INVENTAIRE DES SANCTUAIRES ET LIEUX DE PÈLERINAGE CHRÉTIENS EN FRANCE

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Saint-Mammès

IDENTITÉ

Nom du pèlerinage :
Saint-Mammès
Période d'activité :
1209 - XVIe siècle
Commune :
Langres
Département :
Haute Marne

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Commune :
Langres
Hameau/Lieu-dit :
Diocèse :
Actuel: Langres (IVe siècle - 2017)
Ancien:
Paroisse :
Actuelle: Saint-Mammès (1790 - 2017)
Ancienne: Saint-Pierre (1190 - 1790)

Site

Type de site :
Plateau
Altitude :
460 m
Compléments :

L'édifice roman est implanté à quelques mètres du bord est du plateau.


Paysage

Type de couvert végétal :
Type de l'habitat :
Ville
Type de proximités :
Remparts

LE SANCTUAIRE

Noms du sanctuaire / pèlerinage :
  • Saint-Mammès (1209 - XVIe siècle)
Type de lieu de culte :
Cathédrale
Nom du lieu de culte :
Saint-Mammès
Saints patrons :
  • Mammès (VIIIe siècle - 2017)
Compléments :
Le vocable de la cathédrale avant le VIIIe siècle reste très peu assuré ; selon une tradition hagiographique n'apparaissant qu'au XIe siècle, l'édifice aurait été dédié à saint Jean-Baptiste avant que le vocable de Saint-Mammès ne l'emporte.
En 1731, la création du diocèse de Dijon entraîne un net rétrécissement du diocèse de Langres.
En 1790, le diocèse de Langres est supprimé : la Haute-Marne est rattachée au diocèse de Dijon, et Saint-Mammès n'est alors plus qu'une paroissiale ; ce n'est qu'en 1817 qu'elle redevient la cathédrale du diocèse de Langres, rétabli dans ses limites de 1731 (limites qui correspondent au département de la Haute-Marne).
La paroisse primitive, portant le nom de Sainte-Croix, a été rattachée à l'autel éponyme dans la nef de la cathédrale vers 1170. Elle s'efface avant le milieu du XIIIe siècle au profit de l'église Saint-Pierre, ancienne abbaye érigée en paroissiale après 1190. Cette église était située en face du portail occidental ; elle a été détruite en 1799.

L'OBJET DE DÉVOTION

Nom de l'objet :
Mammès
Nature de l'objet :
Relique (= fragment)
Matériau de l'objet :
Vestige corporel
Dimensions de l'objet :
Emplacement :
Depuis le XVIe siècle, les chefs-reliquaires successifs sont conservés dans la chapelle des reliques.
Datation de l'objet :
IIIe siècle
Compléments :
Relique : chef de saint Mammès.
La relique est aujourd'hui conservée dans le trésor de la cathédrale. Peu après avoir été donné à la cathédrale, le crâne de saint Mammès a été enfermé dans un chef-reliquaire qui était exposé sur le maître-autel durant l'office de l'anniversaire fondé par Galon de Dampierre (mort en 1241) le 2 janvier.
Ce reliquaire a fait l'objet de plusieurs embellissements jusqu'au début du XVIe siècle ; il reste délicat de savoir avec certitude lesquels étaient des ex-votos. Avant 1513, un petit reliquaire d'argent doré, en forme de château, y a été suspendu (cf. rubrique « ex-votos »). Guillaume Antoine, archidiacre du Tonnerrois entre 1393 et 1414 puis official et vicaire général jusqu'à sa mort en 1422, a offert trois cent écus d'or pour le faire réparer ; Giraud Choffin, chanoine de Langres de 1454 à 1478 a légué quatre marcs d'argent pour faire réparer le pied du reliquaire. Pour décorer la couronne qui y était posée, l'évêque de Langres Guy Bernard (1453-1481) a donné une émeraude, estimée à mille huit cent livres en 1768. Son successeur Jean d'Amboise (1481-1498) donna mille deux cent livres pour le réparer – argent qui semble en réalité avoir été utilisé pour la réalisation du nouveau reliquaire, cf. infra. Pierre Charlet, archidiacre du Bassigny, a offert un anneau pour le décorer, le 21 octobre 1516. Enfin, la laïque Jeanne de Ployes a donné, sans doute entre 1513 et 1527, une petite croix de corail recouverte en partie d'argent doré, ainsi qu'un crucifix et une figurine de la Vierge d'argent doré estimée 40 sous vers 1527.
Le chapitre a commandé à l'orfèvre Jean Drouhot un nouveau chef-reliquaire d'argent, probablement commencé en 1504, et achevé en 1524 au plus tard. Il pesait 229 marcs et 6 onces d'argent fin. Les objets ornant le reliquaire antérieur ont été transférés sur ce nouveau reliquaire, qui a reçu par la suite plusieurs éléments supplémentaires. Pierre Balavoine, chanoine de 1536 à 1571, a donné une petite croix d'or décorée de quatre diamants, suspendue au chef au moyen d'une chaîne de vermeil. Ce reliquaire était emmené en procession sur un brancard soutenu par quatre barreaux de fer.
Ce reliquaire a été détruit et fondu à la Révolution.
Placée dans une châsse de bois en 1803, la relique a par la suite été enfermée dans un chef-reliquaire de bois doré offert en 1855 par le cardinal Mathieu, ancien évêque de Langres.

Le cercle d'argent enserrant le chef, qui est mentionné dans le récit hagiographique, est encore en place sur la relique. L'écriture en caractères grecs, indiquant le nom du saint martyr (????? ?????) présente des caractéristiques byzantines indiquant la seconde moitié, voire la fin du XIIe siècle ; d'après Jannic Durand qui a examiné l'ensemble, il s'agit bel et bien de l'authentique que les moines de Saint-Mammès de Constantinople ont placé sur le chef lorsqu'ils l'ont reçu à la fin du XIIe siècle.

LE CULTE

Statut du culte :
Autorisé
Légendaire :
Après le pillage de Constantinople en 1204, le légat pontifical et les évêques présents ordonnent, sous peine d'excommunication, que les reliques qui ont été prises soient remises à Garnier de Traînel, évêque de Troyes. Y figure notamment le chef de saint Mammès, nu mais entouré d'un cercle d'argent sur lequel le nom du martyr est écrit en caractères grecs (point de la légende que corrobore l'étude récente de la relique, conservée dans le trésor de la cathédrale). Galon de Dampierre, chanoine de la cathédrale de Langres, évêque de Damas et ayant participé à la Croisade, réussit après la mort de Garnier de Traînel a obtenir la relique grâce à l'intervention du légat pontifical Pierre de Capoue. Il se rend au couvent Saint-Mammès de Constantinople, où les moines reconnaissent la relique dont ils avaient la garde avant d'en être dépossédés. Alors qu'il doute de l'authenticité de la relique, il voit en songe saint Mammès, qui lui confirme qu'il s'agit bel et bien de son chef : Gualon décide d'amener la relique à Langres. Il prend la mer.
Miracles :
Alors que Gualon a pris la mer pour retourner dans sa patrie, une violente tempête se déclenche sur la route ; l'intercession de saint Mammès est sollicitée, et une accalmie survient aussitôt. Arrivé à sa demeure de Dampierre, près de Langres, Gualon y dépose le chef de saint Mammès. Le castrum est alors incendié par des troupes ennemies ; la relique amenée au-devant du feu, celui-ci s'éteint. Enfin, Gualon arrive à Langres et donne le chef de saint Mammès à la cathédrale. Peu de temps après, un prêtre chargé de présenter la relique aux pèlerins, ayant commis le péché de chair avant l'office, voit son bras droit paralysé lorsqu'il la touche. Il avoue sa faute à un confesseur et se repent, obtenant ensuite guérison en touchant de nouveau le chef.
Type(s) de motivation :
  • Action de grâce
  • Piété
  • Voeu
Recours :
  • Grâce particulière
  • Thérapie
  • Voeu
Jour(s) de fête :
  • Mammès
Type de fréquentation :
Régulier
Compléments sur les fréquentations :
La fréquentation est présentée comme régulière aussi bien en 1209 qu'en 1368. Les jours de fréquentation ne sont pas précisés mais la Saint-Mammès (17 août) en faisait certainement partie au regard du faste liturgique développé lors de cette fête, de même que l'octave de la Saint-Mammès. Autres fêtes liées au culte liturgique du saint (le pèlerinage n'y étant pas clairement attesté) : au XVIe siècle ; la fête des reliques (30 juillet) et la Translation de saint Mammès (10 octobre).
Pratiques individuelles :
  • Cire
  • Prières
  • Toucher
  • Dons
Pratiques en présence du clergé :
  • Offices
  • Processions
  • Fondation de messes et d'offices
Ex voto :
  • Autre (1209-1513)
    Dès 1513 au plus tard, un petit reliquaire d'argent doré en forme de château pendait à une petite chaîne disposée autour du premier chef-reliquaire. Dans les différents inventaires réalisés à partir de 1566, ce château était une représentation de celui de Grancey (actuellement commune de Grancey-le-Château, Côte-d'Or). Il n'est explicitement mentionné comme ex-voto que tardivement. D'après l'inventaire de 1768, il aurait été donné par un seigneur de Grancey (dont le nom n'est pas connu) qui aurait voué son château à saint Mammès au cours d'un incendie. Après 1524, cet objet a été transféré sur le nouveau chef-reliquaire. Parmi les nombreux éléments qui décoraient les deux chefs-reliquaires successifs (colliers, pendentifs, pierres précieuses), on ne sait pas s'ils constituaient des ex-votos ou de simples dons. Aucun de ces objets n'est conservé.
Confrérie(s) :
  • Saint-Mammès (1506)
    Confrérie de Saint-Mammès instituée le 23 juillet 1506. La fête annuelle de cette confrérie est fixée au dimanche dans l'octave de la Saint-Mammès (17 août).
Indulgence(s) :
  • Partielle 100 j. (1368)
    Indulgence de cent jours accordée par le pape Urbain V le 22 novembre 1368 aux jours et aux fêtes habituelles (sans plus de précisions).
Compléments sur le culte :
Dans la plupart des comptes des XIVe et XVe siècles, des oblations sont mentionnées à la Saint-Mammès et à la fête des reliques (30 juillet). Le montant des oblations aux reliques (sans plus de précision) n'est précisé que dans quelques-uns des comptes du camérier : en 1301, 15 sols d'oblations aux reliques. À partir de 1315-1316, le sacristain est payé 40 sols par an pour percevoir les oblations aux reliques ; le trésorier touche quant à lui 10 sols pour percevoir les oblations faites à la Saint-Mammès, dont le montant n'est pas connu. Dans les comptes du XVe siècle, la composition des luminaires pour la Saint-Mammès est presque systématiquement notée : en 1411 par exemple, 250 livres et demie de cire y sont employées, notamment pour la réalisation de 128 cierges d'une livre et demie de cire, sept cierges de deux livres, et quatre râteaux de 16 livres. Le chapitre général se réunissait pendant la Saint-Mammès. Guillaume de Chaumont, archidiacre du Lassois (1351-1379), conseiller et clerc du roi, a fondé une chapellenie en l'honneur de saint Mammès à un autel de la nef, probablement l'autel Saint-Mammès qui était adossé avant la Révolution au quatrième pilier nord de la nef, contre le jubé. La relation entre cet autel et le pèlerinage attesté en 1368 n'est qu'hypothétique. En 1513, fondation à la cathédrale d'un hymne en l'honneur de saint Mammès par le prêtre Jean Leurigney, le 16 août, veille de la Saint-Mammès. En 1513, cinq reliquaires étaient consacrés à saint Mammès, en plus du chef-reliquaire. L'un d'eux, en forme de petite église, a été financé par l'évêque Guy Bernard (1453-1481) et abritait une vertèbre du martyr. Le cardinal de Givry, évêque de Langres (1529-1561), a commandé 8 tapisseries achevées en 1545. Sept d'entre elles reproduisaient la vie de saint Mammès, et sur la huitième figurait le donateur. La cathédrale en conserve deux aujourd'hui aux armes du cardinal (d'azur à la bande d'or) : la première représente saint Mammès dans le désert au milieu des bêtes sauvages. Sur la seconde est figuré le martyr jeté dans une fournaise ardente. Les tapisseries étaient placées derrière les stalles, et étaient tendues sur la clôture de pierre qui séparait le choeur des bas-côtés. Au plus tard au milieu du XVIe siècle, une foire se tenait le lendemain de la Saint-Mammès.

L'ÉDIFICE

Description :
Édifice roman du XIIe siècle : le choeur et la chapelle axiale ont été construits dans les années 1140-1155, la nef dans la seconde moitié et sans doute le dernier tiers du XIIe siècle. Les chapelles rayonnantes ont été ajoutées à la fin du Moyen Âge, et pour certaines modifiées au XVIe siècle. Le portail a été reconstruit entre 1760 et 1768.
Aménagement(s) extérieur(s) lié(s) au culte :
    Aménagement(s) intérieur(s) lié(s) au culte :

      HISTOIRE DU SANCTUAIRE

      Origines :
      Date de première mention : 1209
      Initiative de la fondation :
      • Chanoine
      Environnement institutionnel, politique et religieux :
      Ayant pris part à la quatrième Croisade, Gualon de Dampierre a été évêque de Damas et chanoine de Langres. C'est en tant que chanoine de Langres qu'il donne la relique à la cathédrale.
      Phases d'évolution :
      Evénements marquants :
      • Translation (1209)
        Gualon de Dampierre apporte à Langres le chef de saint Mammès qu'il a obtenu à la suite du pillage de Constantinople.
      • Pillage (1792)
        Destruction et fonte des reliquaires de la cathédrale, dont le chef-reliquaire de saint Mammès.
      Rayonnement(s) :
      • Diocésain (1209 -> 1209-1300)
        Après que le chef de saint Mammès a été apporté à la cathédrale, de nombreux fidèles affluent de tout le diocèse pour le vénérer.
      • Régional (XIVe siècle -> XVIe siècle)
        En 1368, l'autel dédié à saint Mammès dans la cathédrale (probablement celui de la nef, cf. supra) est fréquenté par de nombreux fidèles venant du diocèse et des contrées voisines. Le duc Philippe le Hardi a envoyé à la cathédrale (sans s'y rendre personnellement) une offrande de 6 francs et 8 gros le 15 août 1384, probablement pour la Saint-Mammès fêtée le surlendemain.

      RÉFÉRENCES

      Source(s) :
      • Archives (1368)
        Archives du Vatican, Urbain V, Lettres communes, A. 170, fol. 494 ; V. 259, fol. 8. Indulgence.
      • Archives (1298-1791)
        Archives départementales de la Haute-Marne : 2 G 112, obituaire (1298-1650) ; comptes du camérier, 2 G 819 (1301) à 2 G 919 (1431-1432) ; registres de délibérations capitulaires, en particulier 2 G 11 (1504-1514) et 2 G 12 (1564-1567). Parmi la vingtaine d'inventaires comportant la description des différents reliquaires de saint Mammès, les principaux sont : Archives départementales de la Haute Marne : 19 J 2, fol. 209-216 (1513) ; Archives départementales de la Haute Marne : 2 G 166, liasse comprenant quatre inventaires réalisés en 1566, 1575, 1619 et 1689. Autres inventaires très détaillés : Bibliothèque diocésaine de Langres, ms. 89 et ms. 98 : inventaire du trésor (1709) ; mss. Daguin, t. 24, p. 1-47 : copie (XIXe siècle) d'un inventaire du trésor dressé en 1768, dont l'original est perdu. Bibliothèque de la Société Historique et Archéologique de Langres, ms. 12 : inventaire du trésor (1716). Et Archives départementales de l'Yonne : 1 Q 349, inventaire du mobilier, des titres, etc. du chapitre cathédral de Langres (1790-1791).
      • Miracles publiés (1209)
        AASS, août, t. 3, 1737, p. 444-446 : récit de la translation du chef de saint Mammès.
      Bibliographie :
      • Durand, Jannic, «Les Reliques de saint Mammès au trésor de la cathédrale de Langres », in Mélanges Gilbert Dagron, Travaux et Mémoires, tome XIV, Paris, 2002, p. 181-200.
      • Vauthier, Émile, Saint Mammès, patron de la cathédrale et du diocèse de Langres : histoire, culte, légende, iconographie, Langres, Dominique Guéniot, 1994.
      Etude(s) universitaire(s) :

      PHOTOGRAPHIES LIÉES

      Objet de dévotion :
      Edifice :
      Autre :

      À PROPOS DE L'ENQUÊTE

      Enquêteur :
      • DURNECKER Laurent
      Rédacteur :
      • DURNECKER Laurent
      Date de l'enquête :
      2006
      Date de rédaction de la fiche :
      2006
      Etat de l'enquête :
      En cours
      Pour citer cette ficheDURNECKER Laurent, « Saint-Mammès », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
      url : http://sanctuaires.aibl.fr/fiche/175/saint-mammes, version du 13/12/2012, consulté le 13/12/2017