INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Notre-Dame-de-Mont-Roland

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Notre-Dame-de-Mont-Roland
Période d'activité :
XIe siècle - 2017
Commune :
Jouhe
Département :
Jura
Notre-Dame de Mont-Roland, façade

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Jouhe
Hameau/Lieu-dit :
Mont-Roland
Diocèse :
Actuel: Saint-Claude (1823 - 2017)
Ancien: Besançon (XIe siècle - 1823)
Paroisse :
Actuelle: Notre-Dame-des-Sources (2000 - 2017)
Ancienne: ?

Site

Type de site :
Colline
Altitude :
343 m
Compléments :
Selon une tradition locale et ancienne (on en trouve la trace au moins dès le XVe siècle, dans un mandement de Philippe le Bon), le toponyme « Mont-Roland » trouverait son origine dans la visite du neveu de Charlemagne, Roland, venu prier en ce lieu dans une chapelle qu'avait fondé saint Martin lui-même.
Le sanctuaire est bâti sur une colline dominant la plaine de la Saône. Il était, avant le rattachement de la Franche-Comté à la France, à la limite entre le duché et le comté de Bourgogne. Il reste aujourd'hui encore un sanctuaire aux marges de la Bourgogne et de la Franche-Comté.

Paysage

Type de couvert végétal :
Bois
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Lieu isolé
Type de proximités :
Axe de circulation
Cours d'eau
Prieuré
Compléments :
Le sanctuaire se trouvait non loin du prieuré de Jouhe, dont il dépendait (depuis la fin du Moyen Âge ?) – ce prieuré dépendant lui-même de l'abbaye de Baume-les-Messieurs – et de la ville de Dole, traversée par le Doubs, au sud. La Saône coule au nord-ouest du Mont-Roland. Plusieurs axes importants passaient à proximité du sanctuaire, en direction de Dijon, Langres ou encore Chalon. D'après Dom Gody, qui publia une histoire du sanctuaire en 1651, la pente du Mont-Roland à l'ouest était alors couverte de vignes ; des bocages, bois et taillis couvraient les autres côtés de la colline.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Notre-Dame-de-Mont-Roland (XIe siècle - 2017)
Compléments :
On ignore quand le pèlerinage prit racine. On peut supposer que la statue de la Vierge en majesté, datée du XIe ou XIIe siècle, est un indicateur des débuts du pèlerinage. Mais les premiers indices repérés de la dévotion à cette statue remontent au début du XIVe siècle seulement.
Type de lieu de culte :
Chapelle
Nom du lieu de culte :
Notre-Dame
Saints patrons :
  • Vierge Marie (XIe siècle - 2017)
Compléments :
L'église du Mont-Roland est mentionnée pour la première fois dans une bulle d'Urbain II donnée en 1089. Le pape confirme alors sa possession à l'abbaye de Baume-les-Messieurs. Les bulles de confirmation des papes en faveur de l'abbaye de Baume des XIe et XIIe siècles ne mentionnent que l'église du Mont-Roland, sans précision de vocable. L'église a été prieurale au Moyen Âge; elle était desservie par des bénédictins.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Notre-Dame
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Bois
Dimensions de l'objet :
H : 73 cm
Emplacement :
Au XVIIe siècle, la statue de Notre Dame était placée sur le maître-autel.
Datation de l'objet :
XIIe siècle
Compléments :
La statue est en bois de chêne. Elle représente une Vierge en majesté portant l'enfant Jésus sur ses genoux. Elle est datée entre le XIe et le XIIe siècle. Une cavité au dos de la statue servait probablement à insérer une relique. Durant la guerre de Dix ans (1634-1644), la statue fut emmenée par les Français à Auxonne. Elle ne regagna le Mont qu'en 1649. En 1792, la statue fut à nouveau mise à l'abri dans l'église de Jouhe, où elle est conservée aujourd'hui encore. Une autre statue la remplace au Mont-Roland depuis 1859.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Les origines, au Mont-Roland, d'un édifice de culte, sont très mal connues. Une tradition, déjà bien ancrée à la fin du Moyen Âge, attribue à saint Martin lui-même la construction d'un premier oratoire. Il existait dans l'édifice un autel dédié à saint Martin. Ce premier oratoire aurait été détruit par les Normands vers 886. Louis Gollut, avocat au parlement de Bourgogne qui écrivit au XVIe siècle l'histoire de la Province, attribuait la reconstruction du sanctuaire à la reine Berthe, femme de Rodolphe II, roi de Bourgogne. Les premiers signes de dévotion, connus, envers Notre-Dame de Mont-Roland apparaissent au début du XIVe siècle.
Miracles :
On ne conserve, a priori, que des attestations de miracles survenus au XVIIe siècle. Ils sont pour la plupart rapportés par Dom Simplicien Gody et L. Jeannez. Certains de ces prodiges, dont les déclarations sont conservées aux archives départementales du Jura, sont en lien avec des ex-votos : mention d'une statue de pénitent offerte par un cavalier dont le cheval avait été foudroyé alors qu'il le faisait boire dans un bénitier de l'église, de chaînes offertes par des marchands détroussés et ligotés par des voleurs, libérés grâce à Notre Dame, d'une statue d'enfant en argent offerte par le Marquis de Varembon et son épouse Éléonore de Chabot, après la naissance de leur enfant grâce à l'intervention de Notre Dame, d'un laboureur délivré des soldats français grâce à l'intercession de Notre Dame. Plusieurs miracles, survenus lors du retour de la statue de Notre Dame au Mont-Roland, en 1649, ont été officiellement reconnus par les autorités ecclésiastiques après enquête de l'archevêque Claude d'Achey, diligentée les 26-27 août 1650 par le chanoine Millet de la métropolitaine de Besançon. Le premier, reconnu après l'enquête, concerne Nicolas Largeot, « bossu dans la poitrine et le dos » après une chute et dans l'incapacité de marcher. Son père le transporta à l'église le jour suivant la procession de retour de la statue, jour de la Saint-Michel, et offrit un « flambeau ». L'enfant fut guéri. L'abbesse de Notre-Dame d'Ounans, souffrant depuis trois décennies d'un bourdonnement d'oreille, fut guérie après invocation de Notre Dame, quelques jours après le rapatriement de sa statue au Mont-Roland. Une soeur converse du même monastère recouvra la santé après s'être ceinte d'un linge qui avait touché la statue. Claudine Patornay, atteinte de plusieurs maladies et notamment « de fluxions » de la poitrine, fut guérie au cinquième jour d'une neuvaine qu'elle vouait à Notre Dame. Une religieuse de la Visitation de Notre-Dame de Dole affligée de « grandes debilitez de tout le corps », fut exaucée après que sa mère et elle-même eurent fait voeu d'une neuvaine chacune à Notre Dame de Mont-Roland. La religieuse, au milieu de sa neuvaine, avala de l'huile de la lampe qui éclairait la statue. D'autres miracles, tirés du même procès-verbal, survenus après 1650, concernent principalement des cas de guérisons (guérison par application d'un linge ayant touché la statue, délivrance lors d'un accouchement compliqué, réanimation de nourrissons qui semblaient sans vie après un accouchement difficile, guérison de maux de dents) ; mais d'autres types de miracles sont représentés également : on peut lire le récit qui précise comment le château de Parthay fut délivré de la présence de mauvais esprits ; celui d'une femme qui, ayant eu une mauvaise pensée juste avant de recevoir la communion, vit le saint sacrement se coincer dans sa gorge durant plusieurs jours et ne se vit soulagée qu'après s'être vouée à Notre Dame ; celui d'un répit, du sauvetage d'un naufragé, de la préservation d'une jeune fille passée sous les roues d'un chariot, etc.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Délivrance
  • Répit
  • Thérapie
  • Voeu
  • Libération des prisonniers
  • Fécondité
Jour(s) de fête :
  • Assomption
  • 2 août
  • 28 septembre
Type de fréquentation :
Régulier
Compléments sur les fréquentations :
Actuellement, le pèlerinage diocésain a encore lieu tous les 2 août. Depuis 1967, se déroule au Mont-Roland chaque année, le 2e dimanche de mai, le pèlerinage des chrétiens portugais, qui attire des milliers de pèlerins. En 1991, a eu lieu le premier pèlerinage des gens du voyage au Mont-Roland. Un pèlerinage a lieu également les 15 août pour fêter l'Assomption.
Jusqu'en 1790, et ce depuis le retour de la Vierge miraculeuse en 1649, après qu'elle eut été transportée à Auxonne durant le siège de Dole, on célébra les 28 septembre « La fête du retour de la sainte image ».
Pratiques individuelles :
  • Cire
  • Prières
  • Toucher
  • Dons
  • Boire
  • Voeux
  • Pèlerinage
Pratiques en présence du clergé :
  • Processions
  • Inhumation
  • Fondation de messes et d'offices
  • Offrandes
  • Neuvaines
Ex voto :
  • Métal (?)
    Dom Gody signale qu'il existait une belle couronne d'or fin offerte par un duc de Bourgogne. D'autres objets, coeurs d'argent, calices, couronnes, lampes…sont énumérés par Dom Gody, sans autre précision.
  • Chaines (?)
    Dom Gody, dans sa description de l'église, relate la présence de nombreuses chaînes et potences, offertes par des prisonniers délivrés à l'intercession de Notre Dame.
  • Cire (?)
    Toujours selon le témoignage de Dom Gody, les villes de Dijon, Auxonne, Seurre, Saint-Jean de Losne, avaient offert des chandelles à Notre-Dame.
  • Vêtement (XVIIe siècle)
    Un drap d'or avait été offert par l'archiduchesse Isabelle, comtesse de Bourgogne, morte en 1633.
  • Tableau (1755)
    Un tableau offert par Jean-Louis Grignet, de Dole, représentant son aïeul Charles Grignet (XVIe siècle) agenouillé devant Notre Dame du Mont-Roland est conservé dans l'église de Jouhe. Quatre autres tableaux ex-voto, de la même période, sont conservés dans cette même église.
Confrérie(s) :
  • Notre-Dame de Mont-Roland (1406)
    Cette confrérie avait pour mission d'honorer la Vierge et d'accompagner les confrères défunts. Pour entrer dans la confrérie, les futurs confrères devaient s'acquitter d'un droit. Ils avaient également obligation d'assister à certains offices (quatre-temps), prendre un repas commun à la Pentecôte. La confrérie rassemblait des villageois des environs et des habitants de Dole, des curés de villages et des chanoines et desservants de la collégiale Notre-Dame de Dole. Le temporel possédé par la confrérie, provenant des droits d'entrée dans celle-ci ou de dons, devait permettre principalement de pourvoir aux frais d'obsèques des confrères.
Indulgence(s) :
  • Partielle (XVe siècle)
    Un mandement de Philippe le Bon daté de 1440 mentionne l'octroi par le pape Eugène IV d'indulgences en faveur de ceux qui visiteraient la chapelle et église de Mont-Roland, depuis les vêpres de la veille de Pentecôte jusqu'à celles du lendemain de cette fête. La moitié des aumônes versées au sanctuaire devait être utilisée à la réparation de l'église, l'autre revenait au pape pour servir à la lutte contre « les Turcs et mécréants ». (mandement édité par L. Jeannez, p. 70-74).
  • Plénière (XIXe siècle)
    Le pape Pie IX accorde au sanctuaire l'indulgence de la Portioncule.
Compléments sur le culte :
Un mandement de Philippe le Bon de 1440 institua un règlement relatif à la vente de cierges au Mont-Roland, à la demande du prieur de Jouhe, qui souhaitait mettre fin aux pratiques malhonnêtes et à la concurrence de vendeurs de chandelles originaires de Mont-Roland, Dole et Auxonne. D'après une enquête de 1629, on sait que des pèlerins se rendaient également à Jouhe pour honorer les reliques des saints Sylvère et Théodule, qui étaient invoqués en cas de sécheresse ou d'inondations. Au XVIIIe siècle, au moins, des processions du clergé et du magistrat de Dole au Mont-Roland sont signalées. Des processions de jeunes filles de Dole avaient lieu également, et se déroulaient encore au XIXe siècle. Elles étaient suivies d'un repas champêtre près de l'église. Signalons encore que les dévotions à Notre Dame sont apparemment exclusivement associées au sanctuaire du Mont-Roland. Nous n'avons pas relevé de miracles ou de donations associés à Notre Dame lorsque cette statue était conservée à Auxonne entre 1636 et 1649 ou depuis que celle-ci a été transportée à Jouhe. Nous n'avons connaissance que d'une procession avec la statue de Notre Dame, portée de Jouhe à Dole, effectuée à la demande de l'évêque de Saint-Claude en 1854, en pleine épidémie de choléra dans cette ville.

L'ÉDIFICE

Description :
Le ou les premiers édifices du Mont-Roland ne sont pas connus. Selon les données historiographiques locales, dans la seconde moitié du XIVe siècle, les Grandes Compagnies incendièrent les prieurés de Jouhe et de Mont-Roland. L'édifice menaçant ruine, il fut en partie reconstruit par les Bénédictins et le prieur Jean de Coigny en 1439. L'épitaphe de ce dernier, enterré devant l'autel Notre-Dame de cette église, précisait qu'il en avait fait refaire le chancel. L'église a été détruite à nouveau en partie en 1636 par les Suédois, qui, alliés au prince de Condé, assiégeaient Dole. Les réparations dont elle fut alors l'objet sont difficiles à évaluer. Les destructions et reconstructions du XVIIe siècle posent en effet question. À la lecture de la description de l'édifice qu'en a faite Dom Gody dans son ouvrage publié en 1651, on devine un édifice composite, constitué de parties de diverses époques. La nef est alors charpentée, le ou les bas-côtés voûté(s). Le choeur, surélevé, lui paraît alors moins ancien. Si celui-ci a bien été reconstruit par un prieur du Jouhe au XVe siècle, il faut admettre que le reste de l'édifice était antérieur. Il mesurait alors, dans oeuvre, environ 36 m de longueur pour 21 m de largeur. Sur l'autel principal, dédié à la Vierge, reposait la statue vénérée. À l'extrémité du collatéral nord, un autel fondé par la maison de Chalon, était dédié à saint Jean-Baptiste. L'autel Saint-Martin, auparavant au centre de l'église, se trouvait alors à l'extrémité du collatéral nord. Une statue-colosse de Roland se trouvait dans le collatéral sud. On la voit encore sur des gravures des XVIIIe et XIXe siècles. Des sépultures du XIVe siècle étaient encore visibles dans et hors de l'édifice. Il semble donc que les destructions des années 1630 ne ruinèrent pas totalement l'édifice. Celui-ci fut cependant bien reconstruit entre 1717 et 1719, comme le rappelle encore une inscription prise dans une maçonnerie de l'église, selon les plans de Dom Duchêne. Les trois vaisseaux voûtés étaient soutenus par des piliers en pierre de Sampans. Le choeur du XVe siècle était alors conservé en partie, avec l'autel Saint-Martin et la statue de la Vierge. Les autels de la nouvelle église furent consacrés en 1730. En 1843, les jésuites achetèrent le domaine et décidèrent la reconstruction complète de l'église grâce à une souscription. Les gravures du XVIIIe et XIXe siècles montrent une église alors en ruine. Ils firent appel à l'architecte bisontin Alfred Ducat. La première pierre de l'édifice fut posée le 24 juin 1851 ; celui-ci fut consacré le 2 août 1859 par Mgr Fillon, évêque de Saint-Claude. Ce dernier édifice échappa de peu à la destruction entre 1880 et 1910 et fut sauvé grâce à des bienfaiteurs. Il s'agit d'un édifice de style néo-gothique, à nef étroite, deux chapelles formant transept, le clocher est accolé à la chapelle sud. De nombreux éléments lapidaires provenant du ou des anciens édifices sont remployés dans les maçonneries de l'édifice.
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
  • Ermitage (1644)
    Un ermitage dépendant de Mont-Roland est mentionné en 1644. Il est alors en ruine, et comprend une chapelle, une maison, un jardin et une enceinte.
  • Statue (1843)
    Le jésuite Guillermet fit venir de Besançon une statue de Notre Dame en fonte. Elle est érigée sur un pilier, dernier vestige de l'ancienne église, et porte le nom de « Vierge aux abeilles ».
  • Statue (1858)
    Le 30 avril 1858 fut inaugurée la grande statue de Notre-Dame qui se dresse au pinacle de la façade de l'église.
  • Croix (1896)
    Un chemin de croix est édifié sur le chemin menant à la chapelle.
  • Autre (1967)
    Construction d'une chapelle Sainte-Colette.
  • Maisons de pèlerins (1970)
    Construction d'une maison pour les retraitants et les congressistes.
  • Autre (avant 1710)
    Avant 1710, date de sa mort, un prêtre de la collégiale de Dole fit construire dix stations de pierre sur le Mont-Roland.
Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

    HISTOIRE DU SANCTUAIRE

    Origines :
    Date de première mention : 1089
    Initiative de la fondation :
    • Religieux
    Environnement institutionnel, politique et religieux :
    La première mention de l'église de Mont-Roland se trouve dans une bulle d'Urbain II en faveur de l'abbaye jurassienne de Baume-les-Messieurs. Le Mont-Roland dépend ensuite du prieuré bénédictin de Jouhe, lui-même dépendant de Baume-les-Messieurs. Le sanctuaire a été desservi par des bénédictins établis à une époque mal définie et qu'une tradition légendaire fait remonter à Roland (seule une église est désignée au Mont-Roland jusqu'à la fin du XIIe siècle au moins). Les bénédictins, gênés par les pèlerins, auraient été autorisés par l'impératrice Béatrice, épouse de Frédéric Barberousse, à rejoindre la communauté de Jouhe, dont elle augmenta la dotation. Deux religieux seraient restés sur le Mont pour le service de l'église. Les communautés des deux prieurés furent en tout cas réunies au collège des jésuites de Dole en 1622 et la réforme de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe y fut introduite dans les années 1630. Les bénédictins continuèrent à desservir le sanctuaire jusqu'à la Révolution. Après la reconstruction de l'église au XVIIIe siècle, le monastère fut agrandi de manière à pouvoir accueillir 18 à 20 religieux.
    Phases d'évolution :
    Le pèlerinage semble bien remonter au Moyen Âge. La statue de la Vierge, datant du XIe ou XIIe siècle, pourrait bien être un indice du commencement du pèlerinage, à moins que celle-ci ne résulte déjà d'une dévotion particulière déjà ancrée sur le Mont-Roland. La dévotion à Notre Dame est toutefois clairement perceptible à travers des donations et marques de dévotion au moins depuis le début du XIVe siècle, qui se poursuivirent durant tout le XVe siècle. En 1302, le comte de Bourgogne Othon IV légua par testament à l'église Notre-Dame de Mont-Roland deux calices d'argent de 11 marcs chacun. En 1311, un litige survint entre le prieur et le curé de Jouhe ; la sentence qui le dévoile, rendue par l'officialité de Besançon, mentionne les cierges de la chapelle de Mont-Roland et les deniers des croix de cette chapelle. Selon ce document, reproduit dans l'étude de L. Jeannez (p. 44-45), « les chandoilles et toutes les autres offrandes qui venant a la chapelle de Montroland sont et doivent être entièrement aud. prior en nom de son priore ». Les XIVe et XVe siècles sont émaillés de nombreuses donations et fondations (lampes, messes) par les comtes de Bourgogne et autres grands seigneurs. Les testaments de l'officialité de Besançon conservent également le souvenir de donations pieuses de seigneurs ou bourgeois (1329, 1339, 1357, 1358, 1391, 1479). Ces marques de dévotion permirent d'agrandir ou restaurer l'église au XVe siècle, peut-être même déjà au XIVe siècle (mention de la fabrique de cette église). La nécessité d'intervenir sur l'édifice, les fondations qui y sont faites, les inhumations qui prennent place dans l'église sont autant d'indices du succès du pèlerinage à Notre Dame du Mont-Roland à cette période. Fondations et donations se poursuivent au moins jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Celles-ci, de même que l'activité miraculeuse enregistrée ou encore les nombreux ex-voto, témoignent de la vitalité du pèlerinage à cette période. L'église est reconstruite au début du XVIIIe siècle. Mais le départ des religieux en 1792, et celui de la statue, depuis lors conservée à Jouhe, marquent la fin du pèlerinage. Celui-ci renaît cependant avec la reprise du sanctuaire par les Jésuites en 1843 ; les débuts de la reconstruction de l'église précèdent de peu la proclamation de l'Immaculée Conception (1854), événement qui renforce encore le culte marial dans le Jura. Le pèlerinage au Mont-Roland est aujourd'hui encore l'un des plus importants du diocèse.
    Evénements marquants :
    • Acte exceptionnel de dévotion (1302)
      Le comte de Bourgogne Othon IV lègue à l'église Notre-Dame du Mont-Roland deux lampes de 11 marcs d'argent.
    • Acte exceptionnel de dévotion (1324)
      Fondation par Jeanne de France, fille de Philippe V et comtesse de Bourgogne, de trois grandes messes hebdomadaires en la chapelle du Mont-Roland.
    • Acte exceptionnel de dévotion (1354)
      Fondation par Jean II de Chalon, comte d'Auxerre et sire de Rochefort, d'une lampe ardente de jour et de nuit à la chapelle du Mont-Roland.
    • Acte exceptionnel de dévotion (1357)
      Marguerite, comtesse de Bourgogne, fonde une messe à Notre Dame au grand autel de Notre-Dame, dotée d'une rente de 10 livres.
    • Acte exceptionnel de dévotion (1386)
      Guy de Pontailler, maréchal de Bourgogne, fonde par testament une chapellenie en la chapelle Notre-Dame de Mont-Roland avec messe quotidienne et perpétuelle à célébrer quotidiennement, dotée d'une rente pour l'entretien de trois chapelains (Arch. dép. de Côte d'Or, B 11311, fol. 35).
    • Visite exceptionnelle (1395)
      Pèlerinage de Marguerite de Flandres au Mont-Roland le 23 octobre 1395. À cette occasion, le receveur des rentes de Dole donna pour la duchesse 7 muids de vin à la mesure de Paris. (Arch. dép. de Côte d'Or, B 1504).
    • Acte exceptionnel de dévotion (1433)
      Fondation par Philippe le Bon d'une messe quotidienne et perpétuelle, précédée d'un office à Notre Dame, au grand autel de l'église. Cette messe devait être dite par trois religieux de Jouhe.
    • Acte exceptionnel de dévotion (1454)
      Fondation par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, d'une lampe ardente de deux marcs d'or, jour et nuit à perpétuité, devant l'"imaige de Nostre Dame".
    • Changement de lieu (1636)
      La statue de Notre Dame est emmenée par les troupes françaises à Auxonne. Elle ne regagne le Mont-Roland qu'en 1649 grâce à l'intervention de Louis XIV.
    • Reconstruction (1717)
      L'église du Mont-Roland est reconstruite. La reconstruction s'achève par le clocher en 1723.
    • Départ des religieux (1792)
      Départ des religieux bénédictins du Mont-Roland. Après ce départ, les habitants de Jouhe se saisissent de la statue de Notre Dame pour la mettre à l'abri dans leur église.
    • Installation des religieux (1843)
      Les Jésuites acquièrent le sanctuaire du Mont-Roland.
    • Reconstruction (1851)
      L'église du Mont-Roland est reconstruite grâce à une souscription lancée par les Jésuites, selon les plans de l'architecte bisontin Alfred Ducat. La première pierre est posée le 24 juin 1851. Elle est terminée et consacrée en 1859.
    • Fabrication d'une statue (1859)
      Une nouvelle statue remplace celle qui a été emportée à Jouhe.
    • Couronnement de la statue (1872)
      La nouvelle statue est couronnée par Mgr Nogret en 1872.
    • Pèlerinage (1872)
      Le 11 novembre 1872 a lieu un grand pèlerinage de foi et de réparation.
    • Transfert (1961)
      Après le départ des Jésuites, le diocèse de Saint-Claude prend en charge la gestion du sanctuaire et du collège Notre-Dame de Mont-Roland, institué en 1850.
    Rayonnement(s) :
    • Régional (XIVe siècle -> 2017)
      Dès les premières mentions connues d'une dévotion à Notre Dame du Mont-Roland, on perçoit un rayonnement régional du culte. Le sanctuaire attirait particulièrement les Grands du duché de Bourgogne et de la Comté. Situé aux confins de ces deux entités politiques, le sanctuaire drainait des pèlerins venus aussi bien du diocèse de Besançon que de celui de Langres. Mont-Roland apparaît toutefois comme un sanctuaire de proximité, l'origine des miraculés recensés ou des bienfaiteurs se situe généralement dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres. Aujourd'hui encore, le pèlerinage du 2 août attire de nombreux pèlerins du Jura et des départements voisins.

    RÉFÉRENCES

    Source(s) :
    • Archives
      Arch. dép. du Doubs, 1 H 70, Rapport des monastères franc-comtois avec la congrégation de Saint-Vanne et l'ordre de Cluny, dont Mont-Roland.
    • Archives (1000-1700)
      Arch. dép. du Jura, 1 H 10, Bulle d'Urbain II en faveur de l'abbaye de Baume, 1089 ; 1 H 840, Union des prieurés de Jouhe et Montroland au collège des Jésuites de Dole (1622) ; 1 H 842-843, introduction de la réforme de Saint-Vanne et de Saint-Hydulphe dans les monastères de Jouhe et de Montroland (1626-1629). 1 H 869-870, procès avec les Jésuites a/s. de la garde de la clef de l'église de Jouhe et du tronc de Montroland (1699-1703) ; 1 H 1043 à 1 H 1147, prieuré Notre-Dame de Montroland, notamment 1 H 1084, Indulgences (1742-1746), 1 H 1086, statue miraculeuse de Notre Dame de Montroland (1647-1762) et 1 H 1087, attestation des miracles opérés par l'intercession de Notre Dame de Montroland (1625-1681), 1 H 1091, comptes du tronc de Montroland (1641)….
    • Archives (1440-1454)
      Arch. dép. de Côte d'Or, B 11659, fondations du duc de Bourgogne.
    Bibliographie :
    • THEUROT, Jacky, Dole, genèse d'une capitale provinciale. Des origines à la fin du XVe siècle, Cahiers dolois n°15 et 15 bis, t. II, Dole, 1998, p. 745-756.
    • THEUROT, Jacky, «Jouhe et Montroland dans l'orbite de Baume et de Cluny (XIe-XVe siècles) », in Cahiers dolois, n°9, Un millénaire religieux en pays dolois, Dole, 1992, p. 31-48.
    • MARTIAL, (père), Notre-Dame de Montroland, Paris, 1866.
    • JEANNEZ, L., Notes historiques sur Notre Dame de Montroland, Lons-le-Saunier, 1856.
    • ROUSSET, Alphonse, Dictionnaire historique, géographique et statistique des communes du Jura, t. III, Besançon, 1855, p. 325-329.
    • GODY, Simplicien (Dom), Histoire de l'Antiquité et des miracles de Notre Dame de Mont-Roland, Dole, 1651.
    Etude(s) universitaire(s) :

    PHOTOGRAPHIES LIÉES

    Objet de dévotion :
    • Statue de Notre-Dame de Mont-Roland - AURÉLIA BULLY - 2014
    • Statue de Notre-Dame de Mont-Roland - AURÉLIA BULLY - 2014
    Edifice :
    • Notre-Dame de Mont-Roland, façade - AURÉLIA BULLY - 2014
    • Notre-Dame de Mont-Roland, vue intérieure vers l'est - AURÉLIA BULLY - 2014
    • Vue de l'ancienne chapelle, XIXe siècle - BIBL. MUN. DE BESANçON,   EST.FC 580
    Autre :

    À PROPOS DE L'ENQUÊTE

    Enquêteur :
    • BULLY Aurelia
    Rédacteur :
    • BULLY Aurelia
    Date de l'enquête :
    2014
    Date de rédaction de la fiche :
    2014
    Etat de l'enquête :
    En cours
    Pour citer cette ficheBULLY Aurelia, « Notre-Dame-de-Mont-Roland », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
    url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/553/notre-dame-de-mont-roland, version du 04/10/2016, consulté le 17/08/2017