INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Suaire de Chambéry

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Suaire de Chambéry
Période d'activité :
1506 - 1578
Commune :
Chambéry
Département :
Savoie

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Chambéry
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Chambéry-Maurienne-Tarentaise (1966 - 2017)
Ancien: Grenoble (1506 - 1578)
Paroisse :
Actuelle:
Ancienne:

Site

Type de site :
Vallée
Altitude :
275 m
Compléments :
La ville, située dans la cluse de Chambéry, se trouve au confluent des rivières de la Leysse, l'Albanne et l'Hyères, qui alimentent le lac du Bourget. Elle est délimitée à l'Est par la chaîne des Bauges et la montagne du Nivolet, au sud par le mont Granier et la chaine de Belledonne, à l'ouest par la chaîne de l'Épine et au nord par le lac du Bourget.
Au Moyen Âge, Chambéry était un important carrefour routier, sur la voie reliant Lyon à Turin par les cols alpins et permettant également de gagner Genève : ce fut là l'élément fondateur de la puissance de la principauté.

Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Axe de circulation
Carrefour
Château
Cours d'eau
Compléments :
Le château de Chambéry, construit probablement au XIe siècle, fut acquis par le comte de Savoie Amédée V à la fin du XIIIe siècle, qui en fit sa résidence principale.

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Suaire de Chambéry (1506 - 1578)
Compléments :
Ce pèlerinage est une fondation dynastique de la Maison de Savoie. La relique, connue à Lirey, en Champagne, depuis le milieu du XIVe siècle et cédée au duc Louis en 1353 ou 1355 par Marguerite de Charny, fit d'abord l'objet d'un culte privé des comtes puis ducs de Savoie. Après son transfert le 11 juin 1502 sur l'ordre de Philibert le Beau dans la chapelle ducale, la bulle pontificale du 26 avril 1506 érigea celle-ci en Sainte-Chapelle du Saint Suaire et officialisa ainsi le culte public de la relique, pour lequel dès ce moment, un office fut rédigé par un frère Dominicain, objet ensuite de plusieurs éditions. Il se poursuivit ici, avec quelques années d'interruption durant lesquelles le suaire voyagea avec la famille ducale, jusqu'au transfert définitif du Suaire à Turin, pour l'offrir à la vénération de saint Charles Borromée.
Type de lieu de culte :
Chapelle
Nom du lieu de culte :
Sainte-Chapelle
Saints patrons :
Compléments :
La chapelle castrale fut construite à partir du début du XVe siècle, et fut érigée en collégiale en 1467.
Dans un inventaire des reliques de la Sainte-Chapelle de 1753 environ, saint Maurice est désigné comme patron de l'édifice.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Saint Suaire
Nature de l'objet :
Relique indirecte
Matériau de l'objet :
Autre
Dimensions de l'objet :
L. 4,41 m ; l. 1,13 m
Emplacement :
Le suaire était conservé dans un coffre, dans une cavité du mur du choeur de la chapelle, derrière l'autel majeur.
Datation de l'objet :
?
Compléments :
Le suaire est un linceul de lin présentant la double image d'un homme, en qui la tradition a identifié le Christ après sa mort. Les premiers témoignages concernant ce suaire remontent aux années 1350, lorsque ce tissu était encore conservé en la collégiale de Lirey, près de Troyes. Il demeura ensuite à Chambéry, capitale des comtes puis ducs de Savoie, où il fut endommagé en 1532 par un incendie de la chapelle où il était conservé. Transféré à Turin en 1578 à l'occasion du changement de capitale des ducs de Savoie, le suaire demeura dans cette ville. Il est la propriété du Saint-Siège depuis 1983 par la volonté du dernier roi d'Italie Humbert II. En 1988, une datation au carbone 14 du linceul a donné pour résultats les années 1260-1390. Les tenants de l'authenticité de la relique contestent cette datation, en avançant l'effet possible des restaurations succédant aux dommages liés à l'incendie de 1532.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Miracles :
Selon U. Chevalier, auteur d'une étude critique sur l'authenticité du suaire, aucun procès-verbal authentique de miracle lié au Saint-Suaire n'a été enregistré.
Type(s) de motivation :
  • Voeu
Recours :
  • Epidémie
  • Grâce particulière
Jour(s) de fête :
  • 4 mai
Type de fréquentation :
Compléments sur les fréquentations :
En 1506, le pape Jules II décida de fixer au 4 mai le jour où serait célébrée la sainte relique.
La dévotions des grands :
En 1503, le suaire fut transporté en Bugey, où passait Philippe Ier d'Espagne, qui souhaitait le voir. François Ier vint à Chambéry le vénérer en 1511 puis 1516, en exécution d'un voeu qu'il avait fait lors de la bataille de Marignan. Marguerite d'Autriche offrit pour l'abriter une châsse d'argent, qui fut complètement détruite par l'incendie de 1532. Charles II de Savoie (1486-1553) vint vénérer le suaire en exécution d'un voeu qu'il avait fait durant une épidémie de peste. En 1578, l'archevêque de Milan Charles Borromée voulut se rendre à pieds à Chambéry pour révérer le suaire. Le duc de Savoie obtint alors du doyen de la Sainte-Chapelle qu'il soit transféré à Turin, où il le conserva ensuite, prétextant qu'il y serait plus en sûreté qu'à Chambéry.
Pratiques individuelles :
    Pratiques en présence du clergé :
    • Ostension
    Ex voto :
      Confrérie(s) :
      • Confrérie du Saint Suaire (1506)
        Confrérie du Saint Suaire fondée par Jules II (500 participants)
      Indulgence(s) :
        Compléments sur le culte :
        Antoine de Beatis, secrétaire du cardinal d'Aragon, déclarait en 1518 que, depuis l'époque du dépôt du suaire en la Sainte-Chapelle, « la ville ne fut plus que très rarement molestée par la peste…Ayant fait l'expérience que, dès que le Saint Suaire était enlevé en cette ville, qui est capitale du duché de Savoie, la peste l'envahissait, les habitants ne supportaient sous aucun prétexte qu'elle en fût retirée, et, pour plus de sécurité, ils gardent deux clefs de l'endroit où est enfermée la précieuse relique ». Il décrivait ainsi l'ostension du suaire le jour de l'Invention de la Sainte-Croix : « On montre alors le Saint Suaire du haut des murs du château, du côté d'une prairie qui s'étend hors de la ville, afin que soit facile aux pèlerins de le contempler. Et à cette époque, il vient un grand concours de gens des environs et de beaucoup plus loin pour le vénérer ». Un document inédit conservé aux archives départementales de Savoie relate un épisode particulier lié au Suaire. Ce document, non daté, mais probablement du premier quart du XVIe siècle, est une remontrance d'un syndic de Chambéry au duc de Savoie, dont l'objet est de contester la décision du Duc selon laquelle le suaire ne serait pas montré. L'analyse de ce document montre que le Duc eut l'intention de ne pas procéder à l'une des deux ostensions annuelles, au prétexte probable de préserver la ville d'une récurrence de la peste en évitant le rassemblement de pèlerins dans la ville. Les arguments du syndic plaident au contraire en faveur de l'exposition, qui ne peut apporter selon lui que plus de bonnes choses que de mauvaises, et pour se prémunir également de la « secte luthérienne ». Ce document nous apprend également que des pèlerins étaient déjà en route depuis Paris et tout le royaume, à l'approche de la date habituelle de l'exposition du suaire.

        L'ÉDIFICE

        Description :
        La Sainte Chapelle du château de Chambéry fut construite entre 1408 et 1430 environ, dans le style flamboyant. Une seconde campagne se déroula entre 1465 et 1479, à l'époque de la duchesse de Savoie Yolande de France. Un incendie fit d'importants dégâts en 1532, détruisant les verrières et ruinant la façade, qui fut reconstruite dans un style classique au milieu du XVIIe siècle. La chapelle se présente actuellement comme un édifice à nef unique se terminant par une abside à cinq pans. Derrière l'autel majeur, une cavité abritait le Saint Suaire. Dans le premier quart du XVIe siècle, une grande verrière dite du Saint Suaire fut élevée. Détruite dans l'incendie de 1532, elle fut remplacée en 1547 par de nouveaux vitraux, aujourd'hui restaurés (2002) dont l'un représente l'ostension du suaire.
        Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
          Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

            HISTOIRE DU SANCTUAIRE

            Origines :
            Date de première mention : 1506
            Initiative de la fondation :
            • Seigneur laïc
            Environnement institutionnel, politique et religieux :
            Le suaire de Chambéry est celui qui était conservé à Lirey en Champagne dans la collégiale fondée par Geoffroy de Charny en 1349 ; il fut cédé en 1453 ou 1455 par Marguerite de Charny au duc de Savoie Louis II et à Anne de Chypre. D'abord conservé au couvent des religieux de Saint-François de Chambéry, il fut transporté solennellement en la Chapelle du château le 11 juin 1502 par le duc Philibert le Beau. Le 26 avril 1506, la chapelle fut érigée en Sainte-Chapelle par bulle pontificale, ce qui marqua le début de la dévotion publique à la sainte Relique. Après plusieurs changements de lieu au gré des déplacements des ducs de Savoie, le Saint Suaire fut transporté à Turin en 1578 après que les ducs eurent fait de cette ville leur nouvelle capitale. Les ducs de Savoie firent de cette relique leur palladium. En 1467, la duchesse Yolande de France avait obtenu du pape Sixte IV une bulle érigeant la chapelle des ducs en collégiale de douze chanoines, soumise au pouvoir pontifical. La duchesse, en conflit avec son frère Louis XI, obtint l'union du décanat de Savoie et de l'ensemble de ses droits, à la Sainte Chapelle et son érection en archidiaconé. Mais les tentatives ducales pour obtenir un évêché indépendant de celui de Grenoble au début du XVIe siècle échouèrent et il fallut attendre la veille de la Révolution pour y parvenir (1779).
            Phases d'évolution :
            D'abord réservé à la dévotion privée des membres de la dynastie des ducs de Savoie, le suaire fut offert à la dévotion publique en 1506, après son transfert en la Saint-Chapelle du château des ducs le 11 juin 1502.
            Evénements marquants :
            • Arrivée de la relique (1502)
              Le Saint Suaire est transporté solennellement à la chapelle ducale par Philibert le Beau.
            • Création de pèlerinage (1506)
              L'érection de la chapelle ducale en Sainte-Chapelle marque le début de la dévotion publique au Saint Suaire, et, partant, du pèlerinage.
            • Incendie (1532)
              Un incendie de la Sainte-Chapelle endommage la relique.
            • Reconnaissance de reliques (1534)
              le pape Clément VII délégue le cardinal de Gorrevod pour visiter le Saint Suaire en présence de nombreux seigneurs et prélats afin d'attester que la relique n'avait pas été détruite par le feu. Il est reconnu que la châsse a fondu dans l'incendie mais que la relique a été préservée et n'a été l'objet que de quelques restaurations
            • Déplacement des reliques (1536)
              Le duc Charles II, fuyant les troupes de François Ier, emporte avec lui le suaire à Vercelli, puis à Nice en 1537. En 1553, il se trouve à nouveau à Vercelli.
            • Déplacement des reliques (1562)
              Le suaire est ramené à Chambéry par Marguerite, épouse d'Emmanuel Philibert de Savoie.
            • Déplacement des reliques (1578)
              Le suaire quitte définitivement Chambéry pour Turin.
            Rayonnement(s) :
            • Régional (1506 -> 1578)
              La dévotion de princes ou prélats, tels que François Ier, Marguerite d'Autriche ou Charles Borromée, atteste la réputation de la relique. Il semble néanmoins que le rayonnement du pèlerinage ait été essentiellement régional. Une délibération du conseil consulaire de Grenoble en date du 2 mai 1518 évoque le pèlerinage de bourgeois de la ville au Saint Suaire. Antoine de Beatis, en 1518, parlait de la foule se pressant pour l'ostension solennelle de la relique du haut des murs du château, le 4 mai, fête de l'Invention de la Croix.

            RÉFÉRENCES

            Source(s) :
            • Livre liturgique (1532)
              Bibl. mun. de Grenoble, Ms U 1120, missel imprimé comportant des messes du Saint Suaire.
            • Livre liturgique (XVe siècle)
              Bibl. mun. de Grenoble, ms. 800 (2), (Cat. 161), livre d'heures, ajout de la fête du Saint Suaire au calendrier liturgique.
            • Source publiée (1632)
              Victon (François, minime), Histoire du bref traité du Saint-Suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, précieuse relique de la Maison de Savoie qui se garde à Turin, Paris, Cramoisy, 1632, 84 p., in 8° (BnF, H 10211).
            • Archives (1518)
              Arch. mun. de Grenoble, BB 5, mention de bourgeois de Grenoble s'étant rendus en pèlerinage au Saint Suaire de Chambéry, 2 mai 1518.
            • Site internet
              Document inédit concernant le Saint Suaire, sans cote : http://www.savoie-archives.fr/1735-titre-menu-gauche.htm (site consulté le 11 avril 2013).
            • Images
              L'une des verrières de la chapelle, datant de 1547, représente la Mise au Tombeau, avec deux anges procédant à l'ostension du Saint Suaire (verrière restaurée en 2002).
            Bibliographie :
            • PARAVY, P., De la Chrétienté romaine à la Réforme en Dauphiné. Évêques, fidèles et déviants (vers 1340-vers 1530), 2 vol., (Collection de l'École Française de Rome, 183), Rome, 1993, p. 728-729.
            • CELIER, O., Le signe du linceul : le Saint Suaire de Turin, de la relique à l'image, Paris, 1992.
            • MARCOZZI, V., «Le Suaire de Turin, un faux à faire disparaître ? », in Revue d'histoire de l'Eglise de France, 77, 1991, p. 326-328.
            • SAXER, V., «Le Suaire de Turin aux prises avec l'histoire », in Revue d'histoire de l'Eglise de France, 76, 1990, p. 21-55.
            • PERRET, A., «Le château et la Sainte Chapelle de Chambéry », in Congrès archéologique de France, 123e session, 1965, Chambéry, Savoie, Paris, 1965, p. 9-20.
            • ROQUES, M., «Vitraux du XVIe siècle en Savoie et en Dauphiné », in 87e Congrès des Sociétés savantes, Poitiers, 1962, Section d'Archéologie, Paris, 1963, p. 338-347.
            • PERRET, A., «Essai sur l'histoire du Saint Suaire du XIVe au XVIe siècle. De Lirey (Aube) à Chambéry », in Mémoires de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Savoie, 6e série, 4, 1960, p. 49-121.
            • CHEVALIER, U., Étude critique sur l'origine du Saint Suaire de Lirey, Chambéry-Turin-Paris, 1901.
            • JUSSIEU, A. de, La sainte chapelle du château de Chambéry, 1868, p. 219-221.
            • CAPRÉ, F., Traité du Saint Suaire de Turin, dans Traité historique de la chambre des comptes de Savoye…, Lyon, 1662.
            Etude(s) universitaire(s) :

            PHOTOGRAPHIES LIÉES

            Objet de dévotion :
            Edifice :
            Autre :

            À PROPOS DE L'ENQUÊTE

            Enquêteur :
            • Paravy Pierrette
            Rédacteur :
            • Paravy Pierrette
            Date de l'enquête :
            1980
            Date de rédaction de la fiche :
            2013
            Etat de l'enquête :
            En cours
            Pour citer cette ficheParavy Pierrette, « Saint-Suaire de Chambéry », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
            url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/469/saint-suaire-de-chambery, version du 05/11/2013, consulté le 20/08/2017