INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Voué

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Voué
Période d'activité :
VIIIe siècle - XVIIIe siècle
Commune :
Soissons
Département :
Aisne
Vue d\'une partie de l\'abbaye de Notre Dame, dessin de Tavernier de Jonquières : vue générale depuis l\'Aisne, dessin, XVIIIe siècle, BnF, Département Estampes et Photographie  (ark:/12148/btv1b7741266f)

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Soissons
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Soissons-Laon-Saint-Quentin (1790 - 2018)
Ancien: Soissons (VIIIe siècle - 1790)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne:

Site

Type de site :
Rive de cours d'eau
Altitude :
50 m
Compléments :

L’abbaye se situe légèrement en retrait et en surplomb du cours d’eau : sur la rive gauche de l’Aisne.


Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Cathédrale

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Voué (VIIIe siècle - XVIIIe siècle)
Compléments :

Le nom complet du monastère est monasterium sanctae et intemeratae Mariae Matris Domini d’après les AASS, Feb 1, p. 409D. Ce complexe monastique féminin comprenait l’église Notre-Dame, la collégiale Saint-Pierre et l’église Sainte-Geneviève, l’hôpital Saint-Voué, ainsi que l’église Sainte-Croix. C’est cette église Sainte-Croix qui abritait les reliques de saint Voué depuis la mort de celui-ci v. 700.

Il y était encore honoré au XVIIIe siècle puisqu’une pratique liée à ce culte, l’exorcisme, fut interdite par l’évêque de Soissons en 1755. Il a disparu au plus tard avec l’abbaye au moment de la Révolution.


Type de lieu de culte :
Abbatiale
Nom du lieu de culte :
Sainte-Croix
Saints patrons :

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Saint Voué
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Église Sainte-Croix dans le complexe monastique Sainte-Marie.
Datation de l'objet :
VIIIe siècle
Compléments :

Le corps de saint Voué était conservé dans une châsse en bois doré. Il est encore référencé sous cette forme dans l’inventaire de 1671, inventaire des reliques conservées dans le Trésor de l’abbaye Notre-Dame (Germain p 400 et s., Poquet p.83), au même titre que les deux autres reliques de saint Voué. Le chef de saint Voué était en effet conservé dans un coffre d'argent dans le trésor de l'abbaye Notre-Dame. Aussi, le magnifique sarcophage conservé au Louvre et connu sous le nom de « sarcophage de saint Voué » n’a probablement jamais contenu le corps de saint Voué.



Une autre relique, indirecte celle-là, était également conservée dans l'église Sainte-Croix. Cette relique dite "crossillon de saint voué" était, selon la légende (Germain p. 299-38, Martin-Jacob p. 269),  un petit bâton offert au saint par un ange. En effet, le saint, après avoir quitté Soissons et effectué neuf années de pèlerinage, voulut rentrer dans son pays d’origine ; mais il tomba malade sur le navire qui le ramenait en Ecosse ; il fut miraculeusement guéri. Un ange lui apparut alors, lui indiqua de retourner en Gaule et lui annonça que le crossillon le préserverait du feu. De fait, le crossillon fut par la suite souvent utilisé lors de processions apotropaïques pour éviter les incendies. Après la mort de saint Voué, il fut enchâssé dans de l’or et conservé dans l’église Sainte-Croix de l’abbaye (Germain p. 401). 


LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :

Saint Voué, moine écossais du VIIe siècle, fit étape à Soissons lors d’un pèlerinage ; il y vécut en reclus dans une cellule dépendant de l’abbaye Notre-Dame, près des murs de la ville où il acquit une grande réputation de prédicateur et de sainteté. D’après les Acta Sanctorum, il y serait décédé au début du VIIIe siècle.
La légende rapporte que l’abbesse Hildegarde lui fit un jour apporter son repas sur un plat d’argent, que le saint donna son repas à un pauvre, mais que ce dernier ne lui rendit pas le précieux plat. Sur les reproches de l’abbesse, saint Voué aurait alors repris son pèlerinage pendant neuf années, émaillées de nombreuses péripéties. Au bout des neuf ans, il revint miraculeusement à Soissons où il opéra de nombreux miracles, de son vivant et postmortem.

Miracles :

Exorcisme ; guérisons ; prodiges (contre le feu).

Type(s) de motivation :
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Incendie
Compléments :

On avait recours aux reliques de saint Voué pour lutter contre la fièvre quarte en buvant de l’eau où l’on avait mis de la poussière provenant de son tombeau (Germain p. 305,  Germain p. 307), les rages de dents ou pour recouvrir la vue.

Il semble que la légende orale ait généreusement augmenté les récits écrits : la Vita est assez synthétique sur la Vie et les miracles autour de saint Voué, mais les auteurs des XVIIIe et XIXe se font l’écho de nombreuses coutumes et nombreux miracles postérieurs.

L’exorcisme fut supprimé en 1755 par l’évêque janséniste François de Fitz-James qui le classa parmi les superstitions (Martin-Jacob  p. 269, note 1).


Jour(s) de fête :
  • 5 février
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :

Sur la fréquentation autour de ce culte, Martin évoque surtout la communauté de l’abbaye et le « menu-peuple » (Martin-Jacob  p. 269) ; le rythme des dévotions n’est pas précisé mais l’auteur de la Vita (ASS, n.7), qui semble avoir été un contemporain d’une partie des faits, évoque des miracles « quotidie »; nous ignorons l’évolution du culte jusqu’au XVIIIe siècle, mais nous  savons du moins que les processions avec le Crossillon sont demeurées annuelles.


Pratiques individuelles :
  • Aspersion ou ingestion d'eau
Pratiques en présence du clergé :
  • Prières
  • Processions
  • Exorcisme
Ex voto :
    Confrérie(s) :
      Indulgence(s) :
        Compléments sur le culte :

        L’auteur de la Vie de saint Voué (ASS Feb I, p. 692-693) évoque des miracles quotidiens à son époque (fin VIIIe siècle ?) notamment par contact avec les reliques indirectes tels que les grains de poussière qui recouvraient la tombe du saint (n. 7) ou l’huile apparue sur les pavés autour du tombeau de saint Voué quand les sœurs étaient venues renouveler le cierge qui brûlait devant celui-ci ; cette huile miraculeuse aurait permis la guérison d’aveugles (n. 15). L’hagiographe rapporte aussi des prodiges (une lampe qui se rallumait miraculeusement).

        En présence du clergé, des exorcismes étaient pratiqués par le chapelain de l’abbesse chaque année à la tour Lardier contre la présence du diable ; procession annuelle (le 5 février) avec le bâton de saint Voué dans toute l’abbaye pour éviter les incendies : les religieuses portaient une lanterne (cierge d’après Germain) et chantaient psaumes et prières ; le sacristain ou la première sacristine suivait, effectuant des signes de croix avec le crossillon devant chaque cheminée pour prévenir les incendies (Martin-Jacob p.269) ; en cas d’incendie, on faisait un signe de croix avec le crossillon pour l’éteindre.

        L'ÉDIFICE

        Description :

        Le complexe monastique Sainte-Marie, dont il ne subsiste aujourd’hui que deux baies, était particulièrement vaste : environ un quart de la superficie de la ville selon Poquet ; l’abbaye comptait plus de 400 personnes dont plus de 200 religieuses ! Le complexe comprenait l’église Notre-Dame, la collégiale Saint-Pierre et de l’église Sainte-Geneviève, l’hôpital Saint-Voué, ainsi que l’église Sainte-Croix qui abritait les reliques de saint Voué.
        Cette dernière église, nommée « basilica » par l’auteur de la Vie de saint Voué (ASS, Feb I, p.692, n 13) et construite après la mort de saint Drausin, fut probablement reconstruite aux alentours de 1146-1162 ou tout au moins rénovée, comme l’ensemble des édifices religieux de l’abbaye.
        Sa fonction était principalement funéraire. Ainsi, le tombeau de saint Voué se trouva d’abord dans cette église cimetériale (AASS, Feb I, p. 693 ; Germain p. 82). Il semble que les reliques du saint aient été transférées dans l’église Notre-Dame après la reconstruction de celle-ci et avec les reliques de saint Drausin.
        Toutefois, il convient d’être prudent : un certain flou demeure car les auteurs évoquent indifféremment sous le vocable « Notre-Dame » tantôt l’église Notre-Dame, tantôt l’ensemble du complexe monastique Sainte-Marie.

        Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
          Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
          • Mobilier

            Le sarcophage dit "de saint Voué" est actuellement conservé au musée du Louvre.

          HISTOIRE DU SANCTUAIRE

          Origines :
          Date de première mention :
          Initiative de la fondation :
          • Religieux
          Environnement institutionnel, politique et religieux :

          Première abbaye de femmes à Soissons, vivant sous la règle bénédictine, l'abbaye Sainte-Marie fut construite à l’initiative de l’évêque Drausin, avec l’autorisation et l’aide financière du maire du palais Ebroin, grâce à l’influence de l’épouse de ce dernier, Leuctrude.

           Les moniales semblent avoir organisé et perpétué le culte, leur chapelain conduisant par exemple la procession annuelle avec le crossillon de saint Voué dans l’abbaye pour éviter les incendies.

          Phases d'évolution :

          Un premier monastère fut édifié vers 656 par l’évêque Drausin hors les murs de Soissons, le long de l’Aisne (dans le faubourg Saint-Vaast ?). Puis, l’ancien étant devenu trop exigu et restant menacé par les crues de la rivière, un nouvel ensemble monastique fut construit par l’évêque au centre de la cité soissonnaise, derrière le chevet de la cathédrale vers 660 (la dédicace eut lieu en 664). L’église Notre-Dame fut reconstruite en 1146-1162.

          Le culte à saint Voué est peu renseigné : on sait qu’il a perduré jusqu’à son interdiction en 1755, mais aucun fait marquant ne se détache.

          Evénements marquants :
          • Reconstruction (1146-1162)

            Reconstruction de l’église sur le même emplacement et rénovation ou reconstruction des autres édifices comme Sainte- Croix.

          • Interdiction (1755)

            En 1755, la pratique de l’exorcisme avec le crossillon contre les incendies, pratiquée par la communauté des moniales sous la conduite de leur chapelain, fut interdite par l’évêque de Soissons, François de Fitz-James, évêque janséniste qui lutta contre les « superstitions ».

          • Destruction (1790-1793)

            Entre 1790 et 1793, destructions successives suite à la vente des bâtiments conventuels et de l’église comme biens nationaux lors de la Révolution Française. Il ne subsiste de l’abbatiale Notre-Dame que deux arcades du bras nord du transept (style roman).

          Rayonnement(s) :
          • Diocésain (? -> ?)

            La vie éditée dans les Acta sanctorum (AASS, Feb 1, p. 693) fait état d’un culte plutôt local ou tout au plus diocésain, évoquant les environs : « unde popularis turba non solum est ex Suessionensium civitate, sed etiam ex villis et vicis qui in cicuitu eius sunt ». Il est probable que ce rayonnement fut le même pendant la durée d'existence de ce pèlerinage, soit entre le VIIIe et le XVIIIe siècle.

          RÉFÉRENCES

          Source(s) :
          • Vita (VIIIe siècle)

            Vita Sancti Vodali, éd. AASS Feb I, p. 690, BHL (8727 et ici) 8728 : Vie anonyme éditée par les Bollandistes d’après la synthèse faite par le chanoine régulier de Saint-Jean-des-Vignes à Soissons, Nicolas Belfort (1554- 1624) ; ce dernier avait transcrit un « vieux » manuscrit composé par un contemporain de saint Voué et l’avait complété avec un exemplaire de l’abbaye cistercienne Notre-Dame de Longpont. Aucun recueil de miracles ne nous est parvenu semble-t-il.

          Bibliographie :
          • POQUET, A. (abbé), Notre-Dame de Soissons, son histoire, ses églises, ses tombeaux, ses reliques, 2 éd., Paris, 1855.
          • MARTIN, H, JACOB, P. L., Histoire de Soissons depuis les temps les plus reculés, 2 volumes (1er : 516 p, 2e : 663 = appendices), Soissons -Paris, 1837.
          • GERMAIN, Michel (OSB), Histoire de l'abbaye royale Notre-Dame de Soissons, de l'ordre de saint Benoît, divisée en quatre livres. Avec les preuves, et plusieurs titres, tirez des archives de cette abbaye, Paris, 1675, p. 355-359.
          Etude(s) universitaire(s) :

          PHOTOGRAPHIES LIÉES

          Objet de dévotion :
          • Tombeau supposé de saint Voué, dans l'ouvrage d'Edouard Fleury, Illustrations de Antiquités et monuments du département de l'Aisne, Paris, 1877-1882, tome II,  illustration 210. - BnF, département Estampes et photographie, EST RESERVE VE-26 (J) (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b20001006/f160.item.h)
          Edifice :
          • Vue d'une partie de l'abbaye de Notre Dame, dessin de Tavernier de Jonquières : vue générale depuis l'Aisne, dessin, XVIIIe siècle, BnF, Département Estampes et Photographie  (ark:/12148/btv1b7741266f)
          • Intérieur de l'église Notre Dame de Soissons, dessin Tavernier de Jonquières, XVIIIe s. BnF, département Estampes et Photographies,  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7741266f
          • Les deux arcades restantes de l'église Notre-Dame - Véronique Souche-Hazebrouck - 2015
          Autre :

          À PROPOS DE L'ENQUÊTE

          Enquêteur :
          • SAINTE Élodie
          Rédacteur :
          • SOUCHE-HAZEBROUCK Véronique
          Date de l'enquête :
          2012
          Date de rédaction de la fiche :
          2015
          Etat de l'enquête :
          En cours
          Pour citer cette ficheSOUCHE-HAZEBROUCK Véronique, « Saint-Voué », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
          url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/652/saint-voue, version du 05/07/2016, consulté le 20/11/2018