INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

Retour à la liste des sanctuaires

Notre-Dame-de-Rocamadour

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Notre-Dame-de-Rocamadour
Période d'activité :
XIIe siècle - 2017
Commune :
Rocamadour
Département :
Lot
Représentation de Notre Dame de Rocamadour, vignette du Livre des Miracles, BnF, Ms. lat. 12593, fol. 94

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Rocamadour
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Cahors (1801 - 2017)
Ancien: Cahors (XIIe siècle - 1317)
Paroisse :
Actuelle: Saint-Sauveur de Rocamadour (XIIe siècle - 2017)
Ancienne:
Compléments :

Lorsque le pèlerinage apparaît dans la documentation au XIIe siècle, le sanctuaire est situé dans le diocèse de Cahors. À partir de 1317, il dépend du diocèse de Tulle, créé par le pape Jean XXII. Il est à nouveau dans le diocèse de Cahors depuis 1801.

Site

Type de site :
Plateau
Altitude :
239 m
Compléments :

Plateau calcaire avec une haute falaise rocheuse surplombant la petite vallée encaissée de l'Alzou (150 m de dénivelé).

Site considéré comme « sauvage » dans la documentation médiévale, qualifié de "Val ténébreux". Présence de grottes.

L’altitude de Rocamadour, bâti à flanc de falaise, est comprise entre 110 et 364 m.


Paysage

Type de couvert végétal :
Bois
Forêt
Type de l'habitat :
Village
Type de proximités :
Axe de circulation
Cours d'eau
Compléments :

Les sanctuaires se sont développés sous l'encorbellement (et la protection) du rocher. Le lieu sauvage et désert où s'est implanté l'ermitage est devenu un bourg (doté d'une charte de coutumes en 1223), l’ensemble des maisons formant rempart.


LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Notre-Dame-de-Rocamadour (XIIe siècle - 2017)
Compléments :

Le pèlerinage est tout d’abord désigné sous l’appellation Sainte-Marie de Rocamadour. À partir de l'époque moderne, la forme Notre-Dame de Rocamadour l'emporte.


Type de lieu de culte :
Prieuré
Nom du lieu de culte :
Notre-Dame
Saints patrons :
  • Vierge Marie (XIIe siècle - 2017)
Compléments :

Ce prieuré de l’abbaye clunisienne de Saint-Martin de Tulle est un sanctuaire marial où l'on vénère une Vierge noire et miraculeuse, ainsi que le corps autrefois intact d'un saint ermite : Amadour (voir fiche saint Amadour). Il y a plusieurs édifices de culte : la basilique Saint-Sauveur (qui est l'église paroissiale), l'église Notre-Dame, (où est exposée la statue), la chapelle inférieure Saint-Amadour (qui forme une sorte de fausse crypte sous Saint-Sauveur), la chapelle Saint-Michel, la chapelle Saint-Louis, parmi les principales. Le parvis qui dessert ces différents édifices accueillait de nombreuses sépultures. Il se situe au sommet du grand escalier emprunté par les pèlerins. Dans la partie orientale du complexe des sanctuaires, se trouvent aussi les chapelles Sainte-Anne, Saint-Blaise et Saint-Jean-Baptiste, édifiées entre le XIIe et le XVe siècle. Il y a également une maison-forte qui formait le palais abbatial, une lanterne des morts, des portes fortifiées. Les moines vivaient dans des habitats de type troglodytique. On pense que la plupart de ces édifices ont été édifiés sous l’abbatiat de Géraud d’Escorailles (1154-1185), même si l'ermitage et les chapelles primitives étaient nécessairement antérieurs. Les hôpitaux se sont multipliés : l'hôpital des pauvres, qui se situe au Nord de la ville et qui possède chapelle et cimetière, a été créé après 1200 ; l'hôpital Saint-Jacques de Magès, lui, se trouve au Sud. Au XIVe siècle, un hôpital Notre-Dame a été édifié au pied du grand escalier. L’ensemble des bâtiments a subi des transformations considérables au XIXe siècle.


L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Notre Dame de Rocamadour
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Bois
Dimensions de l'objet :
H = 66 cm ; l = 21cm ; pr=19 cm
Emplacement :
La statue est actuellement exposée au dessus du maître-autel dans la chapelle Notre-Dame.
Datation de l'objet :
1100-1300
Compléments :

Il y a en fait deux statues de Vierges noires. L'une, très peu connue et non étudiée, est conservée au Musée d'Art Sacré (fermé). Elle mesure 52 cm, elle est en bois et a été très endommagée : elle a perdu, les bras, le nez et l'enfant. Elle est pourvue d'une logette à l'arrière. On la date du XIIe ou du XIIIe siècle et, en l'état actuel de la recherche, il n'est pas possible de savoir si elle est antérieure ou non à la statue exposée dans la chapelle Notre-Dame. Celle-ci est une statue, exposée en hauteur dans un ciborium, au centre d'un retable qui a été confectionné en 1889 et a remplacé le retable baroque. Il s’agit d’une statue de bois représentant une Vierge en majesté, l’Enfant Jésus étant assis sur son genou gauche. Elle est également évidée à l'arrière. Son visage est sombre, son allure austère, le vêtement qu'elle porte, un bliaut, est orné de plaques métalliques à motifs de rinceaux. Elle est généralement datée de la fin du XIIe ou début du XIIIe siècle. La statue de la Vierge n'est pas mentionnée dans le Livre des miracles de 1172, mais on en trouve une mention dans une bulle promulguée en 1235 par Grégoire IX à la suite du pillage du lieu par Hélie de Ventadour : la statue a été accablée de pierres. Mais on ne peut savoir de laquelle des statues il s'agit. Odo de Gissey (1567-1643) en a vu deux, exposées à des hauteurs différentes dans la chapelle Notre-Dame. La statue de l'église Notre-Dame fait actuellement l'objet d'expertises, qui permettront peut-être d'en préciser la datation.


LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :

Des éléments légendaires tardifs (XVIIe siècle) entourent la statue de la Vierge Noire qui aurait été fabriquée par saint Luc ou par saint Amadour (Odo de Gissey) ainsi qu'une cloche ancienne, censée sonner chaque fois qu'un miracle se produit au loin. Cette dernière est suspendue actuellement dans l'église Notre-Dame.

Miracles :

De nombreux miracles sont attribués à la Vierge dans un Livre des miracles rédigé en 1172 (127 récits miraculeux) et d'autres miracles ont été enregistrés ultérieurement ; Odo de Gissey en signale 14 entre 1385 et 1554. Jacques Cartier, voguant vers la Nouvelle France, aurait invoqué la Vierge  de Rocamadour en 1534 et bénéficié de sa protection.

Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Pèlerinage judiciaire
  • Piété
  • Voeu
Compléments :

Le pèlerinage judiciaire à Notre-Dame de Rocamadour est une réalité de la fin du Moyen Âge (tribunaux flamands, parisiens).


Recours :
  • Voeu
  • Thérapie
  • Libération des prisonniers
  • Grâce particulière
  • Folie
  • Délivrance
Compléments :

En 1172, dans le Livre des miracles, les miracles thérapeutiques concernent un grand nombre d'affections : motricité, affections des sens (vue, ouïe,...), tumeurs. La protection contre les dangers est très présente, en particulier les sauvetages de noyades. Par la suite, la Vierge de Rocamadour fut fréquemment invoquée par les marins en perdition. Notons, par exemple, l'existence d'une chapelle Notre-Dame de Rocamadour à Camaret. Jacques Cartier lui-même a bénéficié de l'intervention de la Vierge Noire. Cette particularité, étonnante pour un sanctuaire situé au milieu des terres, peut être mis en relation avec le fait que chacune des trois parties du Livre des miracles débute par un récit concernant les risques de la navigation. De plus, seuls ces miracles font l'objet d'une vignette enluminée dans les deux manuscrits décorés. Mais ce qui l'emporte quantitativement dans le Livre des miracles du XIIe siècle, ce sont les traumatismes et blessures de guerre (près de 30% des cas), liés au contexte belliqueux.


Jour(s) de fête :
  • Fêtes de la Vierge
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :

Le pèlerinage est très fréquenté aux XIIe et XIIIe siècles par des catégories sociales très variées, notamment des hommes d'armes. On note à ce moment-là une sur-représentation aristocratique, laïque comme ecclésiastique. Par la suite, la fréquentation devient irrégulière, notamment pendant la guerre de Cent Ans, mais ne s'interrompt pas. À la période moderne, on note un net déclin. Au XIXe siècle, on assiste à une reprise importante de l'activité. De nos jours, le sanctuaire est toujours fréquenté, mais plus particulièrement en été, le site attirant également de nombreux touristes.


Pratiques individuelles :
  • Prières
  • Incubation
  • Procession
  • Voeux
  • Offrir
  • Aller à genoux
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Chants
  • Lecture publique
Ex voto :
  • Autre

    On peut voir actuellement dans la chapelle Notre-Dame des bateaux ex-votos.

  • Autre

    On trouve également dans le sanctuaire des objets mémoriels : l’os pointu  qui s’était enfoncé dans la gorge d’une miraculée, ainsi que des dons symboliques : cordons de cire de la taille du miraculé…

  • Autre

    Tapisserie brodée par la reine Sancia de Navarre qui, condamnée à une ordalie (elle est précipitée du haut du pont de Sauveterre-de-Béarn dans le gave d'Oloron), est sauvée grâce à l'invocation de la Vierge de Rocamadour.

  • Texte gravé

    De nos jours, on voit suspendues dans la chapelle Notre-Dame de nombreuses plaques de marbre.

  • Anatomique (XIIe siècle)

    Dans le Livre des miracles, on trouve mention d'objets anatomiques en cire ou en argent (par exemple un nez, des dents, des jambes...).

  • Chaines (XIIe siècle)

    Le Livre des miracles évoque la présence dans le sanctuaire de chaines de prisonniers.

  • Métal (XIIe siècle)

    Le Livre des miracles évoque également la présence d'armes variées (lances, épées, poignards...). Des statuettes métalliques portant les marques des blessures et des armes sont suspendues à la voûte du sanctuaire.

Confrérie(s) :
  • Notre-Dame de Rocamadour (?)

    Un confrère est mentionné dans le Livre des miracles (I, 42).

Indulgence(s) :
  • Partielle (1306)

    Indulgences  d'1 an et 100 jours accordées par Clément V pour ceux qui visiteraient la chapelle Notre-Dame lors des fêtes de la Vierge. Les indulgences sont moins importantes pour l'octave des fêtes.

  • Partielle (1363)

    Urbain V accorde des indulgences à ceux qui contribuent à restaurer l’hôpital des pauvres.

  • Partielle (1427)

    Une bulle d’indulgences spéciales est accordée en 1427 (3 ans et 3 quarantaines lors de certaines fêtes et cent jours pour leur octave pour les fidèles qui viendraient durant les 10 premiers jours du mois de mai et feraient une aumône pour la réparation des bâtiments).

  • Partielle (1428)

    Le "Grand Pardon" se célèbre quand la Nativité de saint Jean-Baptiste coïncide avec le jeudi de la Fête-Dieu, la fête de Pâques tombant le 25 avril : soit en 1451, en 1546 (où des pillages et des meurtres se sont produits), puis en 1666 où on a noté une affluence de plus de 10 000 pèlerins ; ensuite, cette pratique tombe dans l'oubli et n'est remise en honneur qu'en 1899 et 1943.

     

  • Plénière (1463)

    Une indulgence plénière est accordée par Pie II en 1463 à tous les fidèles qui visiteront le sanctuaire une fois dans le courant des 10 premiers jours du mois et qui feront une aumône pour la réparation des bâtiments.

Compléments sur le culte :

Dans le Livre des miracles, on trouve mention d'objets anatomiques en cire ou en argent (par exemple un nez, des dents, des jambes...), des bateaux, les chaînes des prisonniers et des armes variées (épées, lances, poignards...)  ; des statuettes métalliques portant les marques des blessures et les armes sont suspendues à la voûte du sanctuaire. On trouve aussi des objets mémoriels : l’os pointu  qui s’était enfoncé dans la gorge d’une miraculée, ainsi que des dons symboliques : cordons de cire de la taille du miraculé…On peut également noter la tapisserie brodée par la reine Sancia de Navarre qui, condamnée à une ordalie (elle est précipitée du haut du pont de Sauveterre-de-Béarn dans le gave d'Oloron) est sauvée grâce à l'invocation de la Vierge de Rocamadour. Au XIVe siècle, les comptes du collecteur apostolique (1360-1361) font toujours état d'ex-voto. Ils permettent de voir que la part des revenus qui revenaient à l'évêque de Tulle sur les troncs, la cire et sur la vente des sportelles et des ex-votos usagés, rapportait 419 florins et 41 moutons d'or. On remarque aussi des dons importants de la part de pèlerins, dont des pèlerins anglais. De nos jours, on voit suspendus dans la chapelle Notre-Dame, des bateaux ; il y a aussi de nombreuses plaques de marbre.

Les enseignes de pèlerinage de Notre-Dame de Rocamadour portent le nom de sportelles. De forme ovoïde, elles représentent la statue de la Vierge de Rocamadour avec l'enfant. Elles sont en plomb, en étain, en cuivre ou en argent. Dans certains cas, on les posait sur le malade. Jacques Cartier, pris dans une tempête, cloua une sportelle au mât de son vaisseau. Un poilu de 1914, Prosper Floirac, remerciait sa femme en ces termes : "Je conserve et prie la petite Vierge que tu as eu la bonne idée de mettre sur moi".

Le pèlerinage à la Vierge de Rocamadour est toujours très actif. Des processions ont eu lieu avec la statue : ainsi, en 1955, elle a été transportée dans une Peugeot 203,  "somptueusement parée", à Gramat, où se tenait le Congrès marial. De nos jours, les pèlerins se mêlent aux touristes, particulièrement l’été. Actuellement, le temps fort du pèlerinage est la semaine mariale qui a lieu une fois par an, en septembre. Elle a été inaugurée en 1835. Des miracles sont encore signalés par les personnes en charge du sanctuaire (un miracle concernant des navigateurs en péril en 2008 notamment). En octobre 2016, on a porté la statue de Rocamadour jusqu’aux Sables-d’Olonne pour le départ de la course du Vendée Globe, la Vierge étant réputée pour la sauvegarde des marins.

L'ÉDIFICE

Description :

Le site du pèlerinage de Rocamadour comprend plusieurs édifices de culte : l'église paroissiale Saint-Sauveur, édifiée en grande partie dans la seconde moitié du XIIe s ; l'église  Notre-Dame, où on expose la Vierge Noire ; la chapelle Saint-Amadour, édifiée en contrebas  de Saint-Sauveur forme une sorte de fausse crypte d’époque romane ; la chapelle Saint-Michel, en hauteur, est décorée de peintures mariales extérieures représentant l'Annonciation et la Visitation (XIIe siècle). On accède à ces édifices par un grand escalier que les pèlerins montaient parfois à genoux. Les chutes de rochers avaient déjà exigé d’importantes réparations à la fin du XVe siècle, notamment dans l'église Notre-Dame. Elle est reconstruite et agrandie en 1479 par Denys de Bar, évêque de Tulle. Sa façade s'orne d'une peinture extérieure représentant un Dit des trois morts et des trois vifs. Les incendies (1562) et autres dommages de guerre ont conduit à la ruine des bâtiments. Une campagne de restauration a été entreprise par l’abbé Chevalt, architecte de l’évêque de Cahors, entre 1860 et 1864 ; elle  a considérablement modifié les édifices.

Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
  • Autre

    On accède aux différents édifices du sanctuaire par un grand escalier que les pèlerins montaient parfois à genoux.

  • Hospices (XIIIe siècle)

    Un hôpital, sans doute créé après la visite de Louis IX au sanctuaire, fut confié à des Dames Hospitalières de l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem en 1259.

Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
  • Autre

    La statue de la Vierge Noire, habillée, est exposée en hauteur au-dessus de l'autel dans l'église  Notre-Dame. Il y a encore des ex-voto suspendus à la voûte, notamment des bateaux ainsi que la cloche miraculeuse, censée sonner chaque fois qu'un miracle se produit au loin. Selon les auteurs du XVIe siècle, elle était autrefois suspendue à l’entrée de l'église. Dans le mur extérieur de cette dernière, se trouve fichée une épée, mentionnée depuis le XVIe siècle et que la légende identifie avec Durandal.

HISTOIRE DU SANCTUAIRE

Origines :
Date de première mention : 1105
Initiative de la fondation :
  • ?
Environnement institutionnel, politique et religieux :

Une église Sainte-Marie de Rocamadour est mentionnée pour la première fois en 1105 (dans une liste des possessions de Tulle). Vers 1115, dans le cadre d'un procès entre les deux abbayes de Tulle et de Marcilhac, l'archidiacre envoyé par l'évêque de Cahors note qu'il y a dans l'église des catenulas, autrement dit des petites chaînes que les pèlerins portent en pénitence. On en déduit que le pèlerinage était déjà actif et fréquenté.

Au XIIe siècle, dans le contexte troublé de la féodalité méridionale, Rocamadour est sous la houlette d’un prieur qui dépend de l’abbaye clunisienne de Tulle (diocèse de Limoges). Ce monastère l’a en effet emporté sur celui de Marcilhac (diocèse de Cahors) au terme d’un procès qui court durant tout le XIIe s. À partir de 1317, l’évêché de Tulle est créé par le pape Jean XXII et les revenus du pèlerinage sont affectés à la mense de l’évêque, qui est également seigneur de la ville. Celui-ci remplace les moines qui desservaient le sanctuaire marial par des prêtres séculiers prébendés. Il y en avait 16 en 1360 selon les comptes du collecteur apostolique ; leur nombre est réduit à 12 en 1423. Cette communauté est érigée en collégiale de chanoines en 1425.

Phases d'évolution :

Le pèlerinage est attesté de manière indirecte dès le début du XIIe s, bien qu'il ne figure pas dans le Codex Calixtinus (composé à la gloire du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle). En effet, l'archidiacre envoyé par l'évêque de Cahors, vers 1115, signale dans l'église Notre-Dame la présence de catenulas, petites chaînes que portaient les pénitents. C'est donc une preuve de la fréquentation par des pèlerins. La découverte du corps intact de saint Amadour en 1166 et la rédaction du Livre des miracles de la bienheureuse Vierge Marie en 1172 marquent le contexte de l'essor. Le sanctuaire reçoit en 1159 et 1170 la visite du roi Henri II Plantagenêt, qui effectue deux passages tant pour des raisons politiques et militaires que religieuses. Le sanctuaire est de fait un point d'appui de la politique offensive des Plantagenêt, en direction du sud, contre les possessions des comtes de Toulouse (siège de Toulouse en 1159). Le contrôle du secteur quercynois est momentanément confié à Thomas Becket, qui a accompagné Henri II dans son expédition militaire. Le pèlerinage marial semble en effet connaître un grand succès dans la seconde moitié du XIIe s. malgré (ou à cause ?) de cette « Grande guerre méridionale » qui oppose le comte de Toulouse (et le roi de France) d'une part au comte de Barcelone (et au roi d’Angleterre) d’autre part. Les pèlerins viennent de tout l’Occident et on retrouve des sportelles aux confins de la chrétienté. Au XIIIe siècle, des pèlerins illustres sont signalés (Louis IX, Blanche de Castille, Simon de Montfort.. .). Le succès international est confirmé par la fondation de nombreux lieux de culte (églises, monastères) sous l’invocation de la Vierge de Rocamadour, ainsi que des hôpitaux et des confréries en Castille, Navarre et au Portugal : citons, parmi d'autres, les églises de Estella et Sanguesa (Navarre), de Chaves, Santarem, Porto (Portugal). Ce phénomène est à mettre en liaison avec le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle ; mais les liens politiques entre la dynastie des Plantagenêt puis des Capétiens et les souverains de ces états expliquent également ces fondations précoces. En effet, la fille d’Henri II Plantagenêt, Eléanor (Aliénor, Léonor) a épousé le roi de Castille Alphonse VIII ; elle est la mère de Blanche de Castille et la grand-mère de Louis IX. Les donations précoces faites par Sanche de Navarre et Alphonse VIII de Castille à Notre-Dame de Rocamadour se justifient par ces liens politiques et dynastiques.

Le pélerinage décline  ensuite à cause de la Guerre de Cent Ans et de la menace des routiers dans ce secteur frontalier. Rocamadour passe sous domination anglaise à la fin du XIVe siècle, après le traité de Brétigny, de 1360 à 1390. Cependant le pèlerinage ne disparaît pas. En 1360, le collecteur pontifical qui fait l'inventaire des revenus du sanctuaire peut attester à la fois de la fréquentation mais également des dangers du lieu, puisqu'il est victime d'une attaque anglaise et, sérieusement blessé, ne repart que sous escorte. On peut signaler aussi le pèlerinage de soldats bretons en 1374. En 1403, on note que plus de 700 pèlerins franchissent le bac sur la rivière dans la seule semaine de Pâques.

À l’époque moderne, le sanctuaire subit les destructions des Protestants. Le déclin est inexorable aux XVIIe et XVIIIe siècles. Au XIXe siècle, une  revivification est opérée par des prêtres missionnaires qui relancent le pèlerinage. L'accès par le train facilite la reprise des pèlerinages collectifs organisés par le clergé. Le sanctuaire est très largement restauré par l’abbé Chevalt, élève de Viollet-le-Duc. La congrégation des religieuses de Notre-Dame du Calvaire est fondée par Pierre Bonhomme, curé de Gramat, qui, de son vivant, faisait le pèlerinage à pied une fois par semaine, encourageant ses fidèles à l’imiter au moins une fois par an. La congrégation, de nos jours encore, participe à l’accueil des pèlerins. On avance le chiffre d'un million de visiteurs par an (?).

Evénements marquants :
  • Guerres (XIIe siècle)

    Le sanctuaire a été pillé à plusieurs reprises : d'abord par Henri le Jeune (Plantagenêt) en 1183 puis plus tard par Hélie de Ventadour en 1235 et ensuite par les Protestants en 1562.

  • Visite exceptionnelle (1159)

    Expédition d’Henri II, roi d’Angleterre, à Rocamadour. Sa venue prouve l’importance stratégique et symbolique de Rocamadour dont le pèlerinage est vivant depuis plus d'un demi-siècle. La découverte d'Amadour en 1166, comme la rédaction du Livre des miracles en 1172 ou l'érection des édifices se font dans le contexte de l'expansion Plantagenêt.

  • Découverte d'un corps saint (1166)

    En creusant une sépulture sur le parvis de Notre-Dame, on découvrit le corps "sans corruption" d’un personnage que l’on identifia à Amadour (voir fiche Saint-Amadour).

  • Livre de miracles (1172)

    Un livre des miracles est rédigé. Il consigne 127 récits miraculeux.

  • Visite exceptionnelle (1211-1212)

    Séjour de Simon de Montfort et d'Arnaud Amaury, légat pontifical de la croisade contre les albigeois.

  • Visite exceptionnelle (1219)

    Passage de saint Dominique.

  • Visite exceptionnelle (1244)

    Pèlerinage de saint Louis, de sa mère Blanche de Castille et de ses frères.

  • Guerres (XVe siècle)

    Guerre de Cent ans.

  • Visite exceptionnelle (1303)

    Pèlerinage de Philippe IV le Bel.

  • Visite exceptionnelle (1323)

    Pèlerinage de Charles IV le Bel et de la reine Marie de Luxembourg.

  • Visite exceptionnelle (1336)

    Pèlerinage de Philippe VI.

  • Visite exceptionnelle (1443)

    Pèlerinage de Louis XI, qui revint ensuite en 1464.

  • Guerres (XVIe siècle)

    Guerres de Religion.

  • Reprise du culte (XIXe siècle)

    Le pèlerinage est revitalisé au XIXe s. L’abbé Chevalt restaure le sanctuaire.

  • Erection du sanctuaire en basilique mineure (1913)

    L’église Saint-Sauveur est érigée en basilique par le pape Pie X.

Rayonnement(s) :
  • International (1100-1200 -> 2017)

    Le sanctuaire est fréquenté par des pèlerins venus de tout l'Occident, comme en témoignent l'origine des miraculés du Livre des miracles (1172) ainsi que la diffusion des enseignes de pèlerinage, les sportelles, retrouvées partout en Occident jusque dans les Pays Baltes.

RÉFÉRENCES

Source(s) :
  • Miracles publiés (1907)

    E. Albe, Les Miracles de Notre-Dame de Rocamadour au XIIe siècle, texte et traduction d’après les manuscrits de la Bibliothèque nationale, Paris, 1907 (édition reprise par Jean Rocacher, Toulouse, 1996, avec introduction et compléments de notes).

  • Recueil de miracles (1172)

    Livre des miracles de la Vierge (manuscrits Bnf,  lat. 12593, 16565, 17491…).

  • Vita

    Vies de saint Amadour (éditées par Albe), Actes de saint Amadour.

  • Recueil de miracles

    Odo de Gissey, Histoire et miracles de Notre-Dame de Rocamadour au pays de Quercy..., Tulle, 1666.

Bibliographie :
  • BROUQUET, Sophie, éd., Sedes sapientiae. Vierges Noires, culte marial et pèlerinages en France méridionale, Actes du colloque de Rocamadour (19-20 octobre 2013), coll. Méridiennes, Toulouse, PUM, 2016.
  • BULL, M., The Miracles of Our Lady of Rocamadour : Analysis and Translation, Rochester-New-York, The Boydell Press, 1999.
  • ROCACHER, J. , Rocamadour et son pèlerinage, étude historique et archéologique, Toulouse, 1979.
  • MOLETTE, Charles, «Le culte de Marie à Rocamadour du XIIe au XVe siècle », in De cultu mariano saeculis XII-XV, vol. III, Rome, 1979, p. 147-174.
  • COLLECTIF, Saint Louis, pèlerin et le pèlerinage de Rocamadour au XIIIe siècle, Premier colloque de Rocamadour, 1er au 3 mai 1970, Luzech, 1973.
  • COLLECTIF, Le Livre des miracles de Notre-Dame, 2e colloque de Rocamadour (Rocamadour, 1972), Luzech, 1973.
  • ALBE, E., Roc-Amadour, documents pour servir à l'histoire du pèlerinage, Brive, 1926.
  • DE LATOUR, Bertrand, Histoire de l'église de Tulle et de Notre-Dame de Rocamadour, Tulle, 1633.
Etude(s) universitaire(s) :
  • PHLIPPOTEAU, J., Histoire du pèlerinage de Rocamadour, Master, Toulouse, 2006.

PHOTOGRAPHIES LIÉES

Objet de dévotion :
  • Représentation de Notre Dame de Rocamadour, vignette du Livre des Miracles, BnF, Ms. lat. 12593, fol. 94 - Michelle Fournié - 2016
Edifice :
Autre :

À PROPOS DE L'ENQUÊTE

Enquêteur :
  • FOURNIÉ Michelle
Rédacteur :
  • FOURNIÉ Michelle
Date de l'enquête :
2013
Date de rédaction de la fiche :
2016
Etat de l'enquête :
En cours
Pour citer cette ficheFOURNIÉ Michelle, « Notre-Dame-de-Rocamadour », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/700/notre-dame-de-rocamadour, version du 05/04/2017, consulté le 14/12/2017