INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Philbert-de-Noirmoutier

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Philbert-de-Noirmoutier
Période d'activité :
674 - 2017
Commune :
Noirmoutier-en-l'Île
Département :
Vendée

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Noirmoutier-en-l'Île
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Luçon (1317 - 2017)
Ancien: Poitiers (674 - 1317)
Paroisse :
Actuelle: Saint-Philbert de Noirmoutier (1997 - 2017)
Ancienne: Saint-Philbert de Noirmoutier en l?île (675 - 1997)

Site

Type de site :
Côte maritime
Altitude :
8 m
Compléments :

L’abbaye fut fondée dans un lieu isolé de l’île battu par les flots sur le vaste site où furent construits plusieurs édifices à la fin XIe- XIIe siècles : l’église, le prieuré et le château des seigneurs de la Garnache, fondateurs sur le même emplacement de l’abbaye de la Blanche en 1205.


Paysage

Type de couvert végétal :
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Bourg
Type de proximités :
Château
Prieuré
Compléments :

Île très fertile.


LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Philbert-de-Noirmoutier (674 - 2017)
Compléments :

À l’emplacement de l’abbaye bénédictine fondée par saint Philibert en 674 et où il fut enterré en 685.


Type de lieu de culte :
Eglise paroissiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Philbert
Saints patrons :
  • Philibert (Philbert ou Filbert) (685 - 2017)
Compléments :

L’île de Noirmoutier s’appelait Hério quand Philibert, fondateur de l’abbaye normande de Jumièges (Normandie) y érigea une abbaye avec quelques moines de Jumièges en 674. Il y mourut en 685. Chassés par les Vikings en 836, les moines transportèrent alors ses reliques à Déas (Saint-Philbert de Grand-Lieu en Loire Atlantique) puis à Tournus en Bourgogne en 875.


L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Saint Philbert
Nature de l'objet :
Relique (= fragment)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Entre le XIIe et le XIXe s., la châsse se trouvait sur l'autel de l'église actuelle.
Datation de l'objet :
VIIe siècle
Compléments :

Le corps saint ayant été transporté dans son sarcophage jusqu’à Déas (Saint-Philibert-de-Granlieu) en 836, il ne subsistait donc aucune relique à Noirmoutier quand les Normands détruisirent la chapelle de l’abbaye quelques années plus tard. L’église du XIIe siècle fut construite au-dessus de l’ancienne chapelle (685-836) où Philibert fut inhumé. Les éléments architecturaux du VIIe siècle en partie conservés formèrent une crypte en voutes d’arêtes réaménagée en 1865 et située au dessus du cénotaphe du saint placé en son centre. La châsse actuelle contient une vertèbre dorsale et une côte gauche provenant de l’abbaye de Tournus (en 1882 et 1900). Une phalange du doigt enchâssée dans une main d’argent a disparu en 1793 ainsi qu’un fragment de vertèbre offert par l’évêque d’Autun en 1837. Un reliquaire en cuivre doré signalé en 1863 contenant des poussières d’ossements du saint a également disparu.


LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :

La vie, les miracles et les pérégrinations des reliques de saint Philibert (616-685) déplacées par les moines de Noirmoutier devant le péril normand jusqu’à Tournus en Bourgogne entre 836 et 875, sont bien connues grâce à la Vie de saint Philibert rédigée par Ermentaire à Tournus à la fin du IXe s. et par deux recueils de miracles. Le périple des reliques de Philibert fut à l’origine de l’édification d’un réseau monastique à partir de Tournus (300 églises fondées dans les vallées de la Loire, de l’Allier, de la Saône et du Rhône) appuyé sur la puissance carolingienne et le culte des reliques du saint. Philibert, issu d’une noble famille d’Aquitaine, élevé à la cour de Dagobert, devint à 20 ans bénédictin puis abbé de Rebais (Seine-Maritime). À 38 ans, il fonda la très prospère abbaye de Jumièges en Normandie dont il devint l’abbé en 654. Menacé de mort par le maire du Palais, il se réfugia avec quelques moines auprès de l’évêque de Poitiers qui le chargea de l’évangélisation de l’île de Noirmoutier (Herio) aux confins de son diocèse. Avant de fonder son abbaye vers 670 dans un lieu isolé du nord de l’île, Philibert se préoccupa d’aider les habitants, qui formaient déjà une petite communauté chrétienne au centre de l’île, à mieux vivre. Associant l’évangélisation aux défrichements, il aurait créé, selon la légende, des canaux, de nouvelles cultures utilisant le goémon, des ponts, des routes et le premier aménagement du port de Noirmoutier. Il réforma les abbayes de Luçon et Saint-Michel-en-l’Herm. À sa mort en 685, il fut enterré dans la chapelle de l’abbaye où ses reliques multiplièrent les miracles alimentaires puis thérapeutiques jusqu’à la fuite des moines à Déas (Saint-Philibert de Grand-Lieu en Loire-Atlantique) en 836 avec le sarcophage du corps du saint. En 858, c’est avec les seules reliques du corps de Philibert que les moines s’enfuirent à nouveau devant les Normands, parvenant à Tournus en 875 (le tombeau en marbre pyrénéen est resté à Déas, autre lieu de pèlerinage). Ermentaire énumère les miracles du saint pendant son périple de 27 ans. À Noirmoutier, dévotions et pèlerinages subsistèrent jusqu’à la Révolution. Après 1863, quand des fouilles archéologiques mirent à jour les restes de la chapelle primitive où le saint avait été inhumé pendant 152 ans, l’aménagement de la crypte sous le chœur de l’église suscita la fréquentation renouvelée des pèlerins.   

Miracles :
Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Fécondité
  • Biens de la terre
Jour(s) de fête :
  • Philibert (20 ans)
Type de fréquentation :
Annuel (= juste pour une fête)
Pratiques individuelles :
  • Prières
  • Passer sous la relique
Pratiques en présence du clergé :
  • Messe
  • Neuvaines
Ex voto :
    Confrérie(s) :
      Indulgence(s) :
        Compléments sur le culte :

        Après 1863, on passait par deux sortes de « tunnels » sous le cénotaphe cruciforme et on y restait quelques minutes. Les dévots qui souffraient de fièvres devaient ramper. Les filles qui recherchaient un mari devaient faire ce parcours à genoux. Chacune des « Missions » qui eurent lieu à la fin du XIXe s. orchestrèrent d’importants pèlerinages. Écrits, médailles et modèles de prières abondent autour des années 1900. En 1954 on disait toujours une messe dans la crypte chaque vendredi, jour de la mort du saint Philibert, le 20 août 685.

        L'ÉDIFICE

        Description :

        Les différents éléments architecturaux de l’église expliquent la présentation actuelle de l’édifice fouillé en 1863 par Charrier-Fillon. La crypte correspond à l’ancienne chapelle où fut inhumé le saint pendant un siècle et demi. L’abbaye primitive érigée par Philibert fut en effet en partie détruite une première fois par des incursions des Sarrasins en 725 ou 732. Le fils de Charlemagne, Louis le Débonnaire, aida en 801 à la première reconstruction de la chapelle jusqu’à son abandon en 836. La deuxième destruction fut provoquée par les incursions normandes. Une église fut reconstruite dès la fin du XIes. au-dessus de l’ancienne chapelle dont des baies subsistent au raz du sol. Cette dernière fut transformée en crypte grâce à des travaux de consolidation en voute d’arête sur colonnes pour soutenir la charge du chœur puis clocher situés au dessus de cette crypte. C’est au XIIe s. que fut installé le cénotaphe sous lequel circulaient les pèlerins. Au XIVe et au XVe s., la nef de l’église fut agrandie. Des travaux de restauration de l’église eurent lieu au XVIIe s. avant la fermeture de l’église en 1793. En 1848, les nefs de droite et de gauche furent à nouveau consacrées. En 1875, un clocher de style néo-roman remplaça l’ancien.

        Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
          Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
          • Crypte (XIIe siècle)

            La crypte correspond à la chapelle où le saint fut inhumé pendant un siècle et demi. Elle a probablement été aménagée en même temps que l'édifice. Cette crypte de trois vaisseaux de cinq travées voûtées d'arêtes conserve en son centre un cénotaphe de pierre, mémoire de l'ancien tombeau, aujourd'hui à Saint-Philibert-de-Grand-Lieu.

          • Autel (1865)

            Le pèlerinage ne fut réactivé que dans la 2e moitié du XIXe siècle avec l’apport successif de plusieurs reliques en provenance de Tournus placées dans une châsse sur l’autel de l’église.

          HISTOIRE DU SANCTUAIRE

          Origines :
          Date de première mention : 685
          Initiative de la fondation :
          • Abbé
          Environnement institutionnel, politique et religieux :

          L’histoire de l’île est déconnectée de celle de l’abbaye même si saint Philibert fut le premier acteur de son  développement économique. L’île bénéficie d’un climat doux et de sols fertiles. Elle releva des seigneurs de La Garnache puis des Craon, des La Trémoille et des Condé avant de devenir propriété de la Couronne. L’histoire de l’île est très mouvementée. Après les invasions normandes, la population souffrit des tentatives d’invasion anglaise en 1342, 1360 et 1386 mais aussi des méfaits d’aventuriers de la Guerre de Cent ans qui s’emparèrent un temps de Noirmoutier, tel Raoul de Cahours en 1350, d’abord à la solde des Anglais avant qu’il ne change de camp et donne sa fidélité au roi de France contre finances. Il fut supplanté en 1353 par un autre mercenaire, Maciot de Mareuil, qui ne quitta l’île que contre argent et lettres de rémission du roi de France. Les privilèges octroyés par Charles VII et Louis XI offrirent à l’île une totale liberté de commerce, à l’origine de trafics maritimes peu licites et d’une certaine prospérité. Cette dernière suscita par deux fois les convoitises des Espagnols qui tentèrent d’envahir l’île en 1524 puis en 1588. Des corsaires huguenots en firent leur repère de 1562 à 1569. À partir du XVIIe siècle, les îliens se lancèrent dans le trafic du tabac de contrebande à grande échelle. Des navires anglais ou hollandais transportaient le tabac sur l’île depuis la Virginie, le Maryland, la Martinique ou Saint-Domingue, que les îliens acheminaient par de petits bateaux sur le continent. Si en 1674, les Néerlandais réussirent à envahir un temps l’île pour mieux asseoir leur trafic, la Révolution française n’interrompit qu’à peine la contrebande alors que l’île fut le théâtre de deux batailles en 1793 et 1795. Le sanctuaire de saint Philibert fut pillé et fermé. En janvier 1794, deux mille prisonniers vendéens qui avaient été enfermés dans l’église en furent extraits et immédiatement exécutés anonymement par les Républicains. Un reliquaire en forme de mains contenant des poussières et une phalange du saint disparut alors. Il était placé dans une niche formant une sorte d’avant crypte fermée par un grillage doré. En 1837, peu après la réouverture de l’église, une nouvelle relique, un bout de vertèbre de saint Philibert, fut offerte par Mgr d’Héricourt, évêque d’Autun, à la demande de Mgr Soyer, évêque de Luçon ; elle fut apportée au sanctuaire pour réactiver le culte de saint Philibert mais ce n’est véritablement qu’en 1863, quand fut redécouvert l’emplacement du tombeau où avait été inhumé le saint, que le culte reprit. L’évêque de Luçon offrit de nouvelles particules d’ossements de saint Philibert (perdues). En 1882, l’abbé de Tournus envoya une imposante relique : une vertèbre « d’une entière conservation ». Elle fut inaugurée très solennellement en 1886 avec un grand concours de fidèles. En 1900, le curé de Noirmoutier se rendit en pèlerinage à Tournus et obtint encore une nouvelle relique : une « côte gauche » du saint. La côte fut jointe à la vertèbre dans une grande châsse en cuivre dorée. Elle fut célébrée par un panégyrique de l’évêque d’Autun dans l’église le 19 mai 1901. Placée sur l’autel principal, la châsse fut dès lors portée en procession chaque dimanche qui suit le 20 août. Dans l’église, les pèlerins passaient sous le cénotaphe. En 1902, le curé encouragea la vente dans l’île de brochures, médailles, livrets de prières et de cantiques en l’honneur de saint Philibert dont on a conservé de nombreux témoignages. Depuis 1960, les visites concernent moins les îliens que les touristes.

          Phases d'évolution :
          Evénements marquants :
          • Construction (XIIe siècle)

            Construction de l'église paroissiale au-dessus de la chapelle mérovingienne de l'abbaye et création d'une crypte pour le cénotaphe.

          • Interdiction (1793)

            Interdiction du culte et pillage en 1793.

          • Translation (XIXe siècle)

            Des ossements du saint sont translatées depuis Tournus en 1837, 1863, 1882 et 1900.

          • Reprise du pèlerinage (1840)

            Renouveau du pèlerinage après 1840.

          • Reconstruction (1863)

            Des fouilles archéologiques sont menées en 1863 et la crypte est reconstruite.

          • Reconstruction (801)

            Louis le Débonnaire aide à la reconstruction de la première chapelle.

          • Ouvrage hagiographique (IXe siècle)

            Ermentaire rédige une Vie de saint Philibert à Tournus.

          • Changement de lieu (836)

            Devant l'invasion normande en 836, les moines de Noirmoûtier fuient avec les reliques de Philibert à Tournus.

          Rayonnement(s) :
          • Local (685 -> 1980-2000)

            Disparition de la procession et des dévots remplacés par des touristes.

          RÉFÉRENCES

          Source(s) :
          • Archives (1999)

            Louis Delhommeau, archiviste diocésain, Fichier historique du diocèse de Luçon, notices 47/369 consultables en ligne aux Archives Départementales de la Vendée (prêt des archives diocésaines).

          Bibliographie :
          • TREFFORT, C., «L'abbatiale carolingienne de Saint Philibert de Grand-Lieu », in Bulletin Monumental n° spécial, tome 173-2 , 2015.
          • CARTON, I., Les pérégrinations de Saint Philibert, Genèse d'un réseau monastique dans la société carolingienne, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
          • DELHOMMEAU, L. et alii, Vie et Miracles de Saint Philbert d'Ermentaire, Les amis de l'Ile de Noirmoutiers, 1999.
          • RAIMOND, J., Saint Filbert de Noirmoutier, Saint-Maixent-l'Ecole, Imp. R. Payet, 1954.
          • Neuvaine en l'honneur de saint Filbert, Fontenay-le-Comte, imp. Gouraud, 1902.
          • CHARIER-FILLON, M., La chapelle de saint Filibert, Niort, imp. Clouzot, 1896.
          Etude(s) universitaire(s) :

          PHOTOGRAPHIES LIÉES

          Objet de dévotion :
          Edifice :
          Autre :

          À PROPOS DE L'ENQUÊTE

          Enquêteur :
          • NONY-VUISCHARD Claude-Josèphe
          Rédacteur :
          • VINCENT-CASSY Mireille
          Date de l'enquête :
          2007
          Date de rédaction de la fiche :
          2012
          Etat de l'enquête :
          En cours
          Pour citer cette ficheVINCENT-CASSY Mireille, « Saint-Philbert-de-Noirmoutier », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
          url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/660/saint-philbert-de-noirmoutier, version du 05/12/2016, consulté le 17/08/2017