INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Yves-de-Treguier

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Yves-de-Treguier
Période d'activité :
XIVe siècle - 2018
Commune :
Tréguier
Département :
Côte d'Armor
Chef de saint Yves

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Tréguier
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Saint-Brieuc-Tréguier (1791 - 2018)
Ancien: Tréguier (XIVe siècle - 1791)
Paroisse :
Actuelle: Saint-Tugdual de Tréguier (XIVe siècle - 2018)
Ancienne:
Compléments :
L’ancien diocèse de Tréguier correspondait au territoire du Trégor. Cependant, l’administration révolutionnaire bouleversa la topographie des diocèses bretons. Ainsi, la Bretagne passa de neuf à cinq diocèses, correspondant aux limites des départements de 1790. Le diocèse de Tréguier fut absorbé par celui de Saint-Brieuc, dont les limites correspondent à celles de l’actuel département des Côtes d’Armor (anciennement Côtes du Nord).

Site

Type de site :
Vallée
Altitude :
35 m
Compléments :
La petite ville de Tréguier se situe sur un promontoire formé par la confluence des vallées du Jaudy et du Guindy, qui culmine à 66 m d’altitude. Après leur jonction, ces deux cours d’eau forment l’estuaire dit « de Tréguier », qui se jette dans la Manche à dix kilomètres au nord-est.

Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Cours d'eau

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Yves-de-Treguier (XIVe siècle - 2018)
Compléments :
Le tombeau et le chef de saint Yves reposent actuellement dans l’ancien groupe cathédral de Tréguier, dédié à saint Tugdual (mort au milieu du VIe siècle), premier évêque de ce diocèse. L’essentiel du complexe architectural, composé de l’église et du cloître, date des XIIe-XVe siècles, à l’exception de la flèche (seconde moitié du XVIIIe siècle).
Type de lieu de culte :
Basilique
Nom du lieu de culte :
Saint-Tugdal
Saints patrons :
  • Tugdual (VIe siècle - 2018)
Compléments :
Le tombeau et le chef de saint Yves sont conservés dans l’ancienne cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier. Malgré l’importance du culte de saint Yves, l’église reste consacrée à saint Tugdual (mort au milieu du VIe s.), premier évêque de Tréguier, d’origine galloise. L’église fut classée Monument Historique dans la première liste de Mérimée (1840). À la suite de la fusion des diocèses bretons en 1791, l’église Saint-Tugdual perdit son rang de cathédrale pour celui de simple église paroissiale (le diocèse de Tréguier étant absorbé par celui de Saint-Brieuc). Pie XII l’éleva au rang de basilique mineure en 1947, à l’occasion du six centième anniversaire de la canonisation de saint Yves.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Chef de saint Yves
Nature de l'objet :
Relique (= fragment)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier. Le reste du corps de saint Yves repose dans un mausolée qui fut intégralement restauré dans le style néogothique (1886-1890).
Datation de l'objet :
1303
Compléments :
La relique la plus notable de saint Yves est son chef, exposé à la vue des pèlerins dans une châsse. C’est cette châsse qui est portée en procession aux côtés du bras de saint Tugdual lors des grands pardons du 19 mai. Cependant, l’ancienne cathédrale abrite également le tombeau d’Yves, qui renferme le reste de son corps. Le saint est donc intégralement conservé dans l’église, mais en deux endroits. Il y fut transféré en 1349, deux ans après sa canonisation. Dans le second quart du XVe siècle, le duc de Bretagne Jean V (1399-1442) fit construire la chapelle dite « du Duc » dans la cathédrale pour y accueillir le tombeau d’Yves, ainsi que son propre corps (qui n’y fut installé qu’en 1451). En 1653, une châsse en argent fut construite pour accueillir le corps du saint. En 1793, la municipalité de Tréguier déplaça son corps dans un caveau de l’église afin de prévenir un éventuel pillage, qui advint toutefois un an plus tard ; le tombeau fut détruit. En 1820, le chef de saint Yves et deux fragments d’os longs furent placés dans une châsse de bronze doré (celle qui existe encore aujourd’hui), portant l’inscription Sancti Yvonis confessoris (de saint Yves, confesseur). Le reste de son corps fut placé dans un sarcophage de terre cuite, avant que son tombeau ne soit restauré entre 1886 et 1890 par l’architecte Devrez et les sculpteurs Valentin, Hiolin et Tournier. Ce tombeau consiste en un gisant du saint soutenu par deux anges. Le groupe, sculpté en marbre de Carrare (Italie), est abrité par un mausolée néo-gothique long de deux courtes travées, en pierre blanche de Chauvigny (Poitou). Le monument se situe toujours dans la chapelle du Duc Jean V.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Yves Hélory (ou Hélori) de Kermartin (1253-1303) fut un prêtre et official de Tréguier, apprécié de son vivant pour son esprit de justice et sa proximité avec les pauvres. Il était le fils aîné du seigneur Hélory de Kermartin (commune actuelle de Minihy-Tréguier). Après des études de droit et de théologie à Paris et Orléans, Yves revint en Bretagne, à Rennes tout d’abord (1280-1284), puis à Tréguier (1284-1303). Il y fut nommé official (juge ecclésiastique) et en même temps ordonné prêtre. Considéré comme très proche des pauvres, il mit son manoir familial de Kermartin à leur disposition et sembla faire preuve de la plus grande impartialité dans ses jugements ; dans les statues et tableaux, il est souvent représenté entre un riche et un pauvre. À côté de sa charge d’official, il fut recteur (curé) de la paroisse de Trédrez (1284-1292), puis de Louannec (1292-?), toutes deux proches de Tréguier. Il mourut à Tréguier le 19 mai 1303, date qui deviendra celle de sa fête. L’originalité de son historiographie repose sur le fait qu’aucune Vita ne fut écrite à son sujet avant le XVIIe s. Seules quelques chroniques du XVe siècle rapportaient de brèves lignes sur la date de sa mort. La principale source à son sujet est l’enquête préliminaire au procès de canonisation, qui fut menée à Tréguier au cours de l’année 1330, réunissant cinquante-deux témoins. Vingt-sept ans après sa mort, les témoignages étaient donc ceux de personnes l’ayant connu. Le procès montre qu’avant même le début de l’enquête, le culte d’Yves existait déjà et avait même supplanté celui de saint Tugdual, premier évêque de Tréguier (mort au milieu du VIe s.) qui donna son vocable à la cathédrale. Sa dépouille fut transférée en la cathédrale de Tréguier en 1349. Considéré temporairement comme le saint patron des marins (XIVe-XVe s.), il est aussi reconnu comme le patron des universitaires et des juristes depuis le XVe siècle. Ce dernier patronage a pris une nouvelle ampleur depuis les années 1930.
Miracles :
Yves serait à l’origine d’un miracle accompli lors d’un célèbre épisode de la Guerre de Cent Ans. Alors qu’il s’apprêtait à envahir la Bretagne en 1392, le roi Charles VI, harcelé par un mendiant – saint Yves selon des chroniques bretonnes – fut pris d’une crise de folie dans la forêt du Mans. Yves serait également à l’origine de la libération du duc de Bretagne Jean V (1399-1442). Prisonnier des Penthièvre en 1420, celui-ci aurait invoqué saint Yves. C’est à la suite de sa libération qu’il fit construire la chapelle dite « du Duc » dans la cathédrale de Tréguier, puis réaménager le tombeau d’Yves. Peu à peu, l’imaginaire collectif breton lui attribua toutes formes de miracles en de nombreux lieux de la Bretagne, chaque localité cherchant d’une façon ou d’une autre à entretenir un rapport privilégié avec le saint. Il aurait ainsi marché sur l’eau (sur la rivière du Leff) comme Jésus, fait jaillir une source d’un rocher comme Moïse, éteint des incendies comme Germain d’Auxerre, laissé des traces dans la pierre comme saint Colomban, etc. (Giraudon, dans Cassard et Provost dir., 2004, p. 284).
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Sécheresse
  • Pluie
  • Libération des prisonniers
  • Epizootie
  • Epidémie
Compléments :
D’après Daniel Giraudon (Cassard et Provost dir., 2004, p. 283-294), Yves fut un saint très polyvalent. Depuis la fin du XIVe siècle, il fut considéré comme le saint patron de la Bretagne ; les Bretons l’invoquèrent alors pour toutes sortes de motifs (épidémie, récoltes, incendies). Aux XIVe-XVe s., de nombreux marins s’adressèrent à Yves dans l’espoir de ne pas être comptés au nombre des « péris en mer ». En témoignent de nombreuses maquettes de bateaux en cire et en argent déposées sur son tombeau. Cette pratique semble avoir disparu au XVIe siècle. L’intercession de saint Yves fut également demandée lors d’une épidémie de peste en 1589. D’après Georges Minois, la principale raison du recours à saint Yves à l’époque moderne concernait la météorologie (on recense quatre-vingts processions pour les XVIIe-XVIIIe s., puis seulement trois au XIXe s.). Selon lui, ces processions se tenant de façon assez irrégulière avaient plus d’importance que le pardon du 19 mai, à cette époque. C'est en tout cas ce que montrent les sources disponibles.

 


Jour(s) de fête :
  • 19 mai
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
Le sanctuaire était fréquenté par les fidèles, mais la manifestation la plus régulière du culte de saint Yves était et reste encore aujourd'hui le pardon annuel qui a lieu le 19 mai (fête de saint Yves), sous la forme d’une procession qui va de la cathédrale de Tréguier au cimetière de Minihy-Tréguier, sur les terres natales d’Yves.
Pratiques individuelles :
  • Circumambulation
  • Prières
  • Passer sous la relique
Pratiques en présence du clergé :
  • Processions
  • Imposition de reliquaire
  • Office liturgique
  • Chants
Ex voto :
  • Autre (1303-1500)
    Les ex-voto ayant laissé les traces les plus explicites sont les maquettes de navires déposées sur le tombeau de saint Yves par les navigateurs des XIVe-XVe siècles. Les enquêteurs du procès de canonisation d’Yves (1330) recensèrent en effet vingt-sept maquettes en argent, et une petite centaine en cire (Cassard et Provost dir., 2004, p. 9). La même enquête mentionne aussi des cas d’arrentage (fondation d’une rente annuelle) à saint Yves (Provost, 1998, p. 83).
Confrérie(s) :
    Indulgence(s) :
    • Partielle 100 j. (1347)
      Lors de la canonisation d’Yves le 19 mai 1347, le pape Clément VI (1342-1352) proclama une indulgence de cent jours pour toute personne qui viendrait prier sur son tombeau lors de la Saint-Yves (19 mai).  Il ajouta également une indulgence exceptionnelle de sept ans et sept quarantaines de jours (en tout sept ans, neuf mois et dix jours) pour ceux qui viendraient assister à la translation du corps de saint Yves à la cathédrale de Tréguier, ou à sa première fête.
    Compléments sur le culte :
    En dehors des visites et du dépôt d’ex-voto par les fidèles, qui laissent souvent peu de traces écrites, la principale manifestation du culte de saint Yves est le grand pardon, qui a lieu chaque année le 19 mai sous la forme d’une procession. Bien que ce pardon soit déjà attesté à la fin du XVIe siècle, l’ampleur et la forme qu’il revêt aujourd’hui datent essentiellement de la seconde moitié du XIXe siècle. Dans le déroulé actuel de la procession, le chef de saint Yves et le bras de saint Tugdual sont portés en cortège, sur un brancard, de la cathédrale de Tréguier jusqu’à l’autel gothique dit « le tombeau de saint Yves ». Ce dernier se trouve dans le jardin du cimetière de l’église de Minihy-Tréguier (à moins de deux kilomètres), sur les terres natales de saint Yves. La procession part officiellement en fin de matinée, après la messe. Aux limites des paroisses de Tréguier et Minihy, la procession rencontre un autre cortège parti de l’église de Minihy après l’envoi de leur propre messe (les deux offices avaient lieu en même temps). Ces derniers inclinent alors leurs bannières devant les reliques, et la croix de procession de Tréguier leur fait une à une l’accolade. Une fois arrivées au cimetière de Minihy, les reliques sont exposées sur le tombeau de saint Yves.  Les fidèles viennent à tour de rôle heurter le reliquaire de la tête et passent sous l’autel en s’arrêtant un moment pour baiser le sol. La tradition veut que la veille de la Saint-Yves, les pèlerins arrivent vers minuit devant le portail de la cathédrale de Tréguier pour y prier à genoux. Puis, ils partent à Minihy pour arriver devant le tombeau d’Yves, autour duquel ils tournent neuf fois. Depuis 1937, et annuellement à partir de 1952, une délégation de juristes suit le cortège et porte le brancard des reliques. Les pèlerins peuvent également visiter la fontaine Saint-Yves et le manoir de Kermartin (reconstruit en1834) à Minihy, sur les terres originelles de la famille de saint Yves.

    L'ÉDIFICE

    Description :
    Le tombeau d’Yves est situé dans l’ancien groupe cathédral de Tréguier, composé de l’église et de son cloître. L’église présente un plan à trois vaisseaux. La nef est longue de sept travées. Le transept, très saillant, n’est long que d’une travée. Le chœur polygonal, long de cinq travées, fut achevé entre 1385 et 1404. Il est constitué d’un déambulatoire desservant douze chapelles. La nef et le transept de l’église datent de l’époque romane, mais ils ont été remaniés entre la seconde moitié du XIIIe siècle et les années 1310-1320. Les seuls vestiges romans notables sont certains chapiteaux du transept nord, ainsi que la tour du bras nord de celui-ci, dite « tour Hastings ». La tour de la croisée fut achevée en 1432, tandis que la flèche surmontant le bras sud du transept date de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le porche gothique a été terminé en 1356. Un autre porche, à l’extrémité du bras sud du transept, a été construit au XVe siècle. Le cloître gothique date également du XVe siècle. La flèche et le porche furent endommagés par un ouragan en 1848. Le complexe fut partiellement restauré en 1901-1903, puis la flèche en 2002, à la suite de la tempête de 1999.
    Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
      Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
      • Chapelle (1420-1442)
        Captif des Penthièvre en 1420, pendant la Guerre de cent Ans, le duc Jean V aurait invoqué saint Yves pour être libéré, ce qui advint. Il fit alors construire la chapelle gothique dite « du Duc », destinée à abriter le tombeau d’Yves, ainsi que le sien (installé en 1451, neuf ans après sa mort). Cette chapelle est formée de trois travées alignées dans l’angle nord-ouest du transept.

      HISTOIRE DU SANCTUAIRE

      Origines :
      Date de première mention : 1330
      Initiative de la fondation :
      • ?
      Environnement institutionnel, politique et religieux :
      Phases d'évolution :
      Georges Provost a mis en évidence trois phases concernant le culte de saint Yves, et particulièrement le grand pardon du 19 mai. La première phase va de la fin du XVIe siècle à l’année 1870, environ. Durant cette période, le pardon du 19 mai (reporté au dimanche suivant entre 1780 et 1840 environ) était régulièrement observé, mais ne concentrait pas la totalité des pèlerinages. D’un autre côté, les processions menées de façon irrégulière ayant parfois pour objet d’obtenir une situation climatique clémente drainèrent sans doute davantage de paroisses. Georges Minois en recense quatre-vingts pour les XVIIe-XVIIIe s. La seconde phase, qui va de 1870 à 1937, voit disparaître totalement ces manifestations irrégulières pour faire place à un pardon du 19 mai désormais plus important. Dans un but sans doute régionaliste, l’évêque de Saint-Brieuc-Treguier, Mgr David (1862-1882), avait pour ambition d’en faire la « fête nationale des Bretons » (Provost, dans Cassard et Provost dir. 2004, p. 265). L’évêque préside alors de plus en plus souvent le pardon et la procession. À partir du début des années 1880, la ville de Tréguier et la cathédrale sont décorées pour la Saint-Yves. Le tombeau du saint est reconstruit dans le style néo-gothique entre 1886 et 1890. Le pardon de 1874 attire environ 5 000 fidèles, puis 8 000 en 1880 et 15 000 en 1885 et 1927. Cet afflux de pèlerins entraîne l’apparition d’installations secondaires, comme des forains à partir des années 1920, ou une exposition agricole en 1922. Enfin, la troisième phase couvre la période 1937 à nos jours. En 1935, le chanoine Lainé avait obtenu que le barreau américain finance la restauration d’un vitrail de la cathédrale Saint-Tugdual, ce qui fut fait l’année suivante. Des membres des barreaux français et belge firent de même, par émulation. Depuis 1937 en tout cas, ce sont des avocats qui tiennent le brancard de saint Yves, dont le patronage s’étendit aux métiers du droit depuis le XVe siècle. De nombreux prélats (nonces, évêques, cardinaux) viennent prendre part aux festivités, accompagnés d’un certain nombre d’élus. Le diocèse de Saint-Brieuc avance le chiffre de cent mille pèlerins présents pour le six centième anniversaire de la canonisation d’Yves, en 1947. En 2003, le journal La Croix estimait que le pardon rassemblait dix à douze mille pèlerins par an, venus de toute l’Europe. Depuis 1993, un colloque de juristes (dit « de la Saint-Yves ») est organisé chaque année en marge du pardon. Celui de 2017 avait pour thème L’Acte d’Avocat, l’interprofessionnalité…une profession en mutation. Selon Daniel Giraudon, la place désormais importante des avocats dans le grand pardon a renforcé un débat amorcé à la fin du XIXe siècle sur la place des pauvres dans le pardon, combiné à une rivalité entre les paroisses de Tréguier et de Minihy. En effet, le grand pardon attirant de plus en plus de faste et d’officiels grâce à son nouvel essor, certains considèrent que le « vrai pardon des pauvres » se trouve à Minihy, loin des démonstrations de Tréguier. Ainsi Antoine Beaufils (1885) et Anatole Le Braz (1898, p. 69-70) tentaient de mettre en évidence la dualité entre la cathédrale de Tréguier, qu’ils qualifient de sanctuaire des « riches », et le tombeau de Minihy, accueillant selon eux la « foule des humbles ». La présence des avocats a contribué à donner au pardon un renom particulier, non sans susciter parfois des craintes de folklorisation et de corporatisme.
      Evénements marquants :
      • Canonisation (1347)
        Yves Hélory fut canonisé à la suite de l’enquête menée en 1330 à Tréguier par les commissaires pontificaux, qui interrogèrent cinquante-deux témoins.
      • Translation (1349)
        À la suite de la canonisation de saint Yves en 1347, son corps fut déplacé du cimetière de Minihy, où il reposait, à la cathédrale de Tréguier.
      • Acte exceptionnel de dévotion (1420-1442)
        Très attaché à la figure de saint Yves après sa libération par les Penthièvre en 1420, le duc de Bretagne Jean V (1399-1442) fit construire la chapelle dite « du Duc » dans la cathédrale de Tréguier. La fonction de cette chapelle était d’accueillir le tombeau de saint Yves, ainsi que le sien (qui n’y fut transféré qu’en 1451, neuf ans après sa mort). Le duc vint plusieurs fois à Tréguier, au point de s’y faire construire un hôtel particulier. Il s’agit de la maison dite « du Duc Jean V », située à l’actuel 22 rue Colvestre (Tréguier).
      • Fixation de fête (1780)
        Dans le cadre d’une politique régionale visant à réduire le nombre de jours chômés, le nouvel évêque de Tréguier, Mgr Le Mintier (1780-1801) déclassa la fête de la Saint-Yves à Tréguier pour ne laisser plus que la Saint-Tugdual (saint patron de la cathédrale) comme fête de première classe, c’est-à-dire à date fixe. Considéré comme la fête d’un patron secondaire, le pardon de Saint-Yves fut alors célébré à date mobile, le quatrième dimanche après Pâques, et non plus systématiquement le 19 mai.
      • Destruction (1794)
        En 1793, la municipalité de Tréguier déplaça le corps de saint Yves dans un caveau de la cathédrale en prévention d’un éventuel pillage. Ce dernier eut en effet lieu un an plus tard ; le tombeau fut détruit.
      • Ré-enchâssement (1820)
        En 1820, le chef de saint Yves et deux fragments de ses os longs furent exhumés du tombeau de la cathédrale où on les avait volontairement cachés. Ils furent placés dans une châsse de bronze doré (celle qui existe encore aujourd’hui) portant l’inscription Sancti Yvonis confessoris (de saint Yves, confesseur). Le reste de son corps fut placé dans un modeste sarcophage de terre cuite.
      • Restauration (1890)
        Dans la continuité de la politique de l’évêque de Saint-Brieuc Mgr David (1862-1882), qui souhaitait faire de saint Yves le saint patron de la Bretagne en plus de sainte Anne, le tombeau d’Yves fut restauré entre 1886 et 1890. Un mausolée en pierre blanche de Chauvigny fut réalisé, abritant un gisant de saint Yves en marbre de Carrare.
      • Confrérie (1937)
        Depuis la restauration d’un vitrail financée par certains membres du barreau américain, les avocats jouent un rôle central dans le pardon de saint Yves. De nombreux avocats participent désormais au cortège, et ce sont eux qui portent le brancard des reliques. Ceci renforce le caractère de patron des avocats et universitaires propre à saint Yves depuis le XVe siècle.
      • Erection du sanctuaire en basilique mineure (1947)
        Le six centième anniversaire de la canonisation de saint Yves donna lieu à d’importantes festivités, rassemblant environ cent mille personnes. À cette occasion, le pape Pie XII (1939-1958) accorda au sanctuaire de Tréguier le statut de basilique mineure. Le nonce de France Angelo Roncalli (1944-1953), futur pape Jean XXIII, présida les cérémonies.
      • Transfert (1982)
        Le pardon de 1982 fut présidé par Mgr Ivo Lorscheiter, évêque de Santa Maria (Rio Grande do Sul, Brésil). Une relique de saint Yves lui fut transmise le 19 mai afin de développer son culte dans son diocèse.
      Rayonnement(s) :
      • Régional (XIVe siècle -> 1937)
        De sa mort en 1303 jusqu’en 1937, le culte de saint Yves dépassa peu les frontières de la Bretagne. Les ducs de Bretagne Jean IV et Jean V l’invoquèrent dans le contexte de la Guerre de Cent Ans. Durant ce conflit, déjà, sa renommée dépassait le diocèse de Tréguier. Cependant, les pèlerins présents au pardon vinrent essentiellement de Tréguier et des paroisses environnantes. La présence d’avocats au pardon à partir de 1937 donna au culte de saint Yves une nouvelle ampleur.
      • International (1937 -> 2018)
        Le rôle joué par le corps des avocats à partir du pardon de 1937 donna une nouvelle ampleur au culte de saint Yves et à son pardon, notamment par la présence d’une délégation d’avocats américains. Lors des commémorations de mai 1947 (six centième anniversaire de la canonisation du saint), environ cent mille pèlerins furent recensés. Plusieurs chefs de gouvernements étrangers étaient présents, ainsi que des ecclésiastiques de haut rang et des représentants des barreaux français, belge, néerlandais, luxembourgeois, britannique, américain, etc. En 1982, le pardon fut présidé par Mgr Ivo Lorscheiter, évêque de Santa Maria (Rio Grande do Sul, Brésil). Une relique de saint Yves lui fut transmise pour qu’il en développe le culte dans son diocèse. Le journal La Croix estimait en 2003 que le pardon draine dix à douze mille pèlerins par an, venus de toute l’Europe. Depuis 1993, un « colloque de la Saint-Yves », portant sur des thématiques juridiques, est organisé annuellement par les avocats. Son influence semble cependant ne pas dépasser les limites du territoire français.

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      Bibliographie :
      • CASSARD, J.-C., PROVOST, G. dir., Saint Yves et les Bretons. Culte, images, mémoire (1303-2003) [Actes coll. Tréguier 18-20 septembre 2003], Rennes, Presses Universitaires de Rennes, Centre de recherche bretonne et celtique, 2004.
      • PROVOST, G., La fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Le Cerf, 1998.
      • CASSARD, J.-C., Saint Yves de Tréguier. Un saint du XIIIe siècle, Paris, Éditions Beauchesne, 1992.
      • VAUCHEZ, A., La sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge : d'après les procès de canonisation et les documents hagiographiques, Paris, École Française de Rome, 1981.
      Etude(s) universitaire(s) :
      • PROVOST, G., Le pèlerinage en Bretagne aux XVIIe-XVIIIe siècles, Thèse de doctorat, ss. dir de J. QUENIART, Rennes II, 1995.
      • MINOIS, G., L'évêché de Tréguier au XVe siècle, Thèse de doctorat, ss. dir de A. CHEDEVILLE, Rennes II, 1975.

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      • Chef de saint Yves - BOLARD Claude - 1983
      Edifice :
      Autre :
      • Carte localisant Treguier sur la carte des diocèses bretons - BOLARD Claude - 1983

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • BOLARD / PROVOST Maxime / Georges
      Rédacteur :
      • BOLARD Maxime
      Date de l'enquête :
      1995/2017
      Date de rédaction de la fiche :
      2017
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheBOLARD Maxime, « Saint-Yves-de-Treguier », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/716/saint-yves-de-treguier, version du 21/11/2017, consulté le 20/11/2018