INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Côte-à-Vignes

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Côte-à-Vignes
Période d'activité :
XVIIIe siècle - 2017
Commune :
La Neuville-au-Pont
Département :
Marne
Côte-à-Vignes, la butte artificielle dominant l?oratoire

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
La Neuville-au-Pont
Hameau/Lieu-dit :
Côte-à-Vignes
Diocèse :
Actuel: Châlons-en-Champagne (1825 - 2017)
Ancien: Reims (1821 - 1825)
Paroisse :
Actuelle: Sainte-Menehould (? - 2017)
Ancienne: ?
Compléments :
Entre 1801 et 1821, Côte-à-Vignes dépendait du diocèse de Meaux. Des origines jusqu'à 1791, le site dépendait du diocèse de Châlons.

Site

Type de site :
Coteau
Altitude :
175 m
Compléments :
La fontaine et le calvaire se trouvent au sommet d’un coteau dominant le cours de l’Aisne. Un escalier y conduit depuis le bas de la pente.

Paysage

Type de couvert végétal :
Bois
Type de l'habitat :
Lieu isolé
Type de proximités :
Axe de circulation
Compléments :
La route de Sainte-Menehould à Vouziers passe non loin. Le bourg de La Neuville-au-Pont est situé à 1,5 km environ de Côte-à-Vignes. Coteau jadis presque entièrement couvert de vignes qui ont disparu lors de l’arrivée du phylloxéra. Peu à peu recouvert de bois et par endroits de vergers. Le coteau est dégagé de part et d’autre de l’escalier. Une voie de chemin de fer ouverte en 1883 et fermée à tout trafic en 1971 (Revigny à Amagne-Lucy, reliant notamment Sainte-Menehould à Vouziers) passait au pied du coteau, un chemin demeure sur son tracé qui permet de se rendre à Côte-à-Vignes depuis La Neuville-au-Pont.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Côte-à-Vignes (XVIIIe siècle - 2017)
Compléments :
Pèlerinage né au XIXe siècle autour d’un oratoire existant sous l’Ancien Régime et toujours fréquenté actuellement.
Type de lieu de culte :
Oratoire
Nom du lieu de culte :
Côte-à-Vignes
Saints patrons :
  • Menehould
Compléments :
 

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Sainte Menehould
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Inconnu
Dimensions de l'objet :
Environ 60 cm
Emplacement :
Église de La Neuville-au-Pont
Datation de l'objet :
XVIe siècle
Compléments :
Statue sauvée par une femme pieuse pendant la Révolution. En 1792, une femme Burgaut de La Neuville-au-Pont traverse les lignes prussiennes pendant la bataille de Valmy, emportant dans sa hotte la statue. Elle la tient cachée dans un coffre pendant la Terreur. Un jour, un grand bruit se fait entendre dans le coffre, la sainte réclamant son ermitage. Sous la Restauration, l’abbé Mélinet (curé jusqu’en 1828) la rapporte solennellement dans sa niche.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
La première mention de sainte Menehould (Manehildis) apparaît dans la vie de sainte Liutrude, sa sœur. La sainte apparaît au 14 octobre dans les additions apportées au martyrologe d’Usuard par Molanus en 1573. La vie de sainte Menehould, texte postérieur au transfert de reliques de la sainte à Sainte-Menehould en 1379, est publiée dans les Acta Sanctorum. Cette vie reste muette sur un séjour de la sainte en la ville à laquelle elle donna ensuite son nom et n’évoque pas non plus le site proche de Côte-à-Vignes. Selon cette vie, Menehould est l’une des sœurs d’une autre sainte, Ame. Saint Alpin, évêque de Châlons l’oriente vers la vertu. Recevant une part de l’héritage paternel, Menehould s’établit à Bienville (Haute-Marne), où elle se consacre à Dieu. Son corps est ensuite transféré à l’abbaye voisine de Saint-Urbain (Haute-Marne) à l’exception de la tête qui est conservée au château de Sainte-Menehould. En 1379, une côte et une partie du bras sont transférées à Sainte-Menehould. Sur la foi d’une charte du cartulaire de Montier-en-Der, Jean-Pierre Ravaux, suivi par Jackie Lusse, a proposé de dater du VIIe siècle l’existence de sainte Ame et par conséquent de sa sœur Menehould. À la vie tardive de sainte Menehould s’ajoutent des traditions rapportées par plusieurs auteurs locaux, notamment Claude Buirette, qui ont tenté d’expliquer le lien de Menehould avec la ville portant son nom en évoquant un séjour de la sainte et son rôle pour soigner les malades (Testenoire [1632], Rapine [1636] et Baugier [1721] n’évoquent pas le séjour de la sainte dans la ville portant son nom). Selon une tradition orale, rapportée dès 1837, la vierge Menehould séjourna à Côte-à-Vignes dans un ermitage. Cette tradition faisant vivre Menehould au Ve siècle évoque son séjour sur ce coteau où elle opéra des miracles. Un jour, plusieurs personnes mourant de soif l’implorent. Elle frappe le sol de son fuseau et une source jaillit. Depuis le XVIIe siècle, au moins, la ville de Sainte-Menehould conservait un fuseau de la sainte que lui avait donné l’abbaye de Saint-Urbain (selon P. Testenoire, 1632). L’abbé Lallement rapporte la tradition selon laquelle la statue de la sainte, sauvée lors de la Révolution, enfermée dans un coffre fit un grand bruit pour réclamer son retour sur son coteau, ce qui se produisit sous la Restauration.
Miracles :
Outre les miracles de guérison attribués par la légende à sainte Menehould de son vivant, l’abbé Lallement rapporte plusieurs miracles survenus à Côte-à-Vignes. Le premier, sans doute en 1844, bénéficie à une religieuse de Portieux (Vosges) venue malade et paralysée, de Beauzée (Meuse) et repartie guérie, laissant ses deux béquilles en ex-voto. Vers le milieu du XIXe siècle, des malades de Gratreuil, Virginy et des Islettes (Meuse) y trouvent guérison. En 1875, une fille de Sainte-Menehould y retrouve la vue. Dans les années 1890, une dame de Sainte-Menehould atteinte d’une maladie jugée très grave par son médecin retrouve la santé et fait le vœu de suivre tous les ans le pèlerinage.
Type(s) de motivation :
  • Piété
Recours :
  • Thérapie
Jour(s) de fête :
  • Lundi de Pentecôte
Type de fréquentation :
Annuel (= juste pour une fête)
Compléments sur les fréquentations :
Avant la Révolution, la procession à Côte-à-Vignes avait lieu aux Rogations. Guérisons, divination sur la santé des enfants.
Pratiques individuelles :
  • Boire
  • Tremper dans l'eau
Pratiques en présence du clergé :
  • Processions
  • Rogations
Ex voto :
  • Texte gravé (?)
    Trois ex-votos en marbres, non datés (fin XIXe-début XXe siècle) : deux à sainte Menehould, un à la Vierge Marie.
  • Béquille (1844)
    Les béquilles, mentionnées par l’abbé Lallement, avaient déjà disparu au début du XXe siècle.
Confrérie(s) :
  • Confrérie dite des Vignerons (XVe siècle)
    Une confrérie des vignerons serait mentionnée en 1457 (par Barthélemy, Diocèse Ancien, t. II, p. 157) mais on ignore si elle a pu avoir un lien avec le pèlerinage. L’emplacement du site de Côte-à-Vignes invite à ne pas l’exclure, tout comme la statue de la sainte vénérée dans l’édicule de la fontaine qui porte une grappe de raisin ou encore la grappe sculptée sur la clef de l’arc ouvrant l’édicule. De plus, à La Neuville-au-Pont, une bannière de sainte Menehould est mentionnée par le Dr Pierre Hermann parmi les bannières des confréries.
  • Confrérie dite des Vignerons (XVe siècle)
    Une confrérie des vignerons serait mentionnée en 1457 (par Barthélemy, Diocèse Ancien, t. II, p. 157) mais on ignore si elle a pu avoir un lien avec le pèlerinage. L’emplacement du site de Côte-à-Vignes invite à ne pas l’exclure, tout comme la statue de la sainte vénérée dans l’édicule de la fontaine qui porte une grappe de raisin ou encore la grappe sculptée sur la clef de l’arc ouvrant l’édicule. De plus, à La Neuville-au-Pont, une bannière de sainte Menehould est mentionnée par le Dr Pierre Hermann parmi les bannières des confréries.
Indulgence(s) :
    Compléments sur le culte :
    En présence du clergé, procession des Rogations jusqu’à la Révolution. Depuis 1843, au moins, procession du lundi de Pentecôte depuis le bourg de La Neuville-au-Pont, avec les reliques. Les enfants qui avaient fait peu avant leur communion solennelle y étaient particulièrement à l’honneur. Les pèlerins buvaient l’eau de la fontaine et en emportaient. De plus, il leur arrivait de tremper dans la fontaine les linges des malades pour savoir comment allait évoluer la santé du souffrant.

    L'ÉDIFICE

    Description :
    La fontaine coule depuis une petite construction qualifiée souvent de chapelle mais qui n’en est pas une à proprement parler. Elle a remplacé en 1842 une niche rustique plus modeste renfermant l’ancienne statue de sainte Menehould. On y lit l’inscription : « Reaedif[icata] cum […]. Eccl[esiae] s[sanctae] Mariae Noveville ad Pontem anno ab incarn[atione] Dom[ini] MDCCCXXXXII ». L’abbé Tostin l’a fait surmontée d’une statue de la Vierge Marie en fonte : l’invocation gravée « Ô Marie conçue sans péché… » se termine par une évocation de Menehould qualifiée de « parfaite imitatrice » de la Vierge Marie.
    Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
    • Autre (1846)
      Conduisant à l’édicule de la fontaine (construit en 1842-1843), un escalier de 117 marches portant sur les contremarches les litanies de la Vierge Marie a été installé en 1846.
    • Autre (1846)
      Un second escalier de 30 marches portant l’Ave Maria, le Sub Tuum et une invocation à sainte Menehould a été installé plus bas.
    Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
    • Mobilier (1930)
      Tout-en-bas du coteau, un calvaire marque l’entrée du domaine. Au sommet, une butte a été formée avec de la terre apportée à pleines hottées par les paroissiennes des champs environnants et une grande croix érigée en 1866 à son sommet. (nouvelle croix monumentale en chêne remplaçant une croix primitive, le chêne étant choisi dans la forêt indivise des quatre villages de La Neuville, Moiremont, Florent et Maffrécourt, cette indivision rappelant que ces localités ne formaient qu’une paroisse au XIIIe siècle). En 1930, une croix en ciment remplaça la croix en chêne renversée par un ouragan. En 1990, une croix en béton remplaça la précédente renversée par une tornade, bénie par Mgr Bardonne. Dans les années 1990, on restaura des marches et des rambardes ornées de pampres, puis, en 2001, l’escalier de trente marches et ses contremarches. On considère que l’ensemble du site a la forme d’un ostensoir.
    • Autre (1990)
      Une petite esplanade pouvant servir aux rassemblements et à dire la messe est ménagée perpendiculairement au site, tout en haut du coteau.

    HISTOIRE DU SANCTUAIRE

    Origines :
    Date de première mention : 1837
    Initiative de la fondation :
      Environnement institutionnel, politique et religieux :
      Phases d'évolution :
      Côte-à-Vignes est l’une des très nombreuses fontaines sacrées de l’arrondissement de Sainte-Menehould, répertoriées par l’abbé Lallement, folkloriste du début du XXe siècle, mais c’est la seule qui motive encore un pèlerinage. Probablement très local sous l’Ancien Régime, le pèlerinage a connu une progression de la Restauration à la Première Guerre Mondiale. Sous la Restauration, l’abbé Mélinet replace la statue, sauvée à la Révolution, dans sa niche. Celle-ci est reconstruite en 1842 et des aménagements du site suivent. Des miracles survenus au XIXe siècle ont sans doute joué un grand rôle dans cette nouvelle faveur. De 1869 à 1914, une société de musique participait à la procession du lundi de Pentecôte. Le pèlerinage était encore actif entre les deux guerres mondiales. Après un oubli au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le pèlerinage a été relancé, par l’initiative conjointe d’une association, créée en 1988, et de la paroisse. Outre la procession du lundi de Pentecôte, l’association organise sur le site une kermesse à un autre moment de l’année.
      Evénements marquants :
      • Mise à l'abri de l'objet de dévotion (1792)
        Une femme de La Neuville-au-Pont met à l’abri la statue pendant la Révolution.
      • Construction (1842)
        Construction de la pseudo-chapelle pour abriter la fontaine.
      Rayonnement(s) :
      • Local (XIXe siècle -> 2017)
        Le rayonnement était sans doute local sous l’Ancien Régime. Au XIXe siècle, il s’est progressivement étendu aux villages de l’Argonne marnaise et meusienne, soit un rayonnement d’une trentaine de kilomètres. Actuellement le pèlerinage attire des personnes de tout le doyenné d’Argonne qui correspond à l’arrondissement de Sainte-Menehould.

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      • Vita
        Vie de Liutrude, Acta sanctorum, septembre, t. 6, Paris-Rome, 1867, p. 451-453.
      • Vita
        Baudouin de GAIFFIER, « La plus ancienne vie de sainte Pusinne de Binson honorée en Westphalie », in Analecta Bollandiana, t. 76, 1958, p. 188-224.
      • Acta sanctorum
        De S. Manechilde virgine, Acta Sanctorum, octobre, t. VI, Paris-Rome, 1794, p. 526-530.
      • Vita
        François DOLBEAU, « Vie latine de sainte Ame, composée au XIe siècle par Étienne, abbé de Saint-Urbain », Analecta Bollandiana, 105, 1987, p. 25-63 [rééd. Sanctorum societas. Récits latins de sainteté (IIIe-XIIsiècles), Bruxelles, Société des Bollandistes, 2005 (Subsidia hagiographica, 85), t. 2, p. 487-526].
      Bibliographie :
      • LUSSE, J., «Sainte Menehould  », in Horizon d'Argonne, n°90, 2013, p. 3-13.
      • LALLEMENT, abbé L., Folk-lore et vieux souvenirs de l'Argonne (arrondissement de Sainte-Ménehould), Châlons-sur-Marne, Paris, A. Robat, L. Staude, 1921, p. 16-19.
      • BROUILLON, L., «Pèlerinages et fontaines sacrées de l'arrondissement de Sainte-Menehould », in Almanach-annuaire historique, administratif et commercial de la Marne, de l'Aisne et des Ardennes, publié par Matot Braine, 63e année, 1918-1921, p. 299-302.
      • LALLEMENT, abbé L., Contes rustiques et folk-lore de l'Argonne (coutumes, blason populaire et patois), Châlons-sur-Marne, A. Robat, 1913, p. 207-210 .
      • BARTHELEMY, E. de, Diocèse ancien de Châlons-sur-Marne, Paris, Chaumont et Châlons, 1861, p. 155-158.
      • BUIRETTE, C., Histoire de la ville de Sainte-Ménehould et de ses environs, Sainte-Menehould, Poignée-Darnauld, 1837, p. 37-42.
      • BAUGIER, E., Mémoires historiques de la province de Champagne, t. II, Châlons, Claude Bouchard, 1721, p. 387.
      • RAPINE, père Ch., Annales ecclésiastiques du diocèse de Chalons en Champagne, Paris, C. Sonnius, 1636, p. 66-71.
      • TESTENOIRE, A.-P., La Vie de la glorieuse sainte Manehould, une des sept filles du compte du Perthois, Paris, 1632.
      • HERMANN, P., En Argonne, La Neuville-au-Pont et son église Notre-Dame, 47 p., brochure dactylographiée, s.d. (années 1990).
      Etude(s) universitaire(s) :

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      Edifice :
      • Côte-à-Vignes, la butte artificielle dominant l?oratoire - JEAN-BAPTISTE RENAULT - 2015
      • L?oratoire construit en 1843-1844 pour abriter la statue et la fontaine - JEAN-BAPTISTE RENAULT - 2015
      • La statue de la Vierge surmontant l?oratoire - JEAN-BAPTISTE RENAULT - 2015
      • Vue du site depuis l?escalier - JEAN-BAPTISTE RENAULT - 2015
      Autre :

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • RENAULT Jean-Baptiste
      Rédacteur :
      • RENAULT Jean-Baptiste
      Date de l'enquête :
      2016
      Date de rédaction de la fiche :
      2016
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheRENAULT Jean-Baptiste, « Côte-à-Vignes », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/632/cote-a-vignes, version du 19/05/2016, consulté le 20/08/2017