INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Sainte-Clotilde-des-Andelys

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Sainte-Clotilde-des-Andelys
Période d'activité :
Xe siècle - ?
Commune :
Les Andelys
Département :
Eure
La fontaine Sainte-Clotilde (état au début du XXe siècle)

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Les Andelys
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Évreux (1802 - 2013)
Ancien: Rouen (Xe siècle - 1801)
Paroisse :
Actuelle: Gaillard-sur-Eure (? - ?)
Ancienne: Notre-Dame des Andelys (? - ?)

Site

Type de site :
Rive de cours d'eau
Altitude :
161 m
Compléments :

La fontaine Sainte-Clotilde se trouve au carrefour de la rue Sainte-Clotilde et du boulevard Néhou.


Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Château
Cours d'eau

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Sainte-Clotilde-des-Andelys (Xe siècle - ?)
Compléments :
La date de début correspond à la première mention de la fontaine, signalée dans une "Vie" de sainte Clotilde rédigée au milieu du Xe siècle. La date de fin est également incertaine : il semblerait que la fontaine attire encore quelques rares pèlerins, mais ce n'est pas prouvé.
Type de lieu de culte :
Fontaine
Nom du lieu de culte :
Fontaine Sainte-Clotilde
Saints patrons :
  • Clotilde (Xe siècle - ?)

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Fontaine Sainte-Clotilde
Nature de l'objet :
Indéterminée
Matériau de l'objet :
Autre
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Datation de l'objet :
Compléments :
Fontaine.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Épouse de Clovis, la reine Clotilde († 545) décida de faire édifier un monastère aux Andelys. Constatant que le manque de vin rendait pénible la tâche des ouvriers, elle pria Dieu de leur venir en aide. Il y avait là une fontaine dont l'eau prit alors le goût de vin.
Miracles :
En 1613, Jacques Desmay écrivait : « c'est une chose si frequente que l'oeuvre des miracles en ce lieu d'Andely, qu'il me faudroit faire un livre à part si je voulois escrire toutes les guerisons miraculeuses qui y sont arrivées de nostre cognoissance » ("La vie de saincte Clotilde…", p. 129). On ne connaît cependant aucun récit pour la période médiévale et il n'est pas certain qu'un registre en bonne et due forme fût jamais tenu. Outre trois récits de miracles publiés par Jacques Desmay dans sa Vie de sainte Clotilde ("La vie de saincte Clotilde…", p. 129-130), on ne possède qu'une série de sept attestations, consignées par le curé de la collégiale Notre-Dame des Andelys en 1629-1630 (Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms 366, f° 330 r°-334 r°). Enfin, la guérison d'un paralytique en 1618 a fait l'objet d'un récit détaillé, publié sous forme de libelle par Jacques Desmay ("Miracle advenu à Andely…"). L'eau de la fontaine possédait une spécialité bien définie : tous les malades guéris souffraient d'une paralysie, des membres inférieurs le plus souvent.
Type(s) de motivation :
  • Piété
Recours :
  • Thérapie
Jour(s) de fête :
  • Clotilde
Type de fréquentation :
Annuel (= juste pour une fête)
Compléments sur les fréquentations :
Jour de fête : Sainte-Clotilde (3 juin).

Les textes insistent sur l'affluence de pèlerins et de malades qui viennent à la fontaine la veille de la Sainte-Clotilde, soit le 2 juin. C'est également à cette date qu'avait lieu la procession du chapitre de la collégiale Notre-Dame, à l'issue de laquelle le doyen plongeait dans la fontaine une statue reliquaire de la sainte. Quant aux attestations, la plupart signalent que le malade était venu en pèlerinage la veille de la fête. Il y a cependant deux exceptions. Un homme qui souffrait de la hanche vint se baigner dans la fontaine le 10 juin 1630 et un paralytique y fut guéri un 13 décembre (Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms 366, f° 332 r° et 333 r°). Il faut donc penser que le pèlerinage était continu mais avec une forte dominante annuelle.
Pratiques individuelles :
  • Prières
  • Se baigner
  • Passer sous la relique
Pratiques en présence du clergé :
  • Bénédictions
  • Prières
  • Processions
  • Vinage
Ex voto :
  • Autre (XXe siècle)
    Non signalée dans les sources écrites, la présence d'ex-voto est attestée par des photographies du début du XXe siècle, qui montrent plusieurs béquilles accrochées au-dessus de la fontaine.
Confrérie(s) :
  • Confrérie de Sainte-Clotilde (XVIIe siècle)
    Une confrérie de Sainte-Clotilde fut fondée à Rouen en 1619. Chaque année, ses membres se rendaient aux Andelys pour la fête de la sainte (Arch. dép. de Seine-Maritime, G 1245 et 1769).
Indulgence(s) :
    Compléments sur le culte :
    Du XVIIe au XIXe siècle, la fontaine Sainte-Clotilde fut l'objet d'un pèlerinage tout à fait officiel, sans dissiper totalement les ambiguïtés qui s'attachaient au culte des eaux. C'est sans doute ainsi qu'il faut comprendre le rituel du vinage qui clôturait la procession du 2 juin : en plongeant la statue reliquaire dans la fontaine, le clergé réaffirmait que la vertu thaumaturgique attribuée à l'eau procédait des reliques de la sainte. Certains comportements semblent également avoir suscité l'inquiétude des autorités ecclésiastiques : au tout début du XVIIIe siècle, l'archevêque de Rouen ordonna de poser une grille au milieu du bassin de manière à empêcher tout contact entre les pèlerins des deux sexes et leur interdit de s'y baigner nus (J. Brossard de Ruville, "Histoire de la ville des Andelis…", vol. I, p. 229).

    L'ÉDIFICE

    Description :
    La fontaine Sainte-Clotilde est un bassin maçonné semi-circulaire, surmonté d'une niche abritant une statue de la sainte. À quelques mètres de la fontaine se trouvait un dolmen, détruit en 1799.
    Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
    • Autre
      Si l'on en juge par une gravure de la fin du XVIIIe siècle, il y avait, tout près de la fontaine, un petit édifice en bois, destiné probablement à abriter les ex-voto.
    Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
    • Mobilier (XVIIIe siècle)
      Aux environs de 1701, l'archevêque de Rouen fit poser une grille destinée à séparer les pèlerins des deux sexes. Elle existait encore au début du XXe siècle.

    HISTOIRE DU SANCTUAIRE

    Origines :
    Date de première mention : Xe siècle
    Initiative de la fondation :
      Environnement institutionnel, politique et religieux :
      Phases d'évolution :
      Les origines du culte lié à la fontaine Sainte-Clotilde sont obscures. Si l'on en croit la Vie de sainte Clotilde qu'Adson de Montier-en-Der composa vers 956-960, la fontaine existait du vivant de la sainte, soit dans la première moitié du VIe siècle. On notera cependant que le texte est postérieur de quatre siècles à l'événement supposé et qu'il ne dit rien ni des propriétés thaumaturgiques attribuées à l'eau de la fontaine, ni d'un éventuel pèlerinage. Faute de sources, l'histoire du pèlerinage est totalement inconnue pour la période antérieure au XVIIe siècle. La fontaine Sainte-Clotilde était alors un sanctuaire renommé, du moins si l'on en croit le doyen de la collégiale Notre-Dame des Andelys qui écrivait en 1655 : « les peuples accourent de toute part en la ville d'Andely que Dieu a honorée de tant de miracles depuis onze siècles en la guérison de toutes personnes malades par l'intervention de cette grande sainte et bain salutaire de leurs corps affligez en la fontaine miraculeuse » (Arch. dép. de Seine-Maritime, G 1770). En 1691, un voyageur de passage aux Andelys notait : « la veille du jour de sa feste, c'est un concours effroyable de peuples de toutes les provinces, qui ont la devotion d'assister à une procession solennelle, où l'on porte l'image de cette sainte princesse » ("Mémoires de Pierre Thomas, sieur du Fossé", éd. par F. Bouquet, 5 vol., Rouen, Ch. Métérie, 1876-1879, vol. IV, p. 130). Au XVIIIe siècle, la fête de la sainte voyait affluer jusqu'à 20 000 pèlerins, venus de Normandie mais également du Vexin, du Beauvaisis, de l'Ile-de-France et de la Beauce (J. Brossard de Ruville, "Histoire de la ville des Andelis…", vol. I, p. 350). Le pèlerinage était encore bien vivant en pleine Révolution : le 2 juin 1798 un agent du Directoire dénonça « l'abus criant » et la « superstition » qui s'y perpétuaient. L'année suivante, les administrateurs communaux tentèrent de murer la fontaine mais durent y renoncer devant les réactions des habitants (J. Brossard de Ruville, "Histoire de la ville des Andelis…", vol. I, p. 350). Rétrocédée aux marguilliers de Notre-Dame des Andelys, la fontaine ne tarda pas à attirer de nouveau les pèlerins. Venu assister à la fête de la sainte en 1868, un observateur dénombra quelques 4 000 fidèles. Les rituels traditionnels avaient également survécu : des malades se baignaient dans la fontaine et la procession organisée par le clergé fut conclue par l'immersion d'une statue de sainte Clotilde (A.-L.-R. Boué de Villiers, "La Normandie superstitieuse…").
      Evénements marquants :
      • Acte exceptionnel de dévotion (1619)
        Fondation d'une confrérie de Sainte-Clotilde à Rouen.
      • Interdiction (1799)
        Les autorités communales interdisent tout rassemblement à la fontaine.
      • Réouverture (1813)
        La fontaine est rétrocédée aux marguilliers de l'église Notre-Dame.
      Rayonnement(s) :
      • Diocésain
        Rayonnement diocésain et peut-être régional.

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      • Source publiée
        Jacques Desmay, "La vie de saincte Clotilde Reine de France", Rouen, Jean Osmont, 1613, p. 122-130
      • Source publiée
        A.-L.-R. Boué de Villiers, "La Normandie superstitieuse. Le pèlerinage de la fontaine Sainte-Clotilde aux Andelys", Paris, A. Le Chevalier, 1870, 72 p.
      • Source publiée
        "Vita sanctae Chrothildis", éd. par B. Krusch,"Monumenta Germaniae Historica. Scriptores Rerum Merovingicarum", vol. II, Hanovre, 1888, p. 346-347
      • Source publiée
        "Miracle advenu à Andely. La veille de la Pentecoste derniere, le second jour du mois de juin, mil six cens dix-huict : Par l'intercession de saincte Clotilde Reyne de France, femme de Clovis, premier Roy Chrestien des François", Rouen, Nicolas Le Prevost, s. d. (vers 1618), 8 p. (rééd. par Ch. Lormier, Rouen, 1870)
      • Archives
        Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris, ms 366, f° 330 r°-334 r° : miracles opérés à la fontaine Sainte-Clotilde (attestations dressées par le curé de Notre-Dame des Andelys, 1629-1630).
      • Archives
        Archives départementales de Seine-Maritime, G 1769, 1770, 1771, 1772, 1773 : fonds de la collégiale Notre-Dame des Andelys dont dépendait la fontaine Sainte-Clotilde (visites pastorales, règlements, mandements épiscopaux, confrérie de Sainte-Clotilde, XVIIe-XVIIIe siècles).
      Bibliographie :
      • Balzamo, N., Miracle et société en France (vers 1500-vers 1620), Thèse de doctorat, Ecole pratique des Hautes Etudes, 2011, p. 294-295.
      • Coutil, L., Le culte de Sainte Clotilde aux Andelys (Eure) et en Normandie, Evreux, Ch. Hérrissay, 1909.
      • Brossard de Ruville, J., Histoire de la ville des Andelis et de ses dépendances, 2 vol., Les Andelys, Delcroix, 1863-1864, p. 228-231; 349-374.
      Etude(s) universitaire(s) :

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      • La fontaine Sainte-Clotilde (état au début du XXe siècle) - 1901-2000
      • La fontaine Sainte-Clotilde en 1768 (dessin à la mine de plomb, Bibliothèque nationale de France, Estampes, Réserve VE-26 (H)) - 1768
      Edifice :
      Autre :

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • Balzamo Nicolas
      Rédacteur :
      • Balzamo Nicolas
      Date de l'enquête :
      2011-2013
      Date de rédaction de la fiche :
      2013
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheBalzamo Nicolas, « Sainte-Clotilde-des-Andelys », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/461/sainte-clotilde-des-andelys, version du 10/02/2016, consulté le 20/11/2018