel (1658), cette Vierge tenant l’Enfant Jésus sur ses genoux était de « moyenne grandeur », faite de bois par endroit « enrichi de dorures ». Elle échappa à l’incendie de 1720 et fut placée dans l’église du couvent des Augustins (1720-1731) le temps de la reconstruction de l’église Saint-Sauveur. Elle disparut entre 1793 et 1795, quand l’église Saint-Sauveur fut affectée au culte révolutionnaire. Il ne faut pas confondre cette statue, aujourd’hui perdue, avec une autre Vierge à l’Enfant en bois du XVe siècle que détient également l’église Saint-Sauveur. Cette dernière statue avait été achetée en 1879 par le curé de Saint-Sauveur, qui lui trouvait une ressemblance avec l’ancienne statue. La statue actuelle de Notre-Dame des Miracles et Vertus fut sculptée par Goupil en 1876 et peinte par Jobbé-Duval. Il s’agit d’une Vierge à l’Enfant, comme la précédente. Marie est assise et porte l’Enfant Jésus sur ses genoux. Ce dernier tient un livre ouvert sur lequel est écrit un extrait du Magnificat : « Fecit mihi magna qui potens est, et sanctum nomen ejus » (« Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi des merveilles, saint est son nom »). Sur le socle de la statue se trouve gravé le texte suivant : « Cinq jours d’indulgence pour toutes les fois qu’on prie devant cet autel ». La Vierge et l’Enfant Jésus furent couronnés en 1908, en même temps que l’autre principale Vierge de Rennes, Notre-Dame de Bonne-Nouvelle (cf. les fiches « Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes »).

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Dans le contexte de la Guerre de Cent Ans et de la Guerre de succession de Bretagne (1341-1364), la ville de Rennes fut assiégée par les Anglais. Pour entrer dans la ville, ceux-ci creusèrent une galerie débouchant dans l’église Saint-Sauveur. Les cloches de l’église se seraient alors mises à sonner d’elles-mêmes, et deux cierges entourant la statue de la Vierge se seraient allumés spontanément. Au moment où l’on s’approcha d’elle, la statue de la Vierge aurait mû son bras pour montrer l’endroit où débouchait la galerie. Alertés, les soldats rennais se rendirent alors en masse dans l’église et purent vaincre les assaillants facilement. Cependant, il n’est pas question de miracle dans les sources avant 1532. Dans sa Chronique rimée de Bertrand du Guesclin (1380), Cuvelier parle de bassins de cuivre remplis d’eau et de perles de plomb disposés dans toute la ville et destinés à trembler à l’endroit où les Anglais déboucheraient. Ce n’est qu’en 1532, dans ses Grandes chroniques de Bretaigne, que le pseudo Alain Bouchart parle des cloches et des cierges s’allumant spontanément. Dans ses Vie des saincts de la Bretagne armorique (1636), Albert le Grand ne parle pas de ces deux phénomènes, mais ajoute le mouvement du doigt de la Vierge. Enfin, le jésuite Georges Fautrel, dans son Histoire de Notre-Dame des Miracles honorée à Rennes en l’église de Saint-Sauveur (1658), réunit à la fois les cloches, les cierges et le mouvement du doigt de la statue dans le même récit. C’est cette version définitive qui s’imposa progressivement dans le demi-siècle suivant, malgré quelques détracteurs. Dom Lobineau (1707) réfutait le geste du doigt, le qualifiant de « fable ». La date du "miracle" elle-même est mal connue, les différents auteurs proposant les années 1342 (Bouchart) ou 1345 (Fautrel). La tradition contemporaine (abbé Raison, 1934) a établi la date du 8 février 1357.
Miracles :
Hormis l’intervention miraculeuse de la Vierge lors de l’épisode guerrier (que l’on ne peut prouver), seuls trois procès-verbaux de miracles sont connus pour le XVIIIe siècle. Le premier atteste de la guérison du genou de Marie Richelot (1742). Les deux autres miracles arrivèrent à Madeleine Morice, originaire de Néant (Morbihan) qui fut d’abord guérie d’une gangrène (1761), puis de sa grande fatigue (1768). En 1634, un procès-verbal (aujourd’hui disparu) fut également dressé pour officialiser le miracle survenu face aux Anglais trois siècles plus tôt. On peut penser que cette officialisation cherchait à répondre au succès du culte de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle et son « Vœu » (ce terme désigne ici la maquette en argent massif de la ville de Rennes offerte en ex-voto par la municipalité pour l’arrêt d’une importante épidémie de peste). Plus aucun miracle n’a été officiellement reconnu depuis, mais les centaines d’ex-voto affichés aux murs de la basilique de Notre-Dame des Miracles depuis la fin du XIXe siècle témoignent d’une importante reconnaissance des Rennais vis-à-vis de la Vierge.
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
Compléments :
En dehors des thérapies, qui semblent être le principal motif de recours, de nombreux étudiants, bacheliers ou écoliers sont venus remercier la Vierge pour la réussite à leurs examens ou l’obtention de leur diplôme (on a ainsi plusieurs bacheliers et un polytechnicien dans les ex-voto contemporains). Des plaques telles que « Merci, 1939-1945 » laissent également penser à des soldats, résistants ou même civils ayant survécu à la Seconde Guerre mondiale.
Jour(s) de fête :
  • 8 février
Type de fréquentation :
Continu
Pratiques individuelles :
  • Prières
  • Dons
  • Voeux
  • Récitations
Pratiques en présence du clergé :
  • Processions
  • Office liturgique
  • Chants
Ex voto :
  • Autre
    Devant l’autel de Notre-Dame des Miracles se trouvaient en novembre 2017 une vingtaine de bouquets de fleurs et environ cent trente veilleuses et cierges. Il faut préciser que le tableau votif de Leroy apposé contre le mur de façade et commémorant la protection de la Vierge sur le quartier de la place Sainte-Anne durant l’incendie de 1720 fait, en réalité, référence à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle honorée au couvent des Jacobins et aujourd’hui à l’église Saint-Aubin.
  • Métal
    Deux vitrines encadrent la statue et contiennent trente-quatre médailles, dont six Légions d’Honneur.
  • Cire (XIVe siècle)
    La première mention du culte de la Vierge à Saint-Sauveur fait état d’un cierge posé devant l’image de Notre-Dame (1388). En 1418, un paroissien laissa en ex-voto quatre chandeliers, une lampe et un tableau.
  • Tableau (1401-1742)
    En 1418, un paroissien laissa en ex-voto quatre chandeliers, une lampe et un tableau. Après sa guérison de 1742, Marie Richelot fit réaliser un tableau de son miracle. Celui-ci fut un temps exposé au château de la Balluère à Broons-sur-Vilaine (L. Raison, 1934, p. 152). Le miracle de la victoire sur les Anglais grâce à la Vierge fut également représenté sous forme de tableaux (disparus aujourd’hui) réalisés en 1428 et 1658. Il inspire également l’un des vitraux  de 1953.
  • Texte gravé (XXe siècle)
    La plupart des ex-voto contemporains consistent en plaques de marbre gravées et placardées sur les murs de la chapelle Notre-Dame. Elles en ont aujourd’hui largement débordé et se comptent par centaines, voire milliers, qui vont de la fin des années 1870 à 1996, date la plus récente.
Confrérie(s) :
  • Notre-Dame des Miracles et Vertus (1670)
    Peu après l’érection du sanctuaire en paroisse, la confrérie de Notre-Dame des Miracles et Vertus fut créée, notamment grâce à un passage de saint Jean-Eudes (1601-1680) à Rennes. Ses membres reçurent des indulgences plénières du pape Clément X (1670-1676). Dissoute lors de la Révolution, elle fut rouverte en 1805, sous le nom de Confrérie du Sacré-Cœur de la Vierge.
Indulgence(s) :
  • Plénière (1670)
    D’après la bulle du pape Clément X (1670-1676) du 31 juillet 1670, les membres de la confrérie avaient la possibilité de recevoir l’indulgence plénière au jour de leur entrée dans la confrérie et au jour de leur mort. Ils pouvaient en acquérir une troisième (au minimum) en venant prier devant Notre-Dame des Miracles le jeudi suivant le dimanche de Sexagésime, comme pour les membres de la confrérie de Sainte-Anne-d’Auray (fondée en 1641). Le socle sur lequel repose actuellement la statue de la Vierge porte le texte : « Cinq jours d’indulgence pour toutes les fois qu’on prie devant cet autel ». Lors de l’inauguration de la statue (1876), le cardinal-archevêque de Rennes, Mgr Brossays-Saint-Marc (1841-1878), accorda une indulgence de cent jours pour ceux qui prieraient Notre-Dame des Miracles.
Compléments sur le culte :
Le culte de Notre-Dame des Miracles a laissé peu de traces dans les archives médiévales et modernes. À partir de 1388, les principales mentions font état de l’entretien d’un cierge ardent devant l’image de la Vierge. Les processions connues sont au nombre de deux. Lors de la construction de l’autel Saint-Joseph, la statue de la Vierge fut provisoirement retirée de l’église Saint-Sauveur (1653-1658). Lors de son retour, elle fut décorée pour l’occasion et portée en procession par quatre anciens échevins. Le parcours fut sommaire (environ 900 m) et consistait en une boucle, le temps d’une station devant la toute proche cathédrale Saint-Pierre. En 1669, une seconde procession eut lieu pour l’inauguration de l’autel de la Vierge. Son parcours fut le même qu’en 1658. Un triduum fut créé en 1895, ainsi qu’un office (1898-1924). Pour l’époque contemporaine, les manifestations les plus évidentes du culte de Notre-Dame des Miracles sont les centaines d’ex-voto apposés sur les murs qui bordent la chapelle. Ils font état d’une dévotion individuelle relativement forte, malgré le peu de manifestations à caractère démonstratif, hormis des occasions très exceptionnelles comme le Congrès marial de Rennes (1950) où Notre-Dame des Miracles accueillit les autres Vierges couronnées de Bretagne. Lors de l’Assomption 2014, une procession d’environ cinq cents fidèles s’arrêta devant les différentes églises rennaises vouant un culte spécial à la Vierge Marie : Saint-Melaine, Saint-Aubin et Saint-Sauveur. Cependant, ce ne fut pas la statue de Notre-Dame des Miracles qui fut transportée par le cortège. Aujourd’hui, le culte de Notre-Dame des Miracles est encore actif et important. En entrant un lundi (13 novembre 2017) en milieu d’après-midi dans l’église Saint-Sauveur, il y avait un modeste va-et-vient, en sorte qu’il se trouvait toujours environ une demi-douzaine de fidèles priant devant la chapelle Notre-Dame des Miracles. Une vingtaine de bouquets de fleurs étaient déposés au pied de l’autel, et environ cent veilleuses y brûlaient. À droite de la chapelle, environ trente cierges se consumaient.

L'ÉDIFICE

Description :
L’église Saint-Sauveur de Rennes est mentionnée à partir du XIIe siècle, mais la totalité de sa structure date du XVIIIe siècle au plus tôt. L’édifice s’effondra en mars 1682 et resta à l'abandon jusqu’en 1701, date à laquelle on décida de le reconstruire. Le chantier fut dirigé par l’architecte François Huguet. La première campagne de construction (1703-1718) subit d'importants dommages lors du grand incendie de décembre 1720. Seules subsistèrent les maçonneries et la statue de la Vierge. Les travaux reprirent de 1721 à 1764. Le clocher fut achevé en 1741 et la façade d’influence italienne en 1764. Le maître-autel et son grand baldaquin furent construits de 1764 à 1768. L’édifice, mesurant quarante-trois mètres de long sur vingt-six de large, fut construit selon une orientation inversée : son chœur se trouve désormais à l’ouest. Constituée de trois vaisseaux, l’église est longue de cinq travées (trois pour la nef, une plus large pour le transept, qui est saillant, et une pour le chœur). L’abside consiste en une sixième travée à pans coupés qui prolonge le vaisseau central. Le clocher et la chapelle Notre-Dame des Miracles se trouvent le long du bas-côté nord de l’église, au niveau du portail (cf. photographie 2). La chapelle Notre-Dame fut inaugurée en 1876, en même temps que son autel. L’entrée de la mine creusée par les Anglais y resta visible jusqu’en 1886, date à laquelle le curé fit refaire le dallage de l’église. Une plaque commémorant ce souvenir avait été placée à cet endroit en 1658. On ne saurait plus la situer aujourd’hui. L’église fut classée Monument Historique en 1942.
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
    Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
    • Autel (XVIIIe siècle)
      La chapelle Notre-Dame des Miracles fut achevée en même temps que le reste de l’église Saint-Sauveur. On ne sait cependant si la statue de la Vierge était déjà vénérée dans la première travée du bas-côté nord de l’église dès cette époque. C’est en tout cas à cet emplacement que furent inaugurés le nouvel autel et la statue de Notre-Dame des Miracles et Vertus, le 12 février 1876. Le sol de la chapelle est surélevé d’une marche par rapport à celui du bas-côté. Elle est séparée de celui-ci par un petit chancel consistant en une grille de métal haute d’environ un mètre, ouverte au milieu de la baie. L’autel, surélevé de deux marches par rapport au sol de la chapelle, est situé dans une grande niche de la largeur de la travée. Cet autel est composé d’une table surmontée d’un antependium. Ce dernier abrite en son centre un tabernacle fermé par une petite porte à baie dorée, à double battant. Au-dessus de l’autel se trouve une seconde niche enfoncée dans la première, délimitée à gauche et à droite par deux paires de colonnes corinthiennes. Au centre de la niche se trouve un socle en forme de nuée supportant la statue de la Vierge à l’Enfant, enveloppée d’un manteau. Les murs de la chapelle sont entièrement tapissés de plaques de marbres ex-voto. L’ensemble des entablements fait que la base de la statue se trouve environ deux mètres au-dessus du niveau du sol de l’église. Les statues de saint Jean-Eudes (1601-1680) et Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), qui participèrent au développement du culte de Notre-Dame des Miracles et Vertus, furent rajoutées de part et d’autre de la chapelle en 1909.

    HISTOIRE DU SANCTUAIRE

    Origines :
    Date de première mention : 1388
    Initiative de la fondation :
    • ?
    Environnement institutionnel, politique et religieux :
    Après l’échec de l’invasion de la ville de Rennes par les Anglais (en 1342, 1343 ou 1345), Notre-Dame des Miracles et Vertus semble avoir occupé une place importante dans la dévotion rennaise. Que le miracle ait eut lieu ou non, il est possible que celle-ci ait été invoquée lors de l’imminence de l’attaque.
    Phases d'évolution :
    Les origines du culte de Notre-Dame des Miracles et Vertus sont mal connues. On sait que l’église Saint-Sauveur existait déjà au XIIe siècle et que le culte à la Vierge est mentionné pour la première fois dans cette église en 1388. Cette Vierge est connue pour avoir protégé la ville de Rennes d’une attaque par les Anglais au début des années 1340. Cependant, ce miracle apparut dans les sources seulement en 1532 et n’acquit sa version définitive qu’en 1658, avec la publication du jésuite Georges Fautrel. Les XVe-XVIe siècles offrent quelques mentions de dons de fidèles (tableaux, lampes et cierges ardents) plus que d’ex-voto proprement dits. Au milieu du XVIIe siècle cependant, le culte de Notre-Dame des Miracles et Vertus prit de l’importance, avec le procès-verbal du miracle guerrier réalisé trois siècles après les faits (1634) et la rédaction de plusieurs ouvrages (1636, 1658, 1666), dont le plus important est celui de Georges Fautrel. Il est possible que ce culte ait été stimulé dans le contexte de l’émancipation de la paroisse Saint-Sauveur de la tutelle de la Toussaint, obtenue en 1667. Malgré ce regain, seules deux processions sont mentionnées pour l’époque moderne (1658 et 1669). Il en est de même pour les procès-verbaux de miracles, au nombre de trois (1742, 1761 et 1768). Après les troubles révolutionnaires et la disparition de la statue (entre 1793 et 1795), le culte de Notre-Dame des Miracles connut une interruption de plus de quatre-vingts ans. Il fut à nouveau promu par le curé de Saint-Sauveur à partir de 1864. Ce dernier obtint la réalisation d’une nouvelle statue de la Vierge à l’Enfant, inaugurée avec la chapelle Notre-Dame des Miracles en février 1876. Ce nouvel essor constitua sans doute l’apogée du culte de Notre-Dame des Miracles et Vertus. Vers la fin du XIXe siècle, sa renommée éclipsa petit à petit celle de l’autre principale Vierge de Rennes, Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, qui avait elle-aussi connu un regain de ferveur à partir des années 1860. Les deux Vierges furent couronnées en même temps (1908) et leurs églises respectives reçurent simultanément leur titre de basilique mineure (1916). La cérémonie du couronnement montre cependant l’ascendant qu’avait pris Notre-Dame des Miracles et Vertus à cette époque ; les cérémonies officielles eurent lieu à l’église Saint-Sauveur, et non à Saint-Aubin, où est conservé le tableau de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Les principaux témoins du renouveau de ce culte sont les centaines d’ex-voto placardés sur les murs de la chapelle Notre-Dame des Miracles, qui vont de la fin des années 1870 à 1996. Il y a en permanence quelques fidèles (souvent moins de dix) qui se succèdent dans la chapelle Notre-Dame pour y prier.
    Evénements marquants :
    • Miracle (XIVe siècle)
      À la demande de l’évêque de Rennes, Mgr Cornulier (1619-1639), le miracle de 1342/1345 fit l’objet d’un procès-verbal en 1634 pour tenter d’en imposer la légitimité. Ce procès-verbal intervint certainement en réponse au rapide développement du culte de l’autre principale Vierge rennaise, Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, dont le « Vœu » d’argent massif fut inauguré la même année.
    • Acte exceptionnel de dévotion (1388)
      Première mention de la dévotion à la Vierge Marie dans l’église Saint-Sauveur de Rennes. Il s’agissait de l’entretien d’un cierge ardent devant l’image de Notre-Dame.
    • Translation (1520)
      Un fragment de la Vraie Croix fut transféré à l’église Saint-Sauveur de Rennes. C’est la première fois que la Vierge qui y est vénérée fut officiellement appelée Notre-Dame des Miracles et Vertus.
    • Rédaction d'une légende (1532)
      Dans ses Grandes Chroniques de Bretagne, le « pseudo Alain Bouchart » attribua pour la première fois la victoire des Rennais face aux Anglais à Notre-Dame des Miracles et Vertus, qui aurait spontanément fait sonner les cloches de l’église Saint-Sauveur et provoqué l’allumage des deux cierges qui l’entouraient.
    • Evolution de la légende (1636)
      Dans ses Vie des saincts de la Bretagne armorique, Albert le Grand attribua la victoire des Rennais face aux Anglais à Notre-Dame des Miracles et Vertus, qui aurait cette fois-ci mû son doigt pour montrer l’endroit par lequel ces derniers allaient déboucher. Il ne fut plus question des cloches ou cierges mentionnés par le pseudo Alain Bouchart en 1532.
    • Evolution de la légende (1658)
      En 1658, le jésuite Georges Fautrel compila les éléments de miracle décrits par le pseudo Alain Bouchart (1532) et Albert le Grand (1636) pour créer un miracle où interviennent à la fois les cloches, les cierges et le doigt de la Vierge montrant la sortie du tunnel. C’est la version du miracle qui s’imposa désormais aux Rennais.
    • Destruction (1682)
      L’église Saint-Sauveur s’effondra et ne fut plus en mesure d’accueillir les offices. Sa reconstruction ne fut décidée qu’en 1701.
    • Reconstruction (1703-1764)
      Après son effondrement en 1682, l’église Saint-Sauveur de Rennes fut entièrement reconstruite. Une première fois consacrée en 1718, elle subit les ravages de l’incendie de 1720 ; seules ses maçonneries subsistèrent. Elle fut une deuxième fois reconstruite entre 1721 et 1764 (pour le gros œuvre). Le monumental baldaquin du maître-autel fut réalisé de 1764 à 1768.
    • Incendie (1720)
      Un violent incendie détruisit une grande partie du centre de Rennes du 21 au 28 décembre 1720. La nouvelle église Saint-Sauveur fut détruite (sauf ses maçonneries). La statue de la Vierge, y ayant miraculeusement échappé, fut provisoirement placée dans le couvent des Augustins (1720-1731).
    • Disparition de l'objet de dévotion (1793-1795)
      Lors de la Révolution française, l’église Saint-Sauveur de Rennes fut réaffectée comme temple de la Raison (1793-1794), puis comme temple de l’Être Suprême (1794-1795). La statue originelle de Notre-Dame des Miracles et Vertus disparut pendant cette période.
    • Fabrication d'une statue (1876)
      Une nouvelle statue de la Vierge à l’Enfant sculptée par Goupil fut inaugurée en 1876 et installée sur l’autel consacré à Notre-Dame des Miracles et Vertus, dans la chapelle éponyme de l’église Saint-Sauveur.
    • Création d'un office (1895)
      La fête du 8 février fut désormais dédiée à Notre-Dame des Miracles et Vertus. Cette création fut accompagnée d’un triduum (période de trois jours de prière) à répéter chaque année.
    • Création d'un office (1898)
      Un second office fut créé par le curé de Saint-Sauveur, Thomas Hévin. Cet office fut écrit par le chanoine Joseph Guérard et approuvé par le pape. Il fut récité jusqu’en 1924.
    • Couronnement de la statue (1908)
      Après l’autorisation donnée par le pape, le couronnement eut lieu le 25 mars 1908, le même jour que celui de la statue de la Vierge Notre-Dame de Bonne-Nouvelle (dans l’église voisine Saint-Aubin de Rennes). La cérémonie eut lieu dans l’église Saint-Sauveur.
    • Erection du sanctuaire en basilique mineure (1916)
      L’église Saint-Sauveur reçut le titre de basilique mineure par bulle du pape Benoît XV (1914-1922) le 6 août 1916, en même temps que l’église voisine Saint-Aubin, au titre du pèlerinage de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.
    • Désaffectation (1939)
      L’église Saint-Sauveur fut absorbée par la paroisse de la cathédrale Saint-Pierre le 15 janvier 1939. Elle ne conserva que son titre de basilique de dévotion, au titre de Notre-Dame des Miracles et Vertus.
    • Anniversaire du miracle (1957)
      Le six-centième anniversaire du miracle présumé de la Vierge face à la tentative d’invasion anglaise fut commémoré le 8 février 1957.
    Rayonnement(s) :
    • Local (XIVe siècle -> 2017)
      Le renom du pèlerinage de Notre-Dame des Miracles et Vertus semble n’avoir jamais dépassé les limites de Rennes. Seule Madeleine Morice (1736-1769), qui fut guérie à deux reprises en 1761 et 1768, n’était pas originaire de Rennes. Elle venait du village de Néant-sur-Yvel (Morbihan), alors dans le diocèse de Saint-Malo. C’est cependant lorsqu’elle vint voir un médecin de Rennes qu’elle fit son vœu. Il est donc possible que le conseil du recours à Notre-Dame des Miracles et Vertus lui ait été donné sur place. Le sanctuaire est aujourd’hui le principal pèlerinage de la ville de Rennes.

    RÉFÉRENCES

    Source(s) :
    Bibliographie :
    • PROVOST, G., «Légendaires en mutation dans la Bretagne moderne (XVIe-XVIIIe siècles) », in Annales de l'Est, 61.2, 2011, p. 123-141.
    • PROVOST, G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
    • BONNELIERE, E., GROSSET, C., 600 ans de dévotion mariale. Notre-Dame des Miracles et Vertus, Saint-Sauveur de Rennes, Rennes, Simon, 1980.
    • RAISON, L., Notre-Dame des Miracles et Vertus. Son histoire, son culte, Rennes, Le Nouvelliste, 1934.
    • JANVIER, P., «Histoire religieuse du district de Rennes sous la Convention », in Annales de Bretagne, 26 , 1910, p. 741-757.
    • PARFOURU, P., «Inventaire des archives de la paroisse Saint-Sauveur de Rennes par Gilles de Languedoc, 1720 », in Bulletin et mémoires de la Société Archéologique d'Ille-et-Vilaine, 28, 1899, p. 205-284.
    • FAUTREL, G., L'histoire de Notre-Dame des Miracles honorée à Rennes en l'église de Saint-Sauveur, Rennes, PDLCDJ, Guillaume Vatar, 1719.
    Etude(s) universitaire(s) :
    • PAILLAT, S., La religion et la cité : Rennes 1700-1750, Maîtrise d?Histoire, ss. dir de G. PROVOST, Rennes II, 2001.

    PHOTOGRAPHIES LIÉES

    Objet de dévotion :
    • Statue de Notre-Dame des Miracles et Vertus (1876) - Maxime Bolard - 2017
    Edifice :
    • Portail de l'église Notre-Dame des Vertus - Maxime Bolard - 2017
    • Chapelle Notre-Dame des Miracles et Vertus - Maxime Bolard - 2017
    Autre :
    • Carte localisant l'église Saint-Sauveur sur la carte des diocèses bretons - Maxime Bolard - 2017

    À PROPOS DE L'ENQUÊTE

    Enquêteur :
    • BOLARD / PROVOST Maxime / Georges
    Rédacteur :
    • BOLARD Maxime
    Date de l'enquête :
    1995/2017
    Date de rédaction de la fiche :
    2017
    Etat de l'enquête :
    En cours
    Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Notre-Dame-des-Miracles-et-Vertus-de-Rennes », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
    url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/718/notre-dame-des-miracles-et-vertus-de-rennes, version du 23/11/2017, consulté le 11/12/2017