INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Soulier

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Soulier
Période d'activité :
? - ?
Commune :
Soissons
Département :
Aisne
Les deux arcades restantes de l'église Notre-Dame

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Soissons
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Soissons-Laon-Saint-Quentin (1790 - 2017)
Ancien: Soissons (VIIe siècle - 1790)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne:

Site

Type de site :
Rive de cours d'eau
Altitude :
50 m
Compléments :

L’abbaye se situe légèrement en retrait du cours d’eau, sur la rive gauche de l’Aisne.


Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Cathédrale

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Soulier (? - ?)
Compléments :

Le nom complet du monastère de centre ville est monasterium sanctae et intemeratae Mariae Matris Domini d’après les ASS, p. 409D. On ignore à quel moment le saint Soulier, la relique à l’origine de ce pèlerinage, arriva à Notre-Dame de Soissons. Deux hypothèses coexistent concernant l’arrivée de la relique : selon certains, elle était présente dès la fondation du monastère ; selon d’autres, elle aurait été rapportée par Charlemagne à sa sœur Giselle, abbesse de Chelles et de Notre-Dame de Soissons.

On ignore également quand le pèlerinage est apparu. Il est attesté au XIIe siècle par Hugues Farsit (v. 1143) au sujet du Mal des ardents qui toucha Soissons en 1128-1129.  Et on ignore enfin quand il disparut : on sait que son office propre était toujours célébré à la fin du XVIIe siècle, puisque la fête était encore d’actualité lorsque Michel Germain publia son ouvrage en 1675.


Type de lieu de culte :
Abbatiale
Nom du lieu de culte :
Notre-Dame
Saints patrons :
  • Vierge Marie (680 - 1790)
Compléments :

L’abbatiale a porté plusieurs noms successivement et simultanément. On relève notamment « Monastère Sainte-Marie », « Abbaye royale Notre-Dame de Soissons », « Moustier de saint Drausin », etc.


L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Soulier de la Vierge
Nature de l'objet :
Relique indirecte
Matériau de l'objet :
Autre
Dimensions de l'objet :
Inconnue
Emplacement :
Sur un autel
Datation de l'objet :
?
Compléments :
Le Soulier de la Vierge (soccus sanctae Mariae / beatae Virginis, Germain, p. 490 et 483) ou, en ancien Français, « Saint Soller » (Gauthier de Coincy), était conservé dans un reliquaire en argent doré et exposé sur l’autel de la Vierge, à côté d’une « image » de la Vierge dont la nature n’est pas précisée. Il s’agissait, selon la tradition, d’un soulier en cuir ou « petite bottine », avec, au talon, un lien en cuir pour l’attacher à la cheville. Le Soulier de la Vierge aurait été, selon les légendes retranscrites par Poquet, soit détenu dès la fondation du monastère, soit rapporté par Charlemagne à sa sœur Giselle, abbesse de Chelles, mais aussi de Notre-Dame de Soissons.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Le Saint Soulier serait le soulier de la Vierge, réputé pour de nombreux miracles au Moyen Âge et jusqu’au XVIIe siècle au moins.
Miracles :
Guérisons et prodiges.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Epidémie
  • Délivrance
Compléments :
On avait recours au Soulier de la Vierge notamment dans les cas de surdité, de cécité, le mal des ardents, etc.
Jour(s) de fête :
  • 6 octobre
Type de fréquentation :
Continu
Compléments sur les fréquentations :
Les pèlerins venaient faire leurs dévotions individuellement ou collectivement. La Vierge y fut particulièrement invoquée contre le Mal des Ardents ou Feu saint Antoine (ergotisme) au XIIe siècle. Ainsi, en 1128, face à une diffusion du Mal des ardents, toute la population de Soissons aurait pris l’habit de pénitent  (nus pieds, avançant en silence) pour venir à l’église Notre-Dame demander l’intercession de Marie devant son « Image » et le Soulier.
On rapporte des guérisons grâce au toucher du soulier : par exemple, l’abbesse Mathilde, vers 1128, l’aurait appliqué sur la partie affectée du corps de malades, accompagnant ce toucher d’un signe de croix. Puis les malades se tinrent prosternés devant les divers autels de l’église durant six jours ; lors de la dernière nuit, il y eut un prodige : une clarté dans la nuit ; les survivants furent guéris le lendemain, le 6 octobre. Aussi l’évêque décida-t-il qu’on célébrerait la fête de « Déclaration des Miracles de la Sainte Vierge » le 6 octobre, avec un office propre qui avait encore cours à la fin du XVIIe siècle, comme l’atteste Michel Germain (la fête était encore d’actualité lorsqu’il publia son ouvrage en 1675). En 1254, le pape Alexandre IV étendit cette fête à tout le diocèse (Germain, p. 357).
Pratiques individuelles :
  • Cire
  • Embrasser
  • Toucher
  • Incubation
Pratiques en présence du clergé :
  • Offices
  • Processions
Ex voto :
  • Autre (XIIe siècle)
    Plusieurs ex-voto sont mentionnés, mais de façon générique, concernant l’intercession de la Vierge à « l’autel de la Sainte Vierge ». Aucun ex-voto n’est explicitement rattaché au Soulier. Leur nature est liée au miracle.
  • Cire (XIIe siècle)
    Une femme qui avait obtenu la délivrance après trois semaines de travail en venant prier dans ce sanctuaire suspendit les trois pierres qui sortirent de son ventre et offrit un cierge de la taille de son corps durant la grossesse (Germain, p. 374-375).
Confrérie(s) :
    Indulgence(s) :
      Compléments sur le culte :
      La principale pratique consistait à embrasser le soulier à l’autel de la Vierge où cette relique était exposée, ou lors de la procession de la relique du Soulier que le clergé organisait quotidiennement, au moins lors des épidémies.
      Une autre pratique importante était l’application de la relique sur la partie de corps affectée : il semble que c’était un clerc ou l’abbesse qui faisait un signe de croix avec le Soulier.
      Ceux qui avaient été guéris étaient invités à venir « de grand matin neuf jours consécutifs en rendre grâce dans l’église Notre-Dame, recevoir la bénédiction du Saint Soulier qu’on portait en procession et le baiser avec respect » (Germain, p. 362) ; ils déposaient aussi des cierges de toutes tailles devant l’autel.
      Enfin, une autre pratique consistait à l’utiliser pour obtenir une relique de contact : mettre en contact le Soulier avec de la terre, un morceau de bois ou de pain (plus fréquemment) pour l’emporter ; il pouvait alors servir à guérir un malade à distance : aliquid memoriale de eadem Ecclesia, ligni, vel terrae, vel panis, qui soccum beatae Virginis contigerar (Germain, p. 498, d’après Farsit).

      L'ÉDIFICE

      Description :
      La longueur de l'édifice est estimée à 90 m, pour 24 m de large, sur le plan classique d’une basilique, de style roman (Poquet p. 34). L’église Notre-Dame, dont il ne subsiste aujourd’hui que deux baies, faisait partie du vaste complexe monastique Sainte-Marie (environ un quart de la superficie de la ville selon Poquet), constitué également de la collégiale Saint-Pierre et de l’église Sainte-Geneviève, outre l’hôpital Saint-Voué. L’abbaye comptait plus de 400 personnes dont plus de 200 religieuses.
      Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
        Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
        • Autel (?)
          Le Soulier de la Vierge était exposé sur un autel, « l’autel de la Vierge ».  Il y côtoyait très certainement au moins une autre relique mariale, une « image » miraculeuse dont la nature n’est pas précisée. En effet, les récits de miracles ne distinguent pas souvent les deux objets de dévotion mariale.

        HISTOIRE DU SANCTUAIRE

        Origines :
        Date de première mention : XIIe siècle
        Initiative de la fondation :
        • Groupe de fidèles
        Environnement institutionnel, politique et religieux :

        Première abbaye de femmes à Soissons, vivant sous la règle bénédictine, elle fut construite sur l’initiative de l’évêque Drausin, avec l’autorisation et l’aide financière du maire du palais Ebroin, grâce à l’influence de l’épouse de ce dernier, Leuctrude.
        La première mention connue de miracles et de dévotion au saint Soulier apparaît dans les Miracula Sanctae Mariae, recueil de miracles mariaux achevés peu après 1143 par Hugues Farsit, chanoine de Saint-Jean-des-Vignes à Soissons et proche de saint Bernard.
        Le chanoine y relate les guérisons, dans le sanctuaire de Notre Dame, de malades atteints du Mal des ardents en 1128 à Soissons ;  il évoque notamment le Soulier de la Vierge dans un miracle où un sceptique se moque des crédules qui honorent le Soulier, est violemment  puni dans sa chaire, puis finalement guéri grâce à sa contrition et à l’application du saint Soulier par l’abbesse Mathilde (« Quo amplexo signatur reliquiis et socco »…, Miracle XII).
        Suite aux guérisons des ardents, l’évêque de Soissons, Gosselin, institua au 6 octobre la fête « de déclaration des miracles de la Sainte Vierge ». En 1254, le pape Alexandre IV étendit cette fête à tout le diocèse (Germain, p. 357).

        Phases d'évolution :

        Un premier monastère fut édifié vers 656 par l’évêque Drausin hors les murs de Soissons, le long de l’Aisne (dans le faubourg Saint-Vast ?). Puis, devenu trop exigu, menacé par les crues de la rivière, un nouvel ensemble monastique fut construit par l’évêque au centre de la cité soissonnaise, derrière le chevet de la cathédrale vers 660 (la dédicace eut lieu en 664). L’église Notre-Dame fut reconstruite en 1146-1162, où le Soulier retrouva sa place.

         

        Cela coïncide avec l’époque de la première mention de miracles attribués au Saint soulier : si la légende date l’arrivée de la relique des débuts du monastère ou de l’époque de Charlemagne, la première source à mentionner explicitement un miracle associé au saint Soulier est Hugues Farsit peu après 1143.  

         

        De fait, le culte au Soulier de la Vierge fut particulièrement important à Soissons au XIIe siècle : d’abord sous l’abbesse Mathilde (v. 1128), puis c’est la guérison d’un enfant qui entraîna la reconstruction de l’église vers 1146-1162 ; en effet, ce garçon miraculé eut la vision de Marie se plaignant que ses bâtiments étaient négligés et qu’elle souhaitait une nouvelle église.

        Le culte connut sans doute un temps de recharge vers 1350 lors d’une recrudescence du Mal des Ardents (miracle mentionné vers 1350).

        Après un certain relâchement fin XVe-début XVIe, il y eut peut-être un temps de recharge après 1568, mais cela est peu documenté (un seul miracle raconté, une fête instituée a relancé cette dévotion ou tenté de la relancer).

        Enfin, les dévotions furent interdites devant le saint Soulier au XVIIIe siècle par un évêque proche des Jansénistes, François de Fitz James, évêque de Soissons de 1738 à 1764.

        Les bâtiments du monastère furent finalement détruits lors de la révolution française, surtout en 1793.

        Evénements marquants :
        • Reconstruction (1146-1162)


          Reconsruction de l'église sur le même emplacement.

        • Destruction (1790-1793)

          Entre 1790 et 1793, destructions successives suite à la vente des bâtiments conventuels et de l’église comme biens nationaux lors de la Révolution Française. Il ne subsiste de l’abbatiale Notre-Dame que deux arcades du bras nord du transept (style roman).

        Rayonnement(s) :
        • Diocésain (? -> XVIIIe siècle)

          En 1128, après des guérisons multiples de malades atteints du Mal des ardents, l’évêque Gosselin de Soissons institua la Fête « de Déclaration des miracles de la Sainte Vierge »  fixée au 6 octobre. En 1254, le pape Alexandre IV étendit cette fête à tout le diocèse (Germain, p. 357).
          De manière générale, les miracles évoquent des pèlerins et miraculés du diocèse, mais quelques cas de pèlerins étrangers sont également rapportés (de Cologne, Mons, etc).

        RÉFÉRENCES

        Source(s) :
        • Miracles publiés (XIIe siècle)
          Libellus De Miraculis Beatae Mariae Virginis In Urbe Suessionensi : livre de miracles très probablement rédigé par Hugues Farsit, chanoine de Saint-Jean-des-Vignes à Soissons (où il était chanoine au moins dès 1128), vers 1143. En outre, Michel Germain les publie à la fin de son ouvrage, parmi les « Preuves de l’histoire de Notre-Dame de Soissons », dans une version remaniée (source intermédiaire non identifiée, ou remaniements personnels ?).
        • Miracles publiés (XIIIe siècle)
          Miracles de Notre-Dame, de Gauthier de Coincy (1178-1236), accompagnés d’autres textes spirituels (Saluts à Notre-Dame, prières). Ces miracles versifiés furent copiés dans un  manuscrit du XIVe siècle dont une miniature figure l’autel avec le Saint Soulier (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000451c/f13.item). On en trouve une version imprimée, sous le titre Les miracles de la Sainte-Vierge, par l’abbé Alexandre Poquet (1808-1897),  Genève, 1857 (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4184g.r=Gautier%20de%20Coincy).
          Cependant, Gauthier de Coincy semble avoir assez librement attribué des miracles au Saint soulier alors que ce n’était pas stipulé sous la plume de sa source, Hugues Farsit…
        • Images (1328-1332)

          Gauthier de Coincy, Miracles de Nostre Dame, 1218-1228, repris dans un manuscrit français de 1328-1332, Paris, sans doute décoré par Jean Pucelle (déc. 1334), pour la reine Jeanne de Bourgogne, v. 177v. Cette miniature et quelques lignes de prologue introduisent la partie sur les Miracles de Notre Dame de Soissons. Elle représente un jeune homme probablement malade du mal des Ardents soutenu par sa mère face à un clerc et devant un autel où se trouve une statue de la Vierge à l’Enfant et, aux pieds de celle-ci, le Saint Soulier, en bleu.

        Bibliographie :
        • POQUET, A. abbé, Notre-Dame de Soissons, son histoire, ses églises, ses tombeaux, ses reliques, Paris, 1855.
        • MARTIN, H., Histoire de Soissons depuis les temps les plus reculés, 2 vol., Soissons-Paris, 1837.
        Etude(s) universitaire(s) :

        PHOTOGRAPHIES LIÉES

        Objet de dévotion :
        • BnF, Ms NAF 24541, fol. 177 v.
        Edifice :
        • Les deux arcades restantes de l'église Notre-Dame  - VÉRONIQUE SOUCHE-HAZEBROUCK - 2015
        Autre :
        • Carte de Cassini n°144 - HTTP://CASSINI.EHESS.FR/CASSINI/FR

        À PROPOS DE L'ENQUÊTE

        Enquêteur :
        • SAINTE Élodie
        Rédacteur :
        • SOUCHE-HAZEBROUCK Véronique
        Date de l'enquête :
        2012
        Date de rédaction de la fiche :
        2015
        Etat de l'enquête :
        En cours
        Pour citer cette ficheSOUCHE-HAZEBROUCK Véronique, « Saint-Soulier », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
        url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/644/saint-soulier, version du 27/05/2016, consulté le 19/08/2017