INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Suaire

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Suaire
Période d'activité :
XIIe siècle - 1934
Commune :
Le Buisson-de-Cadouin
Département :
Dordogne
Clé de voûte du cloître de Cadouin : deux anges soutiennent le corps du Christ dans son linceul.

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Le Buisson-de-Cadouin
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Perigueux-Sarlat (1317 - 1934)
Ancien: Périgueux (XIIe siècle - 1317)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne: Cadouin (XIIe siècle - 1935)

Site

Type de site :
Plateau
Altitude :
200 m
Compléments :
L'abbaye est d'abord implantée dans un « désert », un lieu isolé. Au Moyen Âge, elle est environnée de forêts. Le village de Cadouin prospère ensuite à son ombre.

Paysage

Type de couvert végétal :
Bois
Type de l'habitat :
Village
Type de proximités :
Cours d'eau
Compléments :
L'abbaye de Cadouin se trouvait à proximité de la Couze et de la Dordogne.
En 1317 est érigé le diocèse de Sarlat, détaché de celui de Périgueux, auquel appartient alors l'abbaye de Cadouin. En 1854, l'appellation du diocèse devient celle de Périgueux-Sarlat.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Suaire (XIIe siècle - 1934)
Compléments :
Le pèlerinage est réputé débuter avec l'arrivée de la relique au XIIe siècle ; il est supprimé lorsque la preuve de la non-authenticité du suaire est faite au XXe siècle.
Type de lieu de culte :
Abbatiale
Nom du lieu de culte :
Jésus-Marie-et-tous-les-Saints
Saints patrons :
  • Jésus, Marie et tous les saints (1154 - 1791)
Compléments :
Le suaire est rapporté, après la première croisade, par un prêtre périgourdin et conservé à l'abbaye cistercienne de Cadouin, (fondée au début du XIIe siècle), dans l'église abbatiale, devenue paroissiale à la Révolution. Le suaire a été conservé à Toulouse entre 1392 et 1455 (voir fiche Saint-Suaire de Toulouse).

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Saint suaire du Christ
Nature de l'objet :
Relique indirecte
Matériau de l'objet :
Autre
Dimensions de l'objet :
L : 2,95m ; l : 1,35m
Emplacement :
Le suaire, placé dans un reliquaire, était conservé dans un « oratoire », toujours situé en hauteur, à Cadouin comme à Toulouse. Au XVe s, après son retour à Cadouin, le reliquaire est enfermé dans un coffre et suspendu à la voûte de l'église abbatiale.
Datation de l'objet :
XIe siècle
Compléments :
Tissu de lin écru orné de bandes brodées de motifs floraux de vives couleurs comprenant des lettres en caractères coufiques. Ce linge, tissé en Égypte au XIe siècle, est aujourd'hui conservé dans les réserves du musée de Périgueux. Un fac-similé est présenté aux visiteurs de l'abbaye.
Le suaire, plié et roulé, était conservé dans un reliquaire, « vase » d'argent en 1214, d'or après 1239.
D'autres reliquaires ont été confectionnés par la suite. Le reliquaire est lui-même enfermé dans un coffre, au moins à partir de la fin du XIVe s.
Au XIXe siècle, il était conservé dans une chapelle.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
La tradition veut que le suaire ait été recueilli par Adhémar de Monteil, légat pontifical, pendant la première croisade, qui l'aurait transmis à un prêtre périgourdin. Il aurait ensuite été récupéré par l'abbaye cistercienne de Cadouin en 1117, mais il n'est toutefois attesté dans la documentation qu'en 1214, à l'occasion d'une donation-rente de Simon de Montfort à la lampe brûlant devant la relique.
Miracles :
Plusieurs milliers, de 1200 à 1500, selon l'"Histoire..." de 1644. Après la réactivation de la dévotion au Saint Suaire, après 1866, plusieurs miracles sont signalés, principalement des guérisons. Le premier concerne une jeune fille paralysée guérie en 1867 par de l'eau versée d'un vase qui avait été en contact avec le suaire.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Voeu
Recours :
  • Thérapie
  • Libération des prisonniers
  • Folie
  • Fécondité
  • Délivrance
Jour(s) de fête :
  • Nativité Vierge Marie
  • Octave de la Pentecôte
  • Octave de Pâques
  • Simon et Jude
Type de fréquentation :
Régulier
Compléments sur les fréquentations :
Trois puis quatre ostensions annuelles à la fin du Moyen Âge : le 28 octobre (fête des saints Simon et Jude), les octaves de Pâques et de Pentecôte, le 8 septembre (Nativité de la Vierge). Trois ostensions annuelles au XIXe siècle : quinze jours après Pâques, la Pentecôte et le 8 septembre. Certains miracles médiévaux sont connus par un fragment de parchemin comprenant six miracles de la fin du XIVe siècle et par une liste d'une centaine de miracles établie au XVIIe siècle sur la foi d'un registre médiéval (disparu depuis) qui aurait contenu plusieurs milliers de miracles datés de 1200 à 1500 environ. La folie est la catégorie la mieux représentée avec la fécondité et la protection de l'enfance. Quelques miracles semblent être des cas de « répit ». Les miracles connus par cette liste portent uniquement sur la période 1385-1502.
Pratiques individuelles :
  • Cire
  • Toucher
  • Vinage
  • Mettre un ruban autour du cou de la statue et emporter un morceau de ceux qui s'y trouvent déjà.
Pratiques en présence du clergé :
  • Offices
  • Processions
  • Tournée de quêtes
  • Neuvaines
  • Ostension
Ex voto :
  • Autre (?)
    Mention de linceuls.
  • Cire (?)
    Les « images » de cire sont parfois « de la pesanteur » du miraculé.
  • Métal (?)
    Deux ex-voto exceptionnels : un casque et une chaîne d'or.
Confrérie(s) :
  • Saint-Suaire (?)
    On ignore la date de fondation de la confrérie, mentionnée dans les récits de miracles de la fin du XVe siècle. Elle est restaurée en 1535 par Paul III. Puis, elle est rétablie en 1878 par l'évêque du diocèse et perdure jusqu'en 1935.
Indulgence(s) :
  • Partielle (1344)
    Clément VI accorde en 1344 un an d'indulgences à ceux qui viendront visiter le suaire entre le dimanche de la Passion et celui de Quasimodo (dimanche après Pâques).
  • Partielle (1358)
    Innocent VI, en 1358, octroie pour 10 ans, 5 années d'indulgences à ceux qui se rendront à Cadouin et y feront une aumône lors de six fêtes du Christ (Noël, Circoncision, Épiphanie, Résurrection, Ascension, Corpus-Christi), aux 4 fêtes de la Vierge (Nativité, Annonciation, Purification et Assomption), à la saint Pierre et saint Paul, ou encore le mercredi des Cendres et le dimanche de Quasimodo.
  • Plénière (1865)
    Le 16 septembre 1865, Pie IX accorde une indulgence plénière à ceux qui viendraient vénérer le saint Suaire aux fêtes de l'Invention et de l'Exaltation de la sainte Croix, aux jours d'exposition du suaire et aux octaves de ces jours. Une indulgence de trois ans et d'autant de quarantaines est accordée à ceux qui le visiteraient dans le courant de l'année.
Compléments sur le culte :
L'office du saint suaire est rajouté au XVe siècle dans les deux grands antiphonaires de Cadouin, les ms 166 et 167 des AD du Périgord. La confrérie, réputée ancienne, n'est attestée en Périgord qu'à la fin du XVe siècle et renouvelée au XVIIe siècle. Les modalités des ostensions ont varié : après 1866, le suaire est placé sous un dais vitré garni de cinq plumets ; il est porté par quatre prêtres et le cortège fait le tour du village sous des arcs de triomphe, des banderoles et des guirlandes. Les rues sont jonchées de fleurs. On vend médailles et signets. La relique, ainsi qu'un fragment de la "Vraie Croix", sont conservés dans une chapelle de l'église fermée d'une grille en bois.

L'ÉDIFICE

Description :
Monastère cistercien : église du XIIe siècle, cloître flamboyant de la fin du XVe siècle, bâtiments monastiques ; hôpital des pèlerins à proximité.
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
    Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
    • Chapelle (XIIIe siècle)
      Une chapelle haute, au-dessus de la sacristie, communique par une tribune avec le transept sud de l'église et permet les ostensions aux XIIIe et XIVe s.

    HISTOIRE DU SANCTUAIRE

    Origines :
    Date de première mention : 1214
    Initiative de la fondation :
      Environnement institutionnel, politique et religieux :
      Essor du monachisme cistercien face au développement des hérésies en Languedoc (passage et donation de Simon de Montfort).
      Phases d'évolution :
      Développement du pèlerinage au XIIIe siècle puis difficultés dues au contexte des opérations militaires pendant la guerre de Cent Ans, Cadouin étant une zone frontière. Le pèlerinage à Cadouin s'interrompt entre 1392 et 1455, période durant laquelle le suaire est conservé à Toulouse. Mais il reprend au retour définitif du suaire à Cadouin en 1463 ; l'abbaye jouissant alors de la protection pontificale (1452) et de la faveur royale (1482) a pu se relever. C'est en cette fin de siècle qu'on érige le magnifique cloître flamboyant. Une des clés de voûte est sculptée de deux anges présentant le suaire. Au moment des guerres de Religions, le suaire est transféré au château de Montferrand. En 1643, l'évêque de Sarlat, Mgr de Lingendes, tente une relance de la dévotion au saint Suaire en publiant un procès-verbal d'authenticité de la relique et une lettre pastorale. Mais le renouveau est de courte durée. Après une période de déclin aux XVIIe et XVIIIe siècles (le suaire est caché sous un plancher pendant la Révolution française), la dévotion est officiellement relancée en 1797, avec la reprise des ostensions, mais le pèlerinage n'a plus alors qu'un rayonnement paroissial. Des processions dans le village, avec le suaire, ont lieu les mois de septembre. La relique est conservée dans l'église devenue paroissiale ; une réactivation du culte a lieu à partir de 1866 à l'initiative de Mgr Dabert, nouvel archevêque du diocèse de Périgeux-Sarlat. Le suaire est translaté dans une nouvelle châsse le 5 septembre 1866. De très nombreux pèlerins assistent à cette cérémonie (on a parlé de six mille personnes). Le pèlerinage retrouve durant la période 1866-1934 un rayonnement diocésain. Confrérie, jubilés, ostensions annuelles, miracles témoignent de la relance et du succès du pèlerinage dans ces années-là. Néanmoins, les contestations de l'authenticité de la relique de la Passion, qui naissent dès les années 1870, aboutissent finalement à l'abandon du pèlerinage après qu'il a été démontré que le suaire était en réalité un linge de l'époque Fatimide.
      Evénements marquants :
      • Déplacement des reliques (1392)
        Séjour toulousain du suaire entre 1392 et 1455. Retour à Cadouin en 1463 après un séjour à Aubazine en Limousin. Plusieurs déplacements et « vols » (voir fiche Saint-Suaire de Toulouse).
      • Acte exceptionnel de dévotion (1482)
        Louis XI dote l'abbaye de Cadouin d'une rente annuelle de 4000 livres en raison de sa dévotion à la relique.
      • Déplacement des reliques (XVIe siècle)
        Transport au château de Montferrand dans la deuxième moitié du XVIe siècle.
      • Reprise du culte (1644)
        Le culte est réactivé en 1644 après la publication du procès-verbal d'authenticité, l'ostension et la reconnaissance solennelle du suaire par l'évêque de Sarlat, Jean de Lingendes. Examen des archives dont un Recueil des miracles ; rédaction d'une "Histoire" par les religieux à partir des archives du monastère.
      • Vente (1791)
        Les bâtiments de l'abbaye sont vendus comme bien nationaux. Le suaire est épargné grâce au maire de Cadouin, qui le dissimule. Il est ensuite conservé dans l'église devenue paroissiale.
      • Reprise du culte après la révolution (1797)
        Durant la période révolutionnaire, le suaire est caché sous un plancher. Il réapparaît en 1797. Les dévotions reprennent alors.
      • Translation (1866)
        Le suaire est déposé dans une nouvelle châsse à l'occasion des célébrations qui marquent la relance officielle du pèlerinage.
      • Installation des religieux (1869)
        Des prêtres de la Congrégation de la Mission de Saint-Vincent-de-Paul s'installent à Cadouin. Ils sont chargés d'assurer la direction du pèlerinage. Ils quittent Cadouin en 1885.
      • Fixation de fête (1872)
        L'évêque fixe la date officielle de la fête annuelle du saint Suaire au mardi suivant le jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix, fête qui est précédée d'une neuvaine.
      • Confrérie (1878)
        La confrérie du saint Suaire est officiellement rétablie. 1223 personnes entrent dans la confrérie le jour de son rétablissement. Entre 1878 et 1935, elle compte environ 4500 membres. Elle ne joue qu'un rôle modéré dans le développement du culte.
      • Jubilé (1923)
        En 1923 a lieu le premier jubilé du saint suaire, accordé en 1905 à raison de 3 jours tous les 7 ans. Le second jubilé se déroule en 1930.
      • Suppression du pèlerinage (1934)
        Le culte a été interdit par l'évêque en 1934 après la révélation de la non-authenticité du suaire ; il s'agit d'un linge provenant de l'Égypte fatimide.
      Rayonnement(s) :
      • Régional (1201 -> 1300)
        Le culte est essentiellement régional au XIIIe siècle, mais à la fin du XIVe siècle, il est national, voire international.
      • Diocésain (1866 -> 1934)
        Le rayonnement du pèlerinage à cette période est essentiellement diocésain.

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      • Source publiée (1645)
        Abrégé de l'histoire du très saint et précieux suaire de notre sauveur Jésus-Christ transporté de l'Orient en Occident dans l'abbaye de Cadouin, diocèse de Sarlat en Périgord avec le procès-verbal fait et dressé pour la vérification d'icelui par Mgr l'illustrissime évêque de Sarlat, Bordeaux, P. de La Court, 1645, in 4° ; BNF Lk7-1493 ; Arsenal 4° H 6906.
      • Livre liturgique (XVe siècle)
        Antiphonaires, graduels ; collection Périgord, t. 12, 37, 92.
      • Source publiée
        Procès-verbal de Mgr l'illustrissime…évêque de Sarlat (Jean de Lingendes) pour la vérification authentique du très saint et précieux suaire de notre sauveur Jésus-Christ, transporté…dans l'abbaye de Cadouin…et des choses mémorables qui se sont passées au sujet d'icelui ès siècles passés, Paris, J. Bessin, s.d., in 4° ; Bnf Lk7-1492.
      • Site internet
        De nombreux articles sur Cadouin sont disponibles dans les actes des colloques de Cadouin sur internet : www.amisdecadouin.com/les-actes-des-colloques/
      • Site internet
        Bourgeix, P., Le pèlerinage du Saint-Suaire de Cadouin (1866-1934), Mémoire de Maitrise, ss. dir. M. Agostino, 1997 ( http://www.amisdecadouin.com/histoire-du-p%C3%A8lerinage/)
      Bibliographie :
      • FOURNIÉ, M., «Les miracles du suaire de Cadouin-Toulouse et la folie de Charles VI », in Revue d'Histoire de l'Église de France, t. 99, Paris, 2013, p. 25-52.
      • SIGALA, J., Cadouin en Périgord, (fac-similé éd. originale, éd. Delmas, Bordeaux, 1950), Paris, 2003.
      • DELLUC, B. et G., «Le suaire de Cadouin et la première croisade », in Les pérégrinations du suaire de Cadouin, troisième colloque de Cadouin, (1996), Le Buisson de Cadouin, 2000, p. 3-6.
      • DELLUC, B. et G., Cadouin, une aventure cistercienne en Périgord, Le Bugue, 1990.
      • MAUBOURGUET, J., «Le suaire de Cadouin », in Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. 63, 1936, p. 348-363.
      • CARLES, A, Histoire du saint suaire de notre Seigneur Jésus-Christ, conservé dans l'église abbatiale de Cadouin en Périgord, et de tous les autres linges funèbres du sauveur, Paris, 1875.
      • Histoire d'un des suaires et du sacré bandeau de Jésus-Christ [...] transportés de l'Orient dans l'abbaye de Cadouin par les religieux du monastère, Paris, Bessin, 1644.
      Etude(s) universitaire(s) :

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      • Suaire
      Edifice :
      • Clé de voûte du cloître de Cadouin : deux anges soutiennent le corps du Christ dans son linceul.
      Autre :
      • Carte des diocèses d'origine des miraculés du suaire de Cadouin entre 1385 et 1502, d'après des notices du XVIIe siècle - Hugues Labarthe, Michelle Fournié - 2013

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • FOURNIÉ Michelle
      Rédacteur :
      • FOURNIÉ Michelle
      Date de l'enquête :
      2013
      Date de rédaction de la fiche :
      2014
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheFOURNIÉ Michelle, « Saint-Suaire », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/556/saint-suaire, version du 23/09/2014, consulté le 23/10/2017