INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Martin-de-Tours (n°1)

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Martin-de-Tours
Période d'activité :
Ve siècle - XIe siècle
Commune :
Tours
Département :
Indre et Loire
Martin partageant son manteau, vignette historiée de la Vie de saint Martin par Péan Gastineau, v. 1290-1310

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Tours
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel:
Ancien: Tours (Ve siècle - XIe siècle)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne:

Site

Type de site :
Plaine
Altitude :
52 m
Compléments :

La basilique Saint-Martin s’élève au cœur de la ville, bâtie entre Loire et Cher, qui se rejoignent au sud-ouest de Tours. Tours s’est initialement développée autour d’une butte sur la rive sud de la Loire, puis autour de la basilique Saint-Martin à partir du Ve siècle.


Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Cathédrale
Cours d'eau
Compléments :

Au Moyen Âge, le culte de saint Martin atteint un tel niveau de notoriété que la ville est désignée sous le nom Martinopolis (ville de Martin).


LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Martin-de-Tours (Ve siècle - XIe siècle)
Compléments :

Les premiers témoignages du pèlerinage à saint Martin à Tours remontent à l’épiscopat de Perpetuus (v. 458-v. 488). L’évêque fit construire sur le tombeau du confesseur une vaste basilique et rédigea une Charta de miraculis sancti Martini, qui nous est parvenue dans une version poétique composée à sa demande par Paulin de Périgueux. Martin est l’un des saints les plus vénérés durant l’Antiquité tardive et le Moyen Âge. La basilique, plusieurs fois remaniée, fut reconstruite a fundamentis au XIe s.


Type de lieu de culte :
Basilique
Nom du lieu de culte :
Saint-Martin
Saints patrons :
  • Martin (461 - XIe siècle)
Compléments :

Après sa mort à Candes en 397, Martin est enterré à Tours. Son successeur à l’évêché de cette ville, Brictius, fait élever une modeste chapelle sur sa tombe. Mais c’est à l’évêque Perpetuus (458-488) que l’on doit l’édification d’une vaste basilique sur son tombeau à partir de 461 et la promotion de son culte. Celui-ci se perpétue dans la basilique des origines, plusieurs fois remaniée, puis dans la basilique reconstruite au XIe s. (voir fiche Saint-Martin n°2).


L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Martin
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
La sépulture de saint Martin est tout d’abord recouverte par une simple chapelle. Lors de la reconstruction de la basilique par Perpetuus (Ve siècle), le tombeau est mis en valeur, dans une abside de forme allongée, derrière l’autel, formant un véritable martyrium.
Datation de l'objet :
IVe siècle
Compléments :

L’évêque Perpetuus fit graver, sur les murs de l’abside de la basilique qu’il avait fait édifier, des formules célébrant la sainteté de Martin, que l’on doit aux écrivains Sidoine Apollinaire et Paulin de Périgueux. À l’époque de Perpetuus et de Grégoire de Tours, le tombeau était en permanence illuminé par des candélabres et des lampes suspendues au plafond du sanctuaire. Des « voiles » pendaient également dans le sanctuaire et recouvraient, pour certains, le tombeau du saint.


LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :

On connaît la vie de saint Martin de Tours essentiellement grâce au récit de Sulpice Sévère datant de la fin du IVe siècle. Martin est né vers 316-317 en Pannonie (Hongrie) mais a été élevé en Italie du Nord. Fils d’un officier de l’armée romaine, il devint lui-même soldat de la cavalerie impériale. Par une froide journée d’hiver, alors qu’il se trouvait en garnison à Amiens, il partagea son manteau avec un mendiant qui demandait secours. La nuit suivante, il vit en songe le Christ revêtu de la moitié du manteau partagé avec le mendiant. Après cet événement, Martin fut baptisé et quitta l’armée. Il tenta une expérience de vie érémitique à Milan puis sur une île de la côte Ligure, et fonda vers 360 le monastère de Ligugé près de Poitiers. Là, sa réputation de thaumaturge se répandit et Martin fut alors sollicité par les tourangeaux pour devenir leur évêque. Occupant le siège épiscopal de Tours, il fonda le monastère de Marmoutier sur la rive nord de la Loire. Martin voyagea alors à travers la Gaule et lutta contre le paganisme. Il mourut à Candes vers 397 et son corps fut ramené à Tours pour y être inhumé.

Miracles :

De son vivant, Martin était considéré comme un thaumaturge, guérissant les possédés, mais aussi comme un adjutor, aidant à la victoire ceux qui l’invoquaient. Après sa mort, l’huile déposée dans un vase lui-même placé sur son tombeau, ou encore la cire des chandelles qui se consumaient dans le sanctuaire, étaient chargées de la virtus du saint. Dans son poème, Paulin de Périgueux évoque des naufragés, sur mer ou sur la Loire, secourus grâce à l’intercession de saint Martin ou encore un homme qui protégea ses domaines des tempêtes qui y sévissaient en déposant de la cire bénie qu’il avait rapportée de pèlerinage au tombeau de Martin (Paulin de Périgueux, Vita sancti Martini episcopi, VI, v. 320-336, éd. M. Petschenig, CSEL, 16, p. 152).

En 589, un pèlerin originaire de Chartres nommé Blidericus, fit le vœu d’instituer la basilique Saint-Martin comme son héritière s’il obtenait le fils désiré (VM, IV, 11, p. 202).

Dans les quatre livres De virtutibus sancti Martini, Grégoire de Tours a scrupuleusement consigné, au terme d’une enquête et selon un interrogatoire type, les miracles survenus grâce à l’intercession de saint Martin, à Tours ou ailleurs. Le premier livre concerne les miracles les plus anciens, survenus avant l’accès de Martin à l’épiscopat. Les livres suivants relatent les miracles survenus durant cet épiscopat. Au total, ce sont plus de 200 miracles qui sont consignés, d’autres mentions de miracles et pèlerinages étant de plus mentionnés ailleurs dans l’œuvre de Grégoire.

Des œuvres hagiographiques ultérieures relatent également des miracles survenus à Tours ou grâce à l’intercession du saint. La Vita de saint Pardoux, abbé de Guéret, rédigée à la fin du VIIIe s. rapporte par exemple la guérison d’un paralytique qui vivait depuis cinq ans dans le portique de la basilique Saint-Martin dans l’attente d’un miracle, qu’il obtint ensuite à Limoges. Lors de la translation de saint Germain à Paris en 756, un homme qui avait perdu depuis douze ans l’usage de ses mains, de ses pieds et de ses yeux, recouvra la vue à Tours et l’usage de ses autres membres grâce à saint Germain. À la même époque, la Vie de saint Ermeland raconte également deux miracles où la puissance de saint Martin associée à celle d’Ermeland permit la guérison d’un aveugle et boiteux et d’un autre homme puni pour avoir travaillé un dimanche (Judic, Le pèlerinage, p. 9-10).

Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Voeu
  • Victoire
  • Thérapie
  • Libération des prisonniers
  • Incendie
  • Epizootie
  • Epidémie
  • Biens de la terre
Compléments :

Les miracles consignés dans les Libri de virtutibus Martini concernent en premier lieu des guérisons de toutes sortes (cécité, surdité, mutisme, paralysie, folie, fièvre, dysenterie, peste, rachitisme, hémorragie, etc.), mais aussi des secours tels que la délivrance de captifs, le sauvetage de naufragés, des pêches miraculeuses, des épizooties, des incendies ou encore l’augmentation non moins miraculeuse d’huile au contact du tombeau. Nombreux sont les miracles opérés grâce à un objet ou une matière imprégnés de la virtus du saint : eau ayant servi à laver le tombeau, objets ayant appartenu au saint ou ayant touché le tombeau (textiles, cire, poudre de terre ou de pierre, vin, huile). Ces éléments pouvaient être ingérés ou appliqués directement sur les lieux, ou bien emportés par les pèlerins afin de prolonger les effets du pèlerinage (ampoules contenant de l’huile sainte ou de la poussière grattée sur le tombeau ou dans la basilique).


Jour(s) de fête :
  • 4 juillet (translatio)
  • 11 novembre (depositio)
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :

L’effectif des pèlerins pour la seule période de la seconde moitié du VIe siècle a sans doute été très important, comme le laisse deviner le nombre des miraculés recensé grâce aux écrits de Grégoire de Tours, qui ne constituent nécessairement qu’une petite proportion de la cohorte des pèlerins. Selon certains passages des Libri de virtutibus sancti Martiani, la basilique et ses abords étaient parfois emplis de pèlerins.



La distribution des miracles, selon la calendrier de l’année, lorsque les dates sont précisées, fait ressortir le fait que l’intervention du saint en faveur des pèlerins n’était pas réservée aux seuls jours anniversaires de sa mémoire, même si le 4 juillet et le 11 novembre représentaient sans doute un pic d’affluence (Pietri, Tours, p. 573).


Pratiques individuelles :
  • Cire
  • Pénitence
  • Toucher
  • Boire
  • Offrir
  • Jeûne
  • Pèlerinage
  • Approcher du tombeau
  • Ingestion
Pratiques en présence du clergé :
  • Offices
  • Prières
  • Inhumation
Ex voto :
  • Métal (VIe siècle)

    Grégoire de Tours rapporte la donation par le roi de Galice de l’équivalent du poids de son fils en or et argent pour obtenir sa guérison (G. de Tours, VJ, 14).

  • Vêtement (Xe siècle)

    Adélaïde (vers 945-1004), épouse d’Hugues Capet, fit don à la basilique d’une chasuble brodée, d’une chape brodée d’or et de deux autres brodées d’argent (Vaucelle, La collégiale de Saint-Martin, p. 158).

Confrérie(s) :
    Indulgence(s) :
      Compléments sur le culte :

      Dès Paulin de Nole, la basilique Saint-Martin est présentée comme l’un des sanctis religione locis, pouvant se substituer aux lieux sacrés de la Palestine, où chacun n’est pas en capacité de se rendre.

      Parmi les pratiques recensées par Grégoire de Tours, outre les vœux, prières, et pèlerinages au tombeau, on peut noter des pratiques plus spécifiques comme l’ingestion d’une potion à base de poussière du tombeau ou encore un autre breuvage obtenu de la dilution dans l’eau du papyrus constituant des chandelles déposées sur le tombeau de saint Martin. À une occasion également, Grégoire de Tours lui-même fut guéri grâce à l’apposition d’un voile qui recouvrait le tombeau du saint, une autre fois grâce à des fils de tissus suspendus dans le sanctuaire placés sous ses vêtements, une autre fois encore en touchant le tombeau de sa langue. Des enfants furent également guéris grâce à des parcelles de tissus provenant de la proximité du tombeau. Une patène ayant appartenu au saint passait également pour guérir les frissons. D’une manière générale, différentes matières ayant été en contact plus ou moins prolongé avec le corps ou le tombeau de saint Martin étaient imprégnées de sa virtus.

      Saint Martin était considéré à cette période comme un saint polyvalent, au pouvoir universel, qui explique en partie le succès de son culte et du pèlerinage. Au VIe siècle, il apparaît comme l’un des plus importants de la Gaule, à la fois par le nombre de ses visiteurs, par la qualité des bienfaits qu’il procure aux pèlerins, et par l’influence de l’église martinienne au-delà de la cité tourangelle.

      L'ÉDIFICE

      Description :

      Un premier édifice avait été édifié par l’évêque Brictus, successeur de Martin, où il fut lui-même inhumé, comme son successeur Eustochius. Mais c’est à Perpetuus que l’on doit la construction d’une basilique plus vaste, sans doute en raison de l’afflux de pèlerins auprès du tombeau du confesseur. À l’occasion de cette reconstruction, le tombeau fut relevé et déplacé. D’après Grégoire de Tours, la basilique avait 160 pieds de long et 60 de large, soit environ 53 mètres par 20. L’édifice comptait 52 fenêtres dont 32 dans la partie entourant l’autel, 120 colonnes et 8 portes. Le tombeau de Martin se trouvait dans le fond de l’abside, encadrée par un atrium oriental, qui permettait un accès direct au tombeau sans passer par la nef.

      La basilique connut ensuite de nombreuses restaurations, notamment aux IXe et Xe siècles, avant une reconstruction de plus vaste ampleur au tout début du XIe siècle (voir fiche Saint-Martin n°2).

      Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
      • Autre (Ve siècle)

        Dès l’époque de Perpetuus, un baptistère fut édifié ad basilicam. Celui-ci fut ensuite transformé par Grégoire de Tours en oratoire dédié à saint Bénigne et l’évêque fit construire un nouvel édifice baptismal (Pietri, Tours, p. 397-398).

      • Autre (VIe siècle)

        Dès le VIe siècle, Un salvatorium, où le clergé recevait les fidèles, construit autour de l’atrium, communiquait directement avec la basilique par une porte (Pietri, Tours, p. 394).

      • Autre (VIe siècle)

        Des sanctuaires annexes sont signalés par Venance Fortunat et Grégoire de Tours. Ils s’élevaient auprès de la basilique ou dans l’atrium de la basilique. Quatre pourraient être distingués, dont deux baptistères (celui de l’époque de Perpetuus et celui qui fut édifié par Grégoire), un oratorium atrii beati Martini, et un autre dédié peut-être aux cinq martyrs Jean-Baptiste, Gervais et Protais, Félix et Victor (Pietri, Bâtiments et sanctuaires, p. 229-230).

      • Autre (VIe siècle)

        Un abbé séculier était chargé de veiller sur la basilique, de diriger les clercs qui la desservaient, de surveiller les visiteurs et les hôtes bénéficiant du droit d’asile, d’en gérer les biens. Cet abba, ainsi que les clercs, étaient logés près de la basilique, dans la cellula abbatis ou domus basilicae, située sur le côté de l’atrium.

      • Autre (VIe siècle)

        Un atrium de la basilique est attesté par plusieurs sources : Grégoire de Tours dans un récit consacré à l’année 585, rapporte que c’est là qu’un dénommé Claudius tua Eberulfus, lui-même meurtrier du roi Chilpéric. Ce lieu permettait aux pèlerins d’accéder au tombeau du saint sans passer par la nef ; on y trouvait également des sépultures ad sanctum. Cet atrium entourait probablement la basilique sur trois côtés mais la partie située derrière le chevet en était la plus importante, car la plus proche du tombeau du confesseur et la plus propice à la diffusion de sa virtus.

      Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

        HISTOIRE DU SANCTUAIRE

        Origines :
        Date de première mention : 397
        Initiative de la fondation :
        • Evêque
        Environnement institutionnel, politique et religieux :

        À Caesarodonum, ville fondée au Ier siècle sur la rive gauche de la Loire, succède la cité des Turons, castrum, métropole de la province romaine et siège d’un évêché. De son vivant, Martin est un thaumaturge puissant. Appelé sur le siège épiscopal de Tours, il contribue à l’évangélisation des campagnes. La dévotion particulière que porta Clovis à saint Martin, au début du VIe s., est à l’origine de l’attachement du lignage royal à son égard. C’est au VIIe s. que serait apparue la capa Martini (la chape ou manteau de saint Martin), insigne relique conservée dans le trésor royal.

        La basilique Saint-Martin est desservie par des clercs, sur lesquels les archevêques ont autorité. Au VIIIe s., les clercs adoptent la règle canoniale.

        Les princes mérovingiens font la puissance et la fortune de la basilique Saint-Martin. Après une période de déclin, le pèlerinage reprend son essor à l’époque carolingienne. Charlemagne confie à Alcuin l’établissement martinien, qui devient un grand centre intellectuel. En 866, Charles le Chauve donne l’abbaye au comte Robert. De là, elle est transmise à ses descendants, les rois capétiens. Au Xe siècle, la cité est divisée en deux : le bourg, à l’ouest, qui s’est développé aux abords de la basilique, fortifié en 918, devient une ville qui prend le nom de Châteauneuf-de-Saint-Martin. Les chanoines y ont le pouvoir de battre monnaie et sont les maîtres du culte martinien. Le chapitre métropolitain est le seigneur principal de la ville, qui passe de la domination des comtes de Blois à celle des comtes d’Anjou. Un pont reliait la cité au bourg abbatial de Marmoutier et au bourg des Arcis. Avec la victoire de Philippe Auguste sur le comte d’Anjou au début du XIIIe s., les deux villes, la cité et la cité martinienne, sont réunies. Mais l’unification ne devient effective qu’avec la construction, durant la Guerre de Cent ans, d’une enceinte commune.

        Phases d'évolution :

        Il est probable que le tombeau de saint Martin, que l’église de Tours honorait comme confesseur, fut visité avant l’époque de Perpetuus, par des pèlerins isolés. Néanmoins, on doit à cet évêque d’avoir organisé le pèlerinage, en premier lieu en faisant bâtir sur le tombeau de Martin une vaste basilique, mais aussi en instaurant un cycle de fêtes solennelles dans le sanctuaire et en faisant mettre en vers la Charta de Martini miraculis par Paulin de Périgueux afin de promouvoir le pèlerinage, œuvre dans laquelle étaient énumérées toutes les sortes de guérisons ou prodiges dont on pouvait bénéficier en se tournant vers le saint confesseur. Le poète n’hésitait pas à écrire que les pèlerins accouraient par milliers de toutes parts (Pietri, Tours, p. 529-530). Cette exagération propre au genre littéraire ne fait pourtant pas douter de l’attractivité de la tombe sainte dès le Ve-début VIe siècle, comme le montre la visite de grands personnages de ce temps (Geneviève, Clovis, Clotilde, Clotaire, Radegonde, de nombreux évêques, etc.) ou encore, comme le rapporte la Vie des Pères du Jura, la possession, par les moines de Condat (Saint-Claude), d’une ampoule d’huile de saint Martin. Après la visite de Clovis, saint Martin devint, au-delà du thaumaturge, le patron de la Gaule franque.

        L’évolution du pèlerinage au VIe siècle est révélée par l’œuvre de Venance Fortunat et de Grégoire de Tours. Ce dernier reprit la publication des miracles (les quatre livres du De virtutibus beati Martini episcopi), dont lui même avait bénéficié avant son accession à l’épiscopat. On déduit des récits des pèlerinages et des miracles opérés sur la tombe de Martin du livre I que le pèlerinage connut une période d’essoufflement après l’épiscopat de Perpetuus, faute d’initiatives nouvelles. On doit sans doute à Eufronius (2e moitié du VIe s.), très actif à la tête de l’église tourangelle, une certaine reprise du pèlerinage (Pietri, Tours, p. 537).

        Dans la seconde moitié du VIe s., les dédicaces à saint Martin se font plus nombreuses, en Neustrie et en Austrasie. Au Mont-Cassin, Benoît fonde un oratoire dédié à Martin. Augustin de Cantorbéry donne à sa première église la dédicace de saint Martin. Grâce aux carolingiens, les dédicaces martiniennes se répandent également dans les pays danubiens et les côtes dalmates.

        On possède, grâce à la présence d’Alcuin à Tours à la fin du VIIIe s.-début du IXe s., quelques indications sur le pèlerinage à cette période. Lui-même composa une Vita Martini, reprenant pour beaucoup les éléments de la Vita de Sulpice Sévère. Alcuin place le sanctuaire Saint-Martin parmi les plus importants, avec ceux de Rome, Milan, Agaune ou Poitiers et évoque les foules de chrétiens affluant dans la cité. La Vita Alcuini, composée dans les années 920, laisse quant à elle deviner la présence de pèlerins étrangers (bretons, anglo-saxons). Dans un diplôme de Louis le Pieux de 832, que reprend un autre diplôme de Charles le Chauve en 845, on apprend que les ressources apportées par les pèlerins vont pour un tiers aux chanoines, sauf les vêtements et autres objets destinés à l’ornement du tombeau de saint Martin, et la cire et l’huile destinées au luminaire de l’église. À la toute fin du IXe s., une cella Saint-Clément et son hôpital sont chargés de recueillir les pèlerins les moins fortunés. Les invasions normandes, au IXe et au début du Xe s., ont ensuite sans aucun doute interrompu le pèlerinage, les reliques de Martin ayant été emmenées loin de Tours. En 940, Odon, alors abbé de Cluny, compose un sermon sur l’incendie de la basilique Saint-Martin en 903. Ce sermon est l’occasion d’une réflexion sur la dévotion martinienne et assimile cet incendie à un châtiment infligé aux chanoines aux mœurs jugées dissolues. Ce sermon nous renseigne en creux sur la poursuite du pèlerinage : les foules se sont en effet  rassemblées comme à l’habitude le jour de la saint Martin, peu après l’incendie. Le sermon dénonce également la présence, à l’intérieur des murs édifiés par les chanoines de Saint-Martin, d’une auberge, propre sans doute à accueillir les pèlerins.

        Evénements marquants :
        • Construction (Ve siècle)

          L’évêque Perpetuus fait construire en 461 une vaste basilique sur la tombe de Martin. L’édifice est achevé en 473.

        • Construction (Ve siècle)

          Le successeur de Martin sur le siège épiscopal de Tours, Brictius, fait ériger une modeste chapelle sur sa tombe.

        • Visite exceptionnelle (Ve siècle)

          Geneviève (v. 422-v. 502), sainte protectrice de Paris, se rend vers 480 en pèlerinage au tombeau de saint Martin, où elle guérit des possédés.

        • Visite exceptionnelle (VIe siècle)

          Pèlerinage de la reine Radegonde.

        • Voeu (507)

          Clovis demande l’intercession de saint Martin pour vaincre les Wisigoths. Après la victoire de Vouillé, Clovis fait de nombreux dons à la basilique. Cet événement constitue une action décisive pour le développement du culte.

        • Visite exceptionnelle (511)

          La reine Clotilde se rend à la basilique Saint-Martin.

        • Visite exceptionnelle (565)

          Venance Fortunat se rend en pèlerinage sur la tombe de Martin après avoir obtenu la guérison, par l’intercession de saint Martin, d’une maladie des yeux dont il était atteint.

        • Acte exceptionnel de dévotion (VIIe siècle)

          Dagobert charge Eloi, orfèvre, de confectionner « un magnifique ouvrage d’or et de gemmes » pour la tombe où saint Martin avait reposé.

        • Visite exceptionnelle (VIIe siècle)

          Pèlerinage de saint Amand, missionnaire du nord du monde franc.

        • Visite exceptionnelle (VIIe siècle)

          Vers 610, après son expulsion de Luxeuil, Colomban et les gardes chargés de l’escorter font halte à Tours. Là, Colomban se rend par deux fois au tombeau de Martin.

        • Visite exceptionnelle (VIIIe siècle)

          Pépin le Bref, son épouse et ses fils Charles et Carloman auraient fait un pèlerinage à Tours (selon la continuation de Frédégaire).

        • Visite exceptionnelle (800)

          Pèlerinage de Charlemagne à Tours. C’est lors de ce pèlerinage que meurt la reine Luitgarde. Elle est inhumée dans la basilique Saint-Martin.

        • Translation (IXe siècle)

          Face aux invasions des Normands, les religieux emportent en 853 la châsse de saint Martin à l’abbaye Saint-Paul de Cormery. Une nouvelle incursion des Normands entre 862 et 869 pousse les religieux à fuir à Léré, dans une villa que leur avait donné Charles le Chauve, grâce auquel ils peuvent rapidement revenir à Tours avec le corps de Martin et reconstruire leur monastère. Les errances des moines et du corps de saint Martin ne sont pas terminées puisque de nouvelles incursions font fuir les religieux en Auvergne dans la villa de Marsat. Dans les années 870-872, le corps du confesseur est de retour à Tours, jusqu’à un nouveau départ des moines vers leur villa de Chablis près de Tonnerre où la présence du corps est attestée en 877. Pendant ce temps, le sépulcre de Martin reste vide. Le corps est finalement rapporté le 13 décembre 877. Lors du siège de Tours par les Normands, en 903, la châsse de saint Martin, portée par les habitants sur les remparts gallo-romains de la ville réparés à la fin du règne de Charles le Chauve, passe pour avoir contribué à faire fuir les envahisseurs.

        • Incendie (903)

          La basilique est fortement endommagée dans un incendie. L’édifice est alors restauré et entouré de puissantes murailles, qui englobent également le bourg, qu’on appelle par la suite castrum novum. Le 12 mai 919, on célèbre le retour du corps de saint Martin et la consécration de la nouvelle basilique.

        • Incendie (997)

          Un autre grand incendie ravage Châteauneuf en 997, ce qui conduit à la reconstruction de la basilique.

        • Reconstruction (XIe siècle)

          Une vaste basilique est reconstruite par le trésorier de Saint-Martin, Hervé de Buzançais (Voir fiche Saint-Martin n°2). Elle mesurait 114 m de long pour 24 m de hauteur sous voûte et était dotée d’un chevet à chapelles rayonnantes. Elle était en grande partie charpentée. La nouvelle basilique est consacrée, comme celle de Perpetuus, un 4 juillet.

        Rayonnement(s) :
        • International (Ve siècle -> XIe siècle)

          Près de la moitié des pèlerins recensés par Grégoire de Tours était originaire de Tours ou de la Touraine, l’autre moitié étant extérieure au diocèse, selon les statistiques établies et corrigées par L. Pietri (Tours…, p. 550). Parmi les pèlerins étrangers au diocèse, 12% étaient des étrangers à la Gaule (Italie, Espagne, Orient), le restant provenant de 27 cités différentes de la Gaule, dont sont exclues les franges méridionale et extrême-orientale.

          En 938, le pape Léon VII déclarait qu’ « aucun lieu de pèlerinage à l’exception de Saint-Pierre de Rome n’attire un si grand nombre de suppliants de pays si divers et si lointains » (Pietri, p. 557).

        RÉFÉRENCES

        Source(s) :
        • Chronique (VIe siècle)

          Grégoire de Tours, Historia francorum, éd. W. Arndt, MGH, SRM, I, 1884.

        • Chronique (VIe siècle)

          Historiarium libri decem, éd. B. Krusch et W. Levison, MGH, SRM, I, 1, 1937-1951, rééd. 1962).

        • Vita

          Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, suivie des lettres, éd. trad. et commentaires de J. Fontaine, 3 vol., Sources chrétiennes, n°133, 134, 135, Paris, 1967-1969.

        • Vita

          Paulin de Périgueux, De Vita sancti Martini episcopi libri VI et Carmina minora, éd. M. Petschenig, CSEL, 16, Vienne, 1886, p. 4-159 et 160-165.

        • Source publiée

          Sidoine Apollinaire, Poèmes (t. I) et Lettres (t. II et III), éd. A. Loyen, coll. G. Budé, Paris, 1960 et 1970.

        • Source publiée

          Paulin de Nole, Opera, éd. W. de Hartel, CSEL 29 et 30, Vienne, 1894 (t. I, Epistula ; t. II, Carmina).

        • Site internet
          Carte archéologique de Tours : http://multimedia.inrap.fr/atlas/tours/archeo-tours#.We4F2UfP6iB

        Bibliographie :
        • COLLECTIF, Martin de Tours, le rayonnement de la cité, catalogue d'exposition, Milan, Silvana editoriale, 2016.
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        Etude(s) universitaire(s) :

        PHOTOGRAPHIES LIÉES

        Objet de dévotion :
        • Martin partageant son manteau, vignette historiée de la Vie de saint Martin par Péan Gastineau, v. 1290-1310 - Cl. BnF, Ms français 1043, fol. 1 - 2011
        Edifice :
        Autre :

        À PROPOS DE L'ENQUÊTE

        Enquêteur :
        • BULLY Aurelia
        Rédacteur :
        • BULLY Aurelia
        Date de l'enquête :
        2017
        Date de rédaction de la fiche :
        2017
        Etat de l'enquête :
        En cours
        Pour citer cette ficheBULLY Aurelia, « Saint-Martin-de-Tours (n°1) », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
        url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/696/saint-martin-de-tours, version du 27/03/2017, consulté le 12/12/2017