INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

Retour à la liste des sanctuaires

Notre-Dame-de-Liesse

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Notre-Dame-de-Liesse
Période d'activité :
XIIe siècle - 2013
Commune :
Liesse-Notre-Dame
Département :
Aisne

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Liesse-Notre-Dame
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Soissons (1790 - 2017)
Ancien: Laon (? - 1790)
Paroisse :
Actuelle: Liesse (1790 - 2017)
Ancienne: Marchais (? - 1790)

Site

Type de site :
Bord de lac/marais
Altitude :
74 m
Compléments :

Type de site : îlot au milieu de marécages, traversés par la rivière de la Souche, constituant à l'échelle locale une sorte de « finis-terre ». Pour différentes raisons, à partir du XIVe siècle, ce bout du monde à l'échelle locale, devient une fin des terres à l'échelle du royaume, où il est important d'être présent, car les miracles attirent les foules. Tout d'abord, parce que ce sanctuaire constitue la troisième étape d'un parcours de sacralité qui confirme le pouvoir de guérisseur des rois de France, qui commence par le sacre à Reims. Ce parcours se poursuit dès le lendemain par un pèlerinage au prieuré de Saint-Marcoul de Corbény qui réaffirme son pouvoir de thaumaturge, voyage qui devient systématique à partir de Jean II le Bon en 1350. La troisième étape est Liesse. La fusion de la cour, des Grands qui l'accompagnent, avec le peuple venu en nombre, attestent du rôle de ce sanctuaire dans la naissance de la nation France. Ensuite, sa dimension de frontière est importante ; il faut s'y rendre pour bien montrer qu'on est maître de l'espace jusqu'à cette limite. Enfin, les guerres incessantes avec les Bourguignons, puis avec les Habsbourgs, expliquent les passages du roi dans ce sanctuaire, surtout pour François 1er en guerre permanente avec Charles-Quint. L'alliance des trois lys (symbole de « Liesse », des capétiens et de la Vierge Marie) trouve une concrétisation essentielle dans ce lieu.


Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Bourg
Type de proximités :
Château
Compléments :

Le site est couvert de marais difficilement accessibles. Le bourg compte aujourdhui 1 200 habitants. Le château de Marchais-Liesse a été construit par le cardinal de Lorraine, archevêque de Reims au XVIe siècle et frère du duc François de Guise, pour accueillir les rois pèlerins de Liesse. Il appartient de nos jours au prince de Monaco.


LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Notre-Dame-de-Liesse (XIIe siècle - 2013)
Compléments :
Jusqu'au XIVe siècle, les toponymes étaient « Lience » ou « Liance ». Liesse et Liance sont utilisés indifféremment jusqu'au XVIe siècle.
Type de lieu de culte :
Chapelle
Nom du lieu de culte :
Notre-Dame de Liesse
Saints patrons :
Compléments :
Type de lieu de culte : chapelle, puis église paroissiale, puis basilique.

Le légendaire rapporte, qu'en 1134, trois chevaliers hospitaliers de Marchais-Liesse partent en croisade. Ils sont emprisonnés par le sultan du Caire, qui veut les convertir à l'islam. Devant son échec, il leur envoie sa fille Ismérie. Finalement, c'est la princesse qui se convertit au christianisme. Elle demande à voir une statue de la Vierge, laquelle est envoyée du Paradis dans le cachot des chevaliers. Ismérie libère ces derniers, qui s'endorment sur les bords du Nil, et sont transportés miraculeusement par téléphorie pendant leur sommeil à Liesse. À leur réveil, ils découvrent la Vierge noire dans un cours d'eau, qui devient la fontaine miraculeuse. La statue est ensuite vénérée à cinq cents mètres de la fontaine, dans une chapelle.
Il ne reste rien du ou des premiers édifices. La construction du bâtiment actuel reprend 250 ans après le miracle fondateur, en 1384, quand le pape Clément VII accorde une indulgence partielle par la bulle "Virgo venustissima" le 28 mai de cette année-là. La construction se poursuit, les armes, sur les clefs de voûte de la nef, de Louis d'Orléans et de sa femme Valentine Visconti en font foi. La façade actuelle est bâtie au XVe siècle.
Au XVIIe siècle, la famille de Lorraine-Guise – propriétaire du château de Marchais depuis que le cardinal de Lorraine l'avait fait construire au siècle précédent, pour servir d'hôtellerie aux rois pèlerins de Liesse – bâtit un jubé dans la chapelle. Elle souhaite faire pièce aux capétiens, l'autre prétendant sur ces lieux, car Marie de Médicis venait d'offrir un magnifique maître-autel baroque. En effet, et ce depuis le Moyen Âge, Liesse est un sanctuaire de la frontière qui connaît une forte rivalité de captation avec ses puissants voisins : avec la famille de Bourgogne, puis avec la maison de Guise-Lorraine. Ici, les tensions entre les protagonistes s'inscrivent aussi dans la pierre.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Notre-Dame de Liesse
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Bois
Dimensions de l'objet :
40
Emplacement :
Sur le tabernacle du maître-autel.
Datation de l'objet :
1101-1199
Compléments :
Vierge noire en ébène.

Datation : XIIe siècle ? L'actuelle sculpture, ciselée par les jésuites, date du XIXe siècle. Les restes de la statue du Moyen Âge, brûlée en 1794, ont été insérés dans un reliquaire en or, qui se trouve dans le socle de la statuette actuelle.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Cette "Vierge noire" traduit l'intérêt pour les reliques apportées de Terre Sainte pendant les croisades, et pour la dévotion fédératrice à la Vierge, contrairement à la piété aux saints thaumaturges locaux.
Miracles :
La spécialisation du sanctuaire reprend celle du légendaire : la libération des personnes emprisonnées à tort. Le premier miracle connu est celui d'un marchand accusé d'avoir fabriqué de la fausse monnaie, vers 1390. Le thème courant du pendu dépendu – car innocent (présent, entre autres, dans les miracles de saint Jacques) se trouve fréquemment dans les récits de miracles de Liesse du Moyen Âge. La Vierge de Liesse est aussi généraliste : elle ressuscite les enfants mort-nés le temps de la cérémonie du baptême, rend les femmes fécondes, éteint les incendies…
Type(s) de motivation :
    Recours :
    • Répit
    • Thérapie
    • Conversion
    • Libération des prisonniers
    • Fécondité
    Jour(s) de fête :
    • Nativité Vierge Marie
    Type de fréquentation :
    Continu
    Compléments sur les fréquentations :
    Demandes spirituelles (conversions, retraites) et physiques (guérison, stérilité, handicap…).

    La bulle du pape Clément VII accorde pour cette fête, dès 1384, une indulgence partielle.

    Depuis 1919, de grands rassemblements annuels ont lieu le lundi de Pentecôte, à l'origine dans le cadre des réunions d'anciens combattants.

    Dans les années 1980, la "Vierge noire" devient la patronne officielle du diocèse de Soissons, et les réunions du lundi de Pentecôte sont la fête du diocèse.

    Fréquentation continue depuis le XIIIe siècle.
    Pratiques individuelles :
    • Cire
    • Prières
    • Toucher
    Pratiques en présence du clergé :
    • Bénédictions
    • Communions
    • Confessions
    • Processions
    • Messe
    • Fondation de messes et d'offices
    Ex voto :
      Confrérie(s) :
      • Notre-Dame de Liesse
        Il existait de nombreuses confréries en lien avec le sanctuaire de Liesse. Tout d'abord dans le bourg même : une archiconfrérie de Notre-Dame de Liesse y existait, recrutant dans l'ensemble du pays, créée au début du XVe siècle, pour les membres de laquelle une messe était célébrée chaque samedi, mais aussi de simples confréries de communauté locale (comme une association au Sacré-Coeur depuis le XVIIIe siècle). Au-delà, de nombreuses confréries se fondent dans les paroisses de France depuis le Moyen Âge jusqu'à l'époque moderne, en particulier à Paris (celle du roi à Saint-Jean-en-Grève, celle de la paroisse Saint-Sulpice ou celle de Saint-Laurent).
      Indulgence(s) :
      • Partielle (XIVe siècle)
        Indulgence partielle concédée pour la visite du sanctuaire par la bulle "Virgo venustissima" fulminée par le pape Clément VII le 28 mai 1384 pour la fête de la Nativité de la Vierge (8 septembre).
      Compléments sur le culte :
      La manière de fréquenter le sanctuaire a évolué depuis le Moyen Âge. Quand on se déplaçait à pieds, la « saison » du pèlerinage commençait en avril – quand les chemins deviennent praticables – pour se terminer en octobre. Jusqu'au Second empire, les pèlerins se déplaçaient de manière individuelle ou en petits groupes. Avec le chemin de fer – et la présence des jésuites gérants du sanctuaire depuis 1852 – apparaissent en 1881 les « pèlerinages cantonaux », qui se rendent au sanctuaire du 15 août au 8 septembre, « entre les deux Notre-Dame » (entre l'Assomption et la Nativité). Ces rassemblements existent toujours, mais les déplacements individuels reprennent et sont de nos jours plus nombreux que les rassemblements collectifs. Pratiques individuelles : dons de cire au Moyen Âge, prière, faire toucher des objets à la statue miraculeuse, rapporter l'eau de la fontaine miraculeuse, acheter (du XVIIIe siècle aux années 1950) des bouteilles à figures de la Passion ou de Liesse… Un artisanat local important et riche existait dans le bourg du Moyen Âge jusqu'en 1960, produisant croix de confrérie, bouteilles à figures, statues d'argent, médailles… La dimension politique de Liesse persiste jusqu'à la période de la Restauration, où la duchesse de Berry accomplit un pèlerinage pour remercier de la naissance de « l'enfant du miracle ». Les établissements religieux deviennent encore plus nombreux au XIXe siècle. En plus de l'hôtel-Dieu qui existe depuis le Moyen Âge et qui est géré depuis le XVIIe siècle par les Dames de Saint-Maur, les frères Billaudel ouvrent un petit séminaire (qui ferme en 1905), les jésuites deviennent gestionnaires du sanctuaire en 1852. Les religieuses de l'hôtel-Dieu ouvrent un pensionnat pour jeunes filles (qui est aujourd'hui une école et un collège), les soeurs Réparatrices un couvent, en attendant la construction d'un carmel (1920-2000). L'arrivée des jésuites en 1852 donne un second souffle à la paroisse, en attendant le troisième souffle avec le temps des grands rassemblements du diocèse depuis la fin de la première guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui. Des infrastructures s'y prêtent : esplanade avec autel, salle de spectacle, lieu de restauration paroissial pour les groupes de pèlerins.

      L'ÉDIFICE

      Description :
      Chapelle de plan cruciforme bâtie au XIVe siècle dans le style gothique flamboyant. Les chapelles latérales sont construites par les jésuites au XIXe siècle. Un cimetière, réservé entre autres aux enfants mort-nés revenus à la vie le temps du baptême, se trouvait le long du mur du transept nord, avant l'aménagement au début du XIXe siècle de la route qui conduit à Montcornet.
      Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
      • Fontaines
        Fontaine miraculeuse, près de laquelle se trouve un hôtel-Dieu construit au Moyen Âge. Des infrastructures d'accueil des pèlerins existent : podium avec autel, salle de spectacle, lieu de restauration.
      Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
      • Mobilier
        Maître-autel majestueux, dans le style de la réforme catholique, offert par la femme d'Henri IV, Marie de Médicis. Jubé offert au XVIIe siècle par la famille de Lorraine. Musée présentant des ex-voto, des pièces offertes par les Grands (calice de la duchesse de Berry), des objets liés au pèlerinage (bouteille à figures…).

      HISTOIRE DU SANCTUAIRE

      Origines :
      Date de première mention : 1134
      Initiative de la fondation :
        Environnement institutionnel, politique et religieux :
        Phases d'évolution :
        Le légendaire donne la date de 1134 pour le miracle fondateur, mais la première source écrite que nous ayons ne remonte pas avant 1338, quand l'évêque de Laon rédige une charte qui fixe le partage des offrandes des pèlerins. À cette date, le chapitre cathédral de Laon a déjà évincé le curé de Marchais dont Liesse dépendait, pour gérer le pèlerinage qui rapportait gros. La suppression des chapitres en 1790 rend la chapelle au diocèse, qui la transforme en église paroissiale, jusqu'à l'arrivée des jésuites comme gestionnaires en 1852. En 1957, elle passe de nouveau entre les mains du clergé diocésain.
        Evénements marquants :
          Rayonnement(s) :

            RÉFÉRENCES

            Source(s) :
              Bibliographie :
              • Maes, Bruno, Notre-Dame de Liesse. Une Vierge noire en Picardie, Langres, Dominique Guéniot, 2009.
              • Maes, Bruno, Le roi, la Vierge et la nation. Pèlerinages et identité nationale en France entre guerre de Cent Ans et Révolution, Paris, Publisud, 2002.
              Etude(s) universitaire(s) :

              PHOTOGRAPHIES LIÉES

              Objet de dévotion :
              Edifice :
              Autre :

              À PROPOS DE L'ENQUÊTE

              Enquêteur :
              • Maes Bruno
              Rédacteur :
              • Maes Bruno
              Date de l'enquête :
              1989
              Date de rédaction de la fiche :
              2013
              Etat de l'enquête :
              En cours
              Pour citer cette ficheMaes Bruno, « Notre-Dame-de-Liesse », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
              url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/460/notre-dame-de-liesse, version du 17/10/2013, consulté le 18/10/2017