INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Sainte-Germaine-de-Pibrac

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Sainte-Germaine-de-Pibrac
Période d'activité :
1643 - 2018
Commune :
Pibrac
Département :
Haute Garonne

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Pibrac
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Toulouse (1822 - 2018)
Ancien: Toulouse (1643 - 1822)
Paroisse :
Actuelle: Pibrac (1822 - 2018)
Ancienne: Pibrac (1643 - 1790)

Site

Type de site :
Coteau
Altitude :
184 m

Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Village
Type de proximités :
Château

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Sainte-Germaine-de-Pibrac (1643 - 2018)
Compléments :

Une dévotion populaire a débuté au XVIIe siècle, lors de la découverte du corps incorrompu de Germaine Cousin, inhumé dans l’église paroissiale en 1643. Germaine, jeune bergère qui avait acquis une réputation de sainteté de son vivant, n’a été béatifiée qu’en 1854 et canonisée en 1867.


Type de lieu de culte :
Eglise paroissiale
Nom du lieu de culte :
Sainte-Marie-Madeleine
Saints patrons :
  • Saint-Sauveur (? - 2018)
Compléments :

L’église paroissiale abrite le corps saint de Germaine de Cousin, dite Germaine de Pibrac, inhumée dans cette même église. Le corps a changé plusieurs fois de place au sein de l’église après son exhumation en 1643 car l’institution religieuse a nié l’existence d’une dévotion populaire spontanée, en vue de l’ouverture d’un procès super non cultu, envisagé dès 1700.


L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Sainte-Germaine de Pibrac
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Dans la chapelle des cierges (depuis 1844).
Datation de l'objet :
1601
Compléments :

Le corps saint est placé dans une chasse en cuivre depuis le milieu du XIXe siècle. Il a changé de place à plusieurs reprises au sein de l’église paroissiale depuis sa découverte en 1643. Le corps entier et préservé de Germaine fut d’abord exposé dès 1643 à la vue des fidèles dans l’église, avant d’être placé dans un cercueil de plomb dans la sacristie en 1661. Au début du XVIIIe siècle, l’église est reconstruite et un petit mausolée de pierre est bâti, où le cercueil semble avoir été placé (malgré l’interdit probable de l’autorité ecclésiastique). Le corps de Germaine a été détruit à la chaux par des révolutionnaires en 1794. Il n'en subsiste plus que des ossements. En 1843, les reliques sont placées dans l’actuelle sacristie, puis dans la chapelle Saint-François de Sales, avant de gagner la place actuelle qu’elles occupent de nos jours dans la chapelle des cierges (devenue en 1867 chapelle Sainte-Germaine). La châsse est portée en procession tous les 15 juin depuis 1867, date de la canonisation de Germaine.


LE CULTE

Statut du culte :
Toléré
Légendaire :

Germaine Cousin, pieuse bergère qui serait à l'origine de miracles de son vivant, mourut en 1601 à l’âge de 21 ans. Sa vie est présentée comme un perpétuel martyre : atteinte d’infirmités, persécutée par sa marâtre, elle a pourtant gardé une foi inébranlable. Son tombeau est ouvert en 1643 et on découvre un corps intact et préservé de la corruption : « il était tout entier, les membres attachés les uns aux autres par leur jointure naturelle [ …] sa langue même et ses oreilles uniquement desséchés. Ce corps précieux était revêtu de sa chemise et de son suaire qui n’avaient encore reçu la moindre atteinte ou la plus légère pourriture » (Archivio segreto vaticano, congr. Riti, 3274).

Miracles :

Le légendaire fait part de trois miracles qui se sont produits du vivant de Germaine. Le premier est le « miracle des fleurs ». La marâtre de Germaine soupçonnait cette dernière d’emporter du pain pour le donner aux pauvres : elle lui fit donc injonction d’ouvrir son tablier, mais il en tomba une pluie de fleurs, en plein hiver. Le deuxième miracle est celui de « la traversée du Courbet », un ruisseau séparant la maison de Germaine de l’église paroissiale. Suite à de fortes pluies, il s’était transformé en torrent : les eaux s’ouvrirent devant la bergère et elle put le traverser à l’aller comme au retour. Le dernier miracle est celui de « la quenouille ». Germaine devait laisser son troupeau de moutons sans surveillance pour aller à la messe. Elle plantait alors sa quenouille et les moutons venaient se ranger autour, les loups de la forêt voisine étant tenus à l’écart par une force invisible. Après la découverte du corps, de nombreuses guérisons sont attestées, le corps de Germaine protège aussi le village des intempéries : il ne grêla pas à Pibrac durant soixante-dix ans entre 1630 et 1700, alors que les villages voisins avaient été plusieurs fois dévastés.

Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
Recours :
  • Thérapie
Jour(s) de fête :
  • ?
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :

Les pèlerinages ne sont attestés officiellement qu’en 1867, après la canonisation de Germaine Cousin. Pourtant, avant la Révolution française, des clercs acceptaient de réciter des prières pour la guérison des malades, lisaient l’évangile et acceptaient aussi des bénédictions par contact du corps saint. Cela fut expressément interdit à plusieurs reprises, notamment en 1844, quand le corps fut placé dans une double bière avec défense expresse de l’ouvrir ou de toucher le suaire.



La sainte est fêtée autour du 15 juin.


Pratiques individuelles :
  • Prières
  • Toucher
Pratiques en présence du clergé :
  • Prières
  • Processions
  • Fondation de messes et d'offices
Ex voto :
  • Anatomique (1701-1899)

    On a trouvé sur le tombeau de Germain des bras, des membres, en cire et en argent.

  • Métal (1701-1899)

    Sur le tombeau de Germaine ont été placés de nombreux bijoux (boucles d’oreilles, bagues, or), ainsi qu’une croix d’honneur et des crosses.

Confrérie(s) :
    Indulgence(s) :
      Compléments sur le culte :

      Les fidèles déposaient des fleurs sur le tombeau de Germaine. Cette pratique n’était pas encouragée officiellement par le clergé, mais certains prêtres acceptaient de réciter des prières pour les fidèles devant le tombeau. Les bijoux ont été enfermés dans la sacristie au XIXe siècle. Le culte était donc tacitement toléré par le clergé.

      L'ÉDIFICE

      Description :

      L'église Sainte-Marie-Madeleine, qui abrite les restes de Germaine, est une église paroissiale, en briques, avec un clocher-mur, ce qui est traditionnel dans la région. Elle a été reconstruite au XVIIIe siècle. La châsse de sainte Germaine de Pibrac est déposée dans une chapelle latérale, bâtie au XIXe siècle.

      Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
      • Croix (?)

        Dernière station du chemin de croix, elle a été élevée sur un socle fabriqué à l’aide de la pierre qui servait à moudre le grain à l’époque de Laurent Cousin.

      • Oratoire (?)

        Un oratoire avec une statue de sainte Germaine a été élevé à l’emplacement où aurait eu lieu le miracle des fleurs.

      • Autre (XVIe siècle)

        Située à trois kilomètres environ de Pibrac, la métairie de Laurent Cousin, maison natale de Germaine, est accessible aux pèlerins qui peuvent visiter la bergerie où Germaine mourut en 1601.

      • Autre (XXe siècle)

        La basilique Sainte-Germaine, dont la construction a débuté en 1901, a été consacrée le 15 juin 1967. Cette église, de style romano-byzantin, a été érigée au rang de basilique mineure par le Vatican en 2010. Elle a été bâtie à 250 mètres de l’église paroissiale.

      Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
      • Mobilier (1854)

        Une châsse de cuivre doré a été offerte par l’abbé Lamarque et exécutée par l’orfèvre Favier à Lyon. La châsse mesure 1,30 m de long et 0,5 m de large, pour un mètre de haut. À son sommet, on a représenté Germaine agenouillée au pied d’une croix, entourée de ses brebis.

      HISTOIRE DU SANCTUAIRE

      Origines :
      Date de première mention : 1643
      Initiative de la fondation :
        Environnement institutionnel, politique et religieux :

        La paroisse de Pibrac est située dans une zone de frontières, entre l’Armagnac et le Languedoc, à proximité de la forêt de Bouconne. L’église est à la présentation du grand prieur de l’ordre de Malte. Le curé est nommé par l’ordre et touche une pension au XVIIe siècle.

        Phases d'évolution :
        Evénements marquants :
        • Reconnaissance de reliques (1644)

          Le corps est placé debout, à la vue des fidèles, puis placé dans la sacristie, dans un cercueil de plomb. Les miracles et mirabilia se multiplient.

        • Interdiction (1661)

          Visite du vicaire général de Toulouse et enquête sur la terre dans laquelle Germaine a été enterrée. Les autres corps voisins de la tombe se sont décomposés, à la différence de celui de la bergère. L’autorité ecclésiastique interdit le culte et fait placer le corps dans la sacristie : l’exposition ou le déplacement du corps sont interdits sous peine d’excommunication.

        • Interdiction (1700)

          Nouvelle visite des représentants de l’archevêque et notamment du vicaire général Joseph Morel. Vérification du corps et contrôle des miracles. Le culte est à nouveau interdit.

        • Reconstruction (1704)

          L’église de Pibrac est reconstruite en 1704 et un petit mausolée de briques, fermé par une grille de fer est élevé pour abriter le cercueil de Germaine.

        • Destruction (1794)

          Des habitants de Pibrac, avec à leur tête un certain Toulza, retirent le corps de sa caisse en plomb, l’enfouissent dans une fosse et y jettent de l’eau et de la chaux vive. Ils auraient tous été frappés de châtiments corporels et de difformités, avant que certains ne se repentissent de leur faute.

        • Reconnaissance de reliques (1795)

          Le corps de Germaine est exhumé et le curé assermenté de Pibrac procède à la cérémonie : les ossements, placés dans une nouvelle bière, sont habillés de nouveaux vêtements donnés par les fidèles. La chair a été détruite par la chaux vive.

        • Translation (1833)

          Après l’écroulement de la sacristie en 1821, les reliques sont placées dans la chapelle dédiée à Saint-François de Sales, dans l’église paroissiale. Afin d’éviter tout culte solennel, Monseigneur d’Astros, archevêque, ordonne que le corps soit relégué dans l’enceinte du cimetière : la translation est faite en 1844. Il est expressément interdit de toucher le suaire ou de le montrer aux fidèles.

        • Procès (1845-1854)

          Les interdictions successives s’expliquent car le procès super non cultu ne peut s’engager devant la Congrégation des Rites que si aucun culte solennel n’a été rendu avant l’ouverture de la cause, ce qui généra beaucoup d’embarras aux ecclésiastiques toulousains. Germaine Cousin est béatifiée. Une châsse de cuivre doré, œuvre de M. Favier, orfèvre de Lyon, est offerte par l’abbé Lamarque. Les ossements sont coulés dans une forme humaine de cire, elle-même habillée de vêtements.

        • Construction (1901-1967)

          Début du chantier de la construction de la basilique Sainte-Germaine, destinée à accueillir les pèlerins de plus en plus nombreux.

        • Reconnaissance de reliques (1939)

          Reconnaissance des reliques par le cardinal Saliège. Les ossements sont dégagés du corps en cire, enfermés dans un coffret placé à la base de la châsse qui lui sert de lit. Le mannequin de cire est rénové, avec un nouveau visage et de nouveaux vêtements.

        • Translation (1967)

          La basilique est consacrée le 15 juin 1967 : une phalangette du pied est prélevée dans la châsse afin de procéder à cette cérémonie.

        • Reconnaissance de reliques (2001)

          Le coffret contenant les ossements est ouvert en présence de l’archevêque et de deux médecins.

        • Découverte (2008)

          Le linceul ayant recueilli les ossements lors de l’exhumation du corps en 1795 est découvert.

        Rayonnement(s) :
        • Diocésain (1644 -> 1867)

          Un pèlerinage local débute très probablement au milieu du XVIIe siècle, toléré par le clergé, qui se livrait à quelques cérémonies pour les fidèles. Cependant, la source principale sur Pibrac s’efforce de nier l’existence de ce pèlerinage dans le but d’engager le procès de canonisation.

        • National (1867 -> 1960)

          Jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle, le pèlerinage du 15 juin a emporté un grand succès et est en expansion. En 1912, 20 000 pèlerins sont venus le 15 juin ; en 1916, encore 2 000 pèlerins. Sainte Germaine devient la patronne de la Jeunesse agricole catholique, preuve de l’expansion nationale de ce culte. En 1874, sur la place Saint-Georges à Toulouse, une statue sculptée par Alexandre Falguière s’élevait sur un monument de dix-huit mètres de haut. Elle fut retirée après la victoire des Républicains, déposée au musée des Augustins, avant d’être déplacée dans l’église Sainte-Germaine de Saint-Agne en 1881.

        • Régional (1960 -> 2018)

          Après un recul du culte, depuis les années 2000 s’observe une certaine reprise : les pèlerins sont au nombre d’environ 3500 pour les fêtes du 15 juin.

        RÉFÉRENCES

        Source(s) :
        • Vita (1854)

          Giuseppe Boero, Istoria della vita e dei miracoli della beata Germana Cousin, vergine secolare e pastorella di Pibrac.

        • Source publiée (1841)

          La vie de Germaine Cousin, berge?re, morte en odeur de saintete? dans la Paroisse de Pibrac, dioce?se de Toulouse, Toulouse, imprimerie J. M. Douladoure, 1841, 55 p (première édition 1764).

        • Archives

          Archivio Segreto Vaticano, Congregatio  riti 3274 ; 1 H 414 à 417 : visite des commanderies de l’ordre de Malte (1661 à 1693).

        • Archives

          Archives départementales de la Haute-Garonne, 2 MI 894 (visites pastorales)

        Bibliographie :
        • BOUTRY, Philippe, «Le procès super non cultu, source de l'histoire des pèlerinages : Germaine Cousin et le sanctuaire de Pibrac au lendemain de la Révolution française », in Bibliothèque de l'école des Chartes, tome 154, 1996, p. 565-590.
        • AUBERT, Roger, «Germaine Cousin (sainte) », in Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique, tome XX, Paris, Letouzey et Ané, 1984, p. col. 937-938.
        • GARNIER-AZAÏS, Marie-Louise, Étude documentaire sur Germaine de Pibrac son pays et son temps, Pibrac, 1970.
        • VEUILLOT, François, Sainte-Germaine Cousin, vierge de Pibrac, Paris, Maison de la Bonne presse, 1927.
        • SALVAN, Adrien, Histoire de la bienheureuse Germaine, de Pibrac, 4e éd., Toulouse, Delboy, 1865.
        Etude(s) universitaire(s) :

        PHOTOGRAPHIES LIÉES

        Objet de dévotion :
        Edifice :
        Autre :

        À PROPOS DE L'ENQUÊTE

        Enquêteur :
        • Martinazzo Estelle
        Rédacteur :
        • Martinazzo Estelle
        Date de l'enquête :
        2012
        Date de rédaction de la fiche :
        2016
        Etat de l'enquête :
        En cours
        Pour citer cette ficheMartinazzo Estelle, « Sainte-Germaine-de-Pibrac », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
        url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/648/sainte-germaine-de-pibrac, version du 06/06/2016, consulté le 11/12/2018