INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Suaire

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Suaire
Période d'activité :
1392 - 1455
Commune :
Toulouse
Département :
Haute Garonne
Cloche fondue pour l'oratoire du Saint-Suaire à Saint-Bernard, actuellement à l'église Saint-Nicolas.

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Toulouse
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel:
Ancien: Toulouse (1392 - 1455)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne: Saint-Sernin-du-Taur (1392 - 1396)

Site

Type de site :
Altitude :
140 m
Compléments :

Vallée de la Garonne.


Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Axe de circulation
Remparts
Compléments :

À la fin du Moyen Âge, Toulouse est une capitale régionale d'environ 30 000 habitants : le commerce y est actif. La ville compte une université et de nombreux édifices religieux. La paroisse Saint-Sernin du Taur devient paroisse Notre-Dame du Taur en 1534.


LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Suaire (1392 - 1455)
Compléments :
Le pèlerinage débute avec le transfert du saint suaire de Cadouin à Toulouse en 1392 ; il disparaît lorsque la relique retourne en Périgord en 1455 (voir fiche Saint-Suaire de Cadouin).
Type de lieu de culte :
Eglise paroissiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Sernin-du-Taur
Saints patrons :
  • Sernin (XIe siècle - 1534)
Compléments :
Le suaire est déplacé à plusieurs reprises ; il est exposé dans l'église Saint-Sernin du Taur de la fin de 1392 au 8 septembre 1396 ; puis dans l'oratoire du Saint-Suaire qui se trouve dans l'orbite du collège cistercien de Saint-Bernard de 1396 à 1455, avec un retour éphémère en 1432 dans l'hôtel de l'abbé de Cadouin, contigu à l'église du Taur.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Saint suaire du Christ
Nature de l'objet :
Relique indirecte
Matériau de l'objet :
Autre
Dimensions de l'objet :
L : 2,95m ; l : 1,35m
Emplacement :
Dans une niche au-dessus du maître-autel de l'église du Taur. Ensuite dans un coffre suspendu à la voûte de l'oratoire du Saint-Suaire à Saint-Bernard, puis dans un dispositif à deux étages avec des arcs voûtés superposés et pourvus de grilles.
Datation de l'objet :
XIe siècle
Compléments :
Tissu de lin orné de bandes brodées de lettres en caractères coufiques.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Le suaire dont la tradition veut qu'il ait été recueilli par Adhémar de Monteil, légat pontifical, pendant la première croisade, aurait été transmis à un prêtre périgourdin. Il aurait ensuite été récupéré par l'abbaye cistercienne de Cadouin en 1117, mais il n'est attesté dans la documentation qu'en 1214, à l'occasion d'un don de Simon de Montfort. (voir fiche Saint-Suaire de Cadouin). Il est transféré à Toulouse en 1392, officiellement pour le mettre à l'abri des Anglais et des schismatiques, mais aussi pour des raisons économiques.
Miracles :
De nombreux miracles sont signalés pendant la période toulousaine du suaire.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Libération des prisonniers
  • Folie
  • Fécondité
  • Délivrance
Jour(s) de fête :
  • Nativité Vierge Marie
  • Octave de la Pentecôte
  • Octave de Pâques
  • Simon et Jude
Type de fréquentation :
Régulier
Compléments sur les fréquentations :
Les miracles sont connus par un fragment de parchemin comprenant six miracles de la fin du XIVe siècle, avec pèlerinage d'action de grâces dans l'église du Taur, et par une liste d'une centaine de miracles, récits établis au XVIIe siècle sur la foi d'un registre médiéval qui en aurait contenu plusieurs milliers datés de 1200 à 1500 environ. La folie est la catégorie la mieux représentée avec la fécondité et la protection de l'enfance. Quelques miracles semblent être des cas de « répit ». Les miracles connus portent sur la période 1385-1502, soixante ont lieu pendant le séjour toulousain. Ils étaient alors proclamés de manière publique par la sonnerie des cloches de la chapelle du Saint-Suaire.
Pratiques individuelles :
  • Toucher
Pratiques en présence du clergé :
  • Offices
  • Neuvaines
  • Ostension
Ex voto :
  • Cire (?)
    Les « images » de cire sont parfois « de la pesanteur » du miraculé.
Confrérie(s) :
  • Saint-Suaire (1397)
    Le siège de cette confrérie « récemment » fondée d'après un testament toulousain daté de 1397, se trouve dans la chapelle du Saint-Suaire du quartier Saint-Bernard. Elle n'est connue que par quelques dons de testateurs et disparaît vraisemblablement lorsque le suaire retourne en Périgord.
Indulgence(s) :
  • Partielle (1397)
    Benoît XIII accorde en 1397 trois types d'indulgences : -des indulgences de 3 ans et 3 quarantaines pour la fête des Apôtres Simon et Jude, les dimanches des octaves de Pâques et de la Trinité, les trois jours suivant ces dates, ainsi que Pâques et la Pentecôte. -des indulgences de 1 an et 40 jours pour les autres fêtes : lundis de Carême, le Vendredi Saint, les fêtes du Christ (Noël, Circoncision, Épiphanie, Ascension, Fête-Dieu), les 4 fêtes de la Vierge, la Nativité de saint Jean-Baptiste, les fêtes des saints apôtres Pierre et Paul, de saint Benoît et saint Bernard, la dédicace de l'oratoire et la Toussaint ; -des indulgences de 50 jours pour les octaves des fêtes signalées et les six jours suivant la Pentecôte.
  • Partielle (1405)
    Le 15 février 1405, les indulgences sont portées à 5 ans et 5 quarantaines ; elles concernent les fêtes de Pâques, sa vigile et son octave, le Vendredi Saint, le dimanche de la Sainte-Trinité, la Nativité de la Vierge et la fête des saints Simon et Jude. Elles correspondent aux jours d'ostensions solennelles.
  • Partielle (1443)
    Eugène IV en 1443 concède la rémission complète des péchés pour une durée de 7 ans à l'occasion d'une fête.
Compléments sur le culte :
Le suaire est enfermé en permanence dans un reliquaire. Il est plié et roulé. On le sort et le déplie seulement lors des quatre ostensions solennelles (trois ostensions annuelles sont mentionnées en 1395, puis quatre à partir de 1402). Des ostensions exceptionnelles à la demande sont prévues pour les "grands". Le reliquaire, lui, est montré lors de cérémonies « privées » un vendredi sur deux, le matin après la messe, en présence d'un capitoul, magistrat urbain. Le reliquaire est lui-même enfermé dans un grand coffre de fer muni de clés. Plusieurs reliquaires sont connus pendant la période toulousaine du suaire : dès 1393, les capitouls s'engagent à offrir un reliquaire d'argent et de cristal d'un poids de 8 marcs. La reine Isabeau offre après 1399 un reliquaire d'une valeur de 200 écus d'or. Raymond Bonet, marchand toulousain, fait confectionner en 1429 une châsse d'argent dorée avec des « images » sculptées à l'intérieur et l'extérieur, d'une dimension de 1 m sur 50 cm environ.

L'ÉDIFICE

Description :
L'église Saint-Sernin-du-Taur est une église paroissiale dont les bâtiments datent du XIVe siècle ; la chapelle du Saint-Suaire qui jouxtait le collège de Saint-Bernard était un édifice de 18 m de long, connu par des plans figurés du XVIIe siècle. Tout le quartier a été détruit.
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
  • Oratoire
    À Saint-Sernin du Taur, un oratoire est aménagé dans le chevet de l'église, derrière le maître-autel, en hauteur dans un espace pourvu de grilles. Le blason de l'abbé de Cadouin, Bertrand de Molinis, qui a accompagné la relique à Toulouse, figure sur la clé de voûte de cet oratoire. Une applique sculptée avec une tête de Christ, datant de la fin du XIVe siècle, orne l'arc central du chevet.
  • Autre (1402)
    Lors des ostensions solennelles qui avaient lieu lorsque le saint suaire se trouvait à Saint-Bernard, il semble que le linceul, qui était conservé habituellement dans la chapelle elle-même, était montré à l'extérieur dans un terrain vague situé à l'entrée.
Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
  • Chapelle (1392-1396)
    À Saint-Sernin-du-Taur, un oratoire est aménagé dans le chevet de l'église, derrière le maître-autel, en hauteur dans un espace pourvu de grilles. Le blason de l'abbé de Cadouin, Bertrand de Molinis, qui a accompagné la relique à Toulouse, figure sur la clé de voûte de cet oratoire. Une applique sculptée avec une tête de Christ, datant de la fin du XIVe siècle, orne l'arc central du chevet. Dans la chapelle du Saint-Suaire à Saint-Bernard, deux dispositifs se succèdent : de 1396 à 1402. Tout d'abord, le reliquaire est placé dans un « bassin » suspendu à 6 mètres de hauteur, entouré de clochettes, le dispositif étant fixé par des chaînes cadenassées aux murs latéraux. Après 1402, on construit à l'intérieur de l'édifice un massif à deux niveaux pourvu d'arcs voûtés superposés de bonnes dimensions : le reliquaire est déposé dans l'arc supérieur, l'arc du rez-de-chaussée sert pour la célébration des offices. Une cloche a été fondue en 1397 pour cette chapelle. Elle porte une inscription : sudarium christi servet nos a funere tristi (« que le suaire nous préserve d'une mauvaise mort »). Elle sonnait lorsqu'un miracle se produisait. Elle est conservée aujourd'hui encore.

HISTOIRE DU SANCTUAIRE

Origines :
Date de première mention : 1392
Initiative de la fondation :
    Environnement institutionnel, politique et religieux :
    L'abbé de Cadouin, Bertrand de Molinis a eu l'initiative du transfert du suaire (avec l'accord de l'Ordre, puis du Pape). L'archevêque et les capitouls de Toulouse ont accueilli la relique le 28 octobre 1392 dans une ville qui présentait plusieurs avantages : elle était plus sûre sur le plan militaire que le Périgord (zone frontière de la Guerre de Cent Ans, avec proximité des « Anglais »), ainsi que sur le plan religieux (la municipalité de Toulouse est officiellement « clémentine » dans le cadre du Grand-Schisme, alors que les Anglais du Périgord sont « urbanistes »). Elle est plus peuplée et plus apte à attirer de nombreux pèlerins et leurs offrandes que le monastère périgourdin ruiné. Les actes officiels estiment donc que le suaire y sera plus et mieux vénéré et rapportera des revenus suffisants pour entretenir les moines de Cadouin installés à Toulouse.
    Phases d'évolution :
    Le suaire connaît un grand succès à Toulouse et accomplit de nombreux miracles au Taur, comme à Saint-Bernard. La liste du XVIIe siècle n'en donne qu'un aperçu.
    Evénements marquants :
    • Arrivée de la relique (1392)
      Le suaire est transféré de Cadouin à Toulouse.
    • Déplacement des reliques (1399)
      Le roi Charles VI, atteint de crises de folie intermittentes depuis 1392, demande et obtient le prêt du suaire à Paris. Le suaire y aurait fait des miracles. Le roi est venu en personne le vénérer et faire une neuvaine, ainsi que la reine et quelques grands du royaume. La relique est ensuite restituée et revient à Toulouse le 30 novembre, sans avoir apporté au roi le soulagement escompté.
    • Disparition de reliques (1402)
      En janvier, le suaire est dérobé par des religieux cisterciens qui souhaitaient vraisemblablement le rapporter en Périgord. Il réintègre l'église du Saint-Suaire du quartier Saint-Bernard en juin.
    • Changement de lieu (1432)
      Le suaire est déplacé par l'abbé de Cadouin et momentanément exposé dans son l'hôtel, dont les bâtiments jouxtent l'église du Taur. On y aménage une chapelle. Mais le suaire réintègre rapidement la chapelle du quartier de Saint-Bernard
    • Disparition de reliques (1455)
      Le suaire est à nouveau dérobé par des moines cisterciens après l'ostension solennelle de la Nativité de la Vierge, le 8 septembre 1455. La relique ne reviendra à Cadouin qu'en 1463, après de nombreuses péripéties.
    Rayonnement(s) :
    • Régional (1392 -> 1455)
      À la fin du XIVe siècle, le rayonnement a été national, voire international. Le culte a décliné à Toulouse après le retour du suaire en Périgord.

    RÉFÉRENCES

    Source(s) :
    • Archives (XVe siècle)
      Accords conclus entre Cadouin et la municipalité : Arch. mun. de Toulouse, grands parchemins (déb XVe, : II 13/2, II 14/3 cahiers XVe s. : GG 790, 791).
    • Archives
      ADHG, procès : 101H 515 ; archives notariales : 101H 512, 101H 105 ; registre du château de Pinsaguel, testaments. Coll. DOAT 64. BnF, ms lat. 15975, f° 24-25.
    • Site internet
      Nombreux articles sur Cadouin disponibles dans les actes des colloques de Cadouin sur internet : www.amisdecadouin.com/les-actes-des-colloques/
    Bibliographie :
    • FOURNIÉ, M., «Dévotions à Toulouse au XVe siècle autour du saint suaire de Cadouin-Toulouse », in Histoire religieuse et sociale du Languedoc aux derniers siècles du Moyen Âge, Annales du Midi, t. 125, n° 282, 2013, p. 269-286.
    • FOURNIÉ, M., «Les miracles du suaire de Cadouin-Toulouse et la folie de Charles VI », in Revue d'Histoire de l'Église de France, t. 99 (n°242), Paris, 2013, p. 25-52.
    • MAUBOURGUET, J., «Le suaire de Cadouin », in Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. 63, 1936, p. 348-363.
    • CARLES, A, Histoire du saint suaire de notre Seigneur Jésus-Christ, conservé dans l'église abbatiale de Cadouin en Périgord, et de tous les autres linges funèbres du sauveur, Paris, 1875.
    • Histoire d'un des suaires et du sacré bandeau de Jésus-Christ [...] transportés de l'Orient dans l'abbaye de Cadouin par les religieux du monastère, Paris, Bessin, 1644.
    Etude(s) universitaire(s) :

    PHOTOGRAPHIES LIÉES

    Objet de dévotion :
    Edifice :
    • Cloche fondue pour l'oratoire du Saint-Suaire à Saint-Bernard, actuellement à l'église Saint-Nicolas.
    • Applique (XIVe s.) représentant une tête du Christ, au chevet de l'église du Taur, signalant l'endroit où le suaire était exposé entre 1392 et 1396.
    Autre :

    À PROPOS DE L'ENQUÊTE

    Enquêteur :
    • FOURNIÉ Michelle
    Rédacteur :
    • FOURNIÉ Michelle
    Date de l'enquête :
    2013
    Date de rédaction de la fiche :
    2014
    Etat de l'enquête :
    En cours
    Pour citer cette ficheFOURNIÉ Michelle, « Saint-Suaire », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
    url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/576/saint-suaire, version du 19/06/2014, consulté le 19/08/2017