INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saints-Félix-et-Régule

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saints-Félix-et-Régule
Période d'activité :
1291 - ?
Commune :
Kientzheim
Département :
Haut Rhin

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Kientzheim
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Strasbourg (1801 - 2018)
Ancien: Bâle (1291 - 1789)
Paroisse :
Actuelle: Kientzheim (Notre-Dame) (1801 - 2018)
Ancienne: Kientzheim (Saints-Félix-et-Régule) (XIIIe siècle - 1789)

Site

Type de site :
Plaine
Altitude :
230 m
Compléments :

Au débouché de la vallée de la Weiss dans la plaine.


Paysage

Type de couvert végétal :
Espace cultivé
Type de l'habitat :
Type de proximités :
Compléments :

Les sources qualifient Kientzheim de ville depuis que la localité a été entourée d'un mur de pierre, commencé en 1375, achevé avant 1444, mais peut-être pas encore en 1438. Dans les faits, elle reste un gros village de vignerons. Il s'y tient un marché le mardi (depuis 1375 ?) et une foire à la Saint-Mathieu depuis 1420. Mais comme les localités immédiatement voisines de Kaysersberg et Ammerschwihr ont un marché (plus ancien) et une foire (au moins aussi ancienne), cela non plus ne lui confère pas une vraie centralité. Le fait que le bailli de Hohlandsberg réside de plus en plus à Kientzheim est le seul véritable élément de centralité. Kientzheim est longé par la Weiss (non navigable). La route de Colmar vers la Lorraine par le col du Bonhomme passe à Ammerschwihr et Kaysersberg, laissant Kientzheim légèrement à l'écart. Les comtes de Lupfen ont à Kientzheim un château attesté à partir de la 1ère moitié du XVe siècle, mais dont la date de construction est inconnue. Ce sont des seigneurs belliqueux, qui sont à plusieurs reprises en conflit avec les villes d'Empire (Kaysersberg, voisine immédiate de Kientzheim, et Türckheim, dont ils sont co-seigneurs) et par conséquent avec l'Électeur Palatin, qui tient en gage les biens de l'Empire en Alsace, ce qui en fait le protecteur des villes impériales. Après les Lupfen, ce sont les barons de Schwendi (2e moitié du XVIe siècle) et leurs héritiers (notamment les von der Leyen) qui tiennent Kientzheim et la seigneurie de Hohlandsberg en gage. Kientzheim fait partie de la seigneurie de Hohlandsberg, qui est aux Habsbourg ; mais ils la donnent en gage dès le XIVe siècle, entre autres aux Rappoltstein à partir de 1363, puis, à partir de 1398/1400 et jusqu'au XVIe siècle, aux comtes de Lupfen.


LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saints-Félix-et-Régule (1291 - ?)
Compléments :
Pèlerinage à la Vierge dans l'église Saints-Félix-et-Régule.
En 1291, l'abbaye Saints-Félix-et-Régule de Zurich vend aux Cisterciens de Lucelle la cour et la chapelle qu'elle possédait à Kientzheim (BARTH, Handbuch, c. 677).
Type de lieu de culte :
Eglise paroissiale
Nom du lieu de culte :
Unterkirche (église du bas)
Saints patrons :
  • Félix-et-Régule (1291 - ?)
Compléments :
Kientzheim avait une église paroissiale Notre-Dame, dans le haut du village ("Oberkirche"). L'église Saints-Félix-et-Régule dans le bas du village ("Unterkirche") était au départ la chapelle de la cour domaniale de l'abbaye Saints-Félix-et-Régule de Zurich, passée en 1291 à celle de Lucelle. Elle a peu à peu acquis un statut paroissial, par une évolution dont les étapes perceptibles sont son incorporation à Lucelle en 1295 (BARTH, Handbuch, c. 677), la mention d'un "rector capelle" en 1302, d'un" rector" et d'un "vicarius ... S. Regule" vers 1380 et en 1441 (Ibid. c. 678) et la description des limites de la paroisse Saints-Félix-et-Régule en 1472 (ADHR 10H 70/3 ; croquis : PAPIRER, p. 331, d'après une autre source). Mais, à partir du début du XVIe siècle, Lucelle n'assure plus régulièrement la desserte de sa paroisse. Toutefois, comme il est de nouveau question d'un curé de l'"Unterkirche" au XVIIIe siècle, la paroisse semble avoir survécu jusqu'à la Révolution (PAPIRER, p. 354-63, n'est pas clair sur ce point).
L'abbaye Saints-Félix-et-Régule de Zurich a des biens à Kientzheim dès 877 (A. BRUCKNER, Regesta Alsatiae aevi merovingici & karolini 496-918, I, 1949, p. 364 n° 596) ; c'est trop peu pour faire remonter la chapelle aussi haut, mais l'existence d'une pierre à décor d'entrelacs (photo : PAPIRER, p. 332) dans l'édifice actuel est un indice d'ancienneté.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Unsere Liebe Frau (Notre-Dame)
Nature de l'objet :
Statue
Matériau de l'objet :
Bois
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Aujourd'hui contre le mur est de la nef, au nord du choeur ; avant 1866 non loin de là, mais dans une chapelle construite en 1470 à l'intérieur de la nef (voir
Datation de l'objet :
XIVe siècle
Compléments :
En 1466, l'église de Sigolsheim, qui est l'église-mère de Kientzheim, est incendiée au cours d'une guerre. Seules les statues de la Vierge et de saint Jean, qui étaient de part et d'autre d'un grand crucifix (sur une poutre de gloire ?), sont épargnées et mises en sécurité dans l'église Saints-Félix-et-Régule de Kientzheim. Quelques jours plus tard, de nombreuses personnes les voient pleurer. Par la suite, de nombreux miracles se produisent (BUCHINGER, f° A 7r-v). Rapidement, ils sont attribués à la Vierge, saint Jean étant passé sous silence, bien que sa statue fasse toujours pendant à celle de la Vierge, de part et d'autre d'un crucifix.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
En 1662, Bernardin Buchinger, abbé de Lucelle, publie le livre des miracles de Kientzheim, contenant 187 miracles qui ont eu lieu entre 1466 et 1507.
Miracles :
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Délivrance
  • Epidémie
  • Thérapie
Jour(s) de fête :
  • Invention et Exaltation de la Croix
Type de fréquentation :
Compléments sur les fréquentations :
Recours : délivrance, conversion (miracle n°49 concernant un homme qui ne croyait plus en Dieu), épidémie, folie, libération des prisonniers, une forme de répit, voeu, accidents (noyades, un homme tombé sous son cheval est sauvé, chutes), thérapie (paralysie, surdité, hydropisie, mutisme, épilepsie = mal de saint Valentin, fistule, calculs, hernie, cécité), pour retrouver un enfant égaré.
Jours de fête : les principales étaient l'Invention et l'Exaltation de la Croix (3 mai et 14 septembre : PAPIRER, p. 339). La Dédicace était fêtée le 11 septembre, jour de sainte Régule (alors que la dédicace de 1470 avait eu lieu le dimanche de Quasimodo) : BUCHINGER, f° A8 v.

Compléments : l'empereur Frédéric III serait venu en pèlerinage à Kientzheim en 1473 et aurait offert en souvenir son chapeau de roi de Hongrie, brodé d'or et d'argent, qui aurait été accroché dans l'église, où il se serait encore trouvé au XVIIe siècle (BUCHINGER, f° B 3 : ... "einen königlichen ungerischen Hut von Gold und Silber gestückt in Unser lieben Frauen Capellen zur Gedächtnuß aufhencken, welcher noch bey unsern Zeiten zu sehen gewesen"). Comme tout ce qui n'est connu que par Buchinger, ces indications sont sujettes à caution (voir V. 13). Les Regesta Imperii attestent que Frédéric III était dans la région du 18 août au 12 septembre 1473 - à Strasbourg, Fribourg, Bâle et Sélestat. Il a donc effectivement pu venir à Kientzheim, mais il n'est pas prouvé qu'il l'ait fait.
Pratiques individuelles :
    Pratiques en présence du clergé :
    • Chants
    Ex voto :
    • Béquille
      De nombreux bâtons, des béquilles, des jambes de bois (BUCHINGER, f° B 5 : "die grosse menge der Stecken, Krucken, Stülßen, hölzernen Arm und Fußband ...").
    • Chaines
      De nombreuses chaînes, des menottes, des fers qui s'étaient ouverts miraculeusement (BUCHINGER, f° B 5 : "so vil eysene Band, Ketten, Fußeysen, Armstrick so von den Gefangenen gefallen oder gesprungen").
    • Cire
      Des statues de cire de la taille d'un être humain (BUCHINGER, f° B 5 : "... in Leibs grösse formierte underschidliche wächsene statuae, die geopffert worden").
    Confrérie(s) :
      Indulgence(s) :
      • Partielle (1444)
        Six évêques présents au Concile de Bâle accordent 40 jours d'indulgences pour de nombreuses fêtes (Noël, Circoncision, Épiphanie, Rameaux, Jeudi et Vendredi saints, Pâques, Rogations, Ascension, Pentecôte, Trinité, Fête-Dieu, toutes les fêtes de la Vierge, toutes les fêtes des apôtres et des évangélistes, les fêtes des saints Michel, Jean-Baptiste, Georges, Laurent, Guy, Étienne, Ulrich, Gilles, Benoît, Bernard, Gall, Martin, Nicolas, Antoine, des saintes Marie-Madeleine, Catherine, Anne, Marguerite, Barbe, Agathe, les Onze mille vierges, Élisabeth, Claire, Dorothée, la Toussaint, la Dédicace de l'église, le jour des saints dont les reliques sont dans l'église, l'octave de ces fêtes si elles en ont une, les dimanches de l'Avent et du Carême) : ADHR 10H 70/4, copie du XVIIe s. ; publié dans BUCHINGER.
      • Partielle (1470)
        Douze cardinaux accordent 100 jours d'indulgence à ceux qui visiteront l'église et lui feront un don les jours de l'Annonciation et de l'Assomption de la Vierge, de saint Jean-Baptiste, des patrons de l'église et de la Dédicace : ADHR 10H 70/4, copie du XVIIe s. ; publié dans BUCHINGER.
      • Partielle (1470)
        Le pape Paul II accorde 3 ans d'indulgence et totidem quadragenas pour les jours de l'Annonciation, l'Assomption et la Nativité de la Vierge et la fête de saint Jean-Baptiste : ADHR 10H 70/4, copie du XVIIe s. ; publié dans BUCHINGER. Comme aucune de ces indulgences n'est conservée en original et que les copies conservées sont de l'époque de Buchinger, on peut émettre des réserves sur leur authenticité (voir "Compléments sur le culte"), et tout particulièrement sur celle de l'indulgence qu'aurait accordée un pape.
      Compléments sur le culte :
      Pratiques en présence du clergé : tous les jours, chant du "Salve Regina" et récitation du chapelet (BUCHINGER, f° B [1]: "Under andern Gott gefälligen dingen, haben Sie Unser Lieben Frauen Rosenkranz alda anstellen und einsetzen lassen. Durch angeregte geistliche Kirchendiener ist zumal in Unser Lieben Frauen Capellen täglich Ihr Jungfräwliches Lobgesang das Salve Regina zu singen aufkommen"). Selon Buchinger, les miracles ont été notés par quatre prêtres, dont il donne les noms, dans un livre qui n'est pas conservé ; il en reste une version du XVIIe siècle (ADHR, 10H 70/4), publiée par Buchinger. D'après lui, le pèlerinage serait resté florissant jusqu'à l'époque de la Réforme. Il y a lieu d'en douter : sur 187 miracles répertoriés, 162 ont lieu entre 1467 et 1480. Après cette date, leur fréquence baisse fortement ; plus aucun n'est consigné après 1507. On pourrait certes soupçonner le chapelain qui les a notés de 1475 à 1505 d'avoir fait preuve d'un zèle décroissant, et Buchinger suppose, sans aucune preuve, qu'il a existé un autre registre, perdu depuis, pour les miracles postérieurs à 1507 (BUCHINGER, f° B 4). Mais il est bien plus probable que la fréquentation du pèlerinage ait rapidement diminué. Le succès de celui des Trois-Épis, fondé en 1491 à quelques kilomètres de Kientzheim, y est sans doute pour quelque chose. De façon générale, les affirmations de Buchinger sont suspectes tant qu'elles ne sont pas confirmées par une autre source : natif de Kientzheim et devenu abbé de Lucelle, il a déployé un grand zèle pour relancer le pèlerinage, et c'est à cette fin qu'il publie le Livre des miracles. Or il ne brille pas par son respect de la vérité historique. Hans HIRSCH ("Die Urkundenfälschungen des Abtes Bernardin Buchinger für die Zisterzienserklöster Lützel und Pairis, in Mitteilungen des Instituts für österreichische Geschichtsforschung ", 32, 1911, p. 1-86) a prouvé qu'il avait publié de fausses chartes en faveur de son abbaye, et son Catalogue des abbés de Lucelle abonde en affirmations fort suspectes.

      L'ÉDIFICE

      Description :
      Il reste dans le gouttereau sud de la nef actuelle une pierre à décor d'entrelacs qui pourrait remonter au Haut Moyen Âge, et dans le choeur des colonnettes engagées à chapiteaux romans (dont deux au moins sont authentiques) et bases attiques à griffes d'angle. Le succès du pèlerinage oblige à agrandir l'église (BUCHINGER, f° A 8r), et son plan (repr. ci-dessous d'après PAPIRER, p. 342) montre que cet agrandissement s'est fait vers le nord et vers l'ouest ; une chapelle « comme celle d'Einsiedeln » a alors été construite à l'intérieur de la nef, contre son mur est, pour abriter les statues miraculeuses ; elle a été dédiée à la Croix, à la Vierge et à saint Jean Évangéliste, en souvenir de la position de ces statues dans l'église de Sigolsheim, et consacrée le 29 avril 1470 (BUCHINGER, f° A 8r). Cette chapelle intérieure a été démolie en 1866 (PAPIRER, p. 339). L'église elle-même a été détruite en 1944 et reconstruite sur un autre plan, plus régulier, en 1966. Cependant, le choeur actuel a une voûte d'ogives, dont les nervures à cavets retombent sur les colonnettes romanes mentionnées ci-dessus. Il est difficile de dire si ces éléments sont en place ou remployés ; le clocher qui surmonte le choeur est de 1966.
      Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
        Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :
        • Chapelle
          Agrandissement de l'église et création d'une chapelle, où se trouvaient les deux statues miraculeuses, à droite et à gauche d'un grand crucifix (PAPIRER, p. 338, et ADHR 10H 70/5, mémoire de 1782 au sujet des offrandes). Cette chapelle intérieure a été consacrée le dimanche de Quasimodo 1470 (BUCHINGER, f° A 8v). L'église abrite par ailleurs un très beau Saint-Sépulcre du XVe ou du début du XVIe siècle.

        HISTOIRE DU SANCTUAIRE

        Origines :
        Date de première mention :
        Initiative de la fondation :
          Environnement institutionnel, politique et religieux :
          Phases d'évolution :
          Evénements marquants :
          • Reprise du culte
            Dans les années 1670, Georg Dieterle, atteint de folie, est miraculeusement débarrassé à Kientzheim des fers qu'il avait aux pieds (ADHR 6H D1-3), ce qui pourrait indiquer que les efforts de Buchinger en vue de relancer le pèlerinage ont eu quelque succès. Actuellement, plus d'une centaine d'ex-votos du XVIIIe et de la 1ère moitié du XIXe siècle est conservée dans la chapelle, avec deux ou trois autres de la 2e moitié du XXe siècle.
          Rayonnement(s) :
          • International (1466 -> ?)
            D'après le livre des miracles, ceux qui ont été guéris à Kientzheim étaient majoritairement originaires de la région. On relève cependant la mention de personnes isolées originaires de Souabe, du Tyrol et de Lorraine. Carte par BISCHOFF G., « Le Bundschuh de l'Ungersberg (1493), ses acteurs et son environnement », dans BLICKLE P. et ADAM T. (éd.), Bundschuh, Stuttgart, 2004, p. 77.

          RÉFÉRENCES

          Source(s) :
          • Archives
            ADHR 10 H 2/2 et 10H 70/1-5.
          Bibliographie :
          • PAPIRER Eugène, Kientzheim en Haute Alsace, Colmar, non indiquée [mairie de Kientzheim ?], 1982.
          • BUCHINGER Bernardin, Miracul Buch, Darin bey hundert und etlich achtzig herrliche Wunderzeichen begriffen, die sich bey unser lieben Frawen Walfahrt zu Kienßheim im Elsaß in St. Regulae Kirchen daselbst vor Zeiten zugetragen, Porrentruy, 1662.
          Etude(s) universitaire(s) :

          PHOTOGRAPHIES LIÉES

          Objet de dévotion :
          Edifice :
          Autre :

          À PROPOS DE L'ENQUÊTE

          Enquêteur :
          • CLEMENTZ Elisabeth
          Rédacteur :
          • CLEMENTZ Elisabeth
          Date de l'enquête :
          2011-2012
          Date de rédaction de la fiche :
          2012
          Etat de l'enquête :
          En cours
          Pour citer cette ficheCLEMENTZ Elisabeth, « Saints-Félix-et-Régule », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
          url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/423/saints-felix-et-regule, version du 17/12/2012, consulté le 20/11/2018