INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

Retour à la liste des sanctuaires

Sainte-Béatrix

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Sainte-Béatrix
Période d'activité :
XIIIe siècle - 1870
Commune :
La Roche-sur-Yon
Département :
Vendée
Vue générale de l\'abbatiale de Notre-Dame des Fontenelles

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
La Roche-sur-Yon
Hameau/Lieu-dit :
Saint-André d’Ornay
Diocèse :
Actuel: Luçon (1317 - 1870)
Ancien: Poitiers (XIIIe siècle - 1317)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne: Saint-André (XIIIe siècle - 1870)
Compléments :

La commune de Saint-André d’Ornay a disparu après la fusion de trois communes en 1964. Elle est devenue un quartier de la Roche-sur-Yon.


Site

Type de site :
Rive de cours d'eau
Altitude :
49 m
Compléments :

Le sanctuaire se trouvait près d’un ruisseau, sur une  source d’eau minérale.


Paysage

Type de couvert végétal :
Bois
Type de l'habitat :
Lieu isolé
Type de proximités :
Compléments :

Fontaines « fontenelles » canalisées dans un grand puits maçonné au centre de l’abbaye.


LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Sainte-Béatrix (XIIIe siècle - 1870)
Compléments :

Sainte Béatrix de l'abbaye des Fontenelles est à la fois un personnage historique de haute lignée et un personnage légendaire assimilé à une ogresse mangeant le cœur des enfants et buvant leur sang avant sa conversion et sa pénitence. Son tombeau se trouve à l’intérieur de l’église abbatiale depuis 1235 mais son culte populaire n’est pas renseigné avant le XIXe siècle.


Type de lieu de culte :
Abbatiale
Nom du lieu de culte :
Sainte-Marie
Saints patrons :
  • Vierge Marie (1235 - 1870)
Compléments :

Fondation de l’abbatiale en 1210 par Guillaume le Mauléon, seigneur de Talmont, et de sa femme Béatrix de Machecoul, dame de la Roche-sur-Yon, en l’honneur de Dieu et Sainte Marie. L’autel majeur ne fut consacré qu’en 1248, treize ans après l’inhumation de Béatrix. Béatrix est la patronne secondaire de l'édifice.


L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Béatrix
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Le tombeau de Béatrix est situé à l’angle de la nef et de la chapelle abbatiale.
Datation de l'objet :
Compléments :

Le tombeau est à décor gothique. Il ne se visite pas (cartes postales anciennes du tombeau sur www.saint–andre.ornay).


LE CULTE

Statut du culte :
Ignoré
Légendaire :

On racontait que l’abbaye était hantée par Béatrice de Machecoul, dame de la Roche-sur-Yon, réputée être une ogresse. En effet après la mort de son jeune fils, elle se serait nourrie exclusivement de cœurs d’enfants que lui procurait son intendant jusqu’au jour où ce dernier lui annonça qu’il avait tué tous les enfants de la contrée et que les mères s’étaient sauvées avec ceux qui avaient échappé à la mort. Elle eut alors du remord et, réalisant son crime, elle fit pénitence et fit construire l’abbaye des Fontenelles, d’où partait un souterrain à sept branches reliant ses six seigneuries. C’est donc sous terre qu’elle effectua sa douloureuse pénitence, pieds nus sur un tapis de pointes d’épines et de ronces fournies par les mères des enfants dont elle avait mangé le cœur. Elle mourut à son arrivée à la Roche-sur-Yon, terme ultime de son septuple parcours souterrain qui pouvait s’apparenter à un martyre. Sa pénitence exemplaire l’aurait transformée aux yeux de l’église (à une époque indéterminée) en sainte protectrice des enfants. On ne peut établir aucun lien entre ce martyre et celui de Béatrix, sœur de Simplicinus et Faustinus, morte à Rome en 304. En revanche, on doit constater que Beatrix en latin signifie « bienheureuse ».

Miracles :
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Compléments :

Béatrix était réputée donner force et santé aux enfants.


Recours :
  • Thérapie
  • Voeu
Jour(s) de fête :
  • Lundi de Pentecôte
Type de fréquentation :
Annuel (= juste pour une fête)
Pratiques individuelles :
  • Toucher
  • Déposer
Pratiques en présence du clergé :
  • Pèlerinage
Ex voto :
    Confrérie(s) :
      Indulgence(s) :
        Compléments sur le culte :

        La légende était si répandue dans la région qu’elle fut à l’origine d’une pièce de théatre (R. Ivonnet, Béatrix de Machecoul, La Roche sur-Yon, 1899) et d’un drame lyrique en 1945 (B. Clenet et P. Lescure, Béatrice).

        On ne sait rien sur les dévotions à sainte Béatrix avant le XIXe siècle, époque où l’abbaye, vendue en 1791 était totalement ruinée. La très bonne conservation de son tombeau, qui n’a pas été détruit depuis le XVe siècle, laisse supposer un culte ancien. Nombreux sont les saints du Moyen Âge qui n’ont pas été canonisés (la procédure canonique commençait à peine en 1235) si bien que le qualificatif de sainte Béatrix ne doit pas nous étonner mais il faudrait savoir quand la titulature apparaît pour la première fois. On doit se demander également si le récit légendaire de Béatrix, ogresse mangeuse de cœurs d’enfants ou buvant leur sang, n’a pas été contaminé par l’histoire de Gilles de Rais (†1440). Ce dernier lui était en effet apparenté. Seigneur de Machecoul, titre que Béatrice avait porté, il avait épousé Catherine de Thouars, du nom du deuxième mari de Béatrix et de sa fille. Enfin, l’un de ses co-accusés, Francesco Prelati (évadé), avait réussi à se faire nommer capitaine du château de la Roche-sur –Yon et à y résider…L’histoire de la noble fondatrice devenue ogresse est-elle une légende très tardive ? Dans le contexte religieux de la réaction catholique sous la IIIe République, il ne faut pas oublier que la population de Saint-André d’Ornay a été durablement déchristianisée, laissée sans curé pendant plus de soixante ans. L’église paroissiale totalement ruinée et impraticable n’a été reconstruite qu’en 1854 (une salle sur terre battue). L’église actuelle date de 1884. L’essentiel des témoignages date des années 1870, époque où le clergé retrouva la force d’éradiquer des dévotions suspectes.

        On avait coutume de déposer les enfants nus sur la pierre du tombeau de Béatrix, dont le contact les faisaient gigoter énergiquement.

        En 1870, c'est une assemblée de laïcs qui organisait le pèlerinage. Cette même année, un détracteur du pèlerinage écrivait que les participants s'y rendaient plus pour danser que par dévotion religieuse.

        L'ÉDIFICE

        Description :

        Abbaye construite entre le XIIIe et le XVe siècle, époque de transition entre le roman et le gothique, sur le modèle monastique avec église, cloître, dortoir. La salle capitulaire conserve encore de magnifiques voûtes en croisée d’ogive (Base Palissy PA00110211).

        Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
        • Autre (?)

          Une source d’une eau aux propriétés bienfaisantes existait dans la cour du cloître. Un texte de 1828 rapporte qu’elle était réputée curative dès avant la Révolution. Un article du Dr Beaudouin paru dans le Journal le Phare le 16 juin 1937 vante ses bienfaits dans les cas d’atonie digestive ou lymphatique.

        Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
        • Autre (XVe siècle)

          Le tombeau, propriété privée, est partiellement classé.

        HISTOIRE DU SANCTUAIRE

        Origines :
        Date de première mention : 1210
        Initiative de la fondation :
        • Groupe de fidèles
        Environnement institutionnel, politique et religieux :

        L’abbaye, dépendant de l’abbaye des chanoines de Saint-Augustin de Notre-Dame de Chancelade en Périgord, fut fondée par Guillaume de Mauléon et sa femme Béatrix de Machecoul en 1210. Elle rédigea son testament en 1235 demandant à être enterrée dans l’abbaye. En 1252, sa fille fonda deux chapellenies, donations confirmées par son mari et le roi de France Philippe III en 1274. Il s’agissait d’une dépense considérable car il fallait assurer des revenus à perpétuité pour l’entretien de deux chapelains chargés de dire des messes quotidiennes pour les âmes des morts de la famille et pour elle-même. Ces deux fondations sont caractéristiques de la nouvelle religiosité des rois et puissants du XIIIe siècle. La nécessité de dire des messes chaque jour fut à l’origine de transformations de l’architecture religieuse car le succès des chapellenies fut tel qu’il fallut multiplier les autels, contribuant ainsi à l’installation de chapelles dans les bas-côtés des nefs gothiques. On ignore s’il y eut une chapelle ou un autel au Moyen Âge près du tombeau de Béatrix et si la fondation de chapellenies par sa fille favorisa son culte. Pendant la Guerre de Cent ans, l’abbaye fut incendiée en 1340 par les Anglais. La nef, totalement détruite, fut fermée par un mur au niveau de l’ancienne croisée du transept, le tombeau de Béatrix restant dans l’ancien chœur tandis qu’une petite église abbatiale était aménagée sur  le côté gauche. Au XVe siècle, la reconstruction monumentale du tombeau de Béatrix deux siècles après sa mort laisse penser qu’il existait déjà un culte. Le 5 mars 1568, les Protestants pillèrent et incendièrent l’abbaye et tuèrent les moines. Le dortoir fut reconstruit en 1617-1630 mais la restauration apportée par la Congrégation de Sainte-Geneviève en 1669 n’augmenta pas le nombre des chanoines, qui n’étaient plus que deux en 1769. La vente des bâtiments conventuels eut lieu le 3 mai 1791. Une description détaillée du bâtiment de 1790 ne mentionne pas le tombeau de Béatrix.

        Phases d'évolution :
        Evénements marquants :
          Rayonnement(s) :
          • Local (? -> 1870)

            En dépit du succès de la légende, le pèlerinage ne semble avoir eu qu'une attractivité locale.

          Compléments :

          L’article du Dr Beaudoin dans le journal local en 1937, qui conseille de boire quelques verres de l’eau minérale de la source de l’abbaye pour soigner certaines affections, révélait la probable origine de ce pèlerinage thérapeutique.


          RÉFÉRENCES

          Source(s) :
          • Images

            Base Mérimée : photographie de l’intérieur de l’abbaye.

            http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=INSEE&VALUE_1=85191

          • Archives

            Abbé Louis Delhommeau, Fichier historique du diocèse de Luçon, 1999, numérisé (2011-2013) aux Archives de Vendée,  abbaye des Fontenelles (316 fiches) : http://www.archinoe.net/cg85/visu_affiche.php?PHPSID=55bdbba78a9878eee3ee992220749b38&param=visu&page=0

          Bibliographie :
          • BLOMME, Y., L'abbaye N.D. des Fontenelles, Congrès archéologique de France, 151° session, 1993, éd. Société Française d'Archéologie, 1996, p. 153-159.
          • BLOMME, Y., Le Poitou Gothique, Picard, 1993.
          • Gallia Christiana, province de Bourges et Bordeaux, t. 2, Imprimerie Royale , 170, p. col. 1433-1437.
          Etude(s) universitaire(s) :

          PHOTOGRAPHIES LIÉES

          Objet de dévotion :
          • Enfeu et tombeau de Béatrix de Machecoul - William Chevillon (https://www.flickr.com) - 2015
          Edifice :
          • Vue générale de l'abbatiale de Notre-Dame des Fontenelles - William Chevillon (https://www.flickr.com) - 2015
          Autre :

          À PROPOS DE L'ENQUÊTE

          Enquêteur :
          • NONY-VUISCHARD Claude-Josèphe
          Rédacteur :
          • VINCENT-CASSY Mireille
          Date de l'enquête :
          2009
          Date de rédaction de la fiche :
          2014
          Etat de l'enquête :
          En cours
          Pour citer cette ficheVINCENT-CASSY Mireille, « Sainte-Béatrix », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
          url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/674/sainte-beatrix, version du 30/12/2016, consulté le 20/11/2018