INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Anatoile

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Anatoile
Période d'activité :
XIe siècle - ?
Commune :
Salins-les-Bains
Département :
Jura
Façade de l'église Saint-Anatoile

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Salins-les-Bains
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Saint-Claude (1823 - 2017)
Ancien: Besançon (XIe siècle - 1823)
Paroisse :
Actuelle: Saint-Anatoile (XVIIIe siècle - 2017)
Ancienne: ?

Site

Type de site :
Rive de cours d'eau
Vallée
Altitude :
380 m
Compléments :
La ville de Salins-les-Bains est située dans une reculée, profonde vallée orientée nord-sud, au fond de laquelle coule la Furieuse. La ville se développe en longueur. Elle est dominée à l'est par le fort Belin, au nord par le Mont Poupet et à l'ouest par le fort Saint-André.

Paysage

Type de couvert végétal :
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Bourg
Type de proximités :
Axe de circulation
Cours d'eau
Remparts
Source
Compléments :
Au Moyen Âge, Salins (Salins-les-Bains depuis 1926) tirait sa richesse de l'exploitation du sel, mais aussi de la vigne et venait au second rang des villes du diocèse après la cité archiépiscopale. Elle se situait sur une portion de la grande route reliant la Flandre à l'Italie (voie Langres-Pontarlier), empruntée par pèlerins et marchands, qui gagnaient ensuite Rome via le col de Jougne et le Grand Saint-Bernard, mais également sur l'un des itinéraires allant de Lyon vers l'Allemagne, sur le rebord occidental du Jura.
Salins était divisée en deux bourgs distincts, le Bourg-dessus et le Bourg-dessous, résultats du partage, au Xe siècle, de l'héritage du comte de Mâcon et Besançon Aubri. Les deux bourgs possédaient un puits salé. L'église Saint-Anatoile appartenait au Bourg-dessus.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Anatoile (XIe siècle - ?)
Compléments :
C'est sans doute avec la construction de l'église Saint-Anatoile-Saint-Symphorien-Sainte-Agathe au tout début du XIe siècle que la dévotion à saint Anatoile prit de l'importance, mais il n'est pas improbable que ce culte soit né auparavant puisque les sires de Salins, commanditaires de la construction de l'église, firent relever le corps saint pour l'inhumer dans ce nouvel édifice.
Type de lieu de culte :
Collégiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Anatoile-Saint-Symphorien-Sainte-Agathe
Saints patrons :
  • Anatoile, Symphorien, Agathe (1029 - 2017)
Compléments :
L'église, édifiée entre 1000 et 1015, fut dédiée à Anatoile, auquel on joignit les vocables des saints Symphorien et Agathe. Symphorien était le titulaire de l'oratoire où Anatoile serait mort. Le patronage de sainte Agathe est plus énigmatique. Cette triple titulature est attestée au moins depuis 1029, date à laquelle un chapitre de chanoines fut érigé dans cette église. Elle est aujourd'hui désignée sous le vocable de Saint-Anatoile. L'église est paroissiale depuis la fin du XVIIIe siècle.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Anatoile
Nature de l'objet :
Corps saint (= en entier)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Un bras reliquaire existait au XIe siècle, une seconde châsse existait probablement à la fin du Moyen Âge.
Datation de l'objet :
?
Compléments :
Les informations dont nous disposons au sujet de saint Anatoile sont tirées de la Vita Anatoli, récit composé sous l'épiscopat d'Hugues de Salins, au XIe siècle. On ignore à quelle époque le saint vécut, mais son culte dans le diocèse de Besançon s'est révélé au XIe siècle. Si l'on en croit cette Vita, on conservait dès le XIe siècle un ossement du saint dans un bras reliquaire. Le reste des ossements avait probablement été réinhumé dans l'église puisque le corps fut élevé une nouvelle fois en 1230, et ses restes placés dans un reliquaire.
Une tenture du début du XVIe siècle représente deux châsses différentes de saint Anatoile. L'une est un buste-reliquaire, porté lors du « miracle de l'eau », l'autre, une châsse de type reliquaire-maison, portée en procession lors du siège de Dole en 1477.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Selon la Vita Anatoli (XIe siècle), il aurait existé, en contre-haut de l'église Saint-Anatoile actuelle, un oratoire dédié à saint Symphorien, martyr d'Autun, bâti près d'une source aux eaux miraculeuses. C'est là qu'Anatoile, pèlerin scot dont le nom a été grécisé, aurait fondé un ermitage à son retour de Rome. À sa mort, il aurait été inhumé dans l'oratoire. On place généralement sa vie au Ve ou VIe siècle mais sans posséder en réalité d'élément de datation fiable. Dans le premier quart du XIe siècle, les parents du futur archevêque de Besançon Hugues Ier (1031-1066), Humbert, sire de Salins et sa femme Ermenbourg, firent construire un édifice pour remplacer l'oratoire Saint-Symphorien, qu'ils dédièrent au martyr, à Anatoile, et à sainte Agathe, sur les pentes du Mont-Belin, face à la colline de Bracon où s'élevait le château familial. Le corps de saint Anatoile fut translaté dans cette nouvelle église un 13 juin.
Miracles :
La Vita Anatoli relate trois miracles attribués à Anatoile, postérieurs à son inventio au XIe siècle : le premier concerne la guérison d'un enfant de dix ans originaire de Cramans (à une dizaine de kms de Salins), sourd-muet et perclus. Le deuxième évoque la guérison d'une femme, percluse également. Enfin, un dernier miracle est relatif à un incendie qui menaçait de détruire les maisons de Salins et qui fut stoppé au moment de l'élévation du bras reliquaire d'Anatoile. Deux autres miracles attribués à Anatoile sont figurés sur deux tapisseries du début du XVIe siècle. L'un, dit « miracle de l'eau », figure la présentation du buste reliquaire de saint Anatoile devant l'un des puits de sel de la ville, qui était asséché ; la présentation fit rejaillir l'eau salée. Le second est l'intervention du saint pour la levée du siège de Dole en 1477 et la préservation de Salins des troupes de Louis XI. D'autres miracles étaient représentés sur certains des panneaux disparus de cette tenture.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Voeu
Recours :
  • Grâce particulière
  • Thérapie
Jour(s) de fête :
  • "Depositio" de saint Anatoile
  • "Translatio" de saint Anatoile
Type de fréquentation :
Compléments sur les fréquentations :
Dans le sacramentaire d'Hugues de Salins, Anatoile est inscrit au 3 février pour sa "depositio" et au 13 juin pour sa "translatio". On fêtait également, d'après Rousset, la seconde élévation de ses reliques au XIIIe siècle, le 1er septembre. Le 3 février est toujours célébré au propre du diocèse de Saint-Claude.
Pratiques individuelles :
    Pratiques en présence du clergé :
    • Processions
    Ex voto :
      Confrérie(s) :
        Indulgence(s) :
          Compléments sur le culte :
          Une tenture, composée de quatorze tapisseries, commandée par les chanoines de Salins en 1502, représentait des scènes de la vie et des miracles de saint Anatoile. Ces pièces furent réalisées entre 1502 et 1506 par un atelier de Bruges. De ce précieux ensemble, dérobé à la Révolution, ne subsistent que trois panneaux, conservés au musée du Louvre (les funérailles de saint Anatoile, le miracle de l'eau et la procession de 1477). Les premières scènes étaient tirées de sa Vita, les derniers panneaux représentaient les miracles accomplis devant la châsse du saint. Le dixième panneau représentait par exemple la guérison de démoniaques, aveugles, boiteux, sourds présents devant sa châsse, le onzième représentait un incendie de la ville de Salins qui prenait fin devant cette même châsse, le douzième illustre un miracle remédiant au tarissement d'une source d'eau salée, le treizième représente une procession de la châsse en 1477 qui mit fin au siège de Dole. Quant au dernier panneau, il illustrait une autre procession de la châsse, cette fois à l'occasion de la bataille de Dournon, remportée par les francs-comtois en 1493.

          L'ÉDIFICE

          Description :
          L'édifice actuel, situé sur le flanc du mont Belin, est une reconstruction du XIIIe siècle qui succéda à l'église romane, bâtie par les parents d'Hugues de Salins entre 1000 et 1015, devenue trop vétuste. L'église, édifiée pour l'essentiel entre 1230 et 1280, se compose d'une nef à trois vaisseaux, divisée en six travées qui précédent un transept saillant et une abside à chevet plat à travée unique.
          Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
            Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

              HISTOIRE DU SANCTUAIRE

              Origines :
              Date de première mention : XIe siècle
              Initiative de la fondation :
              • Seigneur laïc
              Environnement institutionnel, politique et religieux :
              L'église Saint-Anatoile-Saint-Symphorien-Sainte-Agathe a été édifiée par les sires de Salins, puissante famille de la Comté. La levée du corps d'Anatoile et sa translation dans ce nouvel édifice témoignent d'un culte déjà existant au moment de la construction, ou au moins d'une renommée du saint dont ce lignage souhaitait faire bénéficier le nouvel édifice. Hugues de Salins, qui était encore enfant lors la construction de cette église, avait pour Anatoile une dévotion toute particulière. C'est lui qui fit composer sa Vita, sans doute pour palier la méconnaissance que l'on avait de ce personnage. Avant de lui revenir vers 1016, cette église fut remise en bénéfice à un chanoine de l'église de Besançon. Hugues, alors à son tour chanoine de Besançon, y fonda ensuite, vers 1029, un chapitre de chanoines. Il rattacha Saint-Anatoile à la cathédrale Saint-Étienne de Besançon avant de la concéder, le 1er février 1037, aux moines de Saint-Bénigne de Dijon. On ne connaît pas à cette date la situation du chapitre Saint-Anatoile ni les raisons qui poussèrent Hugues à céder cette église fondée par ses parents et qui lui appartenait depuis son enfance. Mais sur cet épisode, l'archevêque, qui était aussi archichancelier du roi de Bourgogne Henri III (1041-1048), fut désavoué par le souverain. Celui-ci exigea la restitution par les moines de Saint-Bénigne de l'église Saint-Anatoile. Hugues dut alors se plier à cette décision et la rattacha à Saint-Étienne de Besançon, avant 1049. Les décennies suivantes ne sont pas documentées. C'est peu avant 1140 que des chanoines reprirent en charge la desserte de l'église sous la direction d'un prévôt, à l'initiative de Gaucher IV de Salins. Après 1170, l'établissement réapparaît comme collégiale séculière dirigée par un prévôt. Des statuts du chapitre de 1276 indiquent que le collège de chanoines ne devait pas dépasser treize prébendes, ce qui semble avoir été le cas encore au XVIIIe siècle. Le chapitre fut supprimé en 1790. L'église est aujourd'hui paroissiale.
              Phases d'évolution :
              Le premier prodige connu attribué à saint Anatoile est postérieur à l'"elevatio" de son corps au XIe siècle. Son activité miraculeuse semble avoir connu une phase active également au XVe siècle.
              Evénements marquants :
              • Pérégrination (1469)
                Après l'incendie de l'église Saint-Anatoile en 1469, on organisa une pérégrination des reliques du saint afin de récolter des fonds pour la reconstruction de l'édifice.
              • Procession (1631)
                Une procession générale à Notre-Dame de Gray, avec la châsse de saint Anatoile, fut organisée par les Salinois lors d'un épisode de peste. À cette occasion, la châsse du saint était escortée par douze hallebardiers, quarante mousquetiers et vingt-cinq confrères.
              • Mise en place d'une nouvelle châsse (1651)
                Fabrication d'une nouvelle châsse.
              • Reconnaissance de reliques (1769)
                Le 22 août 1769, on procéda à la reconnaissance des reliques de saint Anatoile. Celles-ci étaient enfermées dans un reliquaire de bois, lui-même reposant dans un reliquaire d'argent. Un buste de bois contenait un crâne et un autre ossement, et un os brachial était renfermé dans un bras reliquaire (ces deux châsses sont déjà signalées dans un inventaire de 1630 et sont peut-être celles représentées sur la tenture du XVIe siècle).
              • Disparition de reliques (1794)
                Les reliques furent dispersées en 1794. Quelques fidèles rassemblèrent néanmoins le peu d'ossements restants et les replacèrent solennellement dans une autre châsse le 6 septembre 1795.
              Rayonnement(s) :

                RÉFÉRENCES

                Source(s) :
                • Site internet
                  Genévrier (Frédéric), « Fiche de la collégiale Saint-Anatoile de Salins-les-Bains », Collégiales - Base des collégiales séculières de France (816-1563) [en ligne ], version du 6/3/2012
                Bibliographie :
                • «Salins-les-Bains, franche et libre », in Franche-Comté. Itinéraires jurassiens, Besançon, 2011.
                • LOCATELLI, René, MOYSE, Gérard, VREGILLE, Bernard (de), Regesta pontificum Romanorum : Gallia pontificia. La papauté et les églises et monastères en France avant 1198. I : Diocèse de Besançon, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1998, p. 231 et suiv.
                • JEANNIN, Yves, «Les morts célèbres (et célébrés) : saints comtois d'avant l'an mil », in La mort à travers l'archéologie franc-comtoise, Besançon, 1988, p. 107, 111.
                • JEANNIN, Yves, «Salins-les-Bains (Jura) », in Paysage monumental de la France autour de l'an mil, Picard, 1987, p. 341-342.
                • VREGILLE, Bernard de, Hugues de Salins, archevêque de Besançon 1031-1066, Besançon, 1981, p. 22.
                • LACROIX, Pierre, Les églises jurassiennes romanes et gothiques, Besançon, 1981, p. 262-267.
                • VREGILLE, Bernard de, «Les églises salinoises et l'évolution de leur situation canonique au temps de l'archevêque Hugues de Salins », in Mém. de la Soc. d'Émulation du Jura, Lons-le-Saunier, 1979-1980, p. 29-40.
                • TOURNIER, René, «Salins-les-Bains », in Congrès archéologique de France, CXVIIIe session, 1960, Franche-Comté, Paris, 1960, p. 229-235.
                • TOURNIER, René, «La collégiale de Saint-Anatoile de Salins », in Bulletin monumental, 1931, p. 169-226.
                • PROST, Bernard, «La tapisserie de Saint-Anatoile de Salins », in Mém. de la Soc. d'Émulation du Jura, 1892-1893.
                • ROUSSET, Alphonse, Dictionnaire historique, géographique et statistique des communes du Jura, t. VI, Lons-le-Saunier, 1858, p. 491-497.
                • BECHET, J.-B., Recherches historiques sur la ville de Salins, 2 vol., Besançon, 1828.
                Etude(s) universitaire(s) :

                PHOTOGRAPHIES LIÉES

                Objet de dévotion :
                • Les funérailles de saint Anatoile, tapisserie, XVIe s., Musée du Louvre - Aurélia Bully - 2014
                Edifice :
                • Façade de l'église Saint-Anatoile - Anne-Bénédicte Bully - 2015
                • Nef centrale de Saint-Anatoile, vue vers l'ouest. - Anne-Bénédicte Bully - 2015
                Autre :

                À PROPOS DE L'ENQUÊTE

                Enquêteur :
                • BULLY Aurelia
                Rédacteur :
                • BULLY Aurelia
                Date de l'enquête :
                2014
                Date de rédaction de la fiche :
                2014
                Etat de l'enquête :
                En cours
                Pour citer cette ficheBULLY Aurelia, « Saint-Anatoile », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
                url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/555/saint-anatoile, version du 20/04/2015, consulté le 20/10/2017