INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Taurin

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Taurin
Période d'activité :
Xe siècle - XIXe siècle
Commune :
Gigny
Département :
Jura
Ancienne abbatiale Saint-Pierre, vue extérieure côté sud.

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Gigny
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Saint-Claude (1742 - 2017)
Ancien: Lyon (Ve siècle - 1742)
Paroisse :
Actuelle: Val de Suran (? - 2017)
Ancienne: Gigny (? - ?)

Site

Type de site :
Vallée
Altitude :
370 m
Compléments :
Le village de Gigny est situé dans un vallon où coule la rivière Suran, affluent de l'Ain, à l'extrémité septentrionale de l'ancien diocèse de Lyon.

Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Bourg
Type de proximités :
Cours d'eau

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Taurin (Xe siècle - XIXe siècle)
Compléments :
La date d'arrivée des reliques de Taurin à Gigny n'est pas assurée. D'après la "Translatio Taurini ad castrum Laudosum et ad coenobium Gigniacense", les reliques de saint Taurin, saint Aquilin, et sainte Florence, seraient parvenues à Gigny en 912. Elles furent en partie détruites en 1794, mais quelques parcelles furent préservées et une nouvelle châsse fabriquée en 1840.
Type de lieu de culte :
Abbatiale
Nom du lieu de culte :
Saint-Pierre
Saints patrons :
  • Pierre (? - 2017)
Compléments :
L'église abbatiale est devenue prieurale après 1076, date du rattachement du monastère de Gigny à Cluny, puis collégiale lors de la sécularisation de l'établissement et enfin paroissiale après la démolition de la paroissiale Notre-Dame de l'Assomption et Saint-Taurin vers 1840, église du XIIe siècle reconstruite à la fin des années 1770.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Saint Taurin
Nature de l'objet :
Relique (= fragment)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Chapelle Saint-Taurin, dans l'église abbatiale puis prieurale Saint-Pierre. Les reliques étaient placées dans une châsse, sur un autel à l'extrémité du collatéral nord. La châsse a depuis peu été déplacée pour être conservée en mairie.
Datation de l'objet :
?
Compléments :
Saint Taurin fut le premier évêque d'Evreux, considéré comme l'un des évangélisateurs de la Gaule. Des miracles lui sont attribués de son vivant déjà. Lors des l'arrivée des reliques de Taurin à Gigny, celles-ci étaient accompagnées de reliques de saint Aquilin et de sainte Florence. L'époque à laquelle vécut Taurin est mal définie. Selon les sources, on parle du IIIe, du IVe, ou du Ve siècle.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Les reliques de Taurin auraient été tout d'abord transportées d'Évreux à Lezoux en Auvergne par l'évêque d'Évreux Guntbert, originaire du cette région, pour échapper aux pillages des Normands. Cette première translation aurait eu lieu entre 841 et 890. Les reliques auraient ensuite été dérobées par trois ecclésiastiques d'Évreux qui souhaitaient les rapporter dans leur ville (fin IXe-début Xe siècle). Sur le chemin détourné de leur retour, ils firent une halte à Gigny, où l'abbé Bernon avait fondé depuis peu un monastère. Les reliques auraient alors miraculeusement manifesté leur désir de demeurer en ce lieu à trois reprises. Saint Taurin devint le saint patron du monastère. L'humble demeure où les reliques de Taurin s'obstinèrent à rester pendant la fuite des trois ecclésiastiques devint par la suite une chapelle dédiée à saint Taurin, qui fut démolie au XIXe siècle.
Miracles :
Taurin était réputé pour protéger des morsures de serpents, rendre la vue aux aveugles, la parole aux muets, le mouvement aux paralytiques. Il aurait également préservé Gigny de la peste, des incendies et des calamités. Le premier miracle qui eut lieu sur le territoire de Gigny est celui de la manifestation par les reliques de saint Taurin, du désir de demeurer à Gigny. Une longue suite de miracles se manifesta ensuite lors de la pérégrination des reliques du saint évêque à travers le diocèse de Lyon en 1157 : guérisons, protections, guérison d'un enfant paralysé à Bagé-le-Châtel, d'une paralytique à Chavéria, résurrection d'un enfant et guérison de cinq paralytiques durant l'exposition de la châsse à Saint-Nizier de Lyon. Lors du retour de la châsse vers Gigny, un prêtre de Jujurieux et une femme de Cuiseaux bénéficièrent de miracles. À la fin du Moyen Âge, les habitants de Remiremont furent délivrés de la peste grâce à un voeu à saint Taurin. En souvenir de ce miracle, ils envoyaient chaque année un député à Gigny chargé de déposer une offrande et de faire célébrer deux messes à l'autel du saint. Des voeux analogues des Bourguignons et des Cordeliers sont signalés en 1629. Les habitants de Macornay (près de Lons-le-Saunier), dont le village était atteint de fièvre pourprée, firent un voeu à saint Taurin et saint Tiburce et décidèrent le 1er janvier 1637 d'instituer une procession générale chaque 11 août à l'un ou l'autre de ces saints afin de faire cesser le fléau.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Voeu
Recours :
  • Epidémie
  • Thérapie
Jour(s) de fête :
  • Taurin
  • Taurin (translation)
Type de fréquentation :
Pratiques individuelles :
  • Dons
  • Procession
  • Voeux
Pratiques en présence du clergé :
  • Offices
  • Processions
  • Tournée de quêtes
  • Rogations
Ex voto :
    Confrérie(s) :
    • Saint-Taurin (1582)
      Les statuts de la confrérie furent établis le 15 juin 1582 par les religieux du monastère devant le notaire de Gigny. Ils prévoyaient une messe à note, à diacre et sous-diacre, le 5 septembre à 10h du matin en présence de tous les confrères. Après cette messe, tous les confrères devaient se rendre en procession à l'église paroissiale. Le même jour, on célébrait les vêpres et les vigiles au prieuré selon l'office de saint Taurin. Le lendemain de cette fête devait être célébrée une messe de requiem à diacre et sous diacre en mémoire des confrères défunts. Une autre messe à diacre et sous diacre était dite à l'autel de la chapelle Saint-Taurin chaque mardi. Une lampe devait être entretenue perpétuellement, de jour comme de nuit, devant cette chapelle. Le 5 septembre à 11h, l'un des confrères offrait à tous les autres un festin. Un ordre de préséance durant ces manifestations devait être respecté : les fondateurs de la confrérie venaient en premier. Suivaient les gens d'église, les gens de la noblesse, ceux de la bourgeoisie, puis ceux qui n'appartenaient ni à l'église, ni à la noblesse, suivant l'ordre de leur réception à la confrérie.
    Indulgence(s) :
      Compléments sur le culte :
      La Saint-Taurin était une fête principale de première classe les 11 août et 5 septembre. On célébrait une grand messe à notes à l'autel Saint-Taurin, à diacre et sous-diacre, puis avait lieu une procession générale dans les rues de Gigny avec la châsse. Ces pratiques sont encore attestées en 1778, date d'un litige entre le vicaire et les paroissiens. Un acte de l'officialité de Lyon daté du 31 mars 1621 atteste que les habitants d'Andelot et de Véria assistaient à la procession du 11 août avec leurs croix et gonfalons. La procession partait de l'église prieurale, se rendait à la paroissiale sans y pénétrer, puis retournait à la prieurale. Le curé devait s'y trouver avec ses paroissiens et les religieux avaient la préséance lors des cérémonies. La procession dans Gigny avec port de la châsse se pratiquait encore en 1843. Taurin est inscrit au graduel bisontin du milieu du XIe siècle, invoqué lors des trois litanies du samedi saint (ms. Borg. lat. 359, Bibl. vaticane). Un martyrologe du diocèse de Besançon (BnF, ms. lat. 10500) de la même époque le mentionne au 11 août.

      L'ÉDIFICE

      Description :
      L'église Saint-Pierre a été édifiée au début du XIe siècle. Elle se compose d'une nef à trois vaisseaux de six travées délimitées par des arcades en plein cintre reposant sur des piles maçonnées de plan circulaire et carré, ainsi que d'un chevet très développé. Le sanctuaire était à l'origine composé de cinq vaisseaux. Le chevet était à chapelles échelonnées.
      Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
      • Autre (?)
        Selon la Vie de saint Taurin composée à Gigny en 1685 et les témoignages du XIXe siècle, l'humble demeure où les reliques du saint auraient « décidé » de demeurer aurait été transformée en chapelle placée sous son patronage. Elle fut vendue comme bien national en 1793 et aurait été détruite au début du XIXe siècle. Des armoiries de la famille de Ronchaux, sommant une porte, permettent de dater la construction ou reconstruction de cette chapelle fin XVIe-début XVIIe siècle. Selon des témoignages d'anciens au moment de la rédaction de l'histoire de Gigny par Gaspard (publiée en 1843), on s'y rendait en procession l'un des jours des rogations et le jour de la saint Taurin, mais aussi en période de calamités.
      Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
      • Chapelle (?)
        La chapelle Saint-Taurin, à l'époque moderne, était située à l'extrémité du collatéral nord de l'église Saint-Pierre. On peut supposer toutefois qu'une chapelle Saint-Taurin existait au moins depuis la reconstruction de l'abbatiale au début du XIe siècle, puisque les reliques du saint reposaient dans le monastère depuis le siècle précédent.

      HISTOIRE DU SANCTUAIRE

      Origines :
      Date de première mention : 1157
      Initiative de la fondation :
      • Religieux
      Environnement institutionnel, politique et religieux :
      Selon le récit de la translation des reliques de saint Taurin à Gigny, composé sans doute par un moine, anonyme, de cette communauté au XIIe siècle, les reliques du saint évêque seraient parvenues à Gigny au commencement du Xe siècle, au temps de l'abbé Bernon. Le monastère nouvellement créé fut ainsi sacralisé par ces reliques qui avaient déjà manifesté leurs vertus thaumaturgiques à Evreux et à Lezoux. En 1157, le bourg et le monastère furent ravagés par un violent incendie et seule l'abbatiale et quelques maisons isolées réchappèrent du sinistre. Les moines de Gigny proposèrent alors d'aller demander secours à leur abbaye mère et organisèrent une pérégrination des reliques de saint Taurin. Lors de cette pérégrination, qui mena les religieux de Gigny à Cluny, puis Lyon et la Bresse, de nombreux miracles se produisirent. Il est plus que probable que le culte des reliques de saint Taurin à Gigny se diffusa après cet événement. Celui-ci survint quelques années seulement après les graves démêlés qui opposèrent les clunisiens de Gigny à leurs voisins cisterciens du Miroir, qui nécessitèrent l'intervention de Pierre le Vénérable et Bernard de Clairvaux. La concurrence de l'ordre nouveau et le détournement de biens qui se fit en faveur du Miroir et au détriment de Gigny étaient à l'origine de cette affaire.
      Phases d'évolution :
      Après la phase marquée par la pérégrination des reliques et les premiers miracles dans la seconde moitié du XIIe siècle, les sources sont rares pour caractériser la dévotion à saint Taurin à la fin du Moyen Âge (fête du saint mentionnée au XIIIe siècle, notamment à Saint-Claude, don au sacristain de Gigny pour l'entretien du luminaire de la chapelle Saint-Taurin en 1452). Celle-ci est toutefois toujours active à la période moderne, notamment à travers les processions et messes.
      Evénements marquants :
      • Pérégrination (1157)
        Pérégrination des reliques de Taurin dans le diocèse de Lyon.
      • Reconnaissance de reliques (1547)
        Visite des reliques par les religieux de Gigny, à la demande de leur abbé commendataire Louis de Rye, évêque de Genève. La châsse était alors de bois recouvert d'argent et d'or en certains endroits. Elle renfermait des reliques de nombreux autres saints ainsi qu'une authentique des reliques de Taurin, qui n'est pas datée.
      • Ré-enchâssement (XVIIe siècle)
        Fabrication d'une nouvelle châsse en argent et d'un nouvel autel peu avant 1685.
      • Changement de lieu (1636)
        La châsse de saint Taurin est transportée au château de Cressia pour échapper aux profanations durant la guerre de Dix ans.
      • Reconnaissance de reliques (1647)
        Visite des reliques avec la permission de l'archevêque de Lyon, à la demande du sire de Coligny, protecteur du monastère. Le prieur Louis de Pelousey procéda à la visite en présence de quatre religieux, du curé, de l'official de Lyon, de Samuel Guichenon (auteur de L'Histoire de Bresse et du Bugey) et de plusieurs autres personnes. On constata que la châsse était la même qu'en 1547, qu'il s'y trouvait le chef, la cervelle et tous les os de son corps, un ossement de saint Aquilin, et les reliques déjà constatées en 1547, plus quelques autres.
      • Dédicace (1780)
        Lors de l'achèvement de la reconstruction de l'église paroissiale Notre-Dame de Gigny, les habitants présentèrent une requête pour que cet édifice soit placé sous le patronage de Saint-Taurin. Elle prit finalement le double vocable Notre-Dame et Saint-Taurin. Suite à cette décision, on cessa de célébrer la Saint-Taurin le 11 août, qui resta chômée sous le nom de "petite Saint-Taurin". On recommença à fêter la Saint-Taurin après 1802 et le rétablissement des cultes.
      • Destruction (1794)
        Destruction d'une partie des reliques de saint Taurin.
      • Ré-enchâssement (1840)
        Fabrication d'une nouvelle châsse vitrée en bois doré.
      Rayonnement(s) :
      • Régional (1157 -> ?)
        La dévotion aux reliques de saint Taurin conservées à Gigny était essentiellement locale. Néanmoins, la Bresse était représentée parmi les fidèles, ainsi que les habitants de Remiremont. Des indices de la popularité du saint se décèlent également dans le Doubs, la Haute-Saône, l'Ain. Sa fête semble avoir été inscrite dès le XIe siècle dans les manuscrits bisontins et elle était l'occasion de distributions particulières par les religieux de Saint-Claude dès le XIIIe siècle. La dévotion aux reliques du saint conservées à Evreux semble toutefois avoir connu une audience plus importante.

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      • Livres manuscrits
        BnF, n. a. f. 4776, Monnier, D., Histoire du monastère de Gigny, translation des reliques à Gigny, vie de saint Taurin, XIXe s.
      • Acta sanctorum
        AASS, aug. II, 1863-1870, 3e éd., Paris, p. 650-656, miracles de saint Taurin.
      • Acta sanctorum
        AASS, aug. II, 1751, p. 645-650, Translatio Taurini ad castrum Laudosum et ad coenobium Gigniacense, éd. P. van der Bossche.
      Bibliographie :
      • Rousset, A., Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté, t. III, Besançon, 1855, p. 224-252.
      • Gaspard, B., Histoire de Gigny au département du Jura, de sa noble et royale abbaye, et de saint Taurin, son patron, suivie de pièces justificatives, Lons-le-Saunier, 1843.
      • Vie des saints de Franche-Comté par les professeurs du collège Saint-François Xavier de Besançon, t. I, Besançon, p. 393-423.
      Etude(s) universitaire(s) :

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      • Châsse de saint Taurin - Christian Sapin - 2011
      • Reliques de saint Taurin - Christian Sapin - 2011
      Edifice :
      • Ancienne abbatiale Saint-Pierre, vue extérieure côté sud. - Robert Le Pennec - 2009
      • Ancienne abbatiale Saint-Pierre, vue intérieure, depuis le choeur. - Robert Le Pennec - 2009
      Autre :

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • BULLY Aurelia
      Rédacteur :
      • BULLY Aurelia
      Date de l'enquête :
      2013
      Date de rédaction de la fiche :
      2013
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheBULLY Aurelia, « Saint-Taurin », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/430/saint-taurin, version du 31/05/2013, consulté le 18/10/2017